Du point-virgule ; allegro ma non troppo

En ce jour de solstice d’été, où la clarté est longue mais la grisaille tenace, il n’est point temps de bouder la fête de la musique, car il parait que le snobisme consiste à mépriser cette digne manifestation populaire venue tout droit du cœur de Jack Lang, l’homme à la touffe bien fournie (il s’agit de cheveux, bien entendu). Or de snobisme il ne saurait être question ici: branchée oui, snob non, la Lonesome emmerdeuse promène sur les choses et les êtres son regard blasé mais bienveillant (maternaliste en somme) (braves petits). C’est pourquoi nous nous intéresserons aujourd’hui à un thème populaire et vernaculaire, point snob pour un sou, et qui passionne l’homme de la rue : le point-virgule, donc.

Cet élément de ponctuation, en effet, nous semble assez quintessentiel du monde merveilleux de l’Emmerdeuse, de l’été et de la musique. Outre qu’il orne abondamment de sa fière silhouette les immortels écrits de Balzac et Stendhal, que la Lyre les ait en sa sainte garde, il résume agréablement un certain nombre de positivités de notre existence postmoderne ; car ce n’est pas ici pour faire le vieux birbe, tels ces Académiciens verdâtres qui passent leur temps à pontifier sur le bon usage de la ponctuation, que la Lonesome prend la parole, mais pour célébrer de chantants lendemains aux doigts de rose. Le point-virgule se suffit à lui-même: il est un manifeste à lui tout seul.

point-virgule

Manifestons.

Le point-virgule, trait d’union. Union entre le point et la virgule, le jour et la nuit, l’hiver et l’été, la fin et le début, le stop et l’encore, le passé et le futur, le point-virgule nous dit que tout est peut-être fini, mais qu’il y a un après si nous avons le courage de regarder derrière. Sur le point-virgule, l’œil peut se reposer, la pensée vagabonder avant de plonger dans la suite. Le point de fuite et le point de bascule, le point d’équilibre. Il ne court après rien, il nous laisse courir, ou faire une halte. Entre deux mondes ou entre deux phrases, il faut s’embarquer.

Le point-virgule, fashion. Bien évidemment, le point-virgule nous rappelle l’élégance à la française, ce souffle épique qui nous aime depuis le Moyen-Âge quand Paris devint l’arbitre de la mode et des tailleurs bien coupés. Parce que le point-virgule est une belle silhouette élancée mais sobre où alternent pleins et déliés, tels des drapés flottant au vent. Une vraie silhouette Chanel. Le point-virgule nous rappelle utilement ce principe de chic absolu: ne JAMAIS photocopier le bas et le haut. De la même manière qu’une bouche ET des yeux maquillés comme des monster trucks volés ne s’accordent pas, il est interdit de se composer en double point dans la tenue.

Le point-virgule, respiration. Le silence, le rythme, la tension. Sans eux, pas de musique, pas de texte. Arrêter pour mieux reprendre. Nu descendant l’escalier, Duchamp, 1913.

nu descendant l'escalier

Le point-virgule, hybridation. Tel un symbole du métissage post-moderne et du creuset des nations, le point-virgule est l’union de deux signes contraires: la virgule, qui unit, et le point, qui sépare. Mais, ô surprise, il n’en fonctionne pas moins bien pour autant. Comme dans ce livre d’enfants qui raconte l’amitié de Petit Bleu et Petit Jaune, qui s’aiment tellement fort qu’ils s’embrassent et deviennent Petit Vert (un ouvrage que tous les parents, parrains et marraines devraient enfoncer à coups de pioche dans la tête de leurs marmots) (très beau et Touche pas à mon pote) (je vous raconte pas la suite, c’est poignant) (retiré des bibliothèques municipales par le FN quand même). Bref, le point-virgule affirme qu’un couscous-lardons, c’est possible.

Petit bleu et petit jaune

Le point-virgule, abolition. Oui, le point-virgule est précisément un aboli bibelot d’inanité sonore. Il ne s’entend pas, il ne sert à rien, mais il abolit la distance par l’absence. Bref, le point-virgule est poétique, le point-virgule est esthétique, le point-virgule est kinesthétique, le point-virgule est dynamique. Il faut bien entendu savoir le doser, car s’il n’est point question d’abolir cette abolition, il ne faut bien entendu point en abuser. De la mesure en toute chose, telle est notre devise.

Vous croyez peut-être que l’auteur allait truffer ce post de points-virgules en veux-tu en voilà? Grossière erreur: en rebattant les ponctuations les plus éculées, nous donnons toute sa valeur à la rareté de l’épiphanie point-virgulesque. Une indigestion est si vite arrivée.

Le point-virgule ; l’art difficile de la balance, de l’élégance, de la décence et de la fulgurance. Groupons-nous et demain, le point-virgule sera le genre humain. Sous son drapeau, chantons la beauté du monde.

