Du style vestimentaire

Ou devrais-je dire staïle? Ah ces Américains, ils nous ont bien eus.
Bref.

Qu’est-ce que le style ? Pourquoi nous les femmes qui avons du style (huhuhuhuhu) nous affublons-nous souvent, pleine de joie, de vêtements qui feraient débander un satyre (pas sexy quoi) ?

Voilà les sujets qu’on me suggère ; on n’est pas rendus. En tant qu’infatigable croisée de la science des questions futiles, et vu que je ne sais absolument pas quoi raconter ces jours-ci, je m’exécute. Oui, même les génies sont parfois en panne d’inspiration. Je sais, ça fout les jetons. Bref, Mademoiselle Babouchka, une de mes amies fascinée par les trucs rrrrrusses (rouler les R merci) et qui affectionne de croire qu’elle a un style, me pose cette question incongrue. Pour être tout à fait honnête je dois dire qu’elle est un peu énervante car elle a beau se fringuer comme une merde (« style hobo » pour le dire poliment, en mode clocharde quoi), cette pouffe de bas étage est toujours en avance d’un ou deux ans sur la mode. Genre les chaussettes dans les sandales ou la vieille salopette trouée. Ouais, qui l’eut cru?

Mode automne-hiver particulièrement décevante cette saison, me permets-je de préciser au passage. La maille en hiver, voilà une riche idée.

Bien. Donc, ce schmilblick complexe se résume au rôle du vêtement : bien sûr, la chose doit nous éviter, sous nos latitudes tempérées, de nous peler les miches. Utile ! Mais enfin lorsque la température est agréable et la morsure du soleil inexistante, qui n’a pas envie de se balader le cul à l’air ? La vêture, donc, assure une fonction de représentation. S’habiller c’est se déguiser, mais attention pas n’importe comment, on n’est pas un Arlequin, ma chérrrie, comme dirait Cristina Cordula.

Autrefois, temps béni des règles et où la femme honnête n’avait pas besoin de sortir de chez soi, il y avait plein de règles très pratiques : ne montre pas tes cheveux à l’extérieur (il n’y a rien de musulman dans cette obsession du cheveu ; on se demande d’ailleurs ce que ces messieurs y trouvent; pour ma part un homme aux cheveux longs me fait plus penser au suicide qu’autre chose; mais c’est personnel bien sûr), ne montre pas tes chevilles, ne montre pas ton cul, etc. etc. Aujourd’hui que dans un élan de libéralisme triomphant les femmes peuvent se fringuer comme elles veulent (oui, le libéralisme a ses avantages, ne soyons pas sectaires), nous voilà confrontées à ce redoutable dilemme : Mais qu’est-ce que je vais bien pouvoir mettre ?

Oser le vison, c'est selon.

Oser le vison, c’est selon.

C’est là qu’intervient la téléologie de la fringue. De nombreuses injonctions sociales secouent alors le ciboulot de la femelle en détresse devant son placard.

1. L’appartenance à un groupe. Avec ses références rassurantes, le groupe fait de nous un mouton tranquille, voire rebelle. De la bourgeoise à rang de perles à la gauchiste en pull péruvien en passant par la tiers-mondiste à rasta et sarouel équitable ou la gothique black is the new black, c’est la fête du slip à paillettes (ou pas, justement). On peut déplorer hélas l’explosion de nouveaux repères stylistiques ridicules sous l’influence maléfique des magazines de mode : « rock-chic », « bobo punk » et autres stupidités que là t’as bien compris que les pauvres gens n’ont rien d’autre à inventer. Le punk, mes enfants, n’a rien à voir avec les bobos, et c’est bien toute la noblesse de la chose. On va me dire que je suis une vieille salope conservatrice anti-mélange ; certes, certes, je prétends qu’il faut des repères dans la vie. Et je m’en vante. Non la droite n’est pas la gauche, la Palestine n’est pas l’Etat islamique, et le punk n’est pas bobo. Merci bisous lol.

2. La mode. Parlons-en, précisément. La mode a du bon, elle crée du beau, et le beau c’est quand même sympa toi-même tu sais. Etrangement pourtant, suivre la mode avec aveuglément n’est pas avoir un style ; je l’ai expérimenté lors de mes débuts dans la recherche de mon Moi vestimentaire car oui, je l’avoue, je suis une bonne élève j’aime bien qu’on me dise quoi faire ET JE VOUS EMMERDE. Laissez-nous vivre. L’ennui avec la mode, c’est quand même qu’outre des trucs un peu zarbis de la life c’est quand même plutôt fait pour des branches anorexiques. Et qu’on n’a pas tous de quoi se payer des robes Dior. J’en profite pour faire un petit appel à contribution, donnez donnez donnez Dieu vous le rendra (il n’y a pas de honte à être un mendiant de l’amour).

