DIY normcore : le monster truck low profile

Pourquoi ce titre sibyllin ? Car comme toujours et encore, ce blogue est à la pointe de la tendance ; or la tendance il faut la précéder. Et la tendance est actuellement au normcore. Oh je vous comprends, vous bouillez de rage devant ces anglicismes répétés, mais foin de révoltes inutiles, si les Ricains n’étaient pas là, etc. etc. regardez donc Stéphane Bern après-demain et vive Eisenhower.

Donc, le normcore. Fatigués, usés, désabusés par leur recherche de se différencier de la masse indistincte en usant de stratagèmes divers – voyages dans l’espace (chemise de bûcheron du Canada), dans le temps (moustache de Marcel Proust), dans les saisons (bonnet de laine en toute circonstance), les hipsters sont épuisés. Ils ont donc résolu de se laisser aller à une simplicité de bon aloi. Mais halte-là ! Il ne s’agit pas ici d’esthétique minimaliste, mais d’une « esthétique de la banalité composée d’éléments tellement bas de gamme qu’ils sont devenus chics » (le Nouvel Obs) : « Le normcore, c’est le désir de redevenir vierge » (agence K-Hole, en effet y a du trou). Seulement, à la place de la vaginoplastie, c’est la claquette de piscine qui domine. Bref, le normcore c’est le retour à la beaufitude. ENFIN ! Joie, joie, pleurs de joie, car là J’EN CONNAIS UN RAYON.

Après avoir longtemps laissé le monster truck au garage, retenue par diverses broutilles masculines, l’Emmerdeuse se remet en selle on the road again vers les aubes lointaines de la branchitude. Mais de quoi, enfin, quousque ta mère, me direz-vous, s’agit-il ? Vous bouillez d’impatience et c’est bien normal. Eh bien il s’agit de se confectionner soi-même un véhicule normcore, qui s’incarnera donc dans un monster truck low-profile ; le gros camion next door quoi.

DIY. On ne le présente plus, le fameux Do it yourself. Enfin ce blogue gagne ses dignes galons de représentant de la blogosphère féminine; avec trois fois rien (quelques dollars), vous allez pouvoir réaliser votre bagnole PERSONNALISEE. Pour cette fois je vous épargnerai les perceuses et les tournevis, allons-y doucement.

mac

Halte-là ! Ne vous avisez pas de penser que l’on va ici vous apprendre à faire du tuning – le tuning est une pratique folklorique pratiquée par de sympathique jeunes gens de nos campagnes mais qui n’est pas du tout dans l’esprit hipster (à voir si ce n’est déjà fait le Strip-tease de France 3 sur la question) ; il s’agirait plutôt d’une sous-tendance hégélienne de bas étage que je déconseille tout à fait si l’on veut apprécier l’ontologie de la voiture en tant qu’objet normcore.

Pour commencer, il faut acquérir le monster truck, avant toute chose : un camion de préférence MADE IN USA qui illustre par la seule présence de ses énormes pneus écrase-merde / -touristes / -bobos la force tranquille tant appelée de ses vœux par Mitterrand (pour un homme qui mesurait la taille d’un ouistiti, avouez que c’est cocasse) (néanmoins, nuançons ; il s’agissait sans doute dans l’esprit de l’auguste Jacques Séguéla de célébrer la force tranquille de la Rolex tic tac tic tic) (la Rolex est-elle branchée ? nous ne trancherons pas aujourd’hui cet épineux problème – à notre humble avis c’est en fait la Rolex de contrefaçon qui est le top de la branchitude ; plutôt made in Hong Kong). Donc, le camion, dans les 50 000$ vous devriez trouver un modèle qui peut faire l’affaire.

Il est beau mon gros camion

Il est beau mon gros camion

Passons maintenant à l’équipement:

Les couilles de bagnoles ou truck nuts. Grâce à cet appendice vous pourrez enfin faire vôtre cette satisfaction d’être bien burné. Wikipédia, ce puits de science interplanétaire, nous apprend que « la réaction du public a été mitigée ».

Evidemment les Ricains ont un avantage, ils peuvent choisir leur plaque.

Evidemment les Ricains ont un avantage, ils peuvent choisir leur plaque.

