De la cro-magnonne

La cro-magnonne est une des figures imaginaires qui me sont utiles pour comprendre la vie (comme je suis un peu faiblarde niveau théorisation, j’utilise des gens imaginaires pour me figurer les choses de l’intellect). La cro-magnonne est une meuf qui ne se prend pas outre mesure la tête sur ses problèmes de mec, vu qu’elle a une espérance de vie de 35 ans (vous me direz, ça lui laisse quand même bien le temps de prendre son pied), son taf c’est d’aller cueillir des racines et des baies diverses (très sain pour la santé) (elle a pas vraiment de problèmes de poids ou de caries non plus, vu qu’elle ne mange pas de sucre ou de graisse), elle ne se questionne pas vraiment pour savoir si le gris est le nouveau noir, elle se contente d’un os dans le nez. Par contre elle a des copines cool avec qui elle est obligée de s’entendre vu qu’elle passe 4 mois par an avec elles coincée dans une caverne puante (du coup elle se poile à se souffler de la poussière sur ses mains et à dessiner sur le mur vu qu’elle a vraiment rien d’autre à foutre de la journée à part se chercher les poux) (et on verse des kilos d’encre dessus aucazoù ce serait un signifiant vachement puissant de la prise de conscience du sujet) (cela dit c’est bien possible mais j’ai envie de dire les gars, calmez-vous, on ne saura JAMAIS!)

Donc, la cro-magnonne m’aide à comprendre un peu des trucs de la féminité sur lesquels je me pose occasionnellement des questions parce que n’est-ce pas on ne naît pas femme, on le devient (c’est un peu se la péter que de citer sans cesse tous les grands intellos de la planète, mais cette phrase est assez vraie, quand même. Moi naturellement je pense que je ressemblerais plutôt à une grenouille géante. Heureusement je deviens vaguement femelle avec le temps) (je mets des ROBES). Parce que, les mecs, quand t’es une meuf t’es obligée de répondre à des questions qui n’ont (disons-le) que peu d’intérêt, mais auxquelles il faut quand même répondre parce que (disons-le) on est quand même un peu dominées et on ne sait pas trop sur quel pied danser quand on nous pose ce genre de questions à la con.

J’en veux pour preuve la question fondamentale suivante: « faut-il allaiter son enfant? » Oiseuse préoccupation, apparemment, vu que l’homme a quand même marché sur la lune et que le biberon n’a pas l’air de faire des marmots des monstres difformes. En plus moi qui ne suis pas prête d’avoir un polichinelle dans le tiroir, je ne me sens pas vraiment mobilisée sur ces questions. Néanmoins j’ai découvert que beaucoup de mecs ont un avis sur la question, genre: c’est la nature alors faut faire comme elle dit. Ai-je bien entendu? Tu acceptes qu’on soit payées comme des merdes, qu’il n’y ait aucune femme à Cannes ou à la programmation de l’Odéon, tu penses que le féminisme n’est plus vraiment un problème, et nonobstant tu as une opinion sur ce que je vais faire de mes seins pour nourrir le gamin qui me pourrira ma carrière de plusieurs années juste parce que je le PORTE? Ah ok, en fait t’as juste pas envie de te lever la nuit pour le nourrir (petit pourri).

Et là PAN! Tu chopes la cro-magnonne et tu te dis: cette brave fille aurait-elle refusé de donner le bib’ à son petit cro-magnon en laissant un peu le taf à son chasseur d’aurochs qui passe son temps à roter et péter avec ses potes les chasseurs d’aurochs (mais en fait ils ne ramènent que des étourneaux, donc faut pas pousser la cro-magnonne dans les orties préhistoriques)? Moi je pense que non. Je pense que la cro-magnonne avait un peu envie de kiffer la vibe, et que même la cro-magnonne devait faire baby-sitter son chtiot de temps à autre pour aller mater la lune bleue avec son chasseur d’aurochs (ou alors en scred pour aller boire de la liqueur de mûres fermentée avec ses copines). Bref, arrêtons un peu avec le délire de nature! (Je me permets à ce propos de signaler que même les chimpanzés sont des êtres vaguement culturels) (ouaip j’ai lu Jane Gooddall les gens).

