Carlos & moi

Alors donc, j’ai deux gosses en bas âge. Ne nous y trompons pas ils sont très mignons et tout (ça leur sauve la vie d’ailleurs, surtout le jeune qui est tout de même très têtu et gueulard, c’est sans conteste un enfant HPDT – Haut Potentiel de Donald Trump – vraiment très tôt dans la vie, c’est dire s’il est doué pour te donner une grosse envie de lui tarter sa gueule faire un bisou, il est trop meugnon), mais ça prend du temps de ta vie (et de ton sommeil hahaha, allez on dormira quand on s’ra morts). Ceci a deux effets principaux sur mon activité d’adulte rationnelle: 1. mon rayon d’action en tant qu’adulte non parent est très réduit, donc 2. ma productivité a fortement augmenté. De là à en conclure que le capitalisme veut qu’on fasse des enfants, il n’y a qu’un pas, sauf qu’y a pas de places en crèches, donc en vrai c’était plutôt Walter Ulbricht qui avait tout compris: femmes productives + collectivisation de la garde + Good bye Lenin et hop! on regrette la Stasi. Mais je m’égare. Et là faut que je fasse gaffe parce que j’ai pas le temps de me relire, donc vous avez droit à des productions littéraires de premier jet et le problème c’est que j’ai une pensée riche quoique sinueuse (comme dit mon mec « Faut suivre, moi j’ai lâché la rampe »). Un plaisir. Bref.

J’ai ainsi dû choisir entre me vernir les ongles des pieds et écrire ce post. Comme vous le voyez, j’ai le sens des responsabilités et du geste littéraire. (En vrai je suis allée me vernir les ongles des pieds et j’ai écrit ce post en deux fois, mais tout ça n’a servi à rien vu qu’il a fait trop froid pour sortir en nu-pieds, chienne de vie).

Donc, la conséquence principale de l’état de parentalité, du manque de temps et de fatigue qui en découle et des nouvelles technologies, est que je passe un certain temps à scroller sur divers réseaux sociaux de millenials, notamment instagram ce truc de vieux (car je suis officiellement vieille maintenant, il paraît, car j’étais DÉJÀ VIVANTE pendant la Coupe du monde de foot, dixit mon fils de sept balais qui est fan de foot à un point assez inquiétant mais nous en reparlerons).

Et c’est là (sur instagram, suivez un peu, bordayl!) que j’ai croisé Carlos. Non non, pas Jean-Chrysostome Dolto ou son papayou dont il cause ci-dessous, je veux parler de Carlos Ghosn, ex-PDG de Renault-Nissan. Le gars soupçonné d’abus de bien social qui s’est enfui du Japon dans une valise. Et pourquoi je suis tombée sur son compte? Parce que la femme d’un de mes potes d’enfance le suit et like ses posts, mais je vais pas balancer. Est-ce que je devrais me poser des questions et changer de potes, ou est-ce que mes potes devraient se poser des questions et changer de femme? La question reste ouverte.

Pas ce Carlos-là, mais ici il explique très bien Freud.

Eh bien Carlos Ghosn, bloqué au Liban tel un loser recherché par Interpol, on dirait qu’il s’emmerde sec. Mais au lieu de faire comme toute personne qui se respecte quand elle se fait chier la moule et de se mettre au crochet tout en binge-watchant Bridgerton (autre sujet dont il faudra qu’on cause) ou plutôt Top Chef vu l’âge de Carlos, le gars s’est dit qu’il allait faire de l’influence, oui oui; ainsi que, j’imagine, du biff, du fric, du cash, de la moula.

