Aberration ovoculinaire

Eh oui je suis de retour aux States pour un temps hélas trop court, assommée par le décalage horaire (22h/4h du matin) devant la télé et les playoffs du championnat de la NBA (Chicago Bulls vs Indiana Pacers,  et selon l’expert sur le canapé le match est fort décevant…) Avantage du sport à la télé, et surtout du basket : un peu moins de pub que d’habitude, c’est-à-dire que pour une fois il passe plus de programme que de pub. Oui parce que sinon c’est coupure toutes les 5 minutes, et pour des pubs bien moisies c’est moi qui vous le dis ! Bref.

Je voulais lâcher ici une  salve indignée face à l’incurie culinaire des Américains. On a beau le savoir, on est quand même choqué quand on y est confronté… En effet, si les Américains passent la moitié de leur vie à manger / devant la télé (les 2 activités n’étant pas incompatibles, c’est pratique) / à penser à manger devant les pubs Taco Bell ou Mc Do à la télé ; si Michelle s’inquiète de l’obésité locale (hélas la New Yorkaise est assez mince, la joie de comparer ses cuisses à celles des femmes croisées dans la rue y est donc toute relative) ; si les maisons de banlieue américaine sont équipées de superbes cuisines immenses ornées de casseroles de toutes tailles en stainless steel… c’est pour mieux ne pas faire la cuisine, mon enfant !

Ici règnent le take away ou le tout fait, mais là où ça devient pervers c’est le tout fait qui te fait croire que tu fais. Ouais. Et là, y a du lourd : of course la pâte à gâteau où il ne reste qu’à rajouter le lait ou les œufs, bon jusque là rien que de très normal, ça existe aussi dans notre doux pays de la gastronomie… Mais là où j’ai failli faire une syncope / attaque / crise cardiaque alors que je faisais tranquillement la queue à Trader Joe’s (je vous raconterai Trader Joe’s une fois, c’est trop de la balle, enfin en fait c’est juste un peu comme un supermarché français et pas trop cher), c’est quand j’ai aperçu l’objet de mon étonnement, de mon dégoût, de ma colère, j’ai nommé : le blanc d’œuf liquide en bouteille.

Oui : LIQUID EGG WHITES IN A BOTTLE. No message here.

Séparer les blancs des jaunes d’œufs, un geste que seuls quelques artisans qualifiés à l’expérience millénaire maîtrisent encore. Faut dire que c’est fatigant hein !

Après enquête, je suis plus atterrée que jamais : non, ce n’est pas pour monter des blancs en neige que ce produit existe – monter des blancs en neige ! Une transformation culinaire qui dépasse l’imagination de tout New-Yorkais qui se respecte ! Mais… Eurk beurk… pour faire des OMELETTES DE BLANC D’ŒUF.
Je m’arrête là pour manger un œuf en chocolat bien français, car je suis au-delà de la stupeur.

Et d’ailleurs je suis trop fatiguée pour traduire, na ! Ca tombe bien, je raconte des trucs méchants ! Sorry America…

Impressions théâtrales – la bouse est de sortie!

Grâce à une amie théâtreuse qui sauve ma vie intellectuelle du néant en m’emmenant assister à des spectacles de théâtre d’avant-garde, je parfais ma vie de bobo parisienne. Mais n’exagérons pas non plus ; comme dit mon amie en question : pour voir un truc exceptionnel, il faut assister à plein de merdes. Expériences vécues du parterre.

Pour commencer, une pièce dans la tradition brechtienne du banquet du Drei Groschen Oper, où les personnages renversent l’ordre bourgeois dans la tradition carnavalesque. Quand c’est Brecht c’est génial (ah, Verfremdungseffekt !!!!!!), là c’était juste du genre provoc’, avec un viol sur scène, des bites au vent à tout va et une partouze de vieux pour finir. Et j’oubliais le pliage savant d’une des bites devant le public, ouh, ça donne envie ! C’est bien vrai que la nudité n’est pas toujours érotique, mais bon gars si ton kif c’est de te plier le sexe devant ton public feel free (ce sera sans moi la prochaine fois !)

Opopoï (hululement utilisé dans la tragédie grecque, pour exprimer le sens du tragique justement), ensuite, une pièce de Howard Barker intitulée « Lentement » (c’est le cas de le dire !) avec 4 femmes en noir immobiles pendant une heure et discutant de savoir si et comment elles devaient mourir (je vous passe les détails), avec une voix sépulcrale débitant les didascalies en sur-articulant les fins de phrases (« elle lève légèrement le menton devant cette réaction ab-jec-t-euh »). C’était tellement chiant que j’ai dégainé le blackberry et que j’ai joué au solitaire. Oui. Je ne respecte pas l’art.

