Des choses carrées et réconfortantes

On a déjà abordé dans ces haletantes pages de l’internet vecteur d’immémoriale culture la question de quelques réconfortants indémodables tels que le sexe la bouillotte, l’alcool le sel, la drogue la viande, l’argent la plage, l’amour l’émir du Q. Or donc, toutes ces choses ne sont point ordonnées, il faut chercher par quel bout les prendre (bouton boutargue bourrique boute-en-train boustifaille bouseux boutez-moi le feu) : bout rond bout pointu bout…carré?

Malevitch, Carré rouge, 1915.

Malevitch, Carré rouge, 1915.

Car contrairement à ce que l’on pourrait penser, le carré est une consolation formelle, malgré l’aspect ingrat et anguleux de sa rébarbative forme. Oui, le carré est injustement méprisé : encore un coup des économistes ! Voyez le carré de Kaldor : croissance, taux de chômage, équilibre extérieur de la balance commerciale, stabilité des prix. Goûtu, non ? On pourrait naturellement lui préférer le triangle : Père-Fils-Saint-Esprit, Johan Cruyff – Josep Guardiola – Lionel Messi (faut se mettre au foot les enfants !), Liberté-Egalité-Fraternité. Certes, le triolisme fait de l’effet. Mais la tétralogie, le quatuor, hein ? Wagner, ça envoie du lourd quand même ! Et puis enfin, ne nous laissons surtout pas aller à cette mollesse philosophique du cercle, de la rondeur faussement apaisante du sein maternel ou du ballon car certes, le ballon est rond, mais de quelle forme sont les buts, je vous le demande ? (Et ne chipotons point entre rectangle et carré, je vous prie). D’ailleurs la mode de cette année est au « carré flou, it-coiffure 2013 », et cela ne trompe pas. Le carré peut être flou, mais il reste in.

Excursus magazinaire de la féminité bien ordonnée sur la coupe au carré. « Cette coupe, aussi simple soit-elle, est devenue un must. Tant et si bien que le Vogue et le New York Times l’ont tout simplement élue LA coiffure 2013 (mais qu’allait faire le NY Times dans cette galère ?). KK (ce sont vraiment ses initiales) s’est d’abord montrée réticente à l’idée de raccourcir sa chevelure, mais au final, elle se dit conquise : « J’adore. Cela me fait me sentir plus audacieuse. Et cela détourne l’attention de vos cheveux pour l’attirer sur vous. Je commence à comprendre que c’est une question de confiance. » Nous ne commenterons pas, sous peine de bug de notre courroie de transmission féministe. En parcourant le grandiose site d’Aile, ce magazine qui nous fait kiffer la vibe d’être une femme conquérante et ornée de sacs et chaussures, nous venons également d’apprendre un axiome moral capillaire de grande profondeur : « il ne faut jamais s’endormir sans s’être brossé les cheveux ». Foutredieu merci, ô magazine béni, j’ai enfin compris pourquoi j’étais si malheureuse. Un coup de brosse et ça repart !

Des choses carrées et réconfortantes donc (Enfants, voici des bœufs qui passent, Cachez vos rouges tabliers) :

Le carré de chocolat. Bien évidemment, bien évidemment. Que dire du chocolat, si ce n’est que si les hommes étaient aussi satisfaisants que ce cacao que la bonne Anne d’Autriche nous ramena de son Espagne natale, nous ne serions pas portées à la goinfrade. On me signale dans mon oreillette branchée que vient d’ouvrir rue de la Roquette une manufacture de chocolat grandiose : prévoir trou financier considérable pour combler absence prolongée de l’émir du Q. se profilant à l’horizon.

L’écran. Écran d’ordinateur, écran de cinéma, noir de mes nuits blanches ou blanc de mes nuits noires, si seulement je pouvais le traverser et rentrer dans Amarcord / In the mood for love / Chihiro / Aprile / The big Lebowski et tous les autres (ne rayez aucune mention, toutes sont inutiles, toutes sont indispensables) (hu hu hu).

Le carré d’as. Tu tires les bonnes cartes, tu vas tous les niquer et ramasser le paquet. C’est pas forcément fréquent ni très moral, mais c’est ça qu’est bon. Quant au chacal qui tenterait de t’abattre pendant ta partie, c’est une balle en plomb et quatre planches qui l’attendent. ¿ Comprendes, hijo de puta?

Avec ça, c'est sûr, tu vas foutre la pâtée à tes potes!

Avec ça, c’est sûr, tu vas foutre la pâtée à tes potes!

L’iphone. Délicieux objet, dont votre servante est plus dépendante que Sherlock Holmes à la morphine, ce qui n’est pas peu dire. Obsession ou révélation ? L’Histoire tranchera.

Le quatre quart. Il résout la quadrature du cercle, car on peut le faire rond. Outre qu’il est bien chargé en beurre et en sucre, ce qui n’est jamais de refus.Acc

Le carré de PQ. Accolé à ses semblables, il résout lui aussi la quadrature du cercle mais par le rouleau. Consécration du relâchement anal, du soulagement primal, il nous rappelle que les plaisirs les plus grands ne sont pas toujours ceux de l’esprit, mais que le corps a toujours son mot à dire. Et c’est la grandeur du carré que de nous permettre de naviguer entre l’âme et la fesse.

Le carré de hypoténuse est égal à la somme des carrés des deux autres côtés. On ne sait plus du tout ce que ça veut dire depuis le bac (voire avant) (voire on n’a jamais fait que semblant de comprendre), mais c’est une valeur sûre.

Le lit. Parce qu’un king-size de 200×200, sans dec’, c’est plus le rêve c’est l’extase ! On va pouvoir sauter dessus jusqu’à plus soif. J’ai dit sauter sur le lit, petits pervers, pas tous les sauter sur un lit. Personnellement, je préfère les pommes de terre sautées. A l’ail, s’il vous plaît. Et au lit, tant qu’à faire.

Le livre. Lis ton livre au lit. La vie rêvée.

Adieu, je pars m’enterrer sous la couette (carrée).

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