De l’Ordnung berlinoise

Alors bon, la lonesome camionneuse a fait son devoir, elle a raconté plein de bien de la capitale de la Prusse, das is Berlin, Berlin, die ewig junge Stadt, Das ist Berlin, die Stadt, die meine Liebe hat* etc. etc. Certes.

Cependant, détail redoutable, n’oublions point que ses habitants restent, avant tout, des ALLEMANDS. Moins qu’ailleurs, notons-le, puisque 25% des Berlinois sont issus de l’immigration (un charmant terme pour te dire: tu seras toujours une pôv’ merde de Turc mais on t’accepte parce qu’on a un petit problème de natalité en ce moment) (HA HA tremble, royaume de Prusse, d’ici 30 ans l’heure de la REVANCHE POPULATIONNISTE aura sonné, les petits Français auront repris le dessus, vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine) (tout va bien je suis parfaitement calme, moi, ressortir du placard ces haines d’un autre âge?) Bref, pardonnez mes errements, quelque retour de bâton de mes cours d’histoire et de la cuvette de Sedan qui ne passe pas. En même temps, notons que la germanique influence en Alsace a du bon, car sans elle foin de délicieuses saucisses (ah les saucisses de jambon! que vous me manquez dans le désert charcuterique des contrées parisiennes!)

Berlin est donc une ville plutôt cosmopolite, ce qui est plutôt génial, et croyez-moi que le gigot d’agneau de l’épicerie turque était un des meilleurs de ma life, tout ça cuisiné par une Méditerranéenne de luxe et Berlinoise d’adoption qui incarne pas mal la classe du mélange de culture (eh ouais, j’ai des amis trop classe). De ce fait, et marqué par la lourde ambiance d’agression et de négativité qui caractérise le Parisien (mieux vaut l’avoir en journal, c’est bien vrai), le visiteur parigot fraîchement arrivé de quelques bousculades sans aménité dans le RER se prend à se dire que les Allemands sont vraiment d’un abord très agréable, tout sourires, très sympatoches, et tout et tout.

Grave erreur de touriste débutant. Ceci n’est dû qu’à l’accoutumance à la goujaterie parisienne. Les Berlinois ont en réalité également leurs petits travers, même s’ils restent bien en deçà de la lourde ambiance qui règne à l’intérieur du périph’. Principalement, ils aiment l’ORDRE. Attention, ne vous méprenez pas, je ne suis pas en train de dire que tous les Allemands sont des nazis, ce qui est bien évidemment n’importe quoi (je préfère prévenir quand même, le point Godwin est si vite atteint). De fait, je prétends juste balancer quelques bons petits clichés sur les peuples et leurs caractéristiques dans une saine ambiance estivale de préjugés au barbecue.

Moi-même, mon origine post-germanique me pousse à aimer les choses droites et nettes, synchrones, à l’heure, bien rangées, propres et carrées (post-cromagnonne post-germanique post-jeune, la lonesome camionneuse a parfois l’impression d’avoir raté quelques trains en marche, et pourtant elle n’arrive jamais en retard sur un quai de gare!) Heureusement ma transformation en post-provinciale, i.e. PARISIENNE (ouais chuis Parisienne et je le revendique, mais attention pas comme Inès de la Fressange, HEIN! moi chuis hype, chuis cool, et j’aime les rues laides) a fait de moi une post-ordonnée de premier ordre, soit une petite connasse bordélique qui aime vraiment beaucoup le capharnaüm maintenant qu’elle s’y est mise. Un trait ravissant de son adorable personne. Ben oui quand même c’est pas MARRANT d’être un gros maniaque obsessionnel de l’ordre (coucou à mon père et à mon parrain) (oui Papa je sais il y a beaucoup de calcaire sur mes lavabos et c’est EFFECTIVEMENT parce que je n’essuie pas le robinet après CHAQUE usage).

Ordnung muss sein, de Markus Peerenboom.
http://fc-foto.de/24123457

Mais amis de l’ordre pas autant, oh non chers amis, pas autant que nos amis de l’outre-rhinitude, qui ont quelques infaillibles tactiques d’attaque en piqué pour faire reculer le bordel où qu’il se trouve. Première occurrence de ce désagréable travers: alors que ma copine I. et moi marchions et devisions tranquillement dans Prenzlauer Berg (censé être un quartier un peu branché, je rappelle), un homme planté sur le trottoir nous somme d’un « leise! » (chut) tout à fait déplaisant. D’aucuns, esprits chagrins et sensibles au son, objecteront que, il est vrai, la lonesome camionneuse parle beaucoup et de façon plutôt ronflante. Peut-être. Mais vous en foutrais moi du ronflement, quand on se balade dans la RUE A 16 HEURES, non d’un petit strip-teaser en string léopard (espace public, ducon, t’as déjà entendu parler? Öffentlichkeit, Habermas et tout le tintouin, non mais HO!) Là, déjà, on a commencé à se méfier.

