Des types de drague masculine – la drague solide

Après avoir exploré les différentes techniques de brassage de vent de la chasse à la gazelle de l’approche par la gent masculine du genre femelle (ce continent mystérieux) (faites-moi rigoler) (allez plutôt lire ici), voyons maintenant une autre technique, celle qui se fonde sur le matériel. Comment l’homme, cet être viril fait pour dominer, s’appuie-t-il sur la terre ferme pour pécho à coup sûr (croit-il)? Tel le pêcheur de thon en gros armé de ses filets dérivants, il s’imagine que la matérialité de son Être raboule la poiscaille par quintaux. Tel un canonnier borgne à Trafalgar, il pilonne à coups d’obus sa faible proie, qui devrait donc se rendre à la force pénétrante de ses arguments.

C’est une posture comme une autre. Après l’idéel, passons au matériel (je ne sais pas pourquoi mais l’étui pénien des papous de tonton Maurice continue à me traverser l’esprit) (l’étui pénien, belle matérialité  que voici!) C’est du lourd, du concret, du touche-moi ça fillette. Partons donc gaiement à la recherche du brut,  de la matière, de la pierre, du boulet, de la balle, du pain, du coup, du gnon, de l’arme de destruction massive (ouaip, les mâles se prennent bien souvent pour des ogives nucléaires) (en matière de mecs et d’ADM j’avoue que j’ai plutôt tendance à penser à une arme bactériologique du genre variole ou peste bubonique) (soit dit sans animosité) (on vous aime les garçons, mais la Vierge m’en soit témoin ce serait parfois tellement plus simple sans vous).

Voici donc les types de drague solidifiées, le retour à la terre quoi:

Le riche. Bien évidemment, l’ère du bling-bling garde encore quelque influence. Ça ne date pas d’hier, ça n’cessera pas demain (sauf si on fait la Révolution) (au travail, people!). Le couple du vieux riche et de la jeune bergère bonnasse a de beaux jours devant lui (les slaves dénudées de Saint-Trop’ dans les Porsche décapotables ne diraient pas le contraire) (de fait, l’émir du Q. lui-même n’est pas un pauvre  hère) (every girl had needs, que voulez-vous?) (surtout les CHAUSSURES, tout à fait indispensables). Soyons lucides, le pauvre ne fait toujours pas recette (comme dit mon père, mieux vaut être jeune beau riche et en bonne santé que vieux laid pauvre et malade), un bon petit matelas de pépettes pour une pauvre fille qui cherche un bon parti c’est pas de refus mon bon monsieur (Sneaky Princess est au taquet dès que Lamborghini, pétrodollars, place Vendome, caviar et champagne pointent leur nez) (donc hélas soyons lucides: ÇA PEUT MARCHER) (soyons même réalistes: ÇA S’ÉPOUSE). Merci cependant d’éviter les signes un peu trop clinquants (au delà de 2 chaînes en or, c’est NON) (j’ai mes principes).

Exemplification orale. Philippe. Célibataire. Signe particulier : un salaire de 7 000 euros par mois. On va chez moi? / T’as déjà rencontré un millionnaire ?

geluck bague  souris

Le cinéphile / mélomane pointu. Use de sa science dans les arts cools que sont le ciné et la zique (abréviations elles-mêmes cools) comme d’un argument pour subjuguer sa proie. Inconvénient du zozo: si vous-même n’y connaissez que pouic, ça peut être VITE CHIANT. Voire CHIANTISSIME. Il cite des films de derrière les fagots, voire te compare la direction de la photographie dans les films d’Eisenstein et Dziga Vertov – le principe du derrière les fagots est important, parce que bon quand même le mec qui disserte d’un air inspiré pendant trois quart d’heures sur l’esthétique de Titanic ça fait vachement moins classe (même si ce film, ah ce film!) (Céliiiiiiiine! Near, far, wherever you are / I believe that the heart does go ooooon) (totalement n’importe quoi, la relation à distance trop ça marche pas) (mais ça fait chialer dans les masures) (notez néanmoins que le vrai cinéphile se rit des catégorisations snobinardes). Pareil pour la zique pointue – tu vois là c’est quand même plutôt funk-rock-blues de la période pré-jazzifiante comme couleur (que sais-je? je dis ça comme je dirais autre chose, je n’y connais rien en couleur musicale) (ah si: Noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir), et ouah mais l’ARRANGEMENT là c’est un truc de ouf (j’n’en sais rien mon gars, moi j’n’écoute que Shakira et Dalida) (en dehors de Waka Waka point de salut). De fait, cette technique de drague peut bien marcher avec des filles peu sûres d’elles en matière culturelle. La lonesome camionneuse n’en a rien à branler, elle qui connaît l’appel du désert et le kif du blockbuster.

