Des vœux de bonne année

Non je ne vous soulerai pas de souhaits débordants de paix, d’amour et de joie, qu’on me laisse digérer tranquille ; mon foie, lui, a bien besoin d’une paix que la graisse, le sucre et l’alcool ont mise à mal après cette période de l’année où l’on pratique le monachisme le plus absolu, celui que professent les braves moines de l’abbaye de Thélème, qui ne mangent pas pour vivre, ils vivent pour manger, et n’ont que leur vie en ce monde. J’approuve avec force acquiescements et approbations, et me présente illico à leur porte pour me porter volontaire pour le noviciat. Émir du Q., hype, parisianisme et billevesées, je renonce à vos pompes et me tourne vers la vie de tonneau sur pattes.

Il faudrait nonobstant inventer un moyen de limiter crise de foie et gueule de bois, ainsi que les effets néfaste des corps gras sur la sveltesse du corps parfait de la lonesome camionneuse, parce qu’on veut bien renoncer aux hommes, à la mode, aux sorties branchées et autres divertissements accessoires, être une bonnasse filiforme reste un impératif catégorique de la féminité (rappelons en passant que la contradiction ne nous fait point peur, qu’on ne vienne donc pas nous balancer des fadaises sur la domination de la femme et de son physique et l’anorexie des petites filles qui portent des strings à papillons roses dès l’âge de six ans,  la lonesome c. restera belle et svelte malgré vos basses jalousies).

Funny New Year's Ecard: My resolution is to get healthier while still destroying myself with alcohol and drugs.

[Je ne parlerai pas de la suite du processus ruminatoire et de ses désagréments, car une ignoble censure est exercée à l’encontre de tout récit de digestion sur ce blogue (on me menace d’amitié brisée et autres calembredaines et coquecigrues ridicules si je touche ne serait-ce qu’un mot d’intestins ou de bousin) (nous cédons à la menace, mais vous ne perdez rien pour attendre, faux amis, vils chicaneurs) (la pharmacienne a réussi à me convaincre d’ingurgiter de l’huile essentielle de mandarine, c’est dire mon état de délabrement) (j’écoute Didier Barbelivien)]

Bref, digérons en silence et passons au sujet qui nous préoccupe, à savoir la taxinomie scientifique des vœux de bonne année.

Constatons d’abord avec peine mais superbe, car notre dignité est grande, que le magnifique iphone de la lonesome camionneuse, un objet dont elle est hautement dépendante, est resté furieusement MUET sur les coups de minuit, soit que les trentenaires blasés qui se prétendent ses amis aient renoncé à envoyer des textos parce que c’est so 2000, soit que tout simplement (let’s face it) elle n’aie pas d’amis. Fatale perspective que cette solitude de l’Homme sans Vœux, comme quand sa mère sortait le soir et qu’elle le laissait seul avec son désespoir. A tel point que les derniers camarades prêts à la supporter pour la soirée du réveillon se sont sentis obligés de lui envoyer des textos alors qu’ils siégeaient en face d’elle. SGNIF (nous ne gloserons pas sur l’ignoble rosse à sa sinistre qui osa lui adresser un message intitulé « cherche pas personne te répond». Tu paieras pour tes crimes).

Drapons-nous donc dans une noble réserve. Voici pour vous, admirables lecteurs, un classement de la plus grande scientificité concernant les vœux de nouvelle année:

Les non-vœux. Ce magnifique texto du 1er janvier « Tu n’oublieras pas mon tupperware mardi ? » auquel tu ne peux que répondre, avec une légèreté de bon aloi : « Bien sûr. AU FAIT, BONNE ANNEE CONNARD ». ET LA POLITESSE, BORDEL ? (je sais bien que tout ceci n’est que convention et hypocrisie sociétale, mais enfin tu donnes, tu donnes, tu donnes, et que reçois-tu en retour ? rien, sinon des éclats de tupperware).

Les vœux plus usagés qu’un condom après un gang-bang. D’une banalité affligeante, ces vœux sont bien évidemment les plus courants car l’originalité c’est un peu dangereux mon bon monsieur. Bref. Bonne année bonne santé et on passe à autre chose. Il y a là une efficacité sans fausse sincérité finalement assez réjouissante. Outre que tout de même, ces gens vous ont envoyé leurs vœux, ce qui est plus que beaucoup de vos soi-disant amis donc (je vous ai rayés de ma vie, vous tous qui m’avez mis des vents de vœux) (tout, tout, tout est fini entre nous, j’ai plus la force du tout, tout, d’y croire et d’espérer) (ou-ou-ou).

