Quand l’humour te lâche

Fidèles lecteurs, amis résistants à ma relouitude, gens innocents qui passez par là, il n’aura pas échappé à votre sagacité naturelle que le fond de commerce de ce blogue (et de sa tenancière l’Emmerdeuse bonnasse, sagace et solitaire (huhuhu)) est la goleritude. Belle et difficile vocation que celle de l’humour, qui vint me frapper au détour du chemin de Damas du Quick de la lose ; dans les tréfonds de la vie moisie qui t’attend (aller bouffer au Quick un dimanche soir), que faire d’autre en effet que rire ? Grâce à mon talent, mon intelligence et mon instinct social pénétrant, je devins ainsi en un tournemain une amuseuse publique, une bouffonne locale, une clown des soirée bobos. On me supplie désormais de venir animer les soirées « jarret de porc farci » ou « carpe frite » ; car chacun sait que l’estomac plein n’est rien sans une bonne marrade (ni un bon litre de gewürtz).

Hélas, la pratique de la blague n’est point toujours aisée. La plaisanterie n’est point science exacte, et il arrive parfois, reconnaissons-le, que l’inénarrable, inépuisable, ineffable et inégalable humour de l’Emmerdeuse tombe à plat. Paradoxal, me direz-vous, quand on connaît l’aspect vallonné de sa personne et de son tour de poitrine : mais ne soyons pas trop idéalistes, même un être parfait tel que moi a ses moments de faiblesse. Et toute une vie de dévouement aux autres laisse parfois la place aux ratés et, puisqu’il faut dire le mot, au fail. C’est la dure loi de la vie. Manger et être mangé.

La blague raciste.

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L’un des inconvénients consubstantiels de l’humour est qu’il s’agit de se foutre de la gueule des autres. Ce qui peut vite dégénérer en sketch de Michel Leeb mal dégrossi. Parce que le mâle blanc européen c’est quand même le top du top. Le tout est donc de savoir distinguer la blague raciste DRÔLE. Je la cherche encore, mais il est sûr qu’elle existe ; enfin, s’il est vrai qu’on peut rire de tout. Cela dit, il faudrait également élucider un problème ontologique : les blagues belges sont-elles des blagues racistes ? Douloureux dilemme.

Ceci est valable également pour les blagues sur les femmes, les gros, les moches, les handicapés… Comme dirait Jean-Marie Le Pen, on ne sait plus s’amuser.

La geste incomprise.

Tout est dans le "sort of".

Tout est dans le « sort of ».

Car la blague est aussi un jaillissement du corps, une fantaisie charnelle. Tu donnes tu donnes tu donnes. Le waka-waka est en toi. Hélas, il voisine parfois la danse de Saint-Guy. Tout le monde n’est pas Michael Jackson. Mais j’en profite pour signaler à la cantonade que la danse des cheveux ne sera jamais vaincue par les sirènes de l’incompréhension de la foule ignorante. Laissez-moi danser, laissez-moi aller jusqu’au bout du rêve.

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Oui, cela vaut aussi pour le strip-tease et l’exhibition de string, je suis au regret, croyez-le bien.

L’humour sibyllin.

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Parfois l’intellect nous perd. Après trois blagues sur Rousseau, quelques piques tirées de Bourdieu et une petite allusion pas piquée des vers à la théorie de la physique quantique, ton auditoire te regarde comme ta vieille prof de terminale barbue qui faisait chier le monde. LE NIVEAU BAISSE. Bientôt l’étiage, bientôt la sécheresse, bientôt le Sahel. Viens boire à ma source, viens laper l’eau de la sagesse, pauvre assoiffé.

Les private jokes.