Le point-virgule, cette boulasse intergalactique.

Merci au Prince de l’Espagnol, qui connaît la valeur d’un point-virgule.

Des emmerdeuses – fondement bloguesque

Chers fidèles lecteurs, il est temps de sortir du bois : nous ne sommes plus entre gens de bien. Vous aurez constaté que depuis quelques temps, plutôt que de disserter sur la largeur des rues, la tenancière de ce lieu de savoir et d’introspection sociétale se préoccupe un peu de son cul réflexivité, ce qui l’amène à construire quelques figures emblématiques et mythiques telle la Lonesome Camionneuse, dont le fidèle destrier a posé quelques interrogations à la gent masculine lectrice de ce blogue (mais euh une camionneuse c’est uneuh lesbienneuh) (n’épiloguons pas sur la simplicité des catégorisations masculines) (elle est en quelque sorte contenue dans le concept). De remarques en dérivations, une évidence s’est imposée : I am une emmerdeuse. L’universalité de ce positionnement est certes problématique : c’est pas demain la veille que la foule entonnera à ma suite « nous sommes tous des emmerdeuses alsaciennes ». La ligne éditoriale de la chose n’est donc pas d’une puissance philosophique évidente, mais en tant que Lonesome Emmerdeuse j’en ai pas non plus grand chose à branler, pour le dire vulgairement (ce qui arrive plus souvent, hélas, qu’on pourrait le souhaiter). M’enfin remarquez cette splendide nouvelle mise en page ultra-sobre pour célébrer le tournant philosophique du blogue. L’emmerdeuse est dans la place.

Nous n’épiloguerons point sur le nombre hallucinant d’emmerdeuses présent dans les arts de la narrativité et de l’internet : à croire que cette chose est vaguement genrée. Ouaip, et quand on lit nos braves amis les Académiciens, la chose paraît claire : « Fig. et vulg. Personne qui ne cesse d’importuner, d’agacer, de contrarier ceux qui l’entourent. Ah, celui-là, quel emmerdeur ! Elle est jolie, mais c’est une emmerdeuse. » Bon.  Tout est dans l’exemple. Mais après tout reconnaissons qu’Eve, la First Lady du Livre, est quand même une sacrée emmerdeuse. Entendons-nous bien, il y a anguille sous roche : en fait, Eve est une petite maligne qui a compris « que l’arbre était bon à manger et agréable à la vue, et qu’il était précieux pour ouvrir l’intelligence » (la Genèse, c’est pas pour les kékés) (le mec il crée le monde en six jours, si ça pouvait marcher pour ma thèse, merci la vie). Eh ouais les enfants, l’emmerdeuse n’emmerde pas à fond perdu : elle se dévoue à une cause qui la dépasse, telle une prophétesse, une Cassandre (big emmerdeuse sa mère) prête à s’oublier au service des autres qu’elle emmerde sans trêve. Et surtout les hommes, cette bande de mous du gland prêts à rester loser dans le jardin d’Eden en bouffant des fruits (ce qui devait leur donner la chiasse et pas qu’un peu) (voyez comme de la connaissance à la digestion, il n’y a qu’un pas) (lisez plutôt ici). Bref, l’emmerdeuse n’agit pas à fond perdu : c’est ce qui selon nous distingue la chieuse, simple émanation de la féminité qui tape sur le système de l’homme éberlué, pauvre victime éternelle, de l’emmerdeuse. Alors hein, qu’on ne nous reproche pas un manque de scientificité, la chose est fort floue, sans compter la peste et la pouffe, dont ces pages ont déjà traité (ici). Bizarre comme l’inventivité onomastique s’exerce sur les femelles consubstantiellement reloues, tandis que les hommes vont souvent se réfugier derrière le génie incompris. Mouahaha.

 Une exploration conceptuelle de l’emmerdeuse semble donc s’imposer. Voici le cabinet de curiosités de la Lonesome Emmerdeuse, selon un classement sociologique de derrière les fagots issu de la sociologie gogolienne (qui a de beaux jours devant elle) (attendez de voir le post sur les casse-couilles). Notre jeu-concours du jour consistera donc à classer la Lonesome selon son coefficient d’emmerdeuse à poil, à plumes ou à écailles. Le prix sera un bisou à un dauphin. Parce que bon, c’est des emmerdeuses mais on les aime quand même, non ? (moi j’ai besoin d’amouuuuuuuuuuuuur je vous rappelle)

1. Elle a la peau couleur du soleil…

L’emmerdeuse parfois se résume à un trait physique. Hélas, quelle simplification me direz-vous. Mais parfois l’analyse ne doit pas résister à la simplicité. Laissons-nous aller.

