De la Fête de l’Huma

Quand I., queen of the night, m’a dit « Poule, prends ton billet pour la fête de l’Huma, y a New Order qui joue, ça va être un concert de folaïe » je n’ai fait ni une ni deux et j’ai sorti mes 26 euros recta. J’entends déjà le chœur des censeurs s’élever : « Belle image que celle de la lonesome camionneuse qui se rend à la Fête de l’Huma comme une bobo de merde pour écouter de la new wave pourrie à peu de frais ». D’abord je vous fais remarquer que l’Huma fait faire les billets d’entrée par la Fnac ce qui veut dire qu’on est tombés bien bas, vu que leur connard de PDG au nom de pull-over de luxe s’est fait récemment séquestrer par des salariés traités comme du bétail que je ne saurais réprouver. Et puis ayant payé mon dû au Parti, aux manifs et à Jean-Luc j’en ai un peu rien à foutre de ne pas porter de pulls péruviens pour faire extérieurement  de gauche. La fête de l’Huma c’est de toute façon pour le folklore et se remplir un peu les caisses parce que franchement Bénabar et Patti Smith ne me font pas trop penser à Rouget de Lisle. Donc rien à branler (pour le dire vulgairement).

Ensuite vous aurez sans doute remarqué qu’à part Shakira et Jean-Sébastien, la lonesome camionneuse n’est pas au top de la sensibilité musicale. Elle a donc en la matière deux gourous, I. et J., dont elle écoute aveuglément les avis car ce sont des gens classe et de bon goût (et puis ils sont gentils, des fois ils acceptent de dire que Shakira c’est quand même de la grosse boulasse intergalactique) (après deux ou trois verres et une choré endiablée de la lonesome camionneuse).

Des fois néanmoins ces êtres de sagesse et de lumière sont en désaccord, mais la lonesome camionneuse ne juge point. Là, J. était outré qu’I. kiffe New Order vu que c’est selon lui hyper surfait et de toute façon ça ne donne pas en concert. Ce à quoi I. répondit que d’abord ils ne jouent jamais en concert donc faut y aller rien que pour ça et que de toute façon vu comme ils ont révolutionné l’usage de l’électro c’est vraiment fort de café de la part de J. que de prétendre que c’est que de la new wave attardée vu que ces gens ont quand même vachement inspiré Hot Chip que J. aime bien (vous aurez remarqué que j’essaie d’apprendre les expressions par cœur pour les ressortir en société et briller en me jouant, mais je ne suis pas sûre de maîtriser à donf). Bref, y avait débat.

La lonesome camionneuse aimant ses amis avec équanimité, elle n’a pas pris position et s’est dit que tout ça se réglerait en battle de karaoké. En attendant, elle a pris son billet parce que de toute façon c’est un truc de la hypitude et que la hype est son idéal dans la life. En plus on y mange des saucisses à bas prix, à la Fête de l’Huma… et puis ON PEUT Y CROISER JEAN-LUC M. (ce qui n’est pas à négliger).

DAY ONE – VENDREDI SOIR

Comme dit I., parfois les vendredis sont les samedis dont on a toujours rêvé (pertinente réflexion). On était plutôt pas mal niveau bonnassitude et gauchitude avec A., I. et R. mes copines trop cool du 18eme, et on a été bien contentes d’arriver coolos à La Courneuve avec tous nos potes du RER (moi j’aime la banlieue) (enfin je fais une thèse dessus) (alors là elle commence à me courir un peu sur le ciboulot mais je me soigne). Ce qui est bien c’est qu’outre le niveau élevé des réflexions politiques, il y a plein d’objets caloriques pas chers, et avec le mojito-barquette de pâtes carbo à 5 euros inutile de vous dire que c’était bien parti. Après quelques débats très pertinents sur les plans de drague des différentes protagonistes (pourquoi les gens me demandent-ils mon avis alors que je suis la plus grande quiche de l’univers en la matière ?) (encore un mystère plus profond que le cosmos), on est allées danser sur New Order qui quoi qu’on en dise est plutôt de la bonne came pour danser sauter dans tous les sens. Et puis les concerts en plein air c’est quand même mieux quand t’es claustrophobe, HEIN. Du coup y avait un gars qui cherchait un tire-bouchon.

