Conversation piscicole

En terrasse, bien planqués, une soirée de printemps (quoique pas bien chaude non plus). Bon groupe de gens bien sympatoches (forcément, potes de mon amie C.) Bonne descente de vin blanc. Beaucoup