De la nécessité du sel en toutes choses

Pourquoi, je vous le demande, écrire un post entier sur une question culinaire dont l’absurdité ne semble avoir d’égale que la pertinence de l’excision ou de l’âge du capitaine. Eh bien parce que Mademoiselle Babouchka, qui a décidé pour une raison assez obscure de s’éloigner de la lumière depuis le solstice d’hiver (obscurité, lumière, tout cela est assez logique me direz-vous), a décidé de se mettre à bouffer SANS SEL. La bougresse. La belle affaire me direz-vous, qu’en avons-nous à cirer, laissons-la s’empiffrer de sa daube sans goût, tant pis pour elle, on rigolera bien quand elle se chopera un petit cancer du poumon de derrière les fagots alors qu’elle n’a jamais fumé une clope de sa vie*.

Eh bien non.  Car parfois, la Lonesome Camionneuse est (fort aimablement) (piège infernal) invitée à se restaurer chez Melle Babouchka d’un bortsch qui pourrait être gouleyant si on pouvait y mettre rien que quelques grains de sel. Mais rien de la sorte à l’horizon. A peine le citoyen est-il autorisé à agrémenter sa pitance de quelques maigres gouttes de sauce de soja.

Et pourquoi, pourquoi, pourquoi s’infliger ce supplice ? CONSEIL DU MÉDECIN. On mange trop de sel et c’est pas bon pour la santé et bla bla bla ta mère la prévention qui pue.  Du fond d’elle même, la lonesome C. pense qu’un des aspects de la liberté dans la vie est de choisir de la détruire à sa guise. Notre société nous traite comme des chiens, y a pas de raison de nous interdire de compenser un peu, de fumer, de picoler ou de se tatouer le scrotum. Mais non, notre vie corporelle doit être tout entière dédiée aux diverses formes d’aliénation qui naissent dans l’esprit malade des hygiénistes. Le mieux serait de nous maintenir tous dans des bulles stériles, de peur que la VIE ne nous contamine.

Vivre, c’est quand même mourir (y a du level philosophique là, ATTENTION). Soyons un peu lucides, quoi (je sais, gros seum, mais on ne meurt pas si on ne vit pas) (CQFD) (je me suis tellement prise pour Zarathoustra) (hu hu hu). Donc, bon sang de bois, ça va faire quelques bons siècles qu’on vous le serine : « kiffe la vibe tous les jours comme si c’était le dernier, si tu meurs écrasé par une météorite t’auras grave les boules d’avoir passé ta vie à refuser de bouffer du jambon serrano, ducon» (aussi dit Carpe diem ou Hakuna matata).

Pour revenir à la pure aberration en quoi consiste la nourriture sans sel, eh bien mes amis je vais vous dire, moi, ce que c’est que la bouffe sans sel (et accessoirement sans sucre et sans graisse, parce que les médecins ne s’arrêtent jamais en si bon chemin) : ça s’appelle la bouffe de la Guerre du Feu, quand les Groumphs sous-développés du bulbe ne savaient pas utiliser un briquet et se cassaient les dents sur de misérables baies de sureau. Le festin. Et ne parlons même pas de la tequila sans sel. SCANDALE. Croyez-moi que la Cro-magnonne, si elle pouvait se trouver un mec qui porte des pulls roses et fout de la fleur de sel sur son steak de bison (c’est meilleur, hu hu hu) (vive le sel de Guérande et les AOC  bien de chez nous), elle dirait BANCO et dégagerait vite fait le chasseur d’auroch (les pulls roses sont accessoires me direz-vous ; moi j’aime bien) (mais cette discussion a déjà eu lieu sur le blogue) (je campe sur mes positions). Un peu de respect pour nos ancêtres privés de la subtilité du goût de la civilisation : tentez le tartare de mammouth sans assaisonnement, vous allez bien goleri.

Comment qualifier ce mode de pitance, autrement que de bouffe de singe ? Sommes-nous des chimpanzés, sommes-nous des bonobos, incapables d’apprécier à sa juste valeur l’assaisonnement d’un foie gras mi-cuit au cognac ?? (ne me remerciez pas, je sais qu’il était divin) (hu hu hu) (la lonesome camionneuse est une digne hôtesse) (et ça ne rigole pas en matière de foie gras) (car, rendons à Hans ce qui est à Hans, le foie gras c’est alsacien) (et même un bonobo en ferait une attaque de volupté).

