Poisson d’avril!

C’est le printemps, les p’tites pousses d’herbe sortent la tête de terre (« Comme un diable au fond de sa boîte / Le bourgeon s’est tenu caché » ou bien « Le temps a quitté son manteau / De vent de froidure et de pluie » – Incroyable ce qui reste dans notre cerveau 20 ans après l’école primaire… ARGH ! 20 ans !!!!!), et le p’tit poisson d’avril vient faire un tour in the streets.

J’eus un poisson un jour. C’était un poisson combattant, une espèce teigneuse et vicelarde, une race de survivants qui surmonte les obstacles que la nature a mis sur sa route : il aime la solitude et bute tous les mâles qui l’approchent à coup de gueule de poisson (ouais, on se demande bien comment il fait mais sa gueule a une puissance létale). Bloop-Bloop a survécu à des situations de crise, notamment lors de mon déménagement où son bocal s’est renversé et il a survécu 10 minutes (10 MINUTES !) hors de l’eau ! En Thaïlande ils organisent des combats de poissons, comme les combats de coqs ou de chiens, ça doit pas déconner hein, deux poissons de 4 centimètres de long en train de se foutre la pâtée ! Enfin bref, Bloop-Bloop était un très gentil poisson, et très joli aussi, il aimait bien glander toute la journée dans son vase (oui des fois je lui mettais des fleurs il était fan, il se cachait entre les tiges et puis la déco est très tendance). Une vie de rêve quoi ! Bref, le pauvre il est mort de froid après une petite semaine de vacances chez mon amoureux, qui s’est occupé parfaitement de lui (je n’en doute pas), mais au retour, paf ! un coup de froid (c’était l’hiver) et deux jours plus tard il flottait dans le vase, le ventre en l’air… Eh ouais, mort pour la France ! Il faut dire qu’aucun être vivant ne survit à mon emprise : j’ai tué un nombre incalculable de plantes (anthurium dit élégamment « plante à bites », rosier, hortensia, cactus, tout trépasse) et mon poisson donc… Il repose en paix, enveloppé dans un mouchoir en papier suaire, au pied d’un arbre du jardin du Luxembourg. Seuls les chats sont suffisamment vigoureux pour survivre, encore que je n’en ai jamais eu un à moi, je me suis seulement occupé des chats des autres…

Alors, à ce qu’il paraît (c’est l’heure de la docte leçon les enfants), si on se met des poissons en papier dans le dos le 1er avril c’est parce que notre bon roi Charles IX (« le tueur de protestants » pour les intimes) a décidé de déplacer le début de l’année du 1er avril au 1er janvier. Ensuite, par un processus psychanalytique complexe, le bon peuple s’est mis à s’offrir de faux cadeaux pour se faire des blagues. Pourquoi des poissons ? Symbole d’une odeur agréable ? Histoire de noyer le poisson ? (Ha ha ha, je ris moi-même du niveau de mes jeux de mots). En tout cas je regrette bien de ne plus être à l’école pour faire des poissons d’avril à l’instituteur (« Monsieur, vous avez marché dedans », « Monsieur votre braguette elle est ouverte »…)

Le poisson sans-souci
Vous dit bonjour vous dit bonsoir
Ah ! qu’il est doux qu’il est poli
Le poisson sans-souci.
Il ne craint pas le mois d’avril
Et tant pis pour le pêcheur
Adieu l’appât adieu le fil
Et le poisson cuit dans le beurre.
Quand il prend son apéritif
à Conflans Suresnes ou Charenton
Les remorqueurs brûlant le charbon de Cardiff
Ne dérangeraient pas ce buveur de bon ton.
Car il a voyagé dans des tuyaux de plomb
Avant de s’endormir sur des pierres d’évier
Où l’eau des robinets chante pour le bercer
Car il a voyagé aussi dans des flacons
Que les courants portaient vers des rives désertes
Avec l’adieu naufragé à ses amis.
Le poisson sans-souci
Qui dit bonjour qui dit bonsoir
Ah ! qu’il est doux et poli
Le poisson sans-souci
Le souci sans souci
Le Poissy sans Soissons
Le saucisson sans poids
Le poisson sans-souci.

Robert Desnos (le grand !), Destinées arbitraires

Souvenirs de Montréal

En reclassant mes photos, je retombe sur des vues de Montréal, une ville extrêmement sympathique car y habite un de mes chers cousins ainsi qu’un très bon ami qui m’a sauvé la life lors de la saisie des voeux de mutation intra-académiques dans l’Education nationale, une abominable expérience constructive. Et puis c’est pas laid Montréal, et les gens y sont adorables.

Bon, ça se mérite: le trajet depuis New York c’est 8 heures de bus de nuit dans ta gueule, ou 11 heures de train mais seulement la journée (ouais, encore une fois, nous sommes sans voix devant l‘organisation absurde des infrastructures américaines). La compagnie Greyhound a le monopole sur ce trajet et propose à ses passagers une nuit de bus en mode parcours du combattant: au milieu de la nuit (quand tu as enfin réussi à t’endormir au rythme des nids-de-poule qui jalonnent les autoroutes) tout le monde doit descendre du bus (« pour nettoyer » m’a dit le chauffeur… je pense que « pour faire chier » se rapproche plus de la réalité) dans une gare routière toute pourrie au milieu de nulle part où il y a moins de sièges que de passagers (là c’est la lutte pour la survie, of course!), et ensuite bam, redescente à la frontière où t’es tellement fatigué que tu as peur de vexer le douanier en ne comprenant pas son accent québécois. Entendons-nous: l’accent québécois est absolument charmant et exotique, mais parfois quand on vient de France on ne le comprend pas bien. Et ça ne veut pas dire que nous prenons les Québécois pour des ploucs (je laisse cette appréciation à vos âmes et consciences de Français xénophobes humanistes), seulement que nous prononçons le Français différemment. Par exemple, ma grand-mère (alsacienne) ne me comprends pas parfois, parce que je parle trop vite, « comme une Parisienne ». Eh bien, je ne me vexe pas, bien au contraire (alleluiah, je n’ai pas l’accent!!!!!!!). Bon, c’est vrai que Parisienne vs Québécoise… on joue pas dans la même cour non plus :)

Mais enfin, quand on arrive à Montréal, on est bien content quand même! Et ces photos me rappellent que finalement  les choses vont par deux à Montréal, comme le français et l’anglais. Donc un salut aux couples, aux duos, aux paires, aux tandems!

Un couple étonnant dans le quartier du Plateau (je croyais d’abord que c’était deux hommes, mais apparemment non!), donc mixte et monochrome. La veille je les avais déjà vus en vert… en vert et contre tout, et ça me rappelle une scène de La Maman et la Putain de Jean Eustache à voir ici, c’est drôle un film en noir et blanc où on parle tout le temps de couleur!).

Et un coin de bar bicolore: Levons notre verre à Montréal!