Encore des pudeurs inutiles ! La mission du hipster c’est aussi de dire merde aux moutons de la mode ; et comme le dit Gros Dégueulasse à propos de ses testicules, « il y a peut-être là-dedans un petit Mozart qui paiera votre retraite » : la burne, c’est l’avenir. Titine, une deu-deuche qui EN A.

La burne, fondement de notre système social.

La burne, fondement de notre système social.

La carstache. Bien évidemment on ne peut ignorer la puissance du clin d’œil à la tradition hipsteurique de la moustache. Comme le préconise la publicité pour cet accessoire indispensable de 2014 : « Il est temps de se foutre la stache et de sentir le pouvoir » (traduction libre).

La stache assortie à vos veuch.

La stache assortie à vos veuch.

Le bouchon de radiateur Batman. Un hommage à ce super-héros multimilliardaire mais néanmoins anonyme, qui fait régner l’ordre et le capitalisme en boutant la racaille hors de la bonne ville de Gotham City. Un discret rappel à vos lectures de comics, cette sympathique culture populaire.

Tremble, racaille, la Batmobile n'est rien face au Monster truck.

Tremble, racaille, la Batmobile n’est rien face au Monster truck.

Le doigt par la lunette arrière. Plus besoin de sortir de la bagnole pour lancer un « va te faire enculer, et la priorité à droite tu connais ?». Un simple bouton de télécommande, et bim ! le message est passé. Pour les complexé(e)s de l’insulte verbale.

Civilité lumineuse

Civilité lumineuse

Le désodorisant bacon. Pas de décoration réussie sans ambiance intérieure. Ca va sentir le lard ! Il est temps de dire merde aux légumes verts et de programmer son amour pour le bon gras et la viande.

Il sent bon mon lardon.

Il sent bon mon lardon.

La housse de siège à boules. Je crois qu’on peut dire que nous sommes là dans le cœur du normcore, je ne me hasarderais pas à commenter plus avant, les années 90 ne sont pas mortes. Allez, une cassette de Nirvana dans l’auto-radio, et en route!

Des boules, encore des boules, toujours des boules.

Des boules, encore des boules, toujours des boules.

Un bien bel objet que vous avez maintenant derrière votre capot, reconnaissez-le ! A l’assaut du road trip maintenant, et n’oublions pas la pause bière-frites-coca toutes les deux heures. Sécurité au volant avant tout.

Et après on prétend que les femmes ne connaissent rien aux voitures.

Emmerdons nos voisins d’avion

Parce que t’es une grande fille, que tu prends l’avion toute seule. Ben tiens prends-toi là dans ta face ton indépendance, car voici venu l’ennemi du voyage pour nous les troufions de la classe éco, les prolétaires de l’aéroplane : ton voisin de siège. L’inconfort n’est certes pas spécifique au coucou des airs ; on pourra donc théoriquement arguer que cette classification s’applique tout autant au train. Je rétorquerai que le train permet de regarder par la fenêtre, et qu’on n’y est pas serrés comme des sardines pendant 8 heures. L’avion, ce bagne du voyageur post-moderne. L’enfer c’est les autres RELOUS.

Je suis d’ailleurs en train de réaliser que mon renoncement récent à l’émir du Q., pour des raisons politiques assez ridicules au fond, me condamne sans doute à passer ma vie en classe économique. Un moment de silence. Merci. Oui, parce que non contente de dilapider mon maigre salaire en fringues, les compagnies aériennes me sucent régulièrement le sang. Voyager et s’habiller, les deux mamelles de l’Emmerderesse.

Voici donc quelques types (masculinisés par pure paresse rédactionnelle, mais il est bien entendu que la femelle peut en la circonstance être aussi reloue que le mâle) des voisins d’avions pour qui doit certainement exister un cercle spécifique des Enfers. JE VOUS EMMERDE. TOUS. SANS EXCEPTION.

Dessin de Eric Shansby, The Washington Post

Dessin de Eric Shansby, The Washington Post

Le mec qui prend de la place. Qu’il soit gros (je n’ai rien contre les personnes grosses, au contraire si je n’étais pas pétrifiée de terreur par les impératifs esthétiques de la société de consommation je me laisserais bien glisser dans une douce rondeur) (néanmoins, les sièges de la classe éco, pensés par d’infâmes capitalistes, ne sont PAS adaptés aux personnes charnues), ou qu’il parle fort et raconte bruyamment sa vie sexuelle à sa voisine en suçant du liquide dans une paille avec fureur et tremblements (i.e. c’est une Américaine), ce voisin va te pourrir la vie. Empiéter sur ton espace vital. Qui est déjà réduit à un volume moindre qu’un cercueil standard. Tremble, monde intérieur !

