L’abattant abattu – Histoire de chiottes

Au début je me suis dit allez, fais un texte sur la grève générale et la Nuit debout et la Révolution qui vient, mais cependant un besoin plus pressant occupait mon âme, celui de raconter l’importante aventure qui m’arriva il y a quelques jours déjà, et qui se réfère au confort incomplet de mes lieux d’aisance. Parce que je suis une meuf qui s’intéresse aux vraies questions.

Les gogues sont tout de même un coin fondamental, quoique petit : un être humain s’y rend en moyenne 2500 fois par an, pour une durée totale de trois ans à peu près (source : worldtoilet.org) (oui, il existe un site de ce nom). Au vu de mon appétence pour les lieux d’aisance, une rapide analyse quantitative (je fais des sciences sociales huhuhu) m’a permis d’établir que j’y passe bien plus de temps ; en effet, de nombreuses activités sont propices à l’accompagnement de la sainte activité défécatoire, activité dont j’ai déjà disserté en détail ici car je suis hélas une femme assez peu délicate (et je m’en bats les couilles bien tranquillement).

C’est dire l’importance du confort procuré par le trône, objet hélas soumis à la trivialité du réel ; or donc, on voudrait une belle chiotte à la japonaise, garnie de coussins, qui chauffe le cul et vous torche avec aménité, mais on se retrouve avec une toilette étroite et inconfortable, la propriétaire ayant qui plus est cassé l’abattant.

Note sur ma propriétaire : personne charmante mais cependant totalement ignorante des réalités de la vie et surtout de ses petits plaisirs (le genre qui fait du jogging), et qui s’imaginait que je n’aurais PAS remarqué que l’abattant des chiottes manquait. Mais dans quel monde on vit. Attention cependant, précision sémantique, comme nous le montre l’image ci-dessous, l’abattant est le DESSUS de l’appareil surplombant la cuvette, complété par la lunette (soyons précis). Ainsi, les toilettes restaient fréquentables quoi qu’ouvertes à tout vent ; enfin, quand on est célibataire cet inconvénient reste supportable (oui le célibat est la décadence de l’Homme mais bon, comme la décadence c’est l’fun je ne m’en préoccupe pas trop merci bien).

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Thésaurus de chiottes

Mes toilettes étaient donc incomplètes, mais tout cela restait supportable, car avec une petite bouteille de vodka et une pile de magazine on est à l’aise partout. Cependant, la nature du plastique étant fantaisiste, la lunette elle-même vint à manquer et ses charnières à se défoncer, ce qui eut pour désagréable effet de me faire dégringoler des guogues un matin où je n’étais pas de la première fraîcheur, mais passons. Il me fallait donc agir rapidement, pour rééquiper mes chiottes et redonner son lustre au lieu de tant d’ébats.

« Le monde de l’abattant WC est vaste. Il en existe en effet pour tous les goûts, toutes les bourses et même tous les usages. » (source : cdiscount) (tous les usages???). En effet, après consultation de divers sites internet, la constatation fut sans appel : hélas, l’appel de la déco (on ne dira jamais assez le mal qu’a fait Valérie Damidot à notre civilisation) pousse le chaland à proposer des abattants de couleur vive, voire criarde, et non pas tellement des sièges où le séant soit avantagé. Le chiotte super luxe à la japonaise coûte 600 euros ; bon, faut pas déconner non plus. Je décidai ainsi tout de go de me rendre chez Castorama afin de remplir le vide existentiel que traversaient mes toilettes.

Or donc, Castorama est pour votre servante un lieu rempli de dangers. Pourquoi ? Parce que j’ai envie d’acheter tout le magasin, voilà pourquoi ! Déjà c’est comme ikea mais en plus cher, mais en plus il y a des objets fascinants et tout à fait indispensables : pistolets à colle, vis, serre-joints, palettes, vernis, colles, chevilles, clous et autres fredaines que j’affectionne, car je suis à la fois une bricoleuse invétérée (savoir : après avoir percé un trou la perceuse reste au placard car l’effort fourni était vraiment trop violent) et une jeune convertie au douitteyourself (ou DIY comme on dit sur les blogs), et franchement depuis que j’ai fabriqué mon propre porte-bijou je vis sur un nuage : adieu enfin le monde de la consommation, je fais moi-même les objets qui m’entourent (avec la sainte assistance de Castorama) (mais c’est pas vraiment de la consommation).