Ce type se décline également en l‘intello de gauche à 0,01 centimes de drachme. T’as lu Badiou? Celui-là ne fait pas peur à la lonesome c. car elle se pique elle-même d’être une intello de gauche à 0,02 centimes de drachme, ce qui lui donne une supériorité certaine. Même, elle a lu Badiou et elle a trouvé que bon faut pas non plus pousser mémé dans les orties c’est quand même pas le nouveau Marx. Et si tu viens pas au manifs juste shut up, guy. On peut en parler, d’engagement et de lutte finale, mais faut aussi en faire. Les filles, méfiance, méfiance. Le snobisme philosophico-littéraire peut faire très mal, j’en ai fait l’expérience. Ayez toujours sur vous un exemplaire de La distinction de Bourdieu pour le balancer sur la gueule de l’impétrant (c’est un gros livre, ce qui est très pratique) (ceci vaut d’ailleurs aussi pour le mélomane et le cinéphile).

Notons ici deux possibilités quant à la personnalité profonde du type: soit ce mec a vachement bossé sa technique de drague (et reconnaissons ses efforts à leur juste valeur), soit c’est juste un snob (risque assez élevé tout de même, notamment s’il n’a jamais vu un film en couleur ou n’écoute que des vinyles VOIRE du clavecin VOIRE du clavecin sur vinyle) (après, le snob peut se fréquenter, mais va falloir bras-de-feriser pour imposer le reggaeton du matin). Sache-le à tes risques et périls, petit scarabée.

L’homme au cabinet de curiosités. Viens voir mes petits soldats de plomb, ça envoie du pâté aux cornichons. En général le thème des curiosités en question est plutôt de type ridicule et inutile, style François Pignon et ses maquettes en allumettes. Le but de l’énergumène est d’emmener la pouffe ébaubie admirer son œuvre de collectionneur original. Ça a un petit côté one shot quand même, parce qu’une fois que t’as vu toutes les dents de mammifère qui existent sur la planète t’as pas forcément envie de refaire le tour. De fait, le cabinet de curiosités peut logiquement virer au problématique, on a déjà parlé dans ces pages de l’homme à la couleuvre, qui veut t’attirer pour admirer son aquaterrarium… La collection de batraciens et de reptiles, on va éviter. Oui oui c’est très utile comme bestiau dans la nature et la chlorophylle mais on n’a pas besoin de le voir de près dans un appartement parisien. Surtout pour se mettre en train: bon sang, QUI peut trouver une couleuvre excitante?

François Pignon et sa tour Eiffel en allumettes

Le 15 minutes de succès guy. T’as dû me voir à la télé ou tu connais mon dernier livre? (Non) (mais l’effet media marche déjà à fond les manettes). Ancien candidat de Koh-Lanta, voire barman des Ch’tis à Ibiza, pseudo-écrivain de romans policiers ou même nègre de Marc L. l’auteur qui nous fait chier plus vite que son ombre, ce garçon bénéficie de l’égide tutélaire du fameux quart d’heure warholien, ce qui n’est pas exactement ton cas sauf lors de ta participation malheureuse à l’élection de Miss Jarret de Porc. Bon sang, remonter les Champs-Élysées au bras d’un sous-people, voilà qui peut faire envie (ou pas). Moi j’dis, si le gars est passé au Grand Journal, laissons-lui une chance. Ne pas s’en encombrer néanmoins, car comme le dit Jules Renard, « La gloire, c’est la fumée sans feu dont on parle tant. » Attention ça pique les yeux, mais pas dit que ce soit si kiffant au final.

Le bien logé. Ne nous voilons pas la face, nous sommes en pleine crise du logement et ton petit studio est près d’exploser sous la pression des fringues qui s’y entassent. Dès lors, le mec qui t’invite à venir admirer la vue sur tout Paris depuis la terrasse de son triplex part avec un avantage non négligeable. Là, tu peux bien te projeter niveau futur à deux. Et ça, hélas, c’est un peu notre travers de filles perdues cheveux gras: trouver à se caser, et vite. Si l’appart’ appartient aux parents du mec qui vit lui-même d’expédients divers et peu lucratifs, faut peut-être revoir la situation. Tout dépend de ton degré d’attachement à avoir un chez-toi qui claque sa mère.