L’emmerdeuse au sang chaud

Caliente, comme disent les magazines féminins. L’emmerdeuse du soleil est brune au sang chaud, elle a des seins plutôt proéminents (et souvent des origines exotiques), le revers de sa bonnassitude est son emmerdabilitude profonde, et notamment sa jalousie congénitale ou son appétence pour les armes à feu, qui font que ça se finit souvent plutôt mal, mais au moins y a du rebondissement. Ch’est bon mais ch’est chaud quoi, comme la tarte aux abricots.

Role model : Pearl dans Duel au soleil, Penelope Cruz, Salma Hayek.

Formule d’emmerdement : roulette russe x multiples engueulades x griffures

Position sur l’échelle de l’emmerditude : 7

Penelope-Cruz-Salma-Hayek-Bandidas

L’emmerdeuse sonore

Dotée d’une voix qu’elle croit suave, l’emmerdeuse sonore exprime en musique son amour de la vie, et mène les hommes à leur perte par ses maléfiques vocalises. Au-delà de la simple casse-oreilles mais pitié ferme-là grognasse, elle exprime des messages d’une immuable vérité, tels que « S’il suffisait qu’on s’aime, s’il suffisait d’aimer / Si l’on pouvait changer les choses et tout recommencer / S’il suffisait qu’on s’aime, s’il suffisait d’aimer/ Nous ferions de ce rêve un monde / S’il suffisait d’aimer ». Ouaip.

Role model : Céline Dion, les sirènes.

Formule d’emmerdement : surdité potentielle x débilité des paroles / séduction auditive

Position sur l’échelle de l’emmerditude : 6 si on s’attache au mât (0 si on peut couper la radio ou mettre des boules quies)

ulysse_sirenes1b

A noter que ces deux types peuvent se combiner, et bien évidemment l’on pense à Shakira, cette femme indépassable (voir ici).

2. La nature est un temple.

L’emmerdeuse est parfois le produit d‘un être-là sans concept, une emmerdeuse juste parce que c’est comme ça. Écoute, Darwin, écoute.

L’emmerdeuse cornélienne

Elle ne sait pas choisir, entre les deux son cœur balance, et ça risque de mal finir. Le dilemme est son rayon et ne comptez pas sur elle pour choisir. Et pourtant, ça marche. Parce qu’elle est si charmante, mais qu’est-ce qu’elle est emmerdante !

Role model : Jeanne Moreau dans Jules et Jim.

Formule d’emmerdement : multiplié ou divisé par deux, c’est selon

Position sur l’échelle de l’emmerditude : 2. ou 4. ou 8.

jules_et_jim1_img_1119

L’emmerdeuse allumée

Nouvelle vague en force, l’emmerdeuse allumée c’est la fille qui ne sait pas quoi faire, qui ne sait pas ce qu’elle veut, qui se complique la vie sans nécessité, qui traverse l’air insouciant l’existence en brûlant tous les ponts derrière elle. Elle fait exploser le monde sans lui donner de sens, mais c’est beau.

Role model : Anna Karina dans Pierrot le Fou

Formule d’emmerdement : A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles, Je dirai quelque jour vos naissances latentes

Position sur l’échelle de l’emmerditude : 10

Pierrot le fou

L’emmerdeuse pleurnicharde

Dès qu’une paille se met en travers de son chemin, la pleurnicharde fond en larmes plus chaudes que la Méditerranée en août. Tout est déluge, ce qui est bien emmerdant en effet, car le drame c’est un peu fatiguant à la longue… Un peu de tenue, pendarde ! C’est pas comme ça que tu vas faire changer le schmilblick. Un peu princesse Disney, la pleurnicharde est inoffensive mais bêtasse.

Role model : Cendrillon, Cosette, Gwyneth Paltrow.

Formule d’emmerdement : multiplicateur si elle fait partie de votre entourage (voire si c’est votre mère).

Position sur l’échelle de l’emmerditude : incertaine

cinderella

3. Société, tu m’auras pas…

L’emmerdeuse est hélas trop souvent le produit de son milieu et irradie avec grâce (car l’emmerdeuse est souvent une bonnasse) les travers de sa condition, qu’elle transcende par la violence de l’emmerditude qui lui permet d’extérioriser la platitude de son existence.

L’emmerdeuse de classe

Fille de rois ou grande bourgeoise du 16ème, le chignon haut et la fourchette en argent pointée contre l’adversité, l’emmerdeuse de classe n’a de cesse de conquérir le pouvoir qui lui revient (ou à son mec, parce que bon, des fois les femmes ont tendance à se réaliser dans leur mec) (ce qui démultiplie alors fortement l’emmerditude, car le malheureux conjoint se trouve poussé dans ses retranchements, et je vous dis pas l’effet quand il sort du ruisseau). Bref, l’emmerdeuse de classe vient du sommet de la pyramide sociale, et elle fera tout pour y rester. Voire pour monter une marche de plus. Les cadavres s’amoncellent sous ses escarpins Dior, sans qu’un instant de remords vienne la troubler : le sang ne lui fait pas peur. Note : elle est souvent blonde.