Pour mieux comprendre le gars Barker (apparemment très connu dans le monde du théâtre, OMG !), je suis allée lire Wikipédia (la source de tout savoir). L’aboyeur (« Barker ») est pour la renaissance du théâtre tragique. Why not ? Encore faudrait-il que ça soit au moins un peu profond ; je ne trouve pas Eschyle passionnant mais au moins son théâtre a un sens. Le gars appelle son œuvre « théâtre de la catastrophe », je suis d’accord. Catastrophique.  “Rejecting the widespread notion that an audience should share a single response to the events onstage, Barker works to fragment response, forcing each viewer to wrestle with the play alone. (…) Where other playwrights might clarify a scene, Barker seeks to render it more complex, ambiguous, and unstable.” Eh bien tout s’explique: pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué? Pourquoi le spectateur devrait-il comprendre, s’intéresser ? Nan, il doit « lutter seul contre la pièce ». Non mais ho ! C’est quoi ce trip ??

Dans le genre danse, tu peux aussi facilement flirter avec le coma spectaclique. Je me rappelle d’un spectacle de danse japonisante où des hommes mettaient une quinzaine de minutes pour avancer de quelques millimètres. Dans ce genre de cas, seules trois réactions sont saines : se barrer (impossible, j’y étais avec une copine assise à l’autre bout de la salle, et mon voisin, assis entre moi et le couloir, ronflait de bon cœur) ; dormir (je suis insomniaque, no way) ; se refaire la liste des courses dans sa tête et réfléchir à ses prochaines vacances. Moi hélas j’étais juste TROP SUR LES NERFS MAIS TU VAS BOUGER TÊTE DE CON J’EN PEUX PLUS ah bon Dieu encore une heure UNE HEURE !!!!!!!! La tête de mon voisin menace de tomber sur mon épaule, prudence ! Tiens si je me mettais au sport ? MAIS BON SANG BOUGE BOUGE j’en peux plus j’ai besoin de me gratter sur tout le corps tellement ça me fait mal de vous voir comme ça (pas pour vous, bande de tortionnaires, pour moi !) Dans ces moments-là l’amour de l’art n’a aucun sens, retourne au Japon espèce de bûche humaine (on était bien avant le tsunami je précise, je ne suis pas sadique non plus) !

Ouahahaha dans le même genre un spectacle moisi de chez moisi à partir de la danse bretonne (la danse bretonne déjà, bon…), avec deux mecs, quatre sabots aux pieds (l’essence du breton sans doute), PAS DE MUSIQUE… Ah bordel de bordel que c’était chiant !!!!!!! Là je m’arrête, tous ces souvenirs sont trop pénibles je commence à m’emmerder moi-même…

Le pire c’est quand on sort de la salle de torture et que tu constates que tes compagnons de cellule se gargarisent mutuellement de leur admiration devant l’ « œuvre d’art » qu’ils ont vu. Ouais, quand t’es une œuvre d’art tu as la vie facile, tout le monde t’admire d’emblée parce que tu t’exhibes dans un lieu avant-gardiste parisien. Eh bien moi je dis stop à la dictature de la fiente artistique ! Une bouse est une bouse, et il ne faut pas hésiter à le dire… Les conventions sociales nous font réagir comme si l’empereur avait des habits neufs, alors que non, souvent il est tout nu !!

D’aucuns argueront de mon mauvais goût et accuseront ma fréquentation assidue des programmes télévisés. Il est vrai que je suis un peu droguée du petit écran, de « Un dîner presque parfait » (du coup quand tu vas manger chez des amis ça te donne envie de filer dans la salle de bains pour casser du sucre sur le repas « hmmm oui je trouve que la sauce était trop liquide », « j’ai été déçue par la déco, pas assez dans le thème », « Gérard n’était pas assez présent pendant qu’il préparait le dessert, j’ai trouvé ça vraiment limite ») à « Plus belle la vie ». Oui, je sais. Là c’est vraiment le fond du fond du trou. On va dire que c’est mon côté France profonde.

Il faut dire que j’ai pris le virus des séries assez jeune, alors que je travaillais comme une galérienne en prépa littéraire ; le besoin de se divertir se faisant cruellement sentir, je me suis mise à suivre d’excellentes séries dont la moindre n’était pas Buffy contre les vampires (ah le mythique épisode « Je ne t’oublierai jamais », l’émotion m’étreint en y pensant) puis Alias, bref des trucs de meufs qui cognent. On cogne comme on peut, mais je préfère la tueuse de vampire aux « danseurs » – cogneurs de sabot.

Pour finir, quand même, j’ai vu des super pièces aussi – voir de la bouse permet d’y déceler quelques pépites. Je vous conseille donc Fausto Paravidino, un auteur italien connu (comme l’aboyeur) et qui écrit des pièces très très bonnes, enfin du moins celle que j’ai vu Gênes 01 je vous conseille, un excellent récit choral, social et politique sur les événements qui ont conduit à la répression extrêmement violente des manifestations altermondialistes en marge du G8 à Gênes – un genre d’événement dont on peut généralement dire «Le G8 passe, les villes trépassent». En tout cas foncez !!