Des types de festivaliers hipsteurs

Etant une adepte de musique pointue prête à tous les sacrifices pour avoir l’air d’une hipsteure musicale alors que je ne sais pas faire la différence entre Céline Dion et Metronomy, je me rendis ce ouïque-ènnde (j’ai décidé de franciser un peu l’orthographe, car au fond QUE FAIT L’ACADEMIE FRANCAISE ? rien de rien), sur les conseils avisés de Madmoizelle Babouchka qui aime les trucs russes et branchés (ce qui n’est PAS FORCEMENT cumulatif, même si la barbe de Raspoutine est à donf dans la tendance : mais pensons à un samovar par exemple ; ou à un roman de Tolstoï. Seules des pensées d’ennui profond vous viennent en tête. CQFD) ; donc bref je me rendis ci-avant ce samedi à un festival de la branchitude ultra-aigüe que même j’en ai plus rien à foutre d’être la voisine de ces foutus Daft Punk et de ne pas savoir quelle gueule ils ont alors que je suis plus célib’ que Jeanne d’Arc (kikoo les Daft Punk si tu m’entends, vox clamans in deserto, je suis disponible merci bisous).

En plus c’est trop la classe parce que comme le festival s’appelle Pitchfork (Pitecheforque pour les amis de la langue française), les gens PAS AU COURANT croient tout de go que tu es partie en Angleterre les pieds dans la gadoue et les oreilles dans la musique (non, ça c’est Glastonbury les enfants), alors que pas du tout t’es allée bouffer des ôte-dogues à la grande halle de la Villette en te glorifiant de faire partie des appi fiou qui ont tout compris à la vie. Et je vous raconte même pas les stands de chopinngue avec des robes vinetèje mais JAPONAISES : peut-on être plus branchée les 20 doigts dans la prise de terre ? Je ne crois pas.

Sens-tu la branchitude profonde qui se dégage de cette photo?

Sens-tu la branchitude profonde qui se dégage de cette photo?

Cependant, force fut de constater que malgré la densité des barbes raspoutiniennes et des robes japonaises, le branché n’est pas prémuni contre quelques travers de comportement. En voici quelques uns.

  1. La danse n’est pas toujours un instant de grâce.

Michael Jackson, paix à son âme, a éveillé dans nombre de trentenaires (évidemment Pitcheforque est rempli de trentenaires, âge glorieux de l’épanouissement de la vie et des sens mouahaha) l’envie de danser, de move son body to the risen of the music. Je ne saurais le leur reprocher. Mais les conséquences en sont parfois douteuses. Oui, DOUTEUSES en effet:

– Le qui fait des mouves de danse mais AVEC SA MAIN TENDUE. Heil mon brave ami, ai-je envie de dire, heil certes, mais tu m’empêches de voir la scène avec des gesticulation hitlériques (ou papesque, au choix : peut-être tente-t-il de bénir les musiciens ?)

– Le chargé à la MD (au fait kikoo les gens qui n’ont rien compris au marketing de la drogue, c’est de l’ecstasy la MD, seulement maintenant on dit MD parce que c’est plus branché de dire MD – comme Stringer Bell tu vois qui change la WMD en Pandemic, et Stringer Bell c’est mon futur mari alors on respecte) qui aime tout le monde (I love you, you are gorgeous, I see you totally – oui il parle en anglais parce que c’est un festival de gens cools de toute l’Europe). Il danse de façon expressive comme dit une chanson à laquelle j’ai jamais rien compris d’ailleurs. Bref, ça gesticule, ça gesticule, ça gesticuuuuuuuuule. Voire, ça sautille.

– Le jeune, face de pizza, qui a pour malheur d’être branché dans sa vingtaine (à peine) et se retrouve entouré de splendides trentenaires qui le mettent dans un état de stress sexuel intense (on le comprend, huhuhu). Généralement, il se contente de faire la bûche qui oscille vaillamment dans le vent.

– Le qui joue le morceau en même temps. Guitare, percus et tout. Même quand c’est de l’électro. Air kiss my ass.

  1. Parfois, mieux vaut ne pas être, et telle n’est pas la question

– La suicidaire qui écoute le morceau en chialant sans bouger. Au milieu d’une foule en train de danser (smooth hein, le trentenaire branché danse smooth, le pogo c’est pour les ploucs). Bref, elle regarde dans le vague ; on dirait un cadavre au milieu d’un banc de sardines frétillantes. Tout à coup, elle se barre en fendant la foule. AH CES GENS QUI ETALENT LEUR MALHEUR non mais j’vous jure.

– Le faux cool qui fume sa clope en te soufflant la fumée dans la gueule et en remuant mollement ; il profite que tu prends des notes pour venir t’emmerder « ça t’inspire ? » Oui mec, je suis en train de noter que tu es ridicule avec ta clopasse. En effet, c’est mort-né entre nous.