Les vœux automatiques. Tes seuls amis aux alentours de minuit et demie sont Darty, L’Occitane et La Redoute, qui te souhaitent tout le meilleur par un message électronique automatiquement généré depuis un serveur situé à Brie-Comte-Robert. N’empêche, tu te sens moins seul.

Les vœux passifs-agressifs d’encouragement à l’échec.  Enfin on te souhaite quelque chose. Mais peut-être eût-il mieux valu qu’on ne te souhaite rien. Exemple tout de go: « je te souhaite de soutenir ta thèse, ça tombe bien 2013 année de la thèse, ça rime ! » (ah ouais ? ça rime aussi avec merguez, dis-donc !) (notez qu’on n’en est même plus à « bien soutenir ta thèse« , ce qui semble de fait plus raisonnable, mouahahaha) (rire de démente). Le vœu d’encouragement dans un domaine de ta vie qui ressemble plus à Berlin année zéro qu’à Dubaï et ses piscines dans le désert se décline également en « je te souhaite de trouver enfin l’amour », « que tu retrouves ta ligne d’avant ton accouchement…ah, tu n’as pas d’enfant ?» ou « j’espère que tu arriveras à imaginer quoi faire de ta vie ». Peut générer un stress allant du tic facial (potentiellement dangereux : évitez tout de même de lâcher de la bave, voire un crachat, c’est très mal vu et vous risquez de vous retrouver avec des infirmiers à la porte le lendemain) à l’ulcère à l’estomac. A soigner par adjonctions massives de champagne, ou de méthode Coué « yes I can, yes I can YES I CAN YES I CAN ».

Les vœux hyper-actifs. En général concernant un domaine dont t’as rien à cirer au fond, mais tu peux pas le dire sinon tu seras un paria social. Les gens qui les formulent sont en général des animaux de trait personnes très actives dans la vie, que c’est agréable ! Typiquement les vœux concernant ton boulot, tes projets, tes entreprises, le sport et autres trucs flippants qui nécessitent de lever le cul de ton canapé. Très fatiguant, ces vœux. Les entendre te donne juste envie de faire la sieste.  Toi tu ne demandes absolument rien, juste une veste Chanel que tu passerais tes journées à admirer. Travailler ? Quelle idée !

Les vœux de vieux hippies mon cul. Peace, love et tout le tintouin. Mais bien sûr ! Enfin je ne veux pas faire ma rabat-joie, les enfants, mais tant que le capitalisme financier restera aux manettes ça paraît relativement peu probable. A part se donner bonne conscience, je n’vois pas trop l’intérêt – surtout quand le type qui t’envoie la carte est un fanatique pro-Bush-on-va-aller-buter-Ben-Laden-jusque-dans-les-chiottes. Plaisir. En attendant les Syriens meurent en silence. Entre autres.

Les vœux à côté de la plaque. Bien entendu ces vœux partent d’une bonne intention, car le but est qu’ils soient personnalisés. Hélas, trois fois hélas, ils ratent leur cible de bien loin. Qu’ils te souhaitent d’arrêter la clope alors qu’on vient de te diagnostiquer un cancer du poumon, ou de construire une belle famille alors que ton mari vient de demander le divorce, ils sont légèrement en décalage. Qu’à cela ne tienne, riposte en annonçant ton intention d’élever tes enfants conçus par mère porteuse dans un phalanstère exclusivement féminin. Il y a là matière à discussion et tu pourrais passer une agréable soirée et pour une folle, ce qui n’est jamais inutile pour que les cons te foutent la paix.

Les vœux militants. Le patron de la CGT ou JLM le Grand se fendent bien entendu d’une petite ode militante qui te donne la niaque et le couteau entre les dents. C’est orienté mais au moins on n’avance pas masqués. J’ai moi-même décidé d’entamer l’année au rythme de l’hymne de la CNT, A las barricadas (que j’écoute entre deux chefs-d’œuvre de Didier B., qui en a décidément sous le capot) : Lève le drapeau révolutionnaire/ Qui sans arrêt nous mène vers le triomphe / Debout peuple ouvrier au combat/  Il faut vaincre la réaction/ Aux barricades ! Aux barricades ! Eh ouais, 2013 ce sera pas pour les mous du genou, c’est tout ce que je souhaite. Du canap’ à la barricade il n’y a qu’un pas.

