Du repassage

À vrai dire, je m’étonne de ne pas avoir écrit plus tôt sur ce sujet fondamental. Mais par ce temps ensoleillé de printemps où tout le monde se fout à oilpé dans les parcs avec un sans-gêne qui frise l’inélégance et offusque les plus bienséants d’entre nous, dont je suis, la pudeur est mon moindre défaut, gens impudiques, donc, qui discriminent en outre avec violence les honnêtes femmes qui se lèvent vers 14 heures et trouvent alors toutes les terrasses de café colonisées (nombre y emmènent même leurs enfants), par ce temps d’indécence et d’égoïsme impitoyable, il est temps d’expier, de souffrir, et de parler repassage. Ne croyez pas que je m’éloigne de mon sujet, quoi qu’il m’arrive de temps à autre, je le confesse, de digresser. Sacrifice nécessaire aux méandres de l’Être, qui prend son temps mais n’en rejoint pas moins la mer même si les chenaux sont parfois violemment anastomosés.

Considérez ainsi, je vous prie, que les gens, et les enfants en particulier, sont étroitement liés au repassage : en effet, les gamins sont une source de désordre quand le repassage est, lui, un rempart contre l’entropie. On pourrait ainsi légitimement penser qu’aimer l’un c’est détester l’autre, et inversement. Grossière erreur. L’un comme l’autre me sont ainsi, en théorie, sympathiques mais, dans le réel, plutôt désagréables. Retenez vos chars, vous qui allez me traiter tout de go de vieille fille aigrie : j’aime beaucoup les enfants mais quand ils font partie de ma famille, sinon c’est quand même des petites machines à bouffer, à crier et à demander Pourquoi. Quant au repassage, rien que de positif là-dedans, si l’on reste dans le théorétique : des vêtements défroissés et propres, une femme blanche et blonde qui sourit dans son salon en cuir blanc au milieu d’une pub Fébrèze, le truc qui t’envenime tellement les bronches que tu as l’impression d’être dans un océan olfactif de « douceur de lavande océane à la soupline de fibres de soie » bref, que du bonheur.

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Joie et épanouissement

L’ennui (ou les ennuis, plutôt, car il y en a plusieurs), c’est que c’est fatiguant, d’abord. Il faut : sortir la planche à repasser qui est coincée de manière totalement impossible entre les chiottes et le mur, découvrir à cette occasion qu’il y a des moisissures sur le mur, jurer, se dire qu’il faudrait nettoyer le mur, penser au ménage qui s’ensuivrait (parce que si tu nettoies le mur c’est ouvrir la boîte de Pandore), se dire que tu préfères le ménage à ta façon, qui consiste depuis deux mois à ramasser les moutons qui traînent et à pester contre les paillettes que tu as foutu partout dans l’appart avec ton tutu neuf pailleté (qui n’a, lui, pas besoin d’être repassé Dieu merci), te dire que tu es une déplorable femme d’intérieur et que c’est pas comme ça que tu vas pécho, te dire que c’est pas possible de réfléchir en des termes aussi machistes, enfin entamer un cercle vicieux de réflexions déprimantes, voire nocives.

Si l’on pousse ces réflexions à leur suite logique, il faut faire le constat de ton inadaptabilité congénitale à être une bonne ménagère. Tandis que tu fais chauffer le fer posé n’importe comment sur la table et que ta nappe commence à sentir dangereusement le roussi, tu regardes perplexe la bouteille d’eau déminéralisée que tu as achetée sur les conseils de ta mère, sans oser tout de même l’appeler (à 35 ans, merde) pour lui demander comment ça se fait qu’au lieu de produire un élégant nuage de vapeur comme quand elle utilise son fer (ou sa centrale vapeur, ma mère est une personne très versée dans les affaires de bonne tenue du ménage, et d’ailleurs un petit message : pas d’inquiétude pour le ménage Maman, n’oublions pas que s’exposer aux bactéries c’est bon pour la santé ça me permet de construire des défenses naturelles en béton), ton engin s’obstine à crachoter de l’eau partout, du coup t’as peur d’en mettre parce qu’on dirait que ça fuit, et même parfois ça fait des traces brunâtres, du coup t’as changé de fer mais c’est toujours la même merde, du coup tu repasses sans vapeur et ça marche moyen, sans déconner l’électroménager te hait, injustice du monde, et BAM re – le cycle de pensées négatives.