– Le couple collé-serré qui se roule des pelles en rythmes. Aucune pudeur, aucun respect pour les malheureux rejetés sur les rivages de la solitude amoureuse par les vagues de l’adversité.

– Le qui fait mine de connaître tous les morceaux par cœur mais en fait chante tellement à côté qu’il finit par se contenter de crier « Alleeeeeeeeeeeez ».

– Le gogol qui a dépensé son salaire dans des goodies fabriqués au Bengladesh pour être looké 100% festival. En général, lui il est célib.

3. Ma vie, mon smartphone

Merci. Bisou. Lol.

Merci. Bisou. Lol.

– Le qui filme TOUT le concert avec son téléphone.

– La qui remue son téléphone en mesure avec son écran qui dégage une lumière rouge « parce que tu vois je pourrais aussi mettre du bleu hihihi ». Béni soit le bon vieux temps de Patrick Bruel et des briquets.

– Le qui raconte tout son concert en direct par textos, vu que clairement c’est tellement génial que ce serait quand même con d’en profiter.

4. L’efficacité c’est pas fait pour les chiens, mais ça emmerde tout le monde.

– La connasse qui dépasse tout le monde au dernier moment pour se mettre tout près de la scène. Surtout que toi ça fait un quart d’heure que tu t’es positionné. Et en plus tu peux rien dire parce qu’on est à un festival de gens cools, tu vois. GNIIIIIIII.

– Le grand échalas qui bloque la vue de tout le monde du haut de son 1m95. ET EN PLUS IL PORTE UN FUCKING BONNET.

Variante : le mec de 1m95 qui prend sa meuf sur ses épaules. MA CHE CATSO FAI, STRONSO ? (l’insulte en italien, très branché)

– L’organisée qui a tout prévu pour maximiser son concert et chronomètre sa présence à chaque set pour être le mieux placée possible au suivant.

– Le picoreur qui fait des va et vient entre les scènes, un verre de bière négligemment à la main. Been there, done that, got the t-shirt attitude.

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Bref, c’était bien goleri. Et y avait même des balançoires et des ballons. Mais à part ça on est des adultes branchés, hein.

De la stachemou

Parce que le poil, c’est important.

D’ailleurs, ce blog a déjà pris courageusement position sur ce point, et plus précisément sur la question de l’épilation (du poil, du poil, du poil!) (c’est ici). Oui, le racolage bat son plein. Sexe, tauromachie, moustache, que sais-je encore, tout est bon dans le cochon racolage de mes adorés lecteurs. Vive le buzz.

Cela dit, je vois assez mal POURQUOI la moustache fait le buzz. Plus précisément, les hipsters s’en sont récemment saisis comme d’un truc de la branchitude (mais soyons précis: la moustache était 2010) (aujourd’hui ne la portent plus que les formes abâtardies du hipster, soit les bobos 3.0 – voir plus bas). De façon très générale et pour clore la discussion d’emblée, la stachemou c’est pas mon truc. En Inde, le pays de la moustache généralisée, les hommes ont dû tomber amoureux de Magnum dans les années 80, je ne vois pas d’autre solution.

Bon sang, les enfants, ce spectacle de milliers d’hommes moustachus, c’est extrêmement éprouvant pour les nerfs, je ne vous dis que ça. M’en suis pas remise. Une minute de silence pour ma cousine qui a supporté pendant plusieurs années avant de fuir loin de cet atroce appendice. Le truc, quand même, c’est D’OÙ un pays d’un milliard d’habitants a décidé unilatéralement que cet organe pileux était sexy, HEIN? Et puis, plus la moustache est large, plus ils se sentent BEAUX. Le truc, c’est que du coup tu rates l’essentiel, à regarder toutes ces moustaches qui t’entourent, croyez-vous qu’il y a moyen de regarder autre chose? Apparemment cet appendice est considéré comme un symbole de virilité (grande moustache, grande…?) et de fierté nationale. Cette citation glanée sur le oueb qui unit les peuples par-delà moustaches et barbichettes en témoigne:

« J’en suis très fier. Chaque fois que ça gratte, je me souviens que je suis Indien. »

Mon Dieu Jésus Marie et tous les saints. En plus ça gratte. Je ne veux même plus en entendre parler. Coupez ces poils que je ne saurais voir. En plus, je vous prie de croire que les Indiens sont peu inventifs en la matière, c’est même pas le kif de comparer les formes et inclinaisons de la moustache, non, elles sont très uniformes dans l’ensemble. Bienvenue dans l’univers concentrationnaire des bacchantes.

Merci à ma cousine, donc, qui a pu rapporter des documents exclusif de ce sous-continent ultra-pileux.

Peut-on leur pardonner en invoquant, que sais-je, le yoga, le kama-sutra, le tchaï…? Je dis NON. RIEN ne peut EXCUSER cette MOUSTACHE UNIVERSELLE.

