Des « violences » dans les « quartiers » amiénois

J’avais un peu la flemme d’écrire des âneries aujourd’hui, alors j’avais envie de vous mettre juste un ciel bleu parisien, un ciel d’été avec des nuages en partance.

Boboïtude en force.

Et puis devant les appels à la fermeté de nos sympathiques gouvernants pour mettre les « quartiers Nord » amiénois au pas (l’ « ordre républicain », ha ha, fais-toi exploiter et ferme ta gueule s’il te plaît) et surtout les remarques si pertinentes de notre bon ministre de l’intérieur, qui a certes les yeux bleus et de belles mèches noires, mais qui se contente de renvoyer la responsabilité à la droite, la redresseuse de tort (une autre de mes doubles, qui se réveille périodiquement d’humeur peu commode) a envie de pousser un petit coup de gueule. Donc elle se branche à fond les Modena City Ramblers (je vous conseille) (ça et un petit coup de El pueblo unido jamàs serà vencido et on est bien dans l’humeur).

On va se déboucher les bronches, un peu. L’été est chaud (enfin, métaphoriquement parlant).

Comment une « politique de la ville » dont les crédits sont totalement ridiculissimes et qui n’a aucune prise sur les politiques de l’éducation et de l’emploi (ceci est un peu la base de l’intégration dans cette fameuse « République » qui finira par n’en porter plus que le nom) (enfin y m’semble) aurait-elle la moindre influence sur les « quartiers sensibles» (ouh, j’ai mal à mon quartier) où jamais nos bons gouvernants ne mettent les pieds  (sauf en bagnole et escortés de flics en mode Robocop)?

Depuis 1977 (eh oui !! notre bon VGE…),et surtout les années 1990 (Nirvana, you rock), les dispositifs de la politique de la ville s’empilent sur des quartiers délimités au cordeau selon des chiffres datant du recensement de 1990, et nous enfleurissent la vie de ZUS, ZFU, GPU, GPV, ORU et CUCS (mon préféré). Simplicité, j’écris ton nom.

Tout ça en s’imaginant qu’on pourra changer les hommes en changeant la ville : le grand ensemble produit des sauvageons, c’est bien connu. J’ai envie de dire, c’est vrai que les Grandes Terres à Marly-le-Roi, 1450 logements et 4000 habitants en copropriété au milieu d’un joli parc, avec écoles, terrains de sport et centre commercial est célèbre pour ses « voyous issus de l’immigration » qui, c’est bien connu, ont tendance à se regrouper naturellement dans des grands ensembles dépourvus de tout service urbain digne de ce nom uniquement pour faire chier le bourgeois. Ces gens n’ont aucun sens esthétique de toute façon, et comme ils pondent des chiards comme des lapins, autant les regrouper dans des cages, justement. Les petites tractations des maires pour envoyer les familles les plus pauvres au nom à consonance étrangère ailleurs que dans les quartiers privilégiés (eh ouais, ce sont aussi des quartiers) sont aussi bien dans le thème. Le droit à la ville ? Pffffft !

Et après, les petits salauds ont le culot de se révolter, avec 25% de chômage et une école publique en faillite où les enseignants ont tous moins de 35 ans et sont payés des clopinettes pour commencer leur carrière avec un salaire de merde face à des classes difficiles (ma pomme par exemple, affectée récemment dans DEUX lycées de Clichy-sous-Bois alors que je n’ai jamais enseigné en lycée et que même à la fac je ne suis pas la reine de la discipline) (ouais bon personne n’est parfait) (en même temps la partie masculine de l’amphi est subjuguée par mon physique de rêve, donc je gère). Et ces cons brûlent des écoles et des bibliothèques, ce symbole du gentil savoir qui affranchit les peuples. Quels gogols, vraiment. Faudrait voir à ce qu’il soit un peu dispensé également, ce savoir, tant qu’à faire. Une petite phrase de Louise Michel pour se mettre dans l’ambiance : « La tâche des instituteurs, ces obscurs soldats de la civilisation, est de donner au peuple les moyens intellectuels de se révolter. » Y a du boulot.

Il faudrait enfin commencer à se demander ce que parler veut dire : une ville est composée de différents quartiers qui forment système et très rarement (voire jamais, disons-le), quand ses habitants ont un accès égal au pouvoir, cité. Les fameuses cités dont on nous rebat les oreilles sont tout sauf ce dont on les qualifie. Penser une politique de la ville qui traite (en plus de façon superficielle) des symptômes localisés sans traiter le mal lui-même, c’est quand même un peu comme tartiner les scrofules de la peste bubonique avec de la crème nivéa. Pour dire les choses crûment.