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KILL ME NOW.

D’ailleurs, soyons lucides : je ne sais pas repasser. Et puis ça chauffe, c’est dangereux, surtout pour les gens comme moi qui ont tendance à poser la main directement sur une plaque pour vérifier si elle est chaude (un moyen efficace, en effet, mais plutôt douloureux, je vous déconseille).

Voudrais-je séduire un homme en lui repassant ses chemises, je serais un déchet humain, un rogaton de l’espèce sapiens sapiens laissée sur le bord du trottoir, car 1. quel est l’intérêt ? (apparemment c’est bien les chemises repassées, bon, mais MOI qu’est-ce que j’en ai à foutre ? rien ; moi je les repasse pas, mes chemises, j’ai développé tout un système de séchage limitant le froissage et pour le reste je passe sans doute pour une souillon mais, comme dit mon parrain « sans cela ce ne serait pas toi ») et 2. what le fuck la personne qui a inventé la chemise, mais t’avais fumé la moquette de bon matin toi ! encore un homme qui n’a jamais mis la main sur un objet de ménage, t’as même pas calculé le nombre de plis possibles pendant que tu passes péniblement le fer dans des endroits plus vallonnés que le Grand Canyon ; pensez, par ailleurs, qu’autrefois les hommes portaient des jabots, et amidonnés encore. Exploitation pure et simple de la femme par l’homme. Personnellement je me destine à regarder mon mec putatif repasser depuis le canapé, en ponctuant sa tâche de commentaires ironiques « j’aurais pas fait comme ça » ; ou à finir célibataire, rien à foutre.

Le pire c’est qu’il y a des gens que ça fascine. Je ne juge pas, attention, loin de moi cette idée, je suis plus impartiale qu’un Président de cour de cassation, mais bordel le masochisme a de beaux jours devant lui. L’autre jour, un ami évoquait, les yeux plein de larmes, les miracles accomplis par son « défroisseur vapeur » ou je ne sais quelle machine du diable inventée par les Japonais, dont il paraîtrait que certains auraient même des poils de cul lisses, information dont je ne dispose pas de première main, je tiens à le préciser ici – mais en tant qu’écrivain je me dois d’explorer les noirceurs de l’âme et du corps humains, et c’est pas facile tous les jours quand vous saurez qu’il existe en effet plusieurs forums Doctissimo sur les poils pubiens lisses.

Oui, nous habitons un monde ridicule et bien le bonjour.

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Toujours plus loin, plus haut, plus fort.

De l’anormalité sociale du célibat

Après que google, facebook, darty, ma banque et la Poste m’aient souhaité une bonne Saint Valentin, il paraît évident que 1. WTF les algorithmes les gars ? franchement si c’est à ça que vous dépensez votre fric alors que je passe mon temps à taper « pourquoi suis-je célibataire » et « injustice du célibat » dans tous les moteurs de recherche, mais balancez-moi directement la sauce (la réponse à ces questions, selon le CNRS, est « 1. parce que vous êtes needy » et « 2. parce que vous êtes chiante ». bon.), et que 2. nous n’échapperons pas aux sirènes de cet événement malgré toute notre bonne volonté. Je vous arrête tout de suite, je sais que j’ai l’habitude de vitupérer tous les 14 février comme sur du papier à musique, sur l’air de je méprise cette fête commerciale mais en fait ça me fait chier grave juste parce que j’ai pas de mec. Bon. Je reconnais que c’est de mauvaise grâce, mais de bonne guerre. TMTC que quand t’as pas de mec (ou de meuf) tu es socialement une merde, une bouse, un déchet, une ordure (je m’étale un peu sur les synonymes mais comprenez ma souffrance).