Passons dès lors à l’exportation moustachique en Europe. Qui sont ces hommes qui se touffent le dessus de la bouche?

Excursus, donc. QUI sont les bobos 3.0.? Ce sont des gens un peu plus que les bobos de base, c’est à dire qu’ils proclament de façon un peu moins mainstream leur supériorité géographico-modo-sociale sur les autres. Ils se considèrent comme plus pointus que les pointus, quoi – dénicheurs de tendances pour être exacte (la pointe au vent, la moustache en avant). La subtilité (suivez bien, ici), c’est que les VRAIS hipsters, c’est à dire les gars de la pointe la plus pointue du point qui pointe (le finistère de la tendance quoi) (après, il n’y a plus que l’océan), vous ne pouvez pas facilement les distinguer parce que dès qu’une tendance devient in, pan, ils l’abandonnent et partent à la recherche d’une autre branchitude. Les hipsters sont, de fait, les Juifs errants de la hype. Les bobos 3.0 essaient de les suivre, mais les hipsters, tels des comètes de la mode, traversent le ciel en flèche, et les bobos n’en saisissent que la queue (de la comète, bien sûr). Les bobos 3.0.,  let’s face it, ont de ce fait des choix vestimentaires et capillaires parfois douteux. Je vous parle d’un barbu à bicyclette en chemise à carreaux/ t-shirt tortues ninja (ou autre motif de sa jeunesse enfuie des années 90 – pacman ou que sais-je encore) et jean slim (JEAN SLIIIIIIIIM oh non non non) (pour les hommes, NON), qui transporte un instrument de musique (clavier de préférence). On pourrait résumer le bobo 3.0. ainsi: il est trentenaire, il aime la zique (pointue, du genre répétitive) (OMG), il a du poil, et il est en retard, donc.

Merci à C., notre informateur exclusif, qui soyons clairs est totalement soupçonné de hipstéritude mais qui fait mine de rien – faites gaffe, they look like humans, there are many copies, and some of them are programmed to think they are human. AND THEY HAVE A PLAN¹.

Cette génération de bobos trentenaires se pique donc de branchitude, et pratique la moustache à tour de bras. De ce fait, une version stylisée et branchouillarde de la moustache s’est diffusée dans notre petit univers bobo (voyez même que c’est le symbole des fameuses Hipster Olympiades berlinoises ici) – y en a même qui se font EN COLLIER. Genre: portons des attributs virils autour du cou. Une forme inversée de l’ordre de la Jarretière sans doute (bientôt la paire de burnes?) (mais dites les filles, AVONS-NOUS BESOIN DE ÇA?).

Notez néanmoins que vraiment la moustache c’est so 2010, ce qui fait qu’en 2012 on est par delà le retour du retour de cette tendance. Vous remarquerez, vous qui avez l’œil avisé, que tout ça fait diablement penser à Friedrich Nietzsche, un homme qui kiffait la vibe, se préoccupait de retours (éternels, pour ne pas faire simple), et surtout surtout, portait une moustache plus fournie que les poils de la fourrure en vison de la toque de Raspoutine (qui avait lui-même une barbe de belle facture).

De fait, par-delà la 2010tude, la moustache est surtout so dandy du XIXème que là j’en peux plus please Marcel Proust re-rentre dans le placard parce que tu me fais kiffer grave. Oui bon je sais, Marx est barbu, je devrais donc être pro-barbe si j’avais un tant soit peu de cohérence esthético-politique. Mais à vrai dire, en ce qui concerne la poilitude faciale, mon incohérence ne me dérange pas trop.

Mais les enfants, il faut à cet égard souligner un fait d’importance: je n’ai moi-même jamais frayé avec un barbu ou un moustachu (d’ailleurs Papa ne t’inquiète pas, je ne fraye pas avec des garçons, s’ils veulent frayer, ils doivent m’épouser).

Imberbitude, Sur mes cahiers d’écolier, Sur mon pupitre et les arbres, Sur le sable de neige, J’écris ton nom.

Ceci dit, si c’est l’émir du Q., on peut bien évidemment réviser ce concept. Ne tarde pas, ô toi qui transcende toute pilosité, car en ton absence Lonesome camionneuse et Sneaky princess se crêpent le chignon à foison.

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1. Ils ressemblent aux humains, il y a de nombreuses copies, certains sont programmés pour croire qu’ils sont humains. ET ILS ONT UN PLAN. Il s’agit bien évidemment des cylons, les diaboliques robots de la boulassifique série Battlestar Galactica que tout fan de science-fiction se doit de voir. CETTE SÉRIE EST EXTRAORDINAIRE et totalement paranoïde. Mais on s’en fout, les gens sont dangereux de toute façon, donc mieux vaut les soupçonner préventivement.