L’ordre sans égalité ? Ha ha ha ha ha. Comme disait Jaurès (et bizarrement cette phrase est assez rarement citée par nos amis socialistes depuis leur Bad Godesberg du congrès de Reims) (enfin non, depuis assez longtemps d’ailleurs), « le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage ». J’veux pas dire mais si même le dernier Batman aborde la question de la révolution et de l’égalité (même si ces mous du gland s’arrêtent aux portes de Wall Street, franchement ils l’auraient fait péter ça aurait eu de la gueule) (mais le Dieu Argent nous tient aux tripes), c’est peut-être qu’il y a un petit sujet autour des inégalités sociales… Mais bon, hein, tout le monde rentre chez soi, on ferme les rideaux et on n’en parle plus. Le monde tombe, mais ça nous ferait mal au cul de le regarder. On vit tous sous le même ciel, oui ou merde?

Liberté, égalité, fraternité. Mélange et partage. Faudrait s’y mettre un peu. NON MAIS.

PS : Papa, Maman, pas d’inquiétude, je n’ai pas encore pris le maquis en Bolivie, je tiens beaucoup trop à mon petit confort d’intellectuelle parisienne de mes deux pour m’engager véritablement. J’ai ma thèse à finir, HEIN. Inconséquence politique, quand tu nous tiens.

De l’Ordnung berlinoise

Alors bon, la lonesome camionneuse a fait son devoir, elle a raconté plein de bien de la capitale de la Prusse, das is Berlin, Berlin, die ewig junge Stadt, Das ist Berlin, die Stadt, die meine Liebe hat* etc. etc. Certes.

Cependant, détail redoutable, n’oublions point que ses habitants restent, avant tout, des ALLEMANDS. Moins qu’ailleurs, notons-le, puisque 25% des Berlinois sont issus de l’immigration (un charmant terme pour te dire: tu seras toujours une pôv’ merde de Turc mais on t’accepte parce qu’on a un petit problème de natalité en ce moment) (HA HA tremble, royaume de Prusse, d’ici 30 ans l’heure de la REVANCHE POPULATIONNISTE aura sonné, les petits Français auront repris le dessus, vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine) (tout va bien je suis parfaitement calme, moi, ressortir du placard ces haines d’un autre âge?) Bref, pardonnez mes errements, quelque retour de bâton de mes cours d’histoire et de la cuvette de Sedan qui ne passe pas. En même temps, notons que la germanique influence en Alsace a du bon, car sans elle foin de délicieuses saucisses (ah les saucisses de jambon! que vous me manquez dans le désert charcuterique des contrées parisiennes!)

Berlin est donc une ville plutôt cosmopolite, ce qui est plutôt génial, et croyez-moi que le gigot d’agneau de l’épicerie turque était un des meilleurs de ma life, tout ça cuisiné par une Méditerranéenne de luxe et Berlinoise d’adoption qui incarne pas mal la classe du mélange de culture (eh ouais, j’ai des amis trop classe). De ce fait, et marqué par la lourde ambiance d’agression et de négativité qui caractérise le Parisien (mieux vaut l’avoir en journal, c’est bien vrai), le visiteur parigot fraîchement arrivé de quelques bousculades sans aménité dans le RER se prend à se dire que les Allemands sont vraiment d’un abord très agréable, tout sourires, très sympatoches, et tout et tout.

Grave erreur de touriste débutant. Ceci n’est dû qu’à l’accoutumance à la goujaterie parisienne. Les Berlinois ont en réalité également leurs petits travers, même s’ils restent bien en deçà de la lourde ambiance qui règne à l’intérieur du périph’. Principalement, ils aiment l’ORDRE. Attention, ne vous méprenez pas, je ne suis pas en train de dire que tous les Allemands sont des nazis, ce qui est bien évidemment n’importe quoi (je préfère prévenir quand même, le point Godwin est si vite atteint). De fait, je prétends juste balancer quelques bons petits clichés sur les peuples et leurs caractéristiques dans une saine ambiance estivale de préjugés au barbecue.

Moi-même, mon origine post-germanique me pousse à aimer les choses droites et nettes, synchrones, à l’heure, bien rangées, propres et carrées (post-cromagnonne post-germanique post-jeune, la lonesome camionneuse a parfois l’impression d’avoir raté quelques trains en marche, et pourtant elle n’arrive jamais en retard sur un quai de gare!) Heureusement ma transformation en post-provinciale, i.e. PARISIENNE (ouais chuis Parisienne et je le revendique, mais attention pas comme Inès de la Fressange, HEIN! moi chuis hype, chuis cool, et j’aime les rues laides) a fait de moi une post-ordonnée de premier ordre, soit une petite connasse bordélique qui aime vraiment beaucoup le capharnaüm maintenant qu’elle s’y est mise. Un trait ravissant de son adorable personne. Ben oui quand même c’est pas MARRANT d’être un gros maniaque obsessionnel de l’ordre (coucou à mon père et à mon parrain) (oui Papa je sais il y a beaucoup de calcaire sur mes lavabos et c’est EFFECTIVEMENT parce que je n’essuie pas le robinet après CHAQUE usage).

