De la solitude

C’est vrai qu’au bout d’un moment à te prendre des vents dans la gueule tu t’interroges sur ton isolement persistant, alors que tu te prends plutôt pour une brave fille. Bien évidemment, la phase critique numéro un consiste à empiler dans ton cerveau la liste de tes supposés défauts ; il faut dire que personnellement j’affectionne un schéma assez destructeur de la confiance en soi, en mode le type qui te kiffe grave puis retombe comme un soufflé raté après t’avoir fréquenté quelques temps (je ne dis pas combien, mais ça ne se compte pas en mois, merci bonsoir non mais t’es très bien c’est moi). De nombreux prétextes étant invoqués par les mâles effrayés pour tourner autour du pot, je dispose sur mes listes personnelles (enrichies de discussions féminines entre célibataires) d’un certain nombre de raisons objectives à ma crasse solitude : je suis trop poilue, je fais trop de cookies, je me prends trop la tête on dirait une fête foraine, je parle trop de mes seins, de politique, de films d’action moisis, de féminisme, je parle trop, je fais un blog, je dors trop, j’ai trop confiance en moi, j’ai pas assez confiance en moi, y a un problème avec mes culottes, je choisis mal les hommes, ou alors c’est la couleur de mon vernis à ongles. Heureusement il y a la vodka.

drink

Le schmilblick est embrouillé. M’enfin, alone I am, with my vodka. Le constat semblant sans nuance, j’ai décidé d’adopter mon attitude conquérante habituelle et de niquer la police solitude grâce à une approche consolante et spirituelle. Non je ne me suis pas faite nonne, faut pas pousser mémé dans les orties ; mourir bouffée par mes chats est amplement suffisant, elle met du vieux pain sur son balcon comme chantait notre ami JJG en son temps (oui j’aime la chanson française, et alors ?) (oui, une raison de plus de se retrouver seule, mais merde quoi, la CHANSON FRANCAISE quoi). Je décidai de pourrir la solitude grâce à la moulinette du lol.

Et là, grosse déception, il y eut résistance du lol. Pas mal de types se sont montés la caboche sur la solitude, genre Montaigne et Marc Aurèle, pas la moitié d’un con mais pas réjouissants-réjouissants non plus. La solitude est le destin de l’homme, qu’ils disent ; d’ailleurs tous les autres hommes (enfin, les êtres humains hein, bon les mecs étaient pas trop des féministes donc bon – avantage, ils ne pensaient pas que le salut réside dans le couple), tous les autres hommes sont plutôt des gros cons relous. Alors accepte ta solitude congénitale petit scarabée, embrasse-la avec enthousiasme car de toute façon tu finiras par clamser seul comme une mouche sous le poids implacable d’une tapette géante.

Ce qui te donne plutôt envie de te pendre direct à la plus haute branche la poignée de porte des chiottes. Le problème avec la philosophie c’est qu’il faut se sortir les doigts du cul, réfléchir, changer ta façon de voir le monde : FATIGUE, FATIGUE ; personnellement je comptais plutôt loler tranquille sur mon canap’ comme à mon habitude.

Heureusement il y a la chanson française. ENCORE ELLE, TOUJOURS ELLE. Et grâce à Georges Moustaki (une bien jolie chanson du temps de nos grands-mères) j’ai enfin compris : la solitude est ton amie ! D’abord, tu ne dors pas seul, tu dors avec ta solitude, NUANCE. Bon ok elle t’a pas encore fait de cunnilingus surprise mais QUI SAIT ! L’espoir fait vivre. (Faut-il dès lors jeter sa peluche aux orties ? La question est posée) (la réponse est NON, car on ne sait jamais, la peluche peut se transformer en prince) (ou les princes de Lu en kilos, mais c’est un autre problème). Ensuite, elle est fidèle au moins, c’est pas du genre à annuler un rendez-vous à la dernière minute ou à se taper une blondasse derrière ton dos (bande de chiens en chaleur). Et puis c’est pratique, elle t’accompagne en vacances et t’as rien à payer. En plus ok elle prend de la place au pieu mais tu peux quand même t’épiler quand tu veux au milieu de ton salon ou te gaver de chips paprika devant Sexy Dance 4 sans qu’elle te fasse de remaques. Bref, que du bénéf. Et puis chance ! quand tu clamseras bah t’auras l’habitude.

Shame eat

Attention néanmoins à ne pas ty vautrer, de peine de ressembler incessamment sous peu à un manga en noir et blanc sous la pluie tellement chiant parce que tout le monde est mort sous les bombes nucléaires et là t’as plus que le choix entre aller chasser les zombies comme Will Smith sauf que t’as pas de muscles, ou chanter des tubes des années 90 à tue-tête When I was young I never needed anyone And making love was just for fun Those days are gone Livin’ alone I think of all the friends I’ve known When I dial the telephone Nobody’s home All by myself Don’t wanna be All by myself Anymore (oui, il n’y a pas que la chanson française. d’abord; il y a aussi Céline Dion). Lose de lose bon dieu. Et en plus y a une saloperie de flûtiste qui est en train de faire des trilles à se tirer une balle juste sous ma fenêtre et sous la pluie  putain, SOUS LA PLUIE !! Ces jeunes, aucun respect.

