De la menace désertique – réflexions situationnelles et cybernétiques

Oui bon, on a bien le droit de faire des titres pompeux de temps à autre, c’est quand même pas la fête du slip en vison quand tu es obligée de sortir du placard ton vieux Toshiba qui pèse 5 kilos tout sec et n’a pas le wifi. Ton câble ethernet te rappelle douloureusement le cordon ombilical invisible qui te relie à tous ces objets informatiques de la boulasse intergalactique sans lesquels ta vie serait un désert sans viande, sans lumière, sans amis.

Recevoir un mail promotionnel de Darty, si ce n’est pas dans la minute, n’est-ce pas extrêmement frustrant?

Or donc, me disais-je ce matin en arborant fièrement mes bottes de neige sous la tempête (restons calmes, ce n’est tout de même pas le blizzard sibérien, comme mon grand-oncle pendant la campagne de Russie en 41, il faisait -40° c’était pas confort) (notez néanmoins que dès que trois flocons pointent leur nez dans nos fragiles villes occidentales tout le monde est en émoi) (personne ne hait plus le froid que moi, mais je le rappelle, on n’est pas encore au stade où l’urine gèle directement en entrant dans l’atmosphère) ; or donc, imaginons une ville couverte de neige, où tous les objets électroniques s’arrêteraient de fonctionner. Le désert glacé.

Abomination, désespoir, angoisse. Le vent balaie les vastes étendues de neige où plus un iphone ne clignote, plus un mail ne fait biper ta tablette, plus une playlist Women are from Venus ne fait résonner un haut-parleur (oui je suis à fond dans les playlists thématiques en ce moment) (Serge Lama, Tom Waits, Jean-Luc Lahaye, Metronomy, merci d’être là) (cette playlist est en effet de la boulasse intergalactique) (courbette).

Bien évidemment, c’est le moment que choisit Melle Babouchka, être de sagesse et de lumière par intermittence, pour annoncer sur facebook (cette plate-forme indispensable de l’existence supra-luminique) que par un tour de passe-passe incompréhensible elle peut RECEVOIR mais point ÉMETTRE de ces signaux qui signifient à la face du monde ton existence réelle (je veux parler des textos et des appels téléphonique – imaginer d’être privée de mail en sus me fait friser la syncope). Erreur de fonctionnement de la machine téléphonique, fausse manipulation de gogole du numérique ou esbroufe honteuse pour ne plus recevoir de sms (ShortMessageService) (on en apprend tous les jours)??

L’Histoire tranchera. Imaginez-vous bien que les quelques palinodies et soubresauts que vous parcourez sur ce blogue ne sont qu’une infime partie de la production épistolaire digne de la marquise de Sévigné que la Lonesome Camionneuse entretient avec les Grands de ce monde sous forme électronique (s’imagine-t-on attendre plus de 30 secondes pour voir son message délivré à l’autre bout de la planète?) (le courrier postal, faites-moi rigoler) (rien qu’à IMAGINER attendre une semaine pour recevoir une réponse, je me pâme). Au moins peut-on tirer quelque fierté du moment où l’homme de la société téléphonique approuva mon choix des sms illimités par un définitif  « Vous avez la consommation d’une petite entreprise». Oui, mes amis ont du mérite, outre qu’ils doivent écouter les œuvres complètes de Serge Lama assez régulièrement, ils reçoivent des salves de message à la vitesse de tir d’une kalachnikov.

Le diagnostic est sans appel: je suis cyberdépendante. M’en fous, du moment qu’on me laisse m’intoxiquer à proximité des serveurs. L’hygiénisme cybernétique ne passera pas par moi. Peux vous dire que je ne ferai pas long feu le jour où Skynet prendra le pouvoir et nous forcera à retourner à l’état sauvage. Terminators et cylons, je suis des vôtres.

Bonne occase pour peaufiner la playlist Alcohol and Drugs en réfléchissant à la fin du monde.

De la pouffe

En mettant la dernière main à la fameuse playlist Pouffissima absoluta qui retentit en boucle à fond les ballons dans la cabine du Monster truck pour célébrer la nouvelle année, la lonesome camionneuse se trouve une nouvelle fois face à un concept riche et profond : la pouffitude. Abîmes de la pensée et du vocabulaire, il faut vous convoquer ici, et triturer un peu ce que parler de pouffe veut dire. C’est un peu comme l’appel du Nord, on ressent parfois de ces urgences langagières, de ces pulsions que seule l’écoute de Britney, Christina et Shakira peuvent susciter. Figures tutélaires de la pouffitude du XXIe siècle, merci.

Pouffes et pouffiasses font bien évidemment retentir le bibelot d’inanité sonore d’un tabouret obèse et vil (pouf-fi-asse) (c’est assez clair ce me semble) : le pouf bouffi salace  – la pouffe serait donc une femme sur laquelle on s’assied aisément, commode abréviation post-moderne du substantif pouffiasse, dont les syllabes s’allongent avec un peu plus d’alanguissement. On songe à une origine lointaine dans une colonie perdue, où fez et babouches font retentir l’appel du pouf derrière la moustiquaire. Mais enfin, toute littéraire, proustienne et néo-coloniale que puisse se révéler la pouffiasse, réjouissons-nous, son vocable est encore bien vivant.

La pouffe entretient une relation avec la prostitution, quoique relativement lointaine car le tarifage n’est pas forcément son rayon – il s’agirait plutôt d’une propension, d’une tendance à ouvrir les guiboles sans discernement. Générosité féminine bien compréhensible, quand on voit de quel poids dans l’existence est accablée la gent masculine : le travail, l’argent, les soucis, le bistro, le choix de la cravate, la perte de cheveux. Leur existence est un calvaire à temps plein. Il est bien normal que la pouffe, bienveillante et miséricordieuse, les aide à se remettre de ce fléau de Dieu qu’est la masculinité.

