Des lendemains de cuite qui chantent

Je vous écris d’une gueule de bois que les moins de 30 ans ne peuvent pas connaître. Déjà parce qu’ils disent GDB. Cette propension à l’usage d’acronymes me désespère, malgré un potentiel véritable de créativité langagière qu’il ne faut pas dénier à notre jeunesse. Mais décidément je préfère quand les lettres s’étalent languissamment, quand elles font des détours. Vouons le maigre Q aux gémonies, que le cul s’encanaille (en même temps Q c’est une jolie lettre mais avouez que ce L muet fait tout le piment de l’affaire).

La trentaine est essentiellement une affaire de formes : danser sur Shakira SANS MUSIQUE dans la rue en robe de soie par 6 degrés, faire une démonstration de yoga dans la même tenue, arroser d’eau un ami trop arrosé, toutes manifestations alcoolisées qui n’ont point le monopole de l’âge. Il est vrai, et je le déplore, que l’assemblée des trentenaires est un peu plus casanière et que franchement tu te sens parfois un peu seule à faire la gamine surexcitée. Mais attention, en robe de soie. Dignitas, toujours.

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En outre, grâce à un usage pertinent du citrate de bétaïne et de la salutation au soleil, la situation physique se gère aisément au « bel âge de l’épanouissement » comme me l’a fait remarquer le charmant monsieur marseillais du bar qui nonobstant me donnait 25 ans (HUHUHU).

Et reconnaissons tout de même le pouvoir créatif de l’éthanol, une bien jolie molécule CH3 – CH2 – OH (je ne sais pas trop ce que ça veut dire, mais ça me rappelle quand j’étais jeune et que j’aimais pas la chimie) (maintenant je peux m’exclamer comme une poétesse devant la beauté des mystères de la nature) (c’est quand même vachement mieux). J’ai en effet écrit quelques vers d’un tragique de bon aloi, les images émues de Baudelaire, Rimbaud et Apollinaire raide bourrés derrière mon épaule (oui bon, chez eux ça marchait mieux mais c’est normal avant 1918 c’était vachement plus facile la poésie) (nous garderons ces vers pour un œil averti, car parfois l’Art est trop GRAND pour se montrer à l’air libre). N’empêche que J’ai tendu des cordes de clocher à clocher ; des guirlandes de fenêtre à fenêtre ; des chaînes d’or d’étoile à étoile et je danse. Voici l’explication de mon échappée chorégraphique.

Mais ne nous attardons pas à une faible analyse sur les travers du grand âge, ma crème antirides en frissonne. Il est vrai que le contrôle social aidant, nous devrons nous calmer avec le temps, et que l’alcool n’excuse point tout : adieu, vomi sur le canapé ; adieu, montrer son cul aux passants dans la rue ; adieu, inondation de vin sur ton entourage ; adieu, esclandre avec la maréchaussée ; adieu, destruction de table suite à une danse de la pluie.

Le monde est un peu désenchanté quand on a trente ans ; m’enfin c’est pas grave, on continue de fredonner.

Tu as fait de douloureux et de joyeux voyages
Avant de t’apercevoir du mensonge et de l’âge
Tu as souffert de l’amour à vingt et à trente ans
J’ai vécu comme un fou et j’ai perdu mon temps  
Apollinaire, « Zone », Alcools, 1913.

Sans alcool la fête est plus folle?

Je suis honnête, je rédige ce post depuis les tréfonds d’une gueule de bois sévère, avec mal aux cheveux carabiné et lunettes noires fumées à l’intérieur avec les rideaux fermés. J’ai des courbatures dans les fesses dont j’ignore l’origine mais ma fidèle amie I. (qui en profite pour me bitcher à mort parce que je ne me souviens pas de tous les événements ayant eu lieu) (cette fille ne mérite aucune pitié) prétend que c’est parce que je me dandinais sur Britney Spears. Mais vraiment n’importe quoi, comme si c’était mon genre de me dandiner sur de la mauvaise pop.