Je sens le lol qui rugit dans vos gorges mes amis. ON SE POILE GRAVE. Bref on a beau faire, la solitude est une sacrée salope ; mais elle ne doit pas nous faire oublier que nous ne sommes pas des bœufs : merci à mon ancien prof d’histoire obsédé de cesser de me requester sur facebook.

Non je ne cèderai pas. Bouge ton cul l’émir du Q., ça commence à devenir tendax. Merci bisou.

I'm not lonely

Ballade de la fille à vélib’

La fille à vélib’ : la Lonesome Emmerdeuse, entendez une fille légèrement angoissée au volant et qui se croit le centre du monde, monde qui par ailleurs lui en veut trop souvent. Convertie par son amie Melle Babouchka à l’usage du vélib’, elle rentabilise ses 29€ l’année en gainant ses cuisses par un pédalage intense (en tout cas c’est ce qu’elle s’imagine).

Le lieu : les boulevards parisiens de la rive droite, entre la Butte, Barbès et la Gare du Nord.

L’objectif : le cours de yoga, le marché bio, un pot avec les copines, la friperie.

La musique de fond : rap vénère de la côté Est (Wu Tang, représente). En vrai on n’a pas le droit d’écouter de la zique en vélib’ hein, mais c’est pour l’ambiance. Un peu de sens dramatique, merde.

Le temps : venteux, bruineux, pluiseux, froideux. Forcément, dès que tu touches le guidon la pluie se déclenche. Pourquoi ? Parce que le monde t’en veut (suivez, les enfants !)

Ceci pour poser le contexte. Oui c’est boboland les enfants. Mais ça n’en est pas moins un monde IMPITOYABLE. La jungle.

Bretecher Velib

 
Aux autres usagers de la rue parisienne

A toi, chauffeur de bus, bringuebalant ton mastodonte sur la piste que nous partageons contre notre volonté ; toi qui mets toujours ton clignotant au dernier moment pour déboîter vers l’arrêt ; toi qu’on sait jamais s’il faut te dépasser ou pas parce que de toute façon tu vas me refoncer dessus par derrière, tel le tyrannosaure de Jurassic Park.

A toi, le piéton qui prend la piste cyclable pour un trottoir ; à toi l’ado parisienne overlookée qui me fait grave flipper parce que t’es trop jeune pour porter un string  et que j’ai 32 ans MON DIEU, toi qui fais mine de ne pas entendre ma sonnette parce que t’as un gros casque à 200 boules sur le crâne ; à toi la vioque qui se traîne sur sa canne à deux à l’heure, toi qui fais mine de ne pas entendre ma sonnette parce que t’es vieille et sourde (soi-disant) et que t’as envie de faire chier le monde. Mais DRING, à la fin !

A toi, l’automobiliste qui m’ignore, qui m’ouvre la portière dans la gueule, qui me drague avec subtilité « Eh mademoiselle t’as trop un beau cul, tu peux venir pédaler chez moi » ; toi qui as eu ta saloperie de permis dans une pochette surprise (priorité à droite tu connais ?)

A toi, cycliste qui n’as point le sens de l’égalité ; toi le vrai cyclopédiste coiffé d’un casque, vêtu d’un gilet orange, qui me dépasse avec dédain sur ta machine huilée à 15 vitesses (j’espère qu’on va te la piquer vite fait, gniark) (si tu crois que bouger ce machin de 22 kilos c’est facile) (et d’ailleurs je vais plus me bouger pour te laisser la place, va t’amuser sur le tour de France, ICI C’EST PARIS) ; toi le hipster sur ton vélo pliable, avec ton écharpe rayée Paul Smith ta cravate en crochet et ton ipod, qui a toujours le dos droit et qui me ramène à mon être de pauvre meuf crasseuse et suante ; toi la fille en vélib’ toujours mieux sapée / qui transpire pas / qui a pas la face rouge comme le drapeau du Japon / pas en train de vérifier son itinéraire en panique au feu rouge en bataillant pour enlever ses gants parce que sinon t’arrives pas à checker le GPS sur ton iphone.

RebeccaJKaye

A toi, stationné au milieu de la piste cyclable ; toi la Porsche blanche du boulevard Magenta, toi le camion tagué du boulevard Richard Lenoir, toi le break de la rue Houdon. J’irai pisser sur vos tombes et rayer vos carrosseries.

A toi JC Decaux, qui se démerde toujours pour qu’il n’y ait pas un vélo accroché aux stations quand je suis à la bourre et que les stations soient blindées quand je veux juste rentrer et me poser après une journée de taf ; toi qui me gaves de pub moisie. La privatisation c’est trop bien.

A toi le vélib, trop lourd, trop lent, toi que je hais dans les montées et que j’adore dans les descentes jusqu’au moment où je réalise que les freins ne marchent pas ; toi dont la selle me rentre dans le cul, ou se met à tourner sur elle-même au moment où je faisais une petite pointe de vitesse en mode I’m the queen of the road ; à ta sonnette que j’aimerais tant greffer sur mon bras pour en faire une alerte aux cons (la vie sociale serait tellement moins fatigante).

Comme dirait Marc Lévy, « C’est peut-être cela le vélib, une solitude éternelle. »

Crédits photos: Agrippine, Claire Brétécher  
Tour de Paris, Rebecca J Kaye pour Artcrank