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Oui, quand vous étiez jeunes vous vous amusiez à enflammer vos pets, à chier sur le paillasson des voisins et à faire exploser des crapauds avec des cigares. Faut-il pour autant a) le rappeler à votre pote consultant engoncé dans son costume trois-pièces après son élection au conseil municipal UMP de Troulala-les-Rululu et b) ce faire lors d’une occasion socialement exposée (mariage, baptême, prise de fonctions), qui l’exposera à une vindicte/gêne/désapprobation publique. Tout dépend de l’effet souhaité. Mais gare au retour de bâton. Bref, il vaut mieux dans ce cas précis verser dans la private joke sibylline, vous en serez quitte pour un grand moment d’incompréhension gênée et les codes sociaux seront respectés à la satisfaction de tous.

Quand le rire tue le rire.

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Un détail assez coton du racontage de blague tiens dans la gestion de votre propre rire, qui devra arriver au moment ADEQUAT. Trop tôt ou trop tard, et vous pénétrez dans le royaume du fiasco complet. Adieu veau, vache, cochon, couvée.

La blague de cul.

Exquise finesse des blagues de fion.

Exquise finesse des blagues de fion.

Car le cul de l’auditoire peut être coincé ou pourvu d’un balai ENFONCÉ BIEN PROFOND (tristesse du serrage de cul). Tout à fait personnellement j’ai tendance à n’en avoir rien à secouer, voire à rayer de mes amis facebook toute personne ne rigolant pas à la simple mention des mots « anus » ou « chatte poilue ». J’ai des principes, moi. Vous voilà prévenus, merci bisous lol.

BREF.

« Ne faites pas rire au point de prêter à rire », disait ce salaud d’Héraclite (en grec ancien en plus, le bougre, ça fait classe) (FACILE !) ; eh bien certes mon ami, certes, mais je ne peux me retenir de rétorquer qu’on ne fait pas d’omelettes sans casser les œufs : et sans nous, les joyeux Turlurons de ce morne monde, croyez-vous que vous vivriez mieux ? Tristes et rassis comme une bande de sardines grises en boîte, bouffis d’huile putride, laissez-moi vous dire que vous n’en mèneriez pas large.

Mais à part ça on me laisse m’enfoncer dans ma merde. Eh bien je ne vous dis pas merci. Bref, ceci est un hommage à tous mes intenses moments de solitude ; on se gausse, on se gausse, et on oublie de me dire merci. Et bien je vous méprise et malgré tout, seule et incomprise, je continue ma noble tâche.

De la solitude

C’est vrai qu’au bout d’un moment à te prendre des vents dans la gueule tu t’interroges sur ton isolement persistant, alors que tu te prends plutôt pour une brave fille. Bien évidemment, la phase critique numéro un consiste à empiler dans ton cerveau la liste de tes supposés défauts ; il faut dire que personnellement j’affectionne un schéma assez destructeur de la confiance en soi, en mode le type qui te kiffe grave puis retombe comme un soufflé raté après t’avoir fréquenté quelques temps (je ne dis pas combien, mais ça ne se compte pas en mois, merci bonsoir non mais t’es très bien c’est moi). De nombreux prétextes étant invoqués par les mâles effrayés pour tourner autour du pot, je dispose sur mes listes personnelles (enrichies de discussions féminines entre célibataires) d’un certain nombre de raisons objectives à ma crasse solitude : je suis trop poilue, je fais trop de cookies, je me prends trop la tête on dirait une fête foraine, je parle trop de mes seins, de politique, de films d’action moisis, de féminisme, je parle trop, je fais un blog, je dors trop, j’ai trop confiance en moi, j’ai pas assez confiance en moi, y a un problème avec mes culottes, je choisis mal les hommes, ou alors c’est la couleur de mon vernis à ongles. Heureusement il y a la vodka.

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Le schmilblick est embrouillé. M’enfin, alone I am, with my vodka. Le constat semblant sans nuance, j’ai décidé d’adopter mon attitude conquérante habituelle et de niquer la police solitude grâce à une approche consolante et spirituelle. Non je ne me suis pas faite nonne, faut pas pousser mémé dans les orties ; mourir bouffée par mes chats est amplement suffisant, elle met du vieux pain sur son balcon comme chantait notre ami JJG en son temps (oui j’aime la chanson française, et alors ?) (oui, une raison de plus de se retrouver seule, mais merde quoi, la CHANSON FRANCAISE quoi). Je décidai de pourrir la solitude grâce à la moulinette du lol.