Le mec qui combat pour conquérir son territoire. Ce type, voisin du type précédent en termes d’emmerdements, n’a néanmoins aucune raison de faire chier le monde. Mais pour une raison lambda, il tente de s’approprier le plus d’espace possible. Saloperie d’Hitler en puissance. Blitzkrieg ou guerre de tranchée ? Le choix stratégique est complexe. Enfin, autant dire que l’accoudoir va devenir l’équivalent de l’Alsace-Moselle pendant les 7 prochaines heures. Et tu ne vas penser qu’à ça. Salauds de capitalistes des compagnies aériennes, infoutus de mettre DEUX accoudoirs entre les sièges.

Le mec amical, mais en fait juste relou comme une locomotive en chaleur. « Amical » dans ce cas veut en faire dire « hyper intrusif » (je précise). Soit qu’il n’ait pas de vie, soit qu’il brûle de vous raconter la sienne, ce type est insupportable. Voire même prêt à prendre votre adresse pour vous draguer minablement / squatter gratuitement chez vous quand il reviendra à Paris / vous soûler de nouvelles inutiles sur facebook (rayez la mention inutile). Bien sûr il ne faut SOUS AUCUN PRETEXTE lui donner une information exacte. Autre parade : faire mine de venir d’un pays dont personne ne comprend la langue (au hasard : la Hongrie) (nan mais sans déconner). Cette astuce peut néanmoins se révéler dangereuse si vous comptiez lire la Recherche du temps perdu (mouhaha). Ne vous reste donc plus qu’à mater The Hobbit en version hongroise (MOUAHAHA).

Le dégueu. Laissez-moi vous dire que le jour une bonne madame probablement affiliée à la manif pour tous, chemisier en soie, serre-tête en velours et tout le toutim, sortit de son sac un coupe ongle et commença tranquillement à opérer (OUI elle se coupait les ongles tranquillement DANS L’AVION mes amis), je dus faire un des plus gros efforts de ma vie pour ne pas gerber. On peut ainsi imaginer plusieurs situations agréables : ton voisin se cure le nez et bouffe ses crottes de nez après les avoir contemplées d’un air rêveur (personnellement je ne fais ça qu’en présence de ma famille ou de Dieu), ton voisin fait de l’aérophagie, ton voisin ne connaît pas le déodorant, ton voisin se nettoie les orteils… Je m’arrête là, je commence à avoir une légère nausée.

Le flippé de l’avion. Blanc comme un linge, les ongles fermement plantés dans les accoudoirs. Sa peur se communique. Au moindre soubresaut tu sais que cette carcasse aérienne sera ton tombeau. Tu penses à Grey’s anatomy, aux types crashés dans les Andes qui ont fini par bouffer le corps de leurs compagnons. Sinon, amis prévoyants, mieux vaut repérer l’emplacement du sac à vomi.

Le méprisant. Coiffé d’un casque intégral et lisant Fukuyama (ouais y a encore des gens qui lisent Fukuyama) (d’un coup ça te fait du bien tu te mets à le mépriser violemment à ton tour), ce prototype toise de haut tes magazines de mode (il faut bien vivre) (en même temps à la fin j’ai toujours envie de tuer quelqu’un, je me demande donc si je ne devrais pas arrêter de m’infliger ça). Mieux, il fait mine de ne pas te voir ni t’entendre quand tu lui demandes de se lever pour aller pisser. Résultat tu finis par appeler l’hôtesse et t’as l’air bien con.

TU VAS PAYER petit malappris

TU VAS PAYER petit malappris

Les enfants. Surtout sur le siège derrière toi. Surtout les petits malappris qui adorent donner des coups de pied dans le siège devant eux. Surtout leurs connards de parents qui n’en ont rien à branler. Finissons en apothéose : l’envie d’infanticide te tient éveillée durant tout le voyage. Et tu finis par te demander si tu es normale.

Bref, j’attends avec impatience le jour béni où nous pourrons tous voyager cryogénisés dans des capsules. Parce qu’en attendant y a des putain de baffes qui se perdent.