Seconde occurrence: en sortant de l’expo Diane Arbus (hu hu hu) (truc de la hype), grande explosion pluviale. − Sourds, étang, − Écume, roule sur le pont, et par dessus les bois; − draps noirs et orgues, − éclairs et tonnerres − montez et roulez; − Eaux et tristesses, montez et relevez les Déluges. Bref, il pleuvait comme vache qui pisse. Prises d’indécision, la camionneuse et sa fidèle compagne se replient sous le porche du Martin Gropius Bau, non sans (je le proclame) laisser un espace tout à fait décent aux fins d’entrée et de sortie des badauds avoisinants. Ah mais ce ne fut pas du goût du vieux gardien frustré du lieu, qui nous guettait depuis l’autre côté de la porte tournante, animé de l’œil du faucon et de la vindicte de la hyène. Le vieux vint nous baragouiner de dégager pour laisser le passage, et sans un bonjour ni un s’il vous plaît, je vous prie! Moi je veux bien me plier aux coutumes du pays (j’avoue, étant donné ma peur du gendarme, je m’apprêtais à déguerpir sans faire ni une ni deux) (mais I. est une fière guerrière et refusa de céder), mais la politesse c’est juste PAS NÉGOCIABLE. Nous ne bougeâmes pas d’un pouce. Et là, BAM! quand le chenu gardien des lieux revint à la charge (ces Allemands sont assez butés sur la question de l’Ordnung), la lonesome camionneuse l’accueillit avec morgue et un grandiose: « Mit bitte klappt es besser » (ça marche mieux avec s’il vous plaît) (bon, mon français est meilleur que mon allemand, et alors?). Victoire par la toute-puissance du savoir-vivre! C’est la France, cela, Monsieur!

Dernière occurrence, et celle-ci est une expérience traumatisante qui remonte à quelques années mais diantre mes enfants elle a marqué ma faible mémoire au fer rouge tant ma tendre sensibilité en a été choquée. En ce temps-là, j’étais dans ma prime vingtaine, j’aimais à m’encanailler dans les quartiers berlinois couverts de graffitis, qui reculent hélas à vitesse grand V, − c’est un ennui ! et la Reine, la Sorcière qui allume sa braise dans le pot de terre, ne voudra jamais nous raconter ce qu’elle sait, et que nous ignorons. En jeune ordonnée que j’étais, j’empruntais le métro avec un titre de transport approprié. Sachez en effet, amis lecteurs, que le métro berlinois est en libre accès, ce qui titille fortement les tentations fraudulesques. Bien me prit cependant d’être munie d’un sésame (malgré le prix SCANDALEUX du métro): en effet, au détour d’une station entrent trois lascars à l’air un peu louche, voire disons-le sans ambages, de style punk à chien et collier à clous. Et là, sans transition, le plus malingre vocifère FAHRSCHEINKONTROLLE! (ouh là j’ai mal dans le bras, que se passe-t-il?) Le temps que tu comprennes que ce type est un contrôleur et que tu farfouilles dans ton sac pour trouver ton ticket, tu re-frôles l’infarctus car, ô cauchemar de l’au-delà, tous les passagers ont sorti leur billet comme un seul homme. Que dire? Bande de chiens artificieux! Vous n’osez même pas sortir en uniforme? Viendez donc, la lonesome camionneuse vous attend!

Euh non, on se calme, non je ne voulais pas dire que… 90 euros, pour insulte à agent de la force publique? Mais monsieur c’est absurde, vous voyez bien que je suis Française, que voulez-vous je n’y peux rien, il faut que je batifole et folâtre, et fasse mille pitreries!

Hélas, on n’en a pas fini avec les poncifs.


______

*Pour les jeunes qui ne comprennent que pouic à la noble langue de Goethe et de Rilke, C’est Berlin, Berlin, la ville toujours jeune, c’est Berlin, la ville qui a mon amour (ouais j’avoue c’est pas du Hölderlin, m’enfin…)

Sinon, les citations superbes sont issues du magnifique poème Après le Déluge de Rimbaud (Illuminations). En v’là un qui n’aimait pas l’ordre, et merci la vie!

3 réflexions sur “De l’Ordnung berlinoise

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