Résultat, j’ai acheté trois boîtes à biscuits, un rideau de douche design (enfin, avec un motif branché dessiné dessus) (j’ai décidé que mon luxe personnel ne serait pas un abattant japonais mais un rideau de douche classe, c’est moins cher) ainsi qu’un abattant « universel » (nous reviendrons sur l’importance de ces guillemets). Bref, après avoir dépensé ma paie de mars en objets inutiles, je gagne la station de vélib avec le sentiment du devoir accompli.

Car hélas, les liaisons en transports en communs ne sont pas toujours adaptées, et il faut que je muscle mon cul. Mais tout était bien parti, un vélo disponible, dans le 19ème c’est pas tous les jours ; la chance, crus-je, me souriait, ainsi que les auspices de JC Decaux. Nonobstant, en empilant mes emplettes dans le panier du vélo, un doute m’étreint : l’abattant est trop imposant. La poisse. Mais ne nous laissons pas abattre par l’adversité : je fixe peu ou prou la chose avec la chaîne de cadenas car il faut prendre la vie du bon côté, je fourre le maximum de mes achats dans mon sac à dos (oui j’ai un sac à dos, c’est très pratique), et j’enfourche le vélo.

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Totale maîtrise

À cet instant, il n’eût pas été exagéré de dire, selon une expression populaire certes frisant le racisme mais assez parlante, qu’on aurait dit une romanichelle. En effet, j’étais évidemment habillée trop chaudement (je suis frileuse) (voilà pourquoi je hais les demi-saisons), et je bringuebalais dans le contre-sens cycliste en suant comme un bœuf tout en maintenant d’une main l’abattant baladeur, tandis que (classique) l’averse se déclarait. C’est là qu’on se rend compte que Bouddha était vraiment un type qui ne connaissait pas la laïfe. Emplie de ces réflexions philosophiques, voici qu’un nid-de-poule croise ma route.

Adieu veaux vaches cochons couvée, l’abattant s’envole pour atterrir sans coup férir sur la voiture qui me jouxte. Une voiture de flics, ÉVIDEMMENT. Comment, saisie de terreur, je me suis humiliée pour demander leur pardon (heureusement l’abattant n’avait point fait de bosses), moi qui criait la veille encore en manif « Je n’aime pas la police », comment j’ai regagné la prochaine station vélib, puis ai marché tel un chien mouillé jusque chez moi, pour découvrir après mes cinq étages sans ascenseur que l’abattant n’est PAS DE LA BONNE TAILLE ?

Je ne sais pas. Depuis je suis au fond du trou. Un conseil, évitez les merguez de manif.

Et en plus va falloir que j’aille l’échanger, l’abattant.

Lol. Comme disent les jeunes.

Des trentenaires sans enfants

Pardonnez ma dissipation, il est vrai que j’écris plus rarement sur ce blogue ces derniers temps mais, outre que j’ai du travail (ce qui est tout de même assez contrariant), j’ai mis un certain temps à me remettre de l’annonce que Sophie Marceau sort avec Cyril Lignac. Y a plus de respect.

Vous serez étonnés, je vais disserter des problèmes logistiques rencontrés par les femmes célibataires ayant dépassé la trentaine ; un sujet que j’aborde rarement, tant je suis le modèle de la mère de famille idéale vivant dans un pavillon périurbain avec deux gosses et une femme de ménage, mais il faut écrire pour tout le monde ne voyez donc pas la moindre critique dans mes paroles ces femmes ne sont sans doute pas anormales au fond, m’enfin un peu quand même.

En effet, lors d’une soirée où j’avais appris que Jeanine avait accouché du troisième et Germaine de jumeaux (car j’ai l’œil affûté, je fais des sciences sociales), alors que je commentais que franchement dans mon entourage il y avait beaucoup d’enfants (dont un certain nombre au prénom ridicule, mais ça c’est pas trop mon problème, keep up Jézabel) surtout que mon ex vient d’en pondre un, merci la life (je vous passe les détails de cette horrible sensation connue sous le nom de « j’ai raté ma vie j’aurais dû rester avec Gérard qui certes me trouvait trop grosse mais aurait fini par m’engrosser » (brillant jeu de mot)), la meuf à côté de moi me dit « Ah ben oui c’est sûr, à notre âge il vaut mieux s’y mettre si on veut en avoir ». Connasse. Moche en plus. Il est à toi le  gamin obèse là-bas? Ah d’accord. Il a pas l’air bien dégourdi, pauvre gosse. Tu crois peut-être que je fais exprès de ne pas rencontrer le père de mes enfants et de me fourvoyer à tomber amoureuse d’hommes qui ne me rendent pas la pareille ? Alors oui peut-être, à un niveau psychanalytique profond, certes ; enfin moi je ne te fais pas remarquer l’injustice du fait que tu es maquée alors que moi macache. Vu que tu as l’air d’une personne assez délicieusement sensible aux sentiments d’autrui. On dirait que parce que t’es célib sans gamins tu menaces la paix mondiale. Et (fait certes rare) je n’étais même pas en train de me plaindre! Je veux dire sans déconner, on peut pas nous foutre la paix cinq minutes merde?

