Du rhume

Oui parce que mine de rien il fait de plus en plus froid et on n’est pas de bois. Personnellement j’ai beau avoir une santé de fer malgré mon rythme de vie trépidant et débridé (je viens de découvrir le do it yourself et croyez-moi c’est pas tous les jours du gâteau) je suis aussi un être humain, et comme tout être humain j’ai mes faiblesses. Or donc, ces maudits changements de température ébranlent durement l’organisme en suscitant le cauchemar des êtres d’exceptions abattus en pleine gloire par les douloureux aléas de l’existence (moi) : LE RHUME.

Attention, je parle du refroidissement, car le rhume ce salaud désigne plusieurs mode divers d’encombrement des voies nasales, dont le rhume des foins, cette saloperie dont j’ai mis trois ans à comprendre qu’en fait ça voulait dire que la pollution m’avait rendue allergique au pollen, moi qui pourtant ne crois pas aux allergies et je n’aime pas avoir tort je vous prie de croire. Sale rhume tu m’as bien eue.

732131

D’emblée, le rhume exprime sa fourbe nature par son nom : le RH de la toux et du crachat, de l’ignoble catarrhe, cet ignoble son barbare qui doit encore nous venir du grec ou de l’arabe, encore des sous-développés mais JDCJDR. Une lettre de différence et on est au rhum, un élément important dans le processus de guérison du rhume quoique hélas peu accepté par la société.

Tout le problème de cette affection, en effet, est le mépris général d’une société impitoyable pour cette terrible maladie handicapante qu’est le rhume. Je ne comprends pas très bien pourquoi le rhume n’est pas reconnu comme maladie grave de longue durée pour le malade et son entourage, car les conséquences en sont lourdes.

D’abord, l’encombrement du nez : GRAVE PROBLÈME. Qui dépeindra les souffrances du conjoint, du colocataire, voire du voisin, confronté aux vrombissements tonitruants des ronflements de l’enrhumé ? Tandis que ce dernier, confronté à une apnée angoissante, se met dans son sommeil à happer de l’air par la bouche tel un poisson hors de l’eau, commence à rêver qu’une bande de samouraïs rônins déguisés en crapauds tente de l’étouffer grâce à un arsenal de massues en peau de buffle. Traumatisme garanti et nombreuses séances de psychanalyse à la clé.

Les éternuements. le gros seum. Et vas-y que tu arroses tout ton entourage, et tousse que tu tousses et tout le monde te regarde d’un air réprobateur comme si t’allais leur filer la chtouille alors que bon tu es bien élevée donc tu mets ta main devant la bouche donc merci la life après tes doigts tout mouillés et bien entendu voilà que t’as oublié tes mouchoirs évidemment donc tu remues discrètement tes mains en espérant que ça va sécher par le pouvoir de Darth Vador, le héros de la lutte contre le rhume et les bronches encombrées.

(Et je ne parle pas des barbus: la morve dans la barbe, je… non… aaaaah)

vador-atchoum400

Ou pas. A tes souhaits mon vieux!

Soyons lucides, le rhume est une condition qui rend quasi impossible la pratique de la drague, ce qui pour une pauvre meuf célib bombe sexuelle dans mon genre est parfois un peu gênant, surtout quand un bon parti passe dans les parages ; or il faut toujours être sur ses gardes car le bon parti rôde potentiellement partout, et que tel un scout il faut être toujours prêt. Les yeux chassieux, le nez coulant, tu fouilles frénétiquement ton sac à la recherche de ta boîte de mouchoirs (mauvais pour l’environnement, penser à acheter des mouchoirs en tissu même si l’idée de balancer des mouchoirs pleins de morve dans ta machine à laver te dégoûte magistralement), tu te mouches bruyamment, tu lèves le regard au dessus de ton nez rougi et tu vois alors apparaître dans un costume parfaitement coupé et nimbé de lumière LE PRINCE CHARMANT. Damned. C’est foutu, penses-tu alors que tu tentes une approche hyper spirituelle qui sort de ta bouche accompagnée de quelques glaires et sur un ton plus coassant que celui d’une grenouille cacochyme : « Salut, ça va ? »

LE MONDE M’EN VEUT (il aurait pas pu envoyer un bon petit cancer du rhume à Florian, Marine et Marion à la place ? Hein ? Injustice !). On n’est pas rendus.

Le second marché

C’est pas tout ça les amis, le temps passe, on se fait vieille, les ovaires moisissent, faut se caser nom d’un nain borgne ! Le monde est une jungle à la compétition impitoyable, et trouver un homme, comme le suggère le nom de ce beau site dédié à l’Amour et à la Poésie, « Adopte un mec », s’apparente à un supermarché. CEPENDANT ne croyez pas que ce supermarché des mecs se compose de rayons débordants de multiples produits de marques diverses et variées, où tu peux choisir tranquillement et passer sans coup férir de la conserve de petits pois au poulet de Bresse AOC. D’une part parce que, reconnaissons-le, tu n’es pas de première jeunesse et tu es PEUT-ÊTRE un peu tout petit peu chiante. Légèrement. Bon. C’est une difficulté. L’autre difficulté, c’est que le rayon, de fait, est plutôt constitué de légumes défraîchis et de yaourts périmés. Ce qu’on appelle LE SECOND MARCHÉ. Les mecs sur le retour, quoi. Attention, ne nous y trompons pas, le yaourt périmé peut être tout à fait mangeable, à condition d’y mettre un peu de travail et de bonne volonté (il devrait y avoir une épreuve de Top Chef sur le sujet). Mais enfin, ça ne vient pas tout seul. C’est même parfois BIEN GONFLANT. Car d’une manière ou d’une autre, les gens du second marché ont une perception vaguement tordue de l’amour et du couple (moi-même, il se peut que… bon hein voilà hein, j’ai donné, j’ai perdu, j’ai souffert, j’ai abusé, j’ai déconné, bref).