Role model : Mathilde de la Mole, Daenerys Targaerian, Lady Macbeth.

Formule d’emmerdements : puissance 10 000 divisée par 500 de potentiel de progression dans la société sous l’asymptote potentiellement infinie de la volonté de puissance

Position sur l’échelle de l’emmerditude : 9

macbeth-1948-14-g

L’emmerdeuse obsessionnelle

C’est un peu le pendant féminin du lonesome cow-boy à la recherche de sa nièce enlevée par les indiens (salauds de Comanches ! et bim bam je te tire des balles dans les yeux pour la peine) (les cinéphiles auront reconnu John Wayne et La prisonnière du désert, un bien grand film quoique emprunt de quelques préjugés à l’égard des peuplades primitives). Justicière du futur, figure post-moderne donc car féminine, l’emmerdeuse obsessionnelle n’aime pas trop les barbus et, justicière des Méchants, elle course les terroristes derrière son ordinateur. Tout le monde se gausse de sa manie jusqu’à ce qu’elle finisse par faire la nique aux machos en leur montrant l’iniquité des islamistes. Tout cela cache sans doute une enfance brisée et un léger délire de persécution.

Role model : Jessica Chastaing dans Zero Dark Thirty, Carrie dans Homeland.

Formule d’emmerdement : modulable selon la position sociale de l’emmerdé (au top si directeur de la CIA ou Ben Laden, plutôt faible si balayeur à Stockholm)

Position sur l’échelle de l’emmerditude : de 1 à 10

Homeland_6042-tt-width-604-height-406-attachment_id-7999

L’emmerdeuse politique

Plus que de réaliser son destin social, l’emmerdeuse politique croit en une cause, qui la pousse à montrer ses seins dans les lieux publics, à se vêtir de pulls péruviens en poils de lama ou à se faire élire maire du 7ème arrondissement du haut de ses Louboutins de 12 cm. Décidée à prendre une revanche sur la société, l’emmerdeuse politique n’hésite pas à mettre en avant sa féminité pour prendre le pouvoir. Faut dire qu’il a légèrement été monopolisé par les hommes jusque là. On aura tendance à l’appeler par son prénom, voire à la traiter de salope si elle n’accomplit que le 1/10 de l’œuvre de DSK. Mouais.

Role model : Mme de Merteuil, Rachida Dati, The Devil wears Prada.

Formule d’emmerdement : pas plus important que la plupart des hommes politiques x crédulité des électeurs / plafond de verre

Position sur l’échelle de l’emmerditude : 5

 Glenn_Close_026

L’emmerdeuse donneuse de leçons

Ouais bon, ça arrive aussi à la Lonesome Emmerdeuse (voir ici). Son surmoi de prof qui a tout vu-tout lu-tout entendu-tout compris prend hélas trop souvent le dessus, car oui, quand tu sais ce que l’autre ne sait pas, pourquoi ne pas l’aider dans le long chemin vers le savoir ? Petit scarabée, tu ne connais pas ta chance.

Role model : Erin Brockovich, les Vegan, ta prof de français de 3ème, maître Yoda.

Formule d’emmerdement : courbe de gauss proportionnelle à la capacité d’apprentissage de l’impétrant d’une part, et le rejet de la connaissance d’autre part.

Position sur l’échelle de l’emmerditude : minime.

maitre yoda

L’emmerdeuse 2.0.

Usant les outils de l’internet à des fins de relouïtude, l’emmerdeuse 2.0 fait toujours le commentaire qu’il faut pas sur facebook et passe son temps à twitter pour le plus grand désagrément de tous ses followers, qui l’ont sans doute bien cherché (et que faire de plus emmerdant que de twitter ?). Le vide est son domaine, l’inanité son credo. Elle peut néanmoins, par des fulgurances poétiques sans doute involontaire, révolutionner le langage d’un apostrophe téléphonique.

Role model : Nabila, Nadine Morano, Daphné Bürki, les blogueuses.

Formule d’emmerdement : inversement proportionnel à la dépendance à l’internet x insécurité du sujet quant à son e-image

Position sur l’échelle de l’emmerditude : de 0 à 8

Nabila allo

« Trois variétés de femmes : les emmerdeuses, les emmerdantes, les emmerderesses. Cette dernière catégorie comprenant celles qui amènent l’homme à la passivité totale. » Paul Valéry

« Toutes des emmerdeuses, ouais » Robert Bidochon, au PMU de Pigalle.

Merci au Duc de Guise, again. He’s got the moves.