3. Pécho du keum. Oui, en effet, nous femmes nous habillons également pour exciter les gars séduire avec grâce. C’est même d’ailleurs un peu la guerre chez les trentenaires parisiennes ; enfin je ne veux pas me plaindre, mais Darwin était un petit rigolo à côté du combat sans merci qui a lieu silencieusement dans nos rues. L’immigration, mais tu me fais goleri Eric Zemmour! Au bazooka (mini-jupe ET décolleté) ou au couteau (décolleté dans le dos), c’est Mortal Kombat. J’ai fini par abandonner car la chose est mystérieuse : un tel t’interdit mordicus de te couper les cheveux, l’autre te dit que c’est hyper sexy, monsieur hait les chapeaux, l’autre monsieur adore ça. ALLÔ ! OUI J’AI DEMANDÉ LA POLICE, NON JE NE QUITTE PAS.

Même les princesses ne sont plus à l'abri.

Même les princesses ne sont plus à l’abri.

4. Enfin, il y a le staïle. A mon avis (je me passe d’une étude historique, la recherche ça va bien 5 minutes) la notion de style vestimentaire doit dériver de celle du style littéraire. Grand mystère de la vie que j’ai mis des années de fouettage par mes profs de français et de lectures dans les chiottes, dans mon bain et au pieu (les seuls endroits dignes d’accueillir la lecture) à vaguement saisir. C’est dire. Je pourrais, prise d’un élan d’enthousiasme, vous parler de Stendhal, mais je sens que je vais vous perdre. Je sursois donc POUR L’INSTANT.  Le vrai style ça veut dire que tu niques les groupes, la mode et les mecs. Alors certes, je ne peux pas cautionner les ignobles chaussures fourrées qui enchantent Mademoiselle Babouchka, mais pourtant ça lui va si bien !

Se déguiser, c’est aussi être soi-même. « Les modes passent, le style reste », Yves Saint-Laurent.

ET SI VOUS N’ÊTES PAS CONTENTS C’EST LE MÊME PRIX. Merci bisous.

J’emmerde les sites de rencontre (mais modérément)

Entendons-nous bien, loin de moi l’idée de vilipender celles et ceux qui pour rencontrer l’âme sœur ont eu recours à des structures internetisées ; toute chaussure a son pied, toute main a son gant, et vice et versa.

Je me refuse à dire que le concept serait honteux. Halte-là ! quand on est célibataire le but est de rencontrer des gens. Le CONCEPT est donc la RENCONTRE, et non pas son vecteur. L’internet et ses infinis espaces des possibles n’est qu’un moyen parmi d’autres de faire des rencontres, je ne vois pas en quoi il serait plus honteux que à la cafétéria du boulot voire au concert de Jenifer. Aaaaaaah vous voulez du romantique, pour raconter à vos petits-enfants ? Mes pauvres amis, sachez que 10% des relations amoureuses se nouent dans l’espace de travail, et 16% sur des sites de rencontre. EH OUAIS. Personnellement j’ai rencontré mes ex: au lycée, au PS (oui oui, bon, ça va hein), chez des amis (comme tout le monde). C’est pas tant l’fun non plus. L’internet c’est un peu plus swag, reconnaissons-le.

Ooooooh c'était tellement romantique, on s'est rencontrés sur le porche de mon macbook

Ooooooh c’est tellement romantique, on s’est rencontrés sur le porche de mon macbook

En outre c’est entré dans les mœurs ; c’est d’ailleurs pour cela que toute célibataire trentenaire qui a l’impression d’avoir écumé toutes les possibilités de rencontre dans son entourage proche est censée y avoir recours ; moi, donc, potentiellement, pour ne rien vous cacher.

La rencontre, le nerf de la guerre de la célib’ désespérée (mais non mais non, j’y crois encooooooore). La différence dans le cas du site internet c’est que la chose se décompose, vu que l’espace y est d’abord virtuel. Et ça mes cochons, c’est là où le bât blesse pour l’Emmerdeuse, votre servante. Car le virtuel c’est son kif son délire sa ptite folie son héroïne l’écran noir de ses nuits blanches sa fumerie d’opium. Bref, son indécrottable vice.

Imaginons-moi sur adopteunmec. Déjà, le bon kif égotiste (c’est un de mes légers défauts) de pouvoir choisir des mecs et de se faire liker (enfin je sais pas trop comment ça fonctionne mais j’imagine vaguement). Ensuite, LE TCHAT. Et là mes enfants, je suis la QUEEN ; capable d’y passer des nuits, et de m’enflammer comme une torche au contact d’un feu de joie. Bon, quand y en a un, ça va (kikoo facebook), mais imaginons sur adopteunmec : trois, cinq, quinze, NO LIMIT !!! Il paraît évident que ma vie se passerait à me découvrir des passions virtuelles au lieu de manger et de dormir. Mauvais plan.