Et là, grosse déception, il y eut résistance du lol. Pas mal de types se sont montés la caboche sur la solitude, genre Montaigne et Marc Aurèle, pas la moitié d’un con mais pas réjouissants-réjouissants non plus. La solitude est le destin de l’homme, qu’ils disent ; d’ailleurs tous les autres hommes (enfin, les êtres humains hein, bon les mecs étaient pas trop des féministes donc bon – avantage, ils ne pensaient pas que le salut réside dans le couple), tous les autres hommes sont plutôt des gros cons relous. Alors accepte ta solitude congénitale petit scarabée, embrasse-la avec enthousiasme car de toute façon tu finiras par clamser seul comme une mouche sous le poids implacable d’une tapette géante.

Ce qui te donne plutôt envie de te pendre direct à la plus haute branche la poignée de porte des chiottes. Le problème avec la philosophie c’est qu’il faut se sortir les doigts du cul, réfléchir, changer ta façon de voir le monde : FATIGUE, FATIGUE ; personnellement je comptais plutôt loler tranquille sur mon canap’ comme à mon habitude.

Heureusement il y a la chanson française. ENCORE ELLE, TOUJOURS ELLE. Et grâce à Georges Moustaki (une bien jolie chanson du temps de nos grands-mères) j’ai enfin compris : la solitude est ton amie ! D’abord, tu ne dors pas seul, tu dors avec ta solitude, NUANCE. Bon ok elle t’a pas encore fait de cunnilingus surprise mais QUI SAIT ! L’espoir fait vivre. (Faut-il dès lors jeter sa peluche aux orties ? La question est posée) (la réponse est NON, car on ne sait jamais, la peluche peut se transformer en prince) (ou les princes de Lu en kilos, mais c’est un autre problème). Ensuite, elle est fidèle au moins, c’est pas du genre à annuler un rendez-vous à la dernière minute ou à se taper une blondasse derrière ton dos (bande de chiens en chaleur). Et puis c’est pratique, elle t’accompagne en vacances et t’as rien à payer. En plus ok elle prend de la place au pieu mais tu peux quand même t’épiler quand tu veux au milieu de ton salon ou te gaver de chips paprika devant Sexy Dance 4 sans qu’elle te fasse de remaques. Bref, que du bénéf. Et puis chance ! quand tu clamseras bah t’auras l’habitude.

Shame eat

Attention néanmoins à ne pas ty vautrer, de peine de ressembler incessamment sous peu à un manga en noir et blanc sous la pluie tellement chiant parce que tout le monde est mort sous les bombes nucléaires et là t’as plus que le choix entre aller chasser les zombies comme Will Smith sauf que t’as pas de muscles, ou chanter des tubes des années 90 à tue-tête When I was young I never needed anyone And making love was just for fun Those days are gone Livin’ alone I think of all the friends I’ve known When I dial the telephone Nobody’s home All by myself Don’t wanna be All by myself Anymore (oui, il n’y a pas que la chanson française. d’abord; il y a aussi Céline Dion). Lose de lose bon dieu. Et en plus y a une saloperie de flûtiste qui est en train de faire des trilles à se tirer une balle juste sous ma fenêtre et sous la pluie  putain, SOUS LA PLUIE !! Ces jeunes, aucun respect.

Je sens le lol qui rugit dans vos gorges mes amis. ON SE POILE GRAVE. Bref on a beau faire, la solitude est une sacrée salope ; mais elle ne doit pas nous faire oublier que nous ne sommes pas des bœufs : merci à mon ancien prof d’histoire obsédé de cesser de me requester sur facebook.

Non je ne cèderai pas. Bouge ton cul l’émir du Q., ça commence à devenir tendax. Merci bisou.

I'm not lonely