Une variante de ce type, si la Porsche carrera GT t’excite, serait le bien véhiculé. Ça marche pour Vin Diesel et James Dean. Perso ça ne me fait presque aucun effet, même si je trouve le vélo légèrement rédhibitoire (sans parler du skate ou des rollers of course). Mais je prends le scooter bien entendu (bobo un jour…) même si plutôt l’été, quand même.

L’artiste qui peut t’introduire. Je veux parler ici du photographe ou du peintre qui te propose de poser pour lui (plutôt NUE quand même) (s’il est un peu fin il ne te le balance pas d’emblée) ou le 4e assistant de prod’ qui propose de donner à ta carrière d’actrice  un « coup de pouce » (aka dans le cul) (cette formule n’est pas de moi mais elle est fort bien trouvée) (même si un peu vulgaire, reconnaissons-le). Attention les enfants, il y a de vrais artistes qui font VRAIMENT des photos de nus, et c’est là toute la difficulté de l’affaire, car comment distinguer l’esthète du baiseur? Exigez de solides références (un article dans Elle semble un minimum) (que ces affreux magazines féminins servent un peu à quelque chose, pour une fois!) ou posez à vos risques et périls (ayez bien à l’esprit que l’image se diffuse aisément sur le net) (mais bon, peut-être avez-vous une légère tendance exhibitionniste qui se satisfera d’un tel traitement) (il faut de tout pour faire un monde).

Le sportif taciturne. Ses muscles parlent pour lui. Ses fringues aussi. Deux sous-types peuvent être distingués:

Le sportif aux muscles saillants (muscu, catch, haltérophilie) endosse quelque t-shirt moulant ou chemise aux manches retroussées légèrement trop petite pour lui, ce qui permet aux muscles de saillir en toute tranquillité et de faire leur œuvre testostéronique auprès de la gent féminine. Il peut donc se permettre de rester totalement muet et de regarder sa cible d’un air suggestif. Y a des avantages. Après faut voir s’il a de la conversation, quand même. Quoique, un homme qui n’a rien à dire, est-ce si ennuyeux? Ça peut être reposant – c’est vous qui voyez (moi j’avoue je ne pourrai pas) (parler parler parler et rire rire rire: hors de cela point de salut).

Le sportif de fond (rando, marathon). Il est fort musclé mais ça ne se voit pas trop. Du coup, il compense en portant des pulls norvégiens et un cardio-fréquencemètre au poignet, et te raconte son ascension du K2 par la face nord-ouest quand il a failli perdre tous ses doigts de pied. Bon point pour lui, une endurance physique certaine (à nuancer tout de même en cas de soporificité de l’action charnelle) (s’endormir en plein milieu, voilà qui ne t’était jamais arrivé). Problème principal: qu’il ne s’imagine à aucun prix que tu vas enfiler des chaussures de marche et entamer des treks de l’enfer. Les trottoirs parisiens te suffisent bien, merci! (À toutes les filles sportives qui pratiquent ce genre d’activités: soyez conscientes que c’est plutôt chaud du bonbon d’être ultra sexy en chaussures de rando) (enfin bon, moi j’dis ça j’dis rien) (stiletto power!)

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Le zikos torturé. Sur scène, pendant qu’il gratte sa guitare d’un air inspiré par les anges du ciel et tous les saints, il excite le chaland – il faut dire que oui, ça marche un peu, forcément, surtout s’il a une troupe de jeunes groupies en délire qui hurlent son prénom devant la scène malgré le lait qui leur sort du nez. Ouaip, c’est lamentable, mais tout à coup tu te sens bien aise d’être la nana distinguée par la star. Bonus majeur si c’est le chanteur-leader du groupe, qui gratouille nonchalamment sa guitare en se balançant autour du micro, vêtu d’un t-shirt dépoitraillé et couvert d’une tignasse (de cheveux) abondante (le poilu montre rarement son poitrail) (ou alors c’est un vieux garagiste italien) (ce qui a aussi son charme). Quand il t’a coincée dans un coin, il te joue l’air de rien un petit air de Cat Stevens à la guitare, et là t’en peux plus tellement c’est un génie de l’harmonie (« oui, joue encore pour moi», « ah, je te fais penser à Janis Joplin?») (un je t’aime est vite sorti dans ces conditions, contrôlez-vous les filles!). Un conseil : mettez votre fils de force à la guitare au piano, il va scorer c’est moi qui vous le dis! La trompette et la contrebasse sont jouables aussi, quoi que plus pointues (et puis tu peux pas chanter en même temps du Francis(seuh) Cabrel) (je viens du ciel et les étoiles entre elles ne parlent que de toi) (OH YEAH). Bizarrement (ou pas), le zikos n’est pas forcément un mélomane snob, ce qui est bien agréable parce que bon Francis Cabrel Je l’aime à mourir quoi! Fais péter! (Après, vient la question fatidique: le zikos en question fait-il de la bonne musique?) (à garder pour plus tard, ça risque d’être douloureux).