En sortant on a entendu du ska bien dynamique qui sortait du stand du PC de Bagneux, donc avec les mojitos pas cher on s’est dit que ça ferait une halte sympa avant le dernier RER qui partait à minuit (banlieue pourrie). Évidemment un ska entraînant un reggae entraînant Barry White entraînant Michael entraînant un reggaeton entraînant une conga entraînant J-Lo entraînant le pogo entraînant Antisocial on est restés jusqu’à 2 heures du mat’.

I., pleine de cette fougue de la jeunesse que la lonesome camionneuse a hélas laissé derrière elle depuis bien des années, était en mode reine de la drague pendant que la lonesome C. prenait des notes pour la prochaine fois (de prochaine fois en prochaine fois on n’est pas rendus, mes braves). Y faut dire que quand un mec vient lui expliquer que le problème du communisme c’est que des gens l’ont perverti et que de toute façon ça n’a jamais marché même à Cuba et qu’on voit bien ça dans Land and Freedom de Ken Loach même si il faut savoir qu’il y a l’humour de Ken Loach, la lonesome camionneuse trouve la vie un peu rude parce que là honnêtement c’est même pas la peine de répondre gros lourd tu veux me donner des leçons sur les conflits entre le PC et le POUM pendant la guerre d’Espagne tu m’as prise pour une conne parce que j’ai un perfecto en cuir blanc  (cette veste est en effet magnifique) (hu hu hu) ?? Fais gaffe parce que si tu me parles du Livre noir du communisme ou du Passé d’une illusion (qui m’ont l’air un peu compliqués pour toi cela dit) ça va chier DES BULLES CARRÉES. Parfois un bon vieux conservateur à cigare avec sa chemise bleue à col blanc vaut mieux que l’insignifiance sociale-démocrate. Ouais, je m’énerve. C’est quand même pas Dieu possible ce degré zéro de la réflexion.

Enfin. La fête perdant de son mordant et la réflexion de sa hauteur, la troupe des braves du 18ème, augmentée de quelques soldats de passage, s’est mise en branle vers Paris et le mur des Fédérés le bus de nuit. On a un peu erré en cherchant la sortie jusqu’à ce que la lonesome c., guidant le peuple, aie l’idée lumineuse de sortir de sa poche le plan qui y était depuis le début quand des gens en maraude ont demandé où se trouvait le Pays Basque (500 km au Sud-ouest, à vue de pif). Dans le bus et la chaleur humaine (curieusement un second bus juste devant faisait le trajet à vide) (y avait un léger problème de mécanique des fluides) on a joyeusement chanté des chansons à boire puis R., qui est une warrior de la drague par la gauche, a lancé l’Internationale, ce qui est bien joli sauf qu’on n’arrive jamais à se souvenir du deuxième couplet.

DAY TWO – SAMEDI

Foule, littérature libertaire, potes, syndicalisme, porto en quantité, centralisme démocratique, saucisses-frites-ketchup, éducation, crêpes au nutella, Jean-Luc M., soleil, non au traité européen, rouge, féminisme, miel de châtaigne, chansons.

Qu’est-ce que c’est bien quand on est chez soi.

DAY THREE – DIMANCHE

Planquée dans la cabine du monster truck, la lonesome camionneuse pionce au soleil.

Quand je pense qu’il y en a qui vont aux journées du Patrimoine.

Ca y est, j’ai une vie de quartier…

Les barmen du coin me reconnaissent dans la rue. Les marchands de vin aussi.

Pourquoi, je me le demande, moi qui ne bois jamais d’alcool surtout dans les lieux de perdition à licence IV. À la vérité, je passe mon temps à la librairie – et notez je vous prie que la libraire est complètement cinglée. Elle est particulièrement obsédée par les SACS qu’il faut POSER par terre (eh la folle, tu crois que je vais poser mon LONGCHAMP sur le sol crado de ton gourbi?) (j’ai un petit problème avec mes sacs à main, ils sont un peu un second moi-même de cuir) (du coup je dénigre toute personne qui les menace) (touche pas à mon sac). Faut dire que sa boutique est si encombrée que trois bouquins valsent à chaque fois qu’on bouge le petit doigt. Par ailleurs, si elle s’imagine que je vais lui faire l’honneur de lui chourer un bouquin alors que ça fait plus d’un an que je me force à fréquenter sa cambuse par pure posture politique anti-grandes-enseignes. M’en vais tantôt me remplir les étagères à la Fnac Saint-Lazare, non mais!