Carlos Ghosn, donc, créée des petites vidéos de coach de vie à destination de nous pauvres mortels, en tant qu’ancien leader successful du monde des affaires j’imagine, sur des sujets aussi variés que qui épouser, comment élever ses enfants, comment être un bon leader ou pourquoi il est retourné au Liban (spoiler: parce que le Liban n’extrade pas les criminels pour retrouver ses racines). Il a même une NEWSLETTER! Si vous n’êtes pas branchouilles je vous balance l’info, la newsletter est aux années 2020 ce qu’était le blog aux années 2010 (oui je vous l’ai déjà dit, je suis vieille). Bref, le gars est au taquet. J’étais à deux doigts de me dire « On dirait-on pas que c’est un homme de plus de cinquante ans qui va nous mecspliquer la vie? » (si vous ne connaissez pas ce terme renseignez-vous, les gens, je suis vieille mais je suis connectée, moi). Mais non.

Comme Carlos Ghosn a des ambitions mondiales (il dit d’ailleurs grand bien de la mondialisation dans une de ses vidéos, c’est sans doute pour ça qu’il reste au Liban), la grande majorité de ses vidéos sont dans un délicieux anglais qu’il prononce avec un bel accent français (on voit qu’il a fait Polytechnique, le gars). Et c’est beau, cette fraternité, cette volonté de partager par-delà la mer Méditerranée aux îles d’or ensoleillées.

Carlos Ghosn, franchement, ce qu’il raconte, c’est la révolution dans ta vie. Il dit que des trucs tellement vrais que j’ai été émue aux larmes et j’avais envie de faire comme lui et de tout quitter dans une malle Vuitton pour partir m’installer en Italie mais sans Giorgia Meloni (Beyrouth non, t’as poussé le bouchon trop loin, Carlos, c’est un peu trop dans le rayon d’action des canons Netanyahuïens). Vraiment. Allez-y, vous allez voir.

Car grâce à Carlos Ghosn, j’ai enfin compris que tous mes problèmes étaient essentiellement un manque de PASSION. On voit qu’il a fait Polytechnique, le gars, je vous l’avais bien dit.

Eh oui, Carlos a le sens de la formule on dirait.

Il faut aussi faire bien gaffe avec qui tu te maries (INCROYABLE!!!) parce qu’on vit dans un monde de brutes: ta femme doit donc t’apporter l’amour et la tendresse pour t’aider à être stable et performant. Et puis, il faut écouter tes enfants, mais attention une écoute active hein, pas passive malheureux! il faut leur donner du temps, et si tu ne peux pas leur en donner en quantité (Carlos se vante de le faire, il doit vraiment s’emmerder à cent sous de l’heure dans le pays de ses racines) il faut donner du temps de QUALITÉ.

Il faut aussi (« My morning non negociable ») faire au minimum 5 minutes, voire 15 minutes de sport tous les matins quand on a plus de 50 ans. Un génie révolutionnaire, je vous dis! Ah, et il faut communiquer avec authenticité. L’honnêteté, la passion, la conviction, c’est tout ce qui l’anime.

Bref, c’est magistral. Quand j’entends ça, j’ai envie de hurler à la lune. ENFIN! Une voie vers l’illumination! Merci Carlos.

Je conclurai par le plus beau raisonnement philosophico-économique qu’il m’a été donné d’entendre sur cette planète (on voit qu’il a fait Polytechnique, le gars) : LE BURN-OUT N’EXISTE PAS. Le Burn-out est un mythe, comme la petite sirène ou les dragons. Si tu as un problème, c’est seulement un manque de passion dans ton boulot. Tu vois Fantine, t’es nulle! Ouvrière dans une verroterie ou prostituée, t’arrives même pas à voir ta fille, t’as fait un gosse avec un mec toxique, mais vraiment, tu ne peux t’en prendre qu’à toi-même! LA PASSION je vous dis.

Allez les losers je vous laisse, la passion est en moi. Bisous.

I. AM. BACK.

Attention, je ne sais pas si c’est pour très longtemps, les aminches. Déjà j’ai dû comprendre comment fonctionne le site et tout et tout, ça fait NEUF ANS que j’ai écrit mon dernier post bordayl de chiottes, j’étais jeune j’avais pas de moustache pas de gosse pas de mari, l’IA n’existait pas et j’étais prof chez les jeunes prolétaires de banlieue (des bisous les jeunes). La belle vie.
Tu me diras, Macron, Trump, Poutine et Xi Jinping étaient déjà dans la place. Heureusement on a quelques points d’ancrage dans ce monde versatile et incertain. Merci les gars. You rock my world.