Toi qui as brûlé ton coeur aux feux de l'amour.

Toi qui as brûlé ton coeur aux feux de l’amour.

Voici quelques types de planches pourries du second marché que je propose à votre analyse (j’aime bien classer, c’est ma nature) :

Le divorcé potentiel qui cherche une jeune. Parfois encore enterré sous les jupes de son ex qu’il trompe souvent depuis des années, il cherche vaguement le petit cul bien ferme qui le fera renoncer au confort de son intérieur bourgeois. Challenge masochiste en vue, car le type ne quittera pas forcément sa femme pour toi, et tu risques de te retrouver longtemps à traîner à ses basques comme une âme en peine. Mais peut-être que ça va marcher et que le gars va se barrer. Tout est dans le peut-être. Laisse-moi te dire que tu risques de t’épuiser en stratégies (« si je lui demande de quitter sa femme ça fait ultimatum donc il risque de se barrer » – eh ouais, raison de plus si vous voulez mon avis – « ok je vais l’attendre jusqu’au mois prochain, non encore six mois, un an, etc. etc. car il me dit qu’il m’aime» – ah le sacrifice de l’amour – « je vais me taper d’autres mecs pour faire passer le temps » – kikoo la dépression) tandis que le gars, tout en protestant qu’il n’aime plus sa femme, lui fait un troisième chiard sans coup férir, ce qui rend la situation encore plus fun vu qu’un divorce potentiel lui coûterait sa voiture et sa Rolex. Mais bon. Saurais-tu lui arracher la victoire et le divorce tant attendu, tu te retrouveras sans doute embringuée dans des histoires de garde d’enfant plus compliquées que la théorie des cordes et plus destructrices psychologiquement que la conquête de l’Himalaya. Tu verras aussi émerger la figure de l’Ex, mère des enfants, qui deviendra ton Ennemie absolue tandis que tu construiras ta vie de belle-mère en filant en douce de la guimauve aux gosses vu que leur mère la leur interdit. Bref, y a du boulot. Et n’oublions pas que vu le contexte de votre mise en couple, le gars peut toujours réitérer après avoir tâté le terrain, et se barrer avec une nouvelle meuf. Plus jeune. Ou, pire, PLUS VIEILLE.

Le séparé perdu. Tout se présente bien dans le tableau, il s’est séparé de la mère de ses enfants depuis plusieurs années, il a l’air tout mignon de chercher l’amour et tout et tout. Il a même l’air de bien t’aimer. Mais bon. Tout à coup le maelström se réveille dans sa tête, et il retourne se cacher dans sa tanière parce qu’il ne « sait pas où il en est ». Aïe. Nœuds au cerveau. Constitués sans doute d’ex, de crise de la quarantaine et de la virilité post-moderne. Mais ne lui jetons pas la pierre ; toute personne qui se fait des nœuds au cerveau (il se peut que je m’en fasse plutôt pas mal) comprendra ce fonctionnement. DAMNED NŒUDS AU CERVEAU.

Le frustré de la life qui cherche une béquille. En couple depuis 15 ans, il se rend compte avec le temps qui passe que sa vie n’est pas si rigolote et qu’il n’est plus amoureux de sa meuf avec qui ses seuls projets sont ses plans de vacance. Mais le bougre est bien tranquille chez lui, dans son bel appart’, et n’aime pas du tout l’idée de se retrouver tout seul devant sa télé le soir venu. C’est là que vous intervenez. Après avoir tâté le terrain, il se rend compte que vous vous intéressez à lui, il commence à se confier à vous et vous fait comprendre que si vous êtes prête à sortir avec lui, banco qu’il quitte sa meuf. SANS TRANSITION. Oké. T’es pas obligée de dire oui. Surtout qu’il y a fort à parier que le gars se complaise dans ses propres problèmes et n’aie pas vraiment de temps à te consacrer, vu que le pauvre est en pleine rupture. Il va falloir que tu t’occupes de lui à plein temps, pas de temps pour tes petits problèmes à la con. Plaisir des débuts de la vie amoureuse. Outre que tu vas passer pour la salope locale. Enfin bon, ça peut pimenter ta vie sociale. Chacun ses goûts.

Le dilettante. Pas de hasard, si le gars est célib’ à 35 ans sans avoir vécu de relation sérieuse, c’est qu’il est plutôt du genre papillonnant. S’il est amoureux de toi, il va te promettre monts et merveilles de la vie de couple (enfants, principalement), sans jamais te donner de signes réels de ces amples développements discursifs ; l’engagement maximal dans son monde réel consistant en une semaine de vacances. Il a beau vouloir changer, il n’y arrive pas, le pauvre bougre, et pour cause, il déjeune recta tous les dimanche midis chez sa mère et pense que le psy c’est pas pour lui. D’ailleurs l’indépendance est une forme de santé mentale (personnellement j’ai tendance à parler d’atomisation de l’individu). Et encore, on décidera au dernier moment. A choisir si deux soirées par semaine te suffisent. N’en attends pas trop. Some men are islands.

Sur ce, vogue la galère. Bon courage. Il en faudra.

Remarquez que j’ai dit le « second » marché ; si je dois un jour passer au troisième, je ne réponds plus de rien.