L’homme en uniforme. Ce dernier type fera l’objet d’une enquête approfondie prochainement. La lonesome c. a elle-même une coupable faiblesse pour le costard-cravate, mais ne comprend point du tout l’attrait pour le flic / gendarme / soldat / agent de sécurité de la RATP. Il faut creuser.

Oui, l’univers du dragueur est plus vaste que le désert de Gobi, et sous chaque pierre se cache quelque insecte gouleyant (ou pas). Ce qui est bien, c’est que c’est à la fille de choisir, et ça c’est quand même le gros kif de la boulasse intergalactique (ne l’oublions surtout pas) (c’est NOUS qu’on décide). Jouez de votre flûtiau, cher garçon, je vous écoute, je vous écoute (ou pas).

Merci une seconde fois à I & J, conseillers spéciaux, on fire with drague. You got the moves guys.

Des types de drague masculine – la drague du bonimenteur

Une grande entreprise littéraire et scientifique s’engage présentement sur ce blogue de la haute substantifique mouelle et de la boulasse intergalactique, j’ai parlé de la classification des types humains post-modernes, ces enfants de la télévision et de l’internet perdus dans le vaste monde néo-libéral de la consommation qui définit ton statut social. La Comédie humaine 2.0. Balzac you’re so screwed.

Le sujet vaste et abyssal des attitudes en soirée a déjà été abordé, quoi que superficiellement, mais il soulevait d’emblée l’un des drames et des questionnements les plus aigus et désolants de notre époque troublée : comment pécho de la meuf ? Le célibat, fléau des temps et des trottoirs, qui fait de la scène matrimoniale une véritable arène où le sang coule à flots avec l’orgueil blessé et les illusions brisées. Notre amie l’insee qui produit à bon escient des chiffres cachant hélas de déchirantes réalités, nous apprend qu’en 2009 un tiers de la population française est célibataire. Oui, cruel destin (mais on se sent moins seul – et puis si on ajoute les célibs avec enfants on arrive à 42%, tremblez familles, la décomposition s’annonce !!!!!)

Bref, c’est la jungle. Le mâle, bien naturellement sous-équipé pour résister aux épreuves de la vie, fait de son mieux pour garder la tête hors de l’eau, mais soyons lucides, il s’en sort plutôt mal. Lointain est le temps où Cyrano déblatérait des alexandrins au pied du balcon. Aujourd’hui, le gaillard se fait relou. Mais pas toujours dans le même style.

Voici donc, honorés lecteurs, une classification ascendante hiérarchique issue d’une enquête minutieuse menée auprès d’un échantillon représentatif de la population française de plus de 3000 personnes sur internet et les forums sur la drague. Deux grands types peuvent être dégagés, suivant la fondation du processus de drague : broderie verbale sur du vent dans les branches de sassafras, ou explicitation d’éléments matériels. Nous aborderons donc d’abord le pipeautage, baratin, verbiage, jacassement, caquetage, parlage et racontar dont nous abreuve la gent masculine jusqu’à plus soif.

(Oui, au fait, vous savez que c’est un peu agressif tout ça ? Pensez-vous que VRAIMENT on aime se faire traiter comme un poisson au bout d’une ligne ? Scrogneugneu, un peu de self-control, bande de bonobos en déroute !)

Le mythomane. Ce type est heureusement relativement peu répandu, quoi que tous les mecs aient un jour rêvé de se faire passer pour pilote d’hélicoptère ou agent secret. Sommes-nous, pauvres naïves, assez bécasses pour tomber dans le panneau ? Eh bien, après deux minutes de réflexion, oui, on a tendance. J’avoue que le James Bond, je vais pas trop réfléchir deux minutes avant de dire oui. Cela dit, c’est James Bond. Pas Jean Dupont, au service de la Fran-an-an-ance. Dans la même veine, il y a bien entendu aussi le jeu sur la corde sensible : il me reste 3 jours à vivre et autres billevesées faisant appel à notre nature d’infirmière, qui hélas est encore trop répandue parmi la populace féminine – d’autant que l’être masculin tend assez généralement vers l’hypocondrie, ce qui fait qu’il est bien content quand on lui dit oh mon pauvre, là tu as vraiment TRÈS mal ? C’est affreux, j’espère que tu ne vas pas mourir ! (Va te prendre une semaine de règles dans ton bide et on en reparle, gars) Bref. Ce type de drague est bien évidemment fort dangereux car il repose sur un vide si abyssal que l’individu ne peut vouloir vous pécho que pour quelques jours, voire même pour tirer un p’tit coup vite fait. A envoyer aux oubliettes direct.