La pouffe, quoi qu’il en soit, ne trompe jamais sur la marchandise (à part un ou deux soutifs pigeonnants par-ci par-là), sain principe d’honnêteté que Lonesome Camionneuse a fait sien depuis longtemps (il n’y a que Sneaky Princess pour trouver acceptable les jupes sous le genou). La pouffe va donc court vêtue, le talon élevé, la mamelle en liberté, et laisse saillir ses appas telle une figure fellinienne et tentatrice. Elle est plutôt blonde (les clichés ont la vie dure, et la teinture n’est pas donnée, hélas) et manucurée. Souvent, la pouffe se complaît également dans un retour à l’enfance (prédilection pour le rose, couettes, sucettes à l’anis) (a-t-elle bien compris de quoi il s’agissait ? nul ne le sait vraiment). Pensez Barbie, à guichets ouverts. Bien entendu, elle n’a aucune prétention intellectuelle car, pfffff, à quoi cela servirait-il, elle va se trouver un mari riche qui lui paiera ses manucures (en cela la pouffe a quelque semblance avec Sneaky Princess, voyez que tout est toujours plus compliqué que cela n’en a l’air) (que c’est fatiguant !) Néanmoins, si l’envie lui en prend, elle peut se transformer en redoutable avocate d’affaires issue des grandes universités (cf. l’excellent film Legally Blonde, qui traite cette question en détail) (certaines abdiquent néanmoins cette option leur vie durant, BB à leur tête) (réfléchir, belle perte de temps que voilà !).

barbie-1

Distinguons enfin, pour la bonne compréhension de la chose et la précision du vocabulaire, la pouffe de la connasse et de la radasse (source : Divine Marquise). La pouffiasse est donc jeune et légère et somme toute inoffensive dans son ethos, mais hélas la guette au coin du temps qui passe la date de péremption, terrible redéfinition ontologique de sa personne : la pouffe vieillit mal. La connasse, elle, est une cruauté qui va : « éternelle gagnante de la rivalité féminine au devenir de couguar assuré, son but est de mettre les hommes à ses pieds pour leur ravager la gueule à coup de talon-aiguille » (Divine Marquise, Oeuvres complètes, vol.36, p.69). La connasse est ainsi souvent une ancienne wannabe pouffiasse qui a raté sa jeunesse. Le temps de la revanche a sonné.

Entre ces deux tutélaires figures de la féminité (enviable condition que celle de femme, décidément) existe un entre-deux, que notre source encyclopédique a nommé purgatoire de la radasserie. Trop bête, trop grosse, pas assez fatale, la radasse est une pouffiasse vieillissante qui essaie de transcender la connerie et l’âge pour accéder au sublime connassien… mais en vain… il y a un aspect profondément tragique chez la radasse (qui vieillit encore plus mal que la pouffiasse et doit se consoler avec des litres et des litres d’Häagen-dasz). (Divine Marquise, Œuvres complètes, vol. 1, p.567) La radasse est une figure tragique, ce qui peut la rendre sympathique : elle attire ainsi dans ses filets de gentilles filles compatissantes, et pan ! « la radasse en manque de glace grasse et de consolation peut fort bien se taper le mec de son amie complaisante… la radasse aime les hommes plus que ses amies, c’est un grave problème » (Divine Marquise, Œuvres complètes, vol. 1, p. 999). Femina feminae lupa, ne l’oublions jamais. Prudence est mère de sûreté. Pour finir, la cagole est la pouffe du Sud : ajoutez un accent marseillais rocailleux et quelques chaînes en or et vous y êtes.

De fait, toute femme a sa part de pouffiasse en elle, comme l’illustrent bien ces quelques vers de chants pouffiassiques : Boys may come and boys may go / And that’s all right you see / Experience has made me rich / And now they’re after me, ’cause everybody’s / Living in a material world / Girls just wanna have fun / It’s raining men / All the lovers / Papa don’t preach / Comme disait Mistinguett / Eve lève-toi / Call me / Girl gone wild / Freed from desire / Et j’vis comme une boule de flipper / Qui roule.

Ce qui donnerait en traduction simultanée: Les mecs vont et viennent / Mais attends c’est trop pas un problème / L’expérience m’a rendue riche / Et maintenant ils veulent tous me pécho / Car tout le monde vit dans un monde matériel / Les filles veulent juste se poiler / Et il pleut des hommes / Tous ces amants / Papa, me fais donc pas la leçon / Like Mistinguett used to say / Rise, Eve / Appelle-moi / Une fille ensauvagée / Libérée du désir / And I live like a pinball / Rolling.

Oui, cette playlist est plutôt puissante et croyez bien que Jean-Sébastien tient la corde mais de justesse.

Qu’on me permette de finir sur une lamentation lexicale : hélas, la pouffiasse n’a point d’équivalent masculin (tout comme la pute d’ailleurs), ce qui est quand même un comble, car si les pauvres garçons ont envie de se balader en short ras-la-touffe, sur des chaussures à plate-forme, en succombant au charme de chaque femelle qui passe car la taille de leur cerveau les empêche de se souvenir de la précédente, pourquoi le leur interdire ? Non, on les affublera du vocable de drag-queen, absolument point adapté dans ce cas précis. Scandale.

Le combat pour l’égalité ne s’arrête jamais.

Barbie fuck

Merci aux Fleurs pour ce post quasi-participatif.