C’est vil en plus parce que maintenant on nous fait le coup que la Saint Valentin c’est genre « pour toutes les personnes que vous aimez », donc soi-disant qu’il faudrait envoyer des cartes à ses amis et sa famille. Inutile de dire que tout mon être se rebiffe à la pensée 1. de payer des timbres (oui je suis ladre, c’est là mon moindre défaut, sans doute le point 35 dans la liste des raisons qui font que je suis célibataire et un être inférieur) (et NON, une carte virtuelle n’est pas une carte de vœu, je suis une personne moderne mais faut pas déconner non plus, kikoo à vous tous avec vos imaïles de bonne année : je vous ai IGNORÉS) (point 3 : je suis une connasse) et 2. de montrer au monde entier à quel point je suis une biatch needy avec des cartes pathétiques.

Or donc, cette frénésie commerciale, soit, mais, me dis-je avec mon cerveau de chercheuse en sciences sociales plus fin que du sucre dans une boîte de gros sel, il doit y avoir une couille : non, nos fêtes ne sont pas vierges d’idéologie, surtout ces us nés au pays de Trump et du Grand Satan. Pourquoi, me dis-je encore, passes-tu donc ton temps à te lamenter sur ton célibat alors qu’il te permet de t’épiler à toute heure, de regarder The Walking Dead en bouffant du Mac Do, de dormir en travers d’un lit deux places et de payer un max d’impôts ?

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En quoi, bon Dieu, est-ce MIEUX de vivre en couple ? Ou, si ce n’est mieux, plus NORMAL (je crois que nous touchons là au cœur de la question : qu’est-ce que le normal ? est-il normal d’aimer les cornichons et les tutus à paillettes alors qu’on souhaite ardemment être la meuf la plus hipster du coin ?). C’est quoi ce fuck des campagnes de fringues the Kooples comme quoi genre qu’avoir un mec barbu tatoué qui s’habille en noir c’est le nec plus ultra de la branchitude ? (et PS un couple en anglais ça se dit couple ou pair, merci bisous lol over my dead body). Pourquoi adhérons-nous à ces théories ? Je reconnais qu’il faut un échange sexuel pour se reproduire, mais que je sache la famille nucléaire n’est pas inscrite dans nos gènes, moins que l’alcoolisme par exemple, ou que la détestation instinctive de Fifty shades of Grey.

Je me précipite alors sur le site de l’Insee et après un certain nombre de tâtonnements (ce site est aussi mal organisé que le Franprix du coin de la rue), voilà la statistique toute nue : 35,8% des ménages franciliens sont composés d’une personne seule, plus 9,3% de familles monoparentales. Et 20,6% de femmes seules (déséquilibre tout à fait rassurant quand on confronte à la liste des raisons pour lesquelles je suis célibataire à laquelle vient s’ajouter le point 27 : j’ai lu Marx). Toutes des salopes, évidemment.

Bon, merde, moi qui voulais plastronner et disserter sur la notion de majorité et de normalité, c’est foutu (je ne sais pas pourquoi, j’avais dans l’idée que dans la grande ville anonyme nous constituions une majorité silencieuse et opprimée). N’empêche. On est plus que les mecs qui votent pour Marine Le Pen (enfin, a priori). Et vous devriez voir ce que ça donne quand on nous arrose après minuit (beaucoup de poèmes désespérés et quelques déshabillages sur la voie publique). J’aimerais bien savoir pourquoi on ne nous a pas encore concocté une petite fête bien commerciale rien que pour nous : c’est évident, ON DÉRANGE. Si on est malheureux on est flippants, si on est heureux on menace la famille de François Fillon dans Paris Match.

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Ceci concerne également la campagne présidentielle

L’injustice crasse de ce statut d’anormalité du célibataire est qu’elle ne tient compte d’aucun critère temporel : ainsi, depuis mon accession au lamentable statut d’adulte (légalement s’entend), j’ai dûment participé à la respectabilité sociale, avec 12 ans de vie de couple totalement comme il faut. Mais voilà, 5 ans de solitude et tu es une paria.

Et comme je suis une pauvre meuf, je vais finir la journée en m’achetant un macaron à la framboise en forme de cœur pour me faire un cadeau à moi-même. C’est ça le problème avec la rébellion, quand on est conformiste. Ça finit mal.