Exemplification. Le héros personnifiant ce type à la perfection est bien entendu Barney Stinson, l’homme dont la lunette de chiottes se relève automatiquement après que t’aies fait tes besoins pour te faire comprendre que la féminité n’est pas la bienvenue. De Lorenzo von Matterhorn, jet-setteur au sexe si gros que même la chirurgie ne peut plus rien faire pour lui au cosmonaute de la « secret NASA, the SNASA » qui est allé sur la smoon, en passant par le pénis qui exauce les vœux et le plongeur entraîneur des forces spéciales pour former des dauphins kamikazes, reconnaissons que le personnage est inventif. See you on the smoon, guy.

Le relou de la rue. Oh oui, c’est bien lui le plus rustre et le plus désagréable, quand tu marches dans la rue sans rien demander à personne, la tête pleine d’arc-en-ciels, de papillons ou de bisounours (OUAIS, ET ALORS??), il te repère en scrède, planqué à sa terrasse de café ou négligemment adossé à son scooter, et te balance une phrase plus moisie qu’une nèfle qui a passé deux mois dans le purin, mais qu’il doit sans doute imaginer spirituelle mais qui est d’une lourdeur plombesque pour le moins. Je dois avouer que c’est une de mes grandes interrogations : comment le mec peut-il penser un instant qu’il a la moindre chance de réussir ? Peut-être ce type de drague est-il l’indice qu’il reste une once d’optimisme au fond du cervelet obtus des mâles les plus abrutis, et que la race humaine n’a pas encore totalement abandonné la foi dans un monde meilleur ? Cela dit, une seule réponse dans ce cas: DÉ-GA-GE.

Exemplification. Vous êtes charmante mademoiselle (l’approche de base du type. Mais dégage !! Vraiment!!) Variante : vous avez de beaux yeux/jambes/visage etc. etc.
Je suis perdu. Je cherche le chemin pour atteindre votre cœur. Vous pourriez m’aider ?
Je t’ai aperçu plus d’une fois et je dois dire que j’ai trop kiffé ton style, donne moi ton numéro de téléphone et je t’appelle pour qu’on se fasse un petit plan plage
Vous êtes une sorcière? Parce que vous venez de m’envoûter!
« Excusez moi mademoiselle, vous êtes en état d’arrestation » ; « Pourquoi ? » ; « Pour délit de beauté sur la voie publique ! »
Salut, dis je t’ai pas déjà vu quelque part? Ha oui c’était dans mon dernier rêve.

drague sur la plage

Le droit au pieu. « Viens dans ma cellule », aurait-on dit au XVIIIe siècle (et j’ai envie d’ajouter : que je t’enc…, mais ce serait vraiment de mauvais goût). Cet individu, sûr de lui et de conclure, ne s’embarrasse pas de fioritures et produit un discours fait de vantardise liée à la taille supposée de son organe et de domination mal dégrossie ainsi que de persuasion que toutes des salopes sauf maman. La cible se sent infiniment respectée, inutile de le préciser. N’en attendez que pouic, mais si ça se trouve il peut être délassant tout à fait ponctuellement.

Exemplification. J’aimerais être ton gant de toilette
Alors que j’achète un billet de train à une borne automatique : « Eh, mademoiselle, prends un tarif handicapé ! Parce qu’une fois que je t’aurai démontée tu pourras plus marcher droit. Oh vas-y fais pas la gueule, j’te rends service ! »
(Moi : T’as pas une clope s’il te plaît ?) Il commence à défaire sa ceinture. (Moi : Non, je t’ai juste demandé à fumer.) « Bah tu peux toujours tirer là-dessus mais c’est pas de la fumée qui va sortir ! »
Tu as déjà fait l’amour dans une boite de nuit ?