Non, nous sommes des humains, et je dirais même plus, des Français, êtres de goût et de papilles en folie. TORTURE, TORTURE !! Veut-on nous priver de notre sophistication, de notre personnalité profonde, de la gastronomie enfin, du goût ?

Le sel de Guérande, une tradition bien d’chez nous ma bonne dame!

Médecin qui viendra m’annoncer qu’il faut renoncer au sel, au beurre, à la crème et à la cassonade, sache une chose : je t’attends, mitrailleuse automatique au poing et viseur à l’œil. Croit-on que j’ai passé 4 heures hier à écumer un bouillon de poulet tout en dissertant de mondialisation pour finir la langue dans un cercueil ? Quiconque a déjà goûté l’ignoble pain sans sel italien entre directement au couvent de la Divine Baguette ou se condamne à une mort certaine – vivre sans plaisir, je vous demande bien !

Melle Babouchka a honteusement tenté d’acheter la Lonesome C. en lui offrant du chocolat bio équatorien. Le meilleur du monde. Bougresse, une fois encore. Je dis : qui comprend le kif absolu de la dégustation de ce chocolat divin n’a rien compris à la vie s’il ne mange pas de sel. Un peu de courage que diable. Comme dit le grand, l’immense Marc Lévy « aimer c’est avant tout prendre un risque » Oui, et cela vaut aussi pour le sel. Osons avouer notre amour du sel, que diable ! Le bon sens populaire ne parle-t-il pas de « sel de la vie » ? (Que de citations profondes aujourd’hui !)

Bien sûr, comme en toute chose, la mesure est souhaitable : trop de sel tue le sel, trop de sel momifie, trop de sel crée des problèmes de digestion et nous n’en voulons point. A ce point de la réflexion, la question posée est bien évidemment : le sel vaut-il mieux que la graisse ? Dilemme trop douloureux pour qu’on l’aborde de front. Contentons-nous de reprendre un peu de l’excellent roquefort qui traîne dans le frigo.

 « Le sexe sans péché c’est comme un œuf sans sel. » Voilà qui est parlé. Carlos Fuentes, faut dire, c’est quand même plus fun que Marc Lévy (même si c’est un peu moins Lorie dans l’esprit). Et je ne parle même pas de la légende médiévale du roi Lear: I love you as fresh meat loves salt. Le sel c’est shakespearien mon cochon (d’ailleurs sel + cochon + Shakespeare = bonne soirée cochonnailles-théâtre).

Vive le péché, sus au sel !!

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* Précision : ceci n’est en aucun cas un souhait de grosse putasse qui souhaite la mort à ses amis sur son blogue en les insultant sous prétexte de raconter des trucs de la plus grande importance ontologique et galactique (bon, si un peu quand même, quand ils ne se soumettent pas à ma loi divine). C’est tout au plus une remarque de bon sens sur le fait que tu peux passer toute ta vie à prévenir le cancer, et tu finis avec la démence sénile. Tu te sens bien con d’être passée à côté de tous ces comprimés de canderel toute ta vie alors qu’en fait que tu aimes le thé sucré.

A ce propos s’impose un autre excursus alimentaire : halte au fascisme du thé non sucré ! Le Bonze très précieux, versé dans les choses de l’Orient et du thé comme on le buvait au VIIème siècle dans la tradition de l’école Vajrayana sa mère, réussit à imposer autrefois à la jeunesse impressionnable de la Lonesome camionneuse (il y a bien longtemps, donc) des règles dont la rigueur égalait celle d’un entraînement chez les Navy Seals : théières uniquement en terre, une théière par type de thé, interdiction de tout contact du métal avec le thé (une BOULE A THE !! SACRILEGE !!), temps d’infusion minuté à la seconde, ébouillantage préalable de la théière, et surtout JAMAIS DE SUCRE MALHEUREUSE.

NON MAIS OH !! Lonesome dit merde (quel courage!). Déjà, si tu  bois du thé Mariage Frères qui coûte un œil, elle dit que t’as le droit de le boire comme t’as envie. Et c’est pas quelques comprimés de canderel ou quelques morceaux de sucre qui vont changer la face du thé. NA.

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