Les vœux en musique. Chacun peut y aller de son petit snobisme musical en agrémentant ses vœux électroniques d’un petit air de derrière les fagots (ouf nonobstant, les vœux sur vinyle ne passent pas sur internet). En pleine cure de grande musique post-fêtes (Claude Barzotti, Lara Fabian, Demis Roussos, Felix Gray et Céline Dion, merci à vous et à votre musique pleine d’émotions vraies), la lonesome camionneuse ne porte point de jugement. Elle dit juste que les années 80, c’était quand même du lourd quoi qu’on en dise.

Les vœux dégoulinants. Une personne que tu ne connais ni d’Eve ni d’Adam ni de pomme (cette crise de foie me réduit aux jeux de mots les plus moisis) se confond auprès de toi en vœux d’une familiarité déplacée. D’abord, il est à qui ce 06 ? D’où cette personne te léchouille-t-elle l’oreille et espère-t-elle plus pour l’année prochaine ? Horreur et pétrification, faudrait-il vraiment se résoudre à arrêter l’alcool ???

Funny New Year's Ecard: Let's kiss on New Year's Eve 2012 as if we might have a future together in 2013.

Mes chers lecteurs, je ne vous souhaite donc rien d’autre que des siestes sur le canap’, une bonne digestion, des vestes Chanel, des amis polis et de la rigolade.  Enjoy.

Des types humains dans les soirées

Pas de soirée de bobos trentenaires du 18e sans quelque simplification typologique, fort utile pour comprendre la vie. La lonesome camionneuse, dont la principale caractéristique est la finesse d’observation de la société, vous livre ici ses conclusions scientifiques et plus nuancées que l’arc-en-ciel d’un ciel de printemps.

Précisons que, par souci du détail et de l’autoflagellation, la lonesome c. s’inclut elle-même dans plusieurs de ces types. Elle se refuse néanmoins à dévoiler lesquels, sauf contre une substantielle somme d’argent (Lonesome est vénale, c’est là son moindre défaut).

Précisons également par souci d’impartialité que la sexualisation des types est arbitraire, mais hélas mammifères nous sommes, mammifères nous restons, et tous ne sont pas pourvus d’une paire de nichons.

Voici donc quelques images de l’humaine condition confrontée à la foule imbibée et à la musique déchaînée:

la fille qui te répond au taquet qu’elle sera de la fête et ne vient pas. Sans s’excuser bien sûr. O tempora, o mores. La politesse, ça te dit quelque chose? Remarque, ça fait plus de champagne par personne.

le boute-en-train. Particulièrement en forme ce soir, il déroule les blagues de bon goût avec la virtuosité d’un enfileur de perles hawaïen. Et y a pas à dire, on se poile comme des bossus. Voyez plutôt avec cette excellente contextualisation: Qu’est-ce qui manque dans un coin?

(j’en ris encore) (NB chers lecteurs: la réponse est cachée en deux endroits dans ce post… bonne chasse!)

la fille qui raconte sa life au premier venu. Même pas totalement bourrée, elle disserte de sa vie sexuelle avec son voisin dont elle ne connaît même pas le prénom. Espérons que ce n’est pas un agent du FSB.

le mec de droite. Commence à faire chier avec le mariage homo en tripotant sa montre Armani (mec, please!) Neutralisation immédiate nécessaire, pour cela trouver un alcool fort type whisky toléré par cet être de l’espace, ce qui va être coton dans une soirée de gauchos où coulent à flots le rouge qui tache et la vodka-faux schweppes agrum’ de chez Ed.

la fille qui a passé la journée à faire la cuisine. Elle enfonce littéralement son œuvre culinaire dans le gosier des convives en leur demandant, l’air angoissé « c’est bon? ça te plaît? tu trouves mes gâteaux meilleurs que ceux de l’autre pouffiasse, là-bas? » Cette personne  n’en est qu’à la première étape de la stratégie de séduction gastronomique et croit encore qu’on garde un homme par son estomac. Bon courage.

l’homo trop stylé. Après quelques remarques acides à sa copine la fille à pédés (« ah je savais pas que c’était une soirée déguisée ») et quelques phrases pointues sur l’art contemporain, il réclame à cor et à cris un karaoké sur la version FRANÇAISE de Total Eclipse of the Heart, Si demain de Kareen Antonn (mythique. MYTHIQUE. AVEC UN BÉBÉ HUSKY. A voir ici. Reconnaissance éternelle à T.)