Ce type peut se décomposer en un sous-type, l’expert en érotisme, qui tentera de faire montre de son savoir-faire supérieur en la matière par divers biais plus ou moins légers, de « tu connais les boules de geisha » à « j’adore Bataille« . Le but est le même, bien entendu, mais enfin l’approche est un peu plus cotonneuse. Cela dit, avoir lu Bataille ne garantit RIEN. Qu’on se le dise.

La charrue avant les bœufs. Lui, il se voit déjà à ton bras devant l’autel, il est sûr que tu es la future mère de ses enfants, deux minutes lui ont suffi pour lire dans tes fesses yeux le bel avenir qui se déroule devant lui. Détails que votre absence de points communs ou le fait qu’il n’aie pas bien retenu ton prénom. C’est le love at first sight. Crédibilité: maximum s’il est en pleine crise psychotique; absolument nulle dans tous les autres cas. Comme je l’ai déjà précisé à de nombreuses reprises: un homme peut te parler mariage et bébés, tant que t’as pas le polichinelle dans le tiroir c’est pipeau et compagnie. A éviter.

Exemplification. Tu sais, je pense que tes parents vont devenir mes beaux-parents.
J’ai fait un rêve hier. Ce rêve me disait que j’allais rencontrer la femme de ma vie aujourd’hui.
On ferait de beaux enfants tous les deux, tu ne crois pas?

Le complimenteur litotique. Oui, rappelez-vous vos cours de français de première les enfants, cette magnifique figure de style qu’est la litote, le downsizing, l’art du retournement et de la sous-estimation. Le point de départ du complimenteur litotique est de se dire qu’il faut produire des compliments à la portée de la cible, car après tout nous sommes des êtres humains, et puis le coup de « Tu es comme le vent qui fait chanter les violons et emporte au loin le parfum des roses », c’est un peu fort de café dans l’ensemble. Donc, ce madré dragueur se repositionne sur un terrain plus crédible où la fille pourra se dire : « bon sang mais c’est bien sûr : il ne me dit pas que je ressemble à Kate Moss mais à une hôtesse de l’air des années 60, donc il le pense vraiment. » Naïves gourdes que nous sommes. Attention, car le complimenteur litotique est redoutable. REDOUTABLE. Ne le sous-estimez pas.

Exemplification: ce magnifique sketch de Flight of the Conchords (à voir ici), « mannequin à temps partiel »
You’re so beautiful
You could be a waitress
You’re so beautiful
You could be an air hostess in the 60s
You’re so beautiful
You could be a part…time…model.
(Tu es si belle, tu pourrais être serveuse, une hôtesse de l’air des années 60, tu pourrais être un mannequin…à temps…partiel)
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Le juste ringard. Le pauvre, l’innovation, Schumpeter, la compétitivité, tout ça il ne connaît pas. Il est resté un peu coincé aux années 1950 et ses compliments sentent le ranci. La métaphore naturalisante est son terrain favori (il te compare au soleil, à la lune, au diamant, aux plantes et autres joyeusetés chlorophyllesques). Le zazou est presque trop branché pour lui. On est quand même un peu blasées, à dire le vrai. Un peu d’imagination, que diable! Aucune créativité donc, mais un bon point: potentiellement transformable en jouet docile si l’on exploite convenablement le complexe d’infériorité qui devrait en découler (s’il n’en a pas, lâchez l’affaire).

Exemplification. Il n’y a pas de soleil aujourd’hui, et pourtant à vous voir je suis ébloui.
Si l’amour était une goutte d’eau, je t’offrirais l’océan.
Ton père a pris toutes les étoiles pour les mettre dans tes yeux.

L’intéressé par ta personne. Ta vraie personne intérieure. Non non non il n’a pas du tout remarqué que tes seins ressemblent plus à des obus qu’à des œufs au plat. Enfin, théoriquement il est sur la bonne voie: il te pose des questions et fait mine d’écouter avec le plus grand sérieux. Là, tu frétilles et tu te dis: oh yeah, je l’aime bien lui, dis-donc. Et là, horreur malheur dévastation et enfer, il te pose les questions FATIDIQUES: Et elle parle de quoi ta thèse? Tu la finis bientôt? NOOOOOOOOOOOON. Tu n’aurais pas dû, petit scarabée, tu n’aurais pas dû.

Oh oui je sais, des fois les femelles ne sont pas gérables, elles non plus. Rien à cirer, les enfants. Parce que nous le valons bien, non mais.

Merci à I & J, inspirateurs inspirés et dragueurs de feu (mais non typés).

So many men, so many reasons to sleep alone