Ordnung muss sein, de Markus Peerenboom.
http://fc-foto.de/24123457

Mais amis de l’ordre pas autant, oh non chers amis, pas autant que nos amis de l’outre-rhinitude, qui ont quelques infaillibles tactiques d’attaque en piqué pour faire reculer le bordel où qu’il se trouve. Première occurrence de ce désagréable travers: alors que ma copine I. et moi marchions et devisions tranquillement dans Prenzlauer Berg (censé être un quartier un peu branché, je rappelle), un homme planté sur le trottoir nous somme d’un « leise! » (chut) tout à fait déplaisant. D’aucuns, esprits chagrins et sensibles au son, objecteront que, il est vrai, la lonesome camionneuse parle beaucoup et de façon plutôt ronflante. Peut-être. Mais vous en foutrais moi du ronflement, quand on se balade dans la RUE A 16 HEURES, non d’un petit strip-teaser en string léopard (espace public, ducon, t’as déjà entendu parler? Öffentlichkeit, Habermas et tout le tintouin, non mais HO!) Là, déjà, on a commencé à se méfier.

Seconde occurrence: en sortant de l’expo Diane Arbus (hu hu hu) (truc de la hype), grande explosion pluviale. − Sourds, étang, − Écume, roule sur le pont, et par dessus les bois; − draps noirs et orgues, − éclairs et tonnerres − montez et roulez; − Eaux et tristesses, montez et relevez les Déluges. Bref, il pleuvait comme vache qui pisse. Prises d’indécision, la camionneuse et sa fidèle compagne se replient sous le porche du Martin Gropius Bau, non sans (je le proclame) laisser un espace tout à fait décent aux fins d’entrée et de sortie des badauds avoisinants. Ah mais ce ne fut pas du goût du vieux gardien frustré du lieu, qui nous guettait depuis l’autre côté de la porte tournante, animé de l’œil du faucon et de la vindicte de la hyène. Le vieux vint nous baragouiner de dégager pour laisser le passage, et sans un bonjour ni un s’il vous plaît, je vous prie! Moi je veux bien me plier aux coutumes du pays (j’avoue, étant donné ma peur du gendarme, je m’apprêtais à déguerpir sans faire ni une ni deux) (mais I. est une fière guerrière et refusa de céder), mais la politesse c’est juste PAS NÉGOCIABLE. Nous ne bougeâmes pas d’un pouce. Et là, BAM! quand le chenu gardien des lieux revint à la charge (ces Allemands sont assez butés sur la question de l’Ordnung), la lonesome camionneuse l’accueillit avec morgue et un grandiose: « Mit bitte klappt es besser » (ça marche mieux avec s’il vous plaît) (bon, mon français est meilleur que mon allemand, et alors?). Victoire par la toute-puissance du savoir-vivre! C’est la France, cela, Monsieur!

Dernière occurrence, et celle-ci est une expérience traumatisante qui remonte à quelques années mais diantre mes enfants elle a marqué ma faible mémoire au fer rouge tant ma tendre sensibilité en a été choquée. En ce temps-là, j’étais dans ma prime vingtaine, j’aimais à m’encanailler dans les quartiers berlinois couverts de graffitis, qui reculent hélas à vitesse grand V, − c’est un ennui ! et la Reine, la Sorcière qui allume sa braise dans le pot de terre, ne voudra jamais nous raconter ce qu’elle sait, et que nous ignorons. En jeune ordonnée que j’étais, j’empruntais le métro avec un titre de transport approprié. Sachez en effet, amis lecteurs, que le métro berlinois est en libre accès, ce qui titille fortement les tentations fraudulesques. Bien me prit cependant d’être munie d’un sésame (malgré le prix SCANDALEUX du métro): en effet, au détour d’une station entrent trois lascars à l’air un peu louche, voire disons-le sans ambages, de style punk à chien et collier à clous. Et là, sans transition, le plus malingre vocifère FAHRSCHEINKONTROLLE! (ouh là j’ai mal dans le bras, que se passe-t-il?) Le temps que tu comprennes que ce type est un contrôleur et que tu farfouilles dans ton sac pour trouver ton ticket, tu re-frôles l’infarctus car, ô cauchemar de l’au-delà, tous les passagers ont sorti leur billet comme un seul homme. Que dire? Bande de chiens artificieux! Vous n’osez même pas sortir en uniforme? Viendez donc, la lonesome camionneuse vous attend!

Euh non, on se calme, non je ne voulais pas dire que… 90 euros, pour insulte à agent de la force publique? Mais monsieur c’est absurde, vous voyez bien que je suis Française, que voulez-vous je n’y peux rien, il faut que je batifole et folâtre, et fasse mille pitreries!

Hélas, on n’en a pas fini avec les poncifs.


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*Pour les jeunes qui ne comprennent que pouic à la noble langue de Goethe et de Rilke, C’est Berlin, Berlin, la ville toujours jeune, c’est Berlin, la ville qui a mon amour (ouais j’avoue c’est pas du Hölderlin, m’enfin…)

Sinon, les citations superbes sont issues du magnifique poème Après le Déluge de Rimbaud (Illuminations). En v’là un qui n’aimait pas l’ordre, et merci la vie!