les mecs qui s’éclipsent à intervalles réguliers dans la salle de bains, suscitant ainsi une queue importante devant la porte des braves gens qui finissent par y tambouriner en criant « eh y en a qui veulent PISSER ici». Plusieurs explications à ce phénomène: la drogue, fléau de notre jeunesse ; ou le tripotage, dangereuse tendance sexualisante à bannir de toute interaction érotique, droit au but telle doit être la devise du chrétien avisé.

la fille qui ne boit que du champagne (avantage non négligeable: elle arrive toujours avec une caisse de cet appréciable breuvage). En plus en général elle est ultra bien fringuée. Bref elle a un peu la classe (qu’elle croit). Tu veux désespérément lui ressembler mais t’as pas assez de fric pour t’acheter du champ’

les fumeurs. Groupés autour d’une fenêtre ouverte ils échangent des considérations philosophiques sur la nécessité d’arrêter ou sur le fait que la voisine d’en face est plutôt bien gaulée en soufflant négligemment des ronds de fumée vers le ciel. Potentiels initiateurs d’une contre-soirée dans la cuisine.

la danseuse en folie. Prête à mover son body to the risen of the music, elle passe la soirée le doigt en l’air à se déhancher, voire à sautiller en tous sens en criant Shakira, Shakira!! Dès que l’hôte a le dos tourné, elle se faufile en douce vers le système sonore pour proposer à l’écoute quelque chef d’œuvre des années 80 – surtout si c’est aussi une fille à pédés. Du goût du goût du goût.

[A tous ceux qui m’ont regardée faire Waka Waka en vous gondolant comme du carton mouillé, I KNOW YOUR NAMES. BEWARE]

le sportif qui a relevé tous les défis. Vêtu d’un pull péruvien et de chaussures de marche, il disserte à n’en plus finir sur son ascension de l’Anapurna et le marathon qu’il a couru la semaine dernière. Au bout de deux minutes t’es déjà FATIGUÉE rien que de l’entendre. Tu lui proposes un verre de rouge. Il te répond avec une moue qu’il ne boit pas, c’est mauvais pour la santé. Tu sautes sur ton pote homo qui passait par là pour ÉCHAPPER A CE SUPPÔT DE L’ENFER.

la fille blasée. Tout en elle fait comprendre que cette soirée est un peu minable. Elle a déjà tout vu, tout fait, cet événement est pour elle plus mineur qu’une chiure de moucheron sur le pare-brise du monster-truck.Elle se perche sur un tabouret de bar avec ses Louboutin et sirote un martini en contemplant d’un air supérieur la masse du vulgum pecus. Pour tout dire, elle fait un peu penser à une autruche avec un balai dans le cul un peu raide.

le mec qui arrive déjà raide bourré et qui essaye de pécho malgré sa voix pâteuse. Il passe de fille en fille dans l’espoir qu’elle acceptera un verre de son fameux cocktail vodka-faux schweppes agrum’ de chez Ed et plus si affinités. Bon courage, gars.

la fille à la voix de stentor. Elle a les poumons aussi développés que Caruso, mais le timbre moins agréable. Elle expectore diverses informations toutes moins intéressantes les unes que les autres malgré le niveau important de décibels de la musique ambiante (genre « eeeeeeeeeeeeeeet voici la reine de la soirée! » à chaque fois que quelqu’un arrive), jusqu’à ce qu’on utilise son organe à bon escient pour servir le champagne.

le mec qui arrive pas à décoller. 5 heures du mat’ sonnent et il est toujours là, à te déblatérer de foireuses théories alors que le premier métro est déjà reparti et que t’as qu’une envie, te foutre au pieu pour les 3 prochains jours et le FOUTRE DEHORS. Technique éprouvée par un éminent membre de ma famille: aller se mettre discrétos en pyjama et fixer ensuite le bougre d’un air insistant. Degré de réussite dépendant hélas du degré d’alcoolisation du sujet.

Comme le chante le poète:

Que tous ceux qui sont dans la vibe (lèvent le doigt)
Que toutes celles qui sont dans la vibe (lèvent le doigt)
Que ceux qui sont assis se lèvent (suivent le pas)
(…)
Ces soirées là (ah ah ah ah) on drague on branche
Toi-même tu sais pourquoi (oui oui)
Pour qu’on finisse ensemble toi et moi (c’est pour ça)
On aime tous ces soirées là (jusqu’à l’aube, on les aime jusqu’à l’aube baby)