De l’air du temps

Eh oui, des fois on n’a rien à dire, alors on trouve un titre qui ne dit rien. Le temps peut-il avoir un air ? L’air de rien, mine de rien, l’air canaille, l’air fin, l’air de revenir de Pontoise, l’air narquoise, l’air ardoise ?

Franz Kline, Cardinal. (inspiré par ma mère)

Franz Kline, Cardinal.
(inspiré par ma mère)

L’air saucisse. Le Bayern a battu le Barça 4-0 en match aller, et c’était un beau match. Il est vrai que plus que d’un air saucisse, on pourrait parler d’un air panzer, parce que mes enfants, les Espagnols se sont fait pulvériser. Au temps pour la revanche de Guernica. En même temps Guernica est basque, donc je dis n’importe quoi.

Instant culture: Le saviez-vous? « Au temps pour moi » est une expression militaire, lorsque le responsable d’un canon n’avait pas fini de recharger, et qu’il demandait le temps de recharge. On se cultive, durant les matchs, eh ouais.

L’air gnon. A l’occasion des « manifs pour tous » (le prosélytisme n’est pas mort : si t’es pas d’accord, t’es pas « tous »), ça tabasse dans tous les sens. Taper des homos, voilà une belle activité pour défouler ses frustrations. Bravo, enfin on se saisit des vrais problèmes. On attend les milices et le triangle rose.  La droite découvre les violences policières (allô, allô, fun fact : saviez-vous que les émeutes urbaines des 30 dernières années ont presque toujours été déclenchées par la mort de jeunes sous l’effet de la douce action policière ?) (mais ça c’est de la canaille, rien à voir bien sûr) (les amis, si vous êtes étrangers ET homos, il est déconseillé de vous promener avec des plumes dans le cul dans cette saine atmosphère d’ordre moral ; mais venez chez moi, on leur fera la nique à la fenêtre). Le comble de cette prise de conscience indignée est le brandissement d’une ballerine en pleine Assemblée par le député Meunier (tu dors ? ton moulin ton moulin va trop vite), preuve qu’une malheureuse jeune fille avait été bousculée par les CRS. Mouahahahaha. Un ouvrier d’Arcelor Mittal qui manifestait à Strasbourg a perdu son œil il y a deux mois. Mais bon, c’est un syndicaliste, ouvrier et belge par-dessus le marché. Manquerait plus que d’amener un œil à l’Assemblée. On va pas chialer non plus. Votons contre l’amnistie des syndicalistes, et des accords interprofessionnels scélérats. A la lacrymo la racaille !

L’air arc-en-ciel. Quoi qu’il en soit, dans les vivats, une loi de gauche est enfin passée ! Et je me réjouis sincèrement, car il est à prévoir que je vais être demoiselle d’honneur un bon nombre de fois durant les prochaines années (si vous ne me choisissez pas je vous tue) (souvenez-vous du nombre de plumes qu’on s’est plantées dans le cul au son de Dalida, petits ingrats !) Il faut croire d’ailleurs que les homos réussissent plutôt mieux leur vie de couple que la lonesome camionneuse, qui malgré un talent certain en cuisine et son imposante poitrine n’inspire pas spécialement l’idée d’une bague au doigt. En même temps, chers amis, considérons un instant la question d’un point de vue théorique : étant donné que depuis un certain temps (1972 très exactement) la légitimité des enfants est découplée du mariage civil, quel est exactement l’intérêt de se substituer à l’église dans ce cas précis ? Dieu sait que mon jacobinisme est fervent, mais j’avoue que la suppression du mariage civil m’eut semblée plus pertinente. Mais alors, me direz-vous, ne subsiste plus que le mariage religieux, et les homos en seraient privés : eh bien, qu’attend-on pour faire le siège chez notre ami François ? L’Eglise est bien passée de la polygamie à la monogamie en 1585 (et c’est bien dommage, mais ne regrettons pas trop le bon vieux temps) (ah, le p’tit vin blanc qu’on buvait sous les tonnelles).

L’air de rien, heureusement qu’il fait beau.

La loose du printemps

« Les filles sont jolies dès que le printemps est là » Permettez-moi d’opposer un mouais dubitatif et retentissant à cette assertion de Joe Dassin, dont le moindre mérite n’est pas d’avoir été le chanteur le plus swing de mon enfance sexe drogue et rock’n roll fleurs bleues livres et musique sacrée. Certes, la libido de l’être humain se réveille à l’appel du soleil, des fleurs et des cui-cuis, mais c’est bien plutôt malgré toutes ces petites choses qui font qu’au printemps t’as plutôt tendance à avoir une tête de cul une apparence intéressante.

Bref, tu sais que c’est la loose du printemps quand :

Reiser a coté du bonheur

C’est la demi-saison, donc censément tu devrais mettre un demi-manteau. Hélas, ça n’existe pas, sauf si t’es Saint Martin de Tours, le mec tellement généreux qu’il file la moitié de son manteau au clodo du coin, parce que tout le manteau faudrait pas pousser mémé dans les orties non plus. Donc tu pleures ta mère quand Joël Collado t’annonce qu’il va faire beau, mais frais. Ce qui objectivement est un peu le top de la météo, vu que comme t’es une fille super chiante sur les températures et plus frileuse que la princesse Badroulboudour t’aimes ni la froidure ni la chaleur. Mais n’empêche que ça veut dire 3 heures devant ton porte-manteau pour finir par un résultat piteux: tu vas suer ta mère ou avoir l’impression que ton trench n’est qu’une immense trouée ouverte au vent. Insoutenable légèreté du trench.

N’oublions pas que, avec les jupes courtes, voici venir la nécessité de l’épilation. Dure loi de l’arrachage de poils.

Autre réquisit vestimentaire du changement de saison, le changement de chaussures : à nous les ballerines et autres escarpins claquant gaiement sur le pavé. Hélas, trois fois hélas, à changement de pompes, éclosion d’ampoules ! Sur les plaies meurtries de tes pauvres pieds, la pharmacienne fait fortune de pansements vendus à prix d’or pour soulager à tout prix tes arpions.

Arrivée du soleil, pic de pollution, que sais-je ? Le printemps rime hélas trop souvent avec la floraison de pustules sur ton beau visage de madone, qui se réfère alors plus à un champ d’obus qu’à une jonchée de roses. Le scrofule pullule, vive le fond de teint.

Cruelle nouvel, désappointement médicinal, tu chopes le rhume des foins. De quoi s’agit-il, ô mortels insoucieux, ô lecteurs ignorants ? Il s’agit, je vous le donne en cent, je vous le donne en mille, d’une allergie au pollen. Moi qui, depuis plus de trente ans, foule la terre avec insouciance en pensant chaque printemps attraper un coup de froid, voilà que j’apprends avec stupéfaction et saisissement que je suis allergique. Hélas, oï, opopoï, larmes et exclamations, car ce trait corporel est considéré familialement comme une faiblesse de la chair, un inexcusable laisser-aller. Oui, le printemps fait de toi un allergique, un damné de la terre. Je ne me moquerai plus jamais de l’allergie de mon oncle aux fruits à noyaux crus, découverte sur le tard : telle Saint Thomas, je crois, maintenant que j’ai touché du doigt nez. A toi la gloire, anaphylaxie.

Pour finir, la saison de foot touche à sa fin, le PSG a perdu face à la troupe de bouteilles en plastique rose la plus lamentable de l’histoire, on ne fera pas le doublé coupe-championnat, et ça mes amis, c’est grave la loose.

Mais c’est pas si grave, parce qu’au printemps, Paris, quand même, est vraiment magique.

Paris est magique