Un peu comme Donald en 2024 quoi.

Or donc, que dire? Que j’ai l’impression d’être une dinosaure au vieux cuir épais tanné par le soleil et une existence de labeur urbain mais piétonnier, tout en étant dans ma tête d’une fraîcheur qui n’a d’égale que celle de Céline Dion avant Las Vegas? Que j’ai décidé d’être rétro en reprenant un blog, forme littéraire désormais tellement ringarde que j’ai l’impression d’être une trad wife dans le corps de Frédéric Beigbeder?
Absolument.
Mais c’est pas une raison. Il faut rester au contact du public, se confronter au réel, même si c’est la grosse loose.
Car oui, presque dix ans ont passé et c’est toujours la loose, mais c’est pas pour ça qu’on arrête de rigoler, même si on a moins de problème de mecs vu que le mien est une sangsue que même si tu pètes au lit et que tu prends dix kilos ça ne le défrise pas. Je crois qu’il n’a pas lu Frédéric Beigbeder (ne me jugez pas, j’ai écouté un podcast avec lui dedans hier et les podcasts c’est encore vaguement acceptable niveau branchitude). Une raison de plus de l’aimer, ce con.

Si vous avez des places pitié je donne mon stérilet et mes enfants. Merci.

Pour ce retour dans les hautes sphères littéraires des internets, je vais faire bref et résumerai ainsi ces neuf années, dont l’amplitude n’a d’égale que l’abyssale banalité: JE SUIS DEVENUE UNE SALE BOURGE. Non pas que la bourgitude ne m’eût pas habité depuis ma prime jeunesse, car on n’est pas née dans une étable, mais disons qu’elle était plus en puissance qu’en acte.
Donc je me suis mariée avec un homme (plus riche et plus âgé que moi, heureusement beaucoup moins diplômé pour sauvegarder ma dignité de wannabe féministe), on a acheté un appartement À PARIS (bourgitude immonde de top niveau), on a eu deux gosses (je connais maintenant plus de soixante espèces de dinosaures, utile compétence), j’ai vaguement touché à la dépression du post partum et à la PMA vu mon grand âge (si vous connaissez pas allez chercher sur internet mais normalement vous avez dû tomber sur Marine Tondelier qui faisait un peu trop sa catho de gauche sur le sujet les derniers jours), je bosse à temps partiel telle une femme dominée mais c’est pour écrire des romans car j’en ai publié trois (disponibles ici ou dans toutes les bonnes librairies les deux premiers sont même sortis en poche). HUHUHU. On a toujours des prétensions.
Attention donc: je suis une bourge de type BOBO exclusivement; j’espère que vous n’avez pas oublié mon rêve de branchitude: si cette dernière s’achetait avec des latte croyez bien que ma chiasse chronique et moi serions les plus branchées de la capitale de la fashion et de la food. Hélas j’aime le lait de vache, donc c’était structurellement foutu: au moins Keydan, mon American serveur sûr, me connaît si bien que je n’ai même plus besoin de commander quand j’entre dans mon repaire caféïque car il sait que j’aime le lait « normal » (mais au fond de lui il m’approuve: le lait d’avoine donne un goût dégueu au café, même si l’avoine pète moins de CO2 qu’un ruminant).
Telle Sisyphe, je continuerai donc à gravir la colline de la hipstéritude.

C’est lui: fleur de latte, compagnon de mes diarrhées et de mes nuits d’insomnie, combustible de mes inspirations.

C’est tout pour aujourd’hui. Mais ne vous inquiétez pas j’en ai encore sous la pédale pour vous causer stérilet ou AG de copropriété entre deux changes de couche. L’écriture c’est comme le vélo, c’est quand même plus facile avec les petites roulettes (et je dis merde à la mode de la draisienne pour le développement moteur des enfants).
Allez bisous et à bientôt.