Donc, il y a des moments comme ça où on se dit: mais faut arrêter les enfants, le gros rouge, la vodka et la tequila ça va bien 5 minutes mais on ne construit pas une vie là-dessus. Certes. Quand j’étais jeune, prohibitionniste et jupe sous le genou (Dieu nous garde) j’aurais souscrit à cet abolitionnisme de l’éthanol. Mais je croyais aussi que DSK allait sauver la France. Bon après c’est vrai que l’alcool c’est calorique donc OK faut faire gaffe quand t’es au régime – quoique ma sœur prétend que le mieux c’est de se concentrer sur le bon champ’ car ça ne tache pas et ça coupe la faim (et ma sœur c’est la reine de la mode et du style) (c’est vrai cette fille est ma gourou du bon goût) (je la kiffe assez gravement). Après, lundi soir pour les 30 ans de mon pote adoré J. (qui est de droite mais je l’aime tellement quand même, c’est un homme stylé qui aime les nounours et les gravures de cartes anciennes, c’est vous dire) j’ai vécu une cuite au champagne à la violette et je peux vous dire que c’est assez désagréable. En effet, nonobstant sa nature stylée J. adore la violette sous toutes ses formes et passait sournoisement ajouter un petit coup de crème de violette dans nos coupes dès qu’on regardait ailleurs. J’ai envie de dire que le lendemain matin à 8h30 dans mon train vers Fontainebleau pour une journée pédagogique avec mes collègues de la fac j’étais pas au taquet (remarque c’est pas plus mal, du coup j’ai pas trop ouvert ma gueule pour dire des conneries comme à mon habitude ce qui peut m’arriver très exceptionnellement, mais uniquement quand j’ai mangé des asperges). Du coup tous mes collègues pensent que je suis très sympa et que j’ai une maladie des yeux qui m’oblige à garder mes lunettes de soleil même quand y a pas de soleil. J’ai aussi appris que faire du cours magistral c’est faire le clown. Damned, je me fourvoyais donc en foudroyant de ma chaire le grand capital d’un air sévère. En fait faut juste me mettre un nez rouge et c’est parti mon kiki. Le truc c’est que les clowns me font flipper grave. On n’est pas dans la merde.

Donc, si rien n’est trop prévu le lendemain tout va bien. Et laissez-moi vous dire que BIEN SUR avec alcool la fête est plus folle! Déjà, l’alcool est le prétexte à moults sujets de conversation durant la soirée (et potentiel pas mal pour draguer le barman) (barman, la profession où l’alcool le dispute au stupre). Par exemple : « Ah oui prenez le syrah il est bien, il a une grosse minéralité« , et là ma copine I. (que j’aime car elle porte la chapka comme personne), qui était en mode reine de la drague, s’engage dans une discussion fumeuse sur les « boisés« , « goût de mandarine« , « notes de tanin de l’arrière-boutique de ma grand-tante » et autres vocables distingués qu’utilisent les j’me la pète que j’ai tout compris à l’œnologie. Inutile de dire qu’avec ma copine C. qui maîtrise pas mal le shampoing sec et la descente de binouse on était juste mortes de rire sur la grosse minéralité, qui n’a d’égale que « il a de la cuisse » voire « il est bien charpenté« . De la drague légère comme la chantilly. D’ailleurs les vins minéraux y a que ça à savoir que ça arrache la gueule, mais bon I. se croyait sur l’Olympe de la science vinicole donc on a rien dit et on a bu bien gentiment. Moi j’ai pas de prétention, je sais parfaitement commenter une carte au 1/25000 de la Côte d’Or ou disserter sur les terroirs bordelais mais je me la ramène pas. Modestie is my second name.

Outre cela, la soirée s’est continuée autour de cocktails bien nommés « en string sur la plage » ou « frisson des îles« , bon mélange de pouffiasse comme on les aime avec plein de sucre en plus des calories de l’alcool. Gros gros kif surtout qu’à ce moment là j’ai lâchement abandonné C. à discuter de pistes de ski et de chamois d’or avec son voisin qui était un peu relou (parfois l’alcool nous amène dans des situations où nous sommes face à des types relous) (mais sachons rester dignes) (C. a maîtrisé en mode reine du bal que je te discute des mérites du télésiège) (bravo, moi je peux pas) pour aller bitcher avec mes potes sur divers aspects de l’existence humaine que seuls les lonesome camionneurs et camionneuses peuvent comprendre. CA c’est le vrai kif d’une soirée alcoolisée. Et puis aussi le karaoké, mais ça nous n’en parlerons pas (certaines choses doivent être tues). Aussi, bonne nouvelle, j’arrive encore à faire l’équilibre sur les mains comme quand j’avais 10 ans et que je faisais de la gym (on découvre des choses sur soi tous les jours).

Vous vous dites: la gueule de bois la rend gentille, elle arrête pas de dégouliner qu’elle aime ses amis. Eh ben ouais, je suis comme ça moi, généreuse dans la douleur. Bref, je crois que ce post est le plus confus que j’ai jamais écrit mais arrivons au point essentiel: l’alcool c’est pas marrant tous les jours mais ça fait quand même raisonnablement du BIEN. Voilà.

Message perso pour finir: les amis cette soirée nous a liés pour la vie, je vous aime (et pas que à cause de l’alcool, HEIN). Papa, Maman, je sais bien que vous devez penser que je suis irrémédiablement perdue, ce qui n’est peut-être pas totalement faux. Mais je mange aussi de la quinoa et des haricots verts, et ça c’est pas mal bon pour la santé, quand même.