Concentrons-nous un peu sur l’égalité des salaires et des carrières (c’est quand même un VRAI problème, je dirais) (très légèrement), et laissons la nature un peu tranquille dans la jungle au lieu de la détruire tout en nous posant des questions à un demi centime de drachme sur nos mamelles. Que celles qui veulent allaiter, allaitent, mais qu’on ne nous emmerde pas avec ça. La grenouille post-cro-magnonne a parlé. (Ugh!)

Outre cela, la cro-magnonne permet de prendre un peu de la distance sur d’autres questions d’actualité, genre le tweet de Valérie T. qui bitche dans le dos de François H. en soutenant l’adversaire de Ségolène R. La cro-magnonne a déjà un peu du mal à comprendre le concept du tweet (oui, c’est un peu comme si t’envoyait un petit oiseau raconter des trucs dans la forêt en open access). Ensuite, elle se dit que c’est quand même un peu zarbe ces gens qui règlent leurs comptes persos devant qui est intéressé (hélas il y en a). Elle se dit que c’est sympa la démocratie, mais c’est un peu moyen ces ex qui se présentent à la présidentielle, ces filles de qui reprennent des partis, ces ministres qui racontent leur life à qui veut l’entendre. Elle se demande pourquoi parmi 60 millions de personnes on est obligés de prendre des gens qui sont un peu tous pareils et qui font un peu tous la même chose dans la vie, au lieu de choisir des chasseurs de mammouth mais aussi des tresseurs de panier ou des pêcheurs de têtards. Elle pense que ça leur ferait sans doute du bien de passer un hiver à se geler les miches dans la caverne avec des attrapeurs de mouche, qui ont aussi leur utilité. Après moi j’ai pas d’avis, je dis juste que la cro-magnonne trouverait sans doute que tout ça c’est un beau bordel!

Moi sinon ça va plutôt bien, j’ai des superbes pivoines sur ma table basse et ça me réjouit. En plus j’ai même pas eu besoin d’aller les cueillir.

Alors qu’on ne vienne pas me dire que je ne suis qu’une espèce de lonesome camionneuse post-cro-magnonne sardonique.

Sans alcool la fête est plus folle?

Je suis honnête, je rédige ce post depuis les tréfonds d’une gueule de bois sévère, avec mal aux cheveux carabiné et lunettes noires fumées à l’intérieur avec les rideaux fermés. J’ai des courbatures dans les fesses dont j’ignore l’origine mais ma fidèle amie I. (qui en profite pour me bitcher à mort parce que je ne me souviens pas de tous les événements ayant eu lieu) (cette fille ne mérite aucune pitié) prétend que c’est parce que je me dandinais sur Britney Spears. Mais vraiment n’importe quoi, comme si c’était mon genre de me dandiner sur de la mauvaise pop.

Donc, il y a des moments comme ça où on se dit: mais faut arrêter les enfants, le gros rouge, la vodka et la tequila ça va bien 5 minutes mais on ne construit pas une vie là-dessus. Certes. Quand j’étais jeune, prohibitionniste et jupe sous le genou (Dieu nous garde) j’aurais souscrit à cet abolitionnisme de l’éthanol. Mais je croyais aussi que DSK allait sauver la France. Bon après c’est vrai que l’alcool c’est calorique donc OK faut faire gaffe quand t’es au régime – quoique ma sœur prétend que le mieux c’est de se concentrer sur le bon champ’ car ça ne tache pas et ça coupe la faim (et ma sœur c’est la reine de la mode et du style) (c’est vrai cette fille est ma gourou du bon goût) (je la kiffe assez gravement). Après, lundi soir pour les 30 ans de mon pote adoré J. (qui est de droite mais je l’aime tellement quand même, c’est un homme stylé qui aime les nounours et les gravures de cartes anciennes, c’est vous dire) j’ai vécu une cuite au champagne à la violette et je peux vous dire que c’est assez désagréable. En effet, nonobstant sa nature stylée J. adore la violette sous toutes ses formes et passait sournoisement ajouter un petit coup de crème de violette dans nos coupes dès qu’on regardait ailleurs. J’ai envie de dire que le lendemain matin à 8h30 dans mon train vers Fontainebleau pour une journée pédagogique avec mes collègues de la fac j’étais pas au taquet (remarque c’est pas plus mal, du coup j’ai pas trop ouvert ma gueule pour dire des conneries comme à mon habitude ce qui peut m’arriver très exceptionnellement, mais uniquement quand j’ai mangé des asperges). Du coup tous mes collègues pensent que je suis très sympa et que j’ai une maladie des yeux qui m’oblige à garder mes lunettes de soleil même quand y a pas de soleil. J’ai aussi appris que faire du cours magistral c’est faire le clown. Damned, je me fourvoyais donc en foudroyant de ma chaire le grand capital d’un air sévère. En fait faut juste me mettre un nez rouge et c’est parti mon kiki. Le truc c’est que les clowns me font flipper grave. On n’est pas dans la merde.