L’autre jour je suis d’ailleurs tombée dans un magazine féminin (à ma décharge : je prenais l’avion, j’avais du temps à tuer) (pardonnez-moi, ô déesse du féminisme) sur une fiche pré-imprimée permettant de classer les différents mecs avec qui on interagit sur un site de rencontre (critères : avant la rencontre – après la rencontre, avec des points à distribuer). D’abord je me suis dit « Chouette, voilà qui me permettrait de gérer la chose de façon très carrée avec un tableau excel et tout, en mode maîtrise du sujet » (cravate : +50 points ; golf :-70 points ; OUI JE SUIS BIZARRE) (je ne suis moi-même pas très organisée, vous l’aurez compris) (chiennes de parenthèses). Et puis, quelle tristesse, quelle tristesse, que ce défilé ininterrompu d’hommes, de « mecs potentiels » qu’on met dans des cases comme pour un entretien d’embauche. Lequel sera le plus parfait sur le papier ? Comme si t’étais au supermarché en train de comparer les marques. Un peu. Déjà que j’ai du mal à choisir des préservatifs.

Bon dieu, je me suis découverte idéaliste. J’ai besoin du moment de grâce, même si c’est dans le métro.

Allez zou, -30% sur les barbus, dans le caddie

Allez zou, -30% sur les barbus, dans le caddie

Des retours sur expérience fournis par des membres de mon entourage n’ont pas contribué à me remettre en selle. L’une est sortie traumatisée d’un rendez-vous mutique, où les deux parties n’avaient rien à se dire (et pourtant elle est bavarde, la bougresse), l’autre était complètement bloquée par la nature extrêmement non-ambiguë de la chose (en mode si on se plaît pas, ciao !), sans compter celle qui est tombée sur le colloc d’un mec qu’elle avait traité comme une sous-merde humaine (« ah, mais t’es la fille qui l’a jeté comme un caca moisi ? » « nan mais tu comprends euh bon, j’étais dans une mauvaise période de ma vie quoi… »).

Nous touchons ensuite à un aspect secondaire de la chose. D’aucuns se disent sans doute que l’internet permettrait de diversifier les origines sociales des rencontres potentielles, et donc de faire œuvre pie à la mémoire de Bourdieu en évitant de sortir avec un énième bourge à cravate (OUI j’ai un problème, j’aime les cravates ; mais je me SOIGNE). Que nenni, naïfs navigateurs du oueb ! Au contraire, les études sur le sujet démontrer que les rencontres sur internet renforcent carrément la reproduction sociale. Genre tu tombes sur le colloc d’un mec avec qui t’es déjà sortie. Eh ouais. En même temps c’est forcé, quand tu tchates tu balances direct ton niveau d’orthographe (même si wikipédia peut t’aider à faire illusion sur d’autres sujets pendant que tu discutes) (voilà pourquoi le tchat vidéo n’aura jamais un succès fou). Et tes centres d’intérêt te trahissent à coup sûr (le coup classique du « je golfe » vs « je suis un ultra du PSG », voire « champion d’Europe de baby-foot ») pour peu que tu sois un peu honnête. Ne parlons pas des sites genre attractiveworld ; jeune beau riche et en bonne santé cherche jeune belle riche et en bonne santé. Mais sinon notre société va bien, merci.

Enfin, la question de la photo de profil. L’aspect physique est un peu raide pour moi. J’avoue que j’ai failli tenter Tinder, le côté « t’es moche, dégage » est un défouloir assez agréable quand on est marrie de l’importance délirante que les mâles accordent au physique des femelles. Je l’avoue. Et puis ensuite je me suis rappelée que le type qui a eu l’honneur de concentrer les feux les plus vifs de mes sentiments passés était vraiment très laid, et que j’en avais eu un peu rien à carrer. Et que jamais je ne l’aurais contacté sur un site de rencontres. Bon vous me direz, du coup je ne me serais pas fait larguer comme un bloc de béton dans la Méditerranée. Vrai. Mais quand même. Aimer, ça n’arrive pas souvent dans une vie.

Après toutes ces sages réflexions, j’ai ainsi adopté l’adage de Maître Yoda. Que la Force soit avec moi, mais sans Meetic.

En même temps j’ai dans mes entourages une charmante choupette de quelques mois (je sais jamais combien, c’est compliqué la science des bébés, m’en demandez pas trop) issue d’une mise-en-couplage de l’internet. Donc, ça peut marcher. Mais pas pour moi. Pour le moment :)

Crédits image :
Première image : Daily Geek Show
Deuxième image : adopteunmec.com