A vrai dire, là où j’ai une vraie vie de quartier c’est que j’ai une target locale: le fromager (sosie de Brad Pitt s’il vous plaît). C’est pour quand j’aurai fini mon régime, parce que se faire un crottin de Chavignol par jour pour draguer le magasinier, ça vous alourdit le cuissot. Question: pars-je avec un avantage du fait d’avoir soupiré d’aise en voyant à quel point le brie était coulant la dernière fois? (Mmmmm le brie BIEN COULANT, ça pue mais qu’est-ce que c’est bon!) Je veux dire, ça montre comment je suis une connaisseuse de ouf du fromage, mais en même temps que mon appart’ et ma personne puent potentiellement le brie pendant plusieurs jours. Appel à contributions. Vous aurez constaté que mon sens de la drague n’est pas ultra-développé (mais je me soigne). Par ailleurs, vous serez d’accord de dire que le sujet est piégeux, car ce n’est pas parce qu’on est fromager qu’on aime le fromage. HA!

Bref, telle Inès de la Fressange (que je hais pourtant avec force), je me la pète que je suis une Parisienne. Semblable à un porc truffier, je suis capable de dénicher toutes les pépites pleine de classe et d’élégance enfouies dans mon quartier (je ne sais pas pourquoi mais on dirait qu’être une Parisienne a pour synonyme « faire office de guide de shopping ambulant ») (je préférais Kiki de Montparnasse, quand même).

Faut dire que j’habite in the middle of boboland mais bon ça va, je gère.

Or donc, dans ma vie de quartier il y a :

– une super petite boutique de cupcakes pour les meufs en kif de Sex & the city (la SERIE hein, pas les films) (les films, grossières erreurs de la nature, ne méritent même pas d’être mentionnés),

– trop de marchands de fringues, de parfums et de thé (mais j’y vais quand même de temps en temps, même si je suis opposée à leur présence) (aucune cohérence politique),

– des boutiques pour filles trop magnifiques mais où tout est juste 1000 fois trop cher,

– une charmante librairie allemande (eh oui les gens, je lis l’allemand couramment) (hu hu hu) (et l’anglais aussi d’ailleurs) (hu hu hu hu hu),

– un cordonnier pourri et un cordonnier obsédé qui t’entraîne dans des discussions salaces,

– deux théâtres, un public et un privé, ce qui fait que je ne vais que dans l’un vu que l’autre j’ai pas les moyens de me payer des places,

– plein de bonnes boulangeries (le pain, y en a pas bonne idée pour le régime) (mais qu’est-ce que c’est bon!) (j’ai compris tout l’intérêt ontologique de la baguette en vivant aux États-Unis) (celui du fromage également, si on va par là),

– un p’tit cinoche de quartier fort sympatoche. Comme dit Eddie, La lumière revient déjà, et le film est terminé… mais chez les bobos, chance, on ne les ferme pas, les cinémas de quartier,

– des ami(e)s (dont un que je croise bizarrement A CHAQUE FOIS que je vais au Mac Do en scred) (je suis censée être au régiiiiiiiiiime, donc),

– des pentes et des escaliers (bad idea l’ascension pieds nus de la Butte par la face sud, au fait) (mes aspirations à devenir Maurice Herzog n’auront duré que quelques minutes),

– l’ascenseur des Abbesses que quand il est en panne tu te prépares à faire seppuku plutôt que de monter toutes les marches (mais tu devrais être contente car ça va te faire dépenser des calories vu que t’es au putain de réGIMEEEE) (fuck you, you rascal!),

– beaucoup trop de touristes qui ont une singulière tendance à te bloquer l’accès au métro quand t’es hyper pressée (on les reconnaît à leurs baskets, méga-appareils photos – dont ils ne savent sans doute pas se servir, chouchous dans les cheveux – beurk, et leur air ahuri),

– une boutique mexicaine pleine de masques et de crânes en plastique (j’ai il est vrai une faiblesse particulière pour les catcheurs et les vanitas) (hu hu hu),

– et deux ex.

Condamnée à ne jamais sortir de chez moi en jogging et le cheveu en berne.

Mais bon ça va, je gère.

Carte de déchiffrage territorial à l’usage de mes patients et sublimes lecteurs. Cliquez sur l’image pour bien voir (oui je sais JE PARLE TROP)