Donc, si rien n’est trop prévu le lendemain tout va bien. Et laissez-moi vous dire que BIEN SUR avec alcool la fête est plus folle! Déjà, l’alcool est le prétexte à moults sujets de conversation durant la soirée (et potentiel pas mal pour draguer le barman) (barman, la profession où l’alcool le dispute au stupre). Par exemple : « Ah oui prenez le syrah il est bien, il a une grosse minéralité« , et là ma copine I. (que j’aime car elle porte la chapka comme personne), qui était en mode reine de la drague, s’engage dans une discussion fumeuse sur les « boisés« , « goût de mandarine« , « notes de tanin de l’arrière-boutique de ma grand-tante » et autres vocables distingués qu’utilisent les j’me la pète que j’ai tout compris à l’œnologie. Inutile de dire qu’avec ma copine C. qui maîtrise pas mal le shampoing sec et la descente de binouse on était juste mortes de rire sur la grosse minéralité, qui n’a d’égale que « il a de la cuisse » voire « il est bien charpenté« . De la drague légère comme la chantilly. D’ailleurs les vins minéraux y a que ça à savoir que ça arrache la gueule, mais bon I. se croyait sur l’Olympe de la science vinicole donc on a rien dit et on a bu bien gentiment. Moi j’ai pas de prétention, je sais parfaitement commenter une carte au 1/25000 de la Côte d’Or ou disserter sur les terroirs bordelais mais je me la ramène pas. Modestie is my second name.

Outre cela, la soirée s’est continuée autour de cocktails bien nommés « en string sur la plage » ou « frisson des îles« , bon mélange de pouffiasse comme on les aime avec plein de sucre en plus des calories de l’alcool. Gros gros kif surtout qu’à ce moment là j’ai lâchement abandonné C. à discuter de pistes de ski et de chamois d’or avec son voisin qui était un peu relou (parfois l’alcool nous amène dans des situations où nous sommes face à des types relous) (mais sachons rester dignes) (C. a maîtrisé en mode reine du bal que je te discute des mérites du télésiège) (bravo, moi je peux pas) pour aller bitcher avec mes potes sur divers aspects de l’existence humaine que seuls les lonesome camionneurs et camionneuses peuvent comprendre. CA c’est le vrai kif d’une soirée alcoolisée. Et puis aussi le karaoké, mais ça nous n’en parlerons pas (certaines choses doivent être tues). Aussi, bonne nouvelle, j’arrive encore à faire l’équilibre sur les mains comme quand j’avais 10 ans et que je faisais de la gym (on découvre des choses sur soi tous les jours).

Vous vous dites: la gueule de bois la rend gentille, elle arrête pas de dégouliner qu’elle aime ses amis. Eh ben ouais, je suis comme ça moi, généreuse dans la douleur. Bref, je crois que ce post est le plus confus que j’ai jamais écrit mais arrivons au point essentiel: l’alcool c’est pas marrant tous les jours mais ça fait quand même raisonnablement du BIEN. Voilà.

Message perso pour finir: les amis cette soirée nous a liés pour la vie, je vous aime (et pas que à cause de l’alcool, HEIN). Papa, Maman, je sais bien que vous devez penser que je suis irrémédiablement perdue, ce qui n’est peut-être pas totalement faux. Mais je mange aussi de la quinoa et des haricots verts, et ça c’est pas mal bon pour la santé, quand même.