Skeleton lying on the sidewalk / Un squelette couché sur le trottoir

Boulevard Raspail, Paris.

Dans les planches d’anatomie
Qui traînent sur ces quais poudreux
Où maint livre cadavéreux
Dort comme une antique momie,

Dessins auxquels la gravité
Et le savoir d’un vieil artiste,
Bien que le sujet en soit triste,
Ont communiqué la Beauté,

On voit, ce qui rend plus complètes
Ces mystérieuses horreurs,
Bêchant comme des laboureurs,
Des Ecorchés et des Squelettes.

in anatomic charts, upon
the parapets of dusty quays,
where coffined volumes lie at peace
like mummies dozing in the sun

— drawings where in the solemn zeal
of dexterous hands long turned to dust,
in things of sadness or disgust
have shown the beauty of the real —

we find — and then these lexicons
of cryptic horror grow complete! —
spading, like farmers, with their feet,
cadavers flayed and skeletons.

Charles Baudelaire, Les fleurs du mal, 1868. « Le squelette laboureur », I.

English translation by Lewis Piaget Shanks, Flowers of Evil (New York: Ives Washburn, 1931).

Les fenêtres d’en face / Windows across the street

Back home. It’s winter. Nights are still long, sometimes lonely. Then you look out the window, you see the windows and their lights across the streets. Somehow they remind you that you’re part of the city: all these lives you don’t know but that leave traces, and from the other side of the street you’re a part of this. You may even meet the eyes of your neighbour, maybe looking for the same kind of comfort – strange and awkward encounters.

« Celui qui regarde du dehors à travers une fenêtre ouverte, ne voit jamais autant de choses que celui qui regarde une fenêtre fermée. Il n’est pas d’objet plus profond, plus mystérieux, plus fécond, plus ténébreux, plus éblouissant qu’une fenêtre éclairée d’une chandelle. Ce qu’on peut voir au soleil est toujours moins intéressant que ce qui se passe derrière une vitre. Dans ce trou noir ou lumineux vit la vie, rêve la vie, souffre la vie. »

Qui mieux que Baudelaire… ? (Les fenêtres, Le spleen de Paris)