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#PiègeMortel

Mon ex a eu un enfant, mon amant a deux enfants, mon petit frère a un enfant, vous allez voir que bientôt mon cousin, qui ne veut pas d’enfants, va avoir un enfant (ou pas, cousin je compte sur toi, ne me laisse pas occuper seule le trône de l’héritière indigne incapable de pondre pour perpétuer le nom et la race familiale, certes supérieure mais on fait comme on peut) (et au passage un merci à mon frère pour avoir perpétué l’espèce, ça a diminué la pression familiale).

Attention, je ne suis pas totalement une pute aigrie, je suis sincèrement contente pour toutes mes copines enceintes, je m’extasie sur la première dent du petit (enfin j’avoue maintenant je suis un peu blasée, sauf pour mon neveu qui est un génie bien entendu), j’offre des cadeaux de naissance comme il faut, je veux bien gardienner à l’occase, je fais des bisous, toussa toussa, mais merde un peu de respect pour ma situation aussi les gars. Et encore j’ai de la chance, mes copines ne sont pas du genre à me raconter leur épisiotomie ni à s’extasier sur la consistance du bavoir du petit Valère. Mais tout de même, tous ces bébés mignons, ça érode l’estime de soi quand on en voudrait soi-même. Et je ne parle même pas des femmes qui ne veulent pas d’enfants. Des suspectes, des salopes égoïstes, elles disent ça maintenant mais elles changeront d’avis un jour (euh… et si on la laissait décider, et puis moi je peux comprendre, faire des gosses dans le monde d’aujourd’hui hein… enfin moi jdcjdr).

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Bref, les meufs sans mioches dans ma génération ça commence à devenir suspect, à sentir le roussi, la névrose et la louse, surtout quand t’as pas de mec (auquel cas tu peux toujours te défausser d’un habile « mon copain ne veut pas » accompagné d’un regard triste) (j’avoue ça doit être chaud à gérer si c’est vrai, vu que si tu le quittes tu te trouves dans la situation décrite dans ce post et là c’est chaud bonbon, mais bon, je ne vais pas non plus plaindre les gens en couple, faudrait pas trop pousser Mémé dans les orties). En conséquence, confrontée à toi (la célib infertile) en soirée, la gent masculine propose deux interprétations de la situation : 1. c’est une chaude du cul instable, faut que je me positionne pour me la faire (et après quand tu dis non on te prend pour une anormale) (mais pour qui tu te prends tu parles de cul en soirée et après tu veux pas baiser) ou 2. elle est prête à tout pour se caser et faire un gosse, je la saute et je me barre direct (quelques habiles questions/remarques permettront éventuellement de la déminer, genre « ça fait longtemps que tu es célibataire ? » ou « moi je ne cherche rien de sérieux », merci mec ça me touche, au moins les choses sont claires).

Ces situations peuvent d’ailleurs déclencher des crises d’angoisse chez le sujet concernée (oui, car c’est une femme), qui se traduiront par diverses manifestations comme boire beaucoup, puis glousser en disant « je suis bourrée », parler beaucoup puis glousser en disant « je suis bourrée », ou partir en urgence à la recherche d’un bocal de cornichons (une vraie passion qui me redonne la joie en toute circonstance) (avantage : après ton haleine de chacal te préserve de tout désir masculin mal venu), car toutes les occurrences où tu dis « je suis bourrée » sont interprétées en face comme « la voie est libre », bien entendu. Si j’avais l’esprit simpliste et que je méprisais les hommes (ce qui n’est pas mon cas of course), je dirais que ne pas avoir d’enfants et faire montre d’un certain épanouissement sexuel t’assimile direct l’étiquette « grosse teupu » (une étiquette qui t’est d’ailleurs accolée sous de nombreux prétextes, notons-le tout de même). Plaisir de l’égalité des sexes, parce que je sais pas pourquoi mais je sens vaguement que c’est pas pareil pour les mecs.

Voilà, hein, je ne me plains pas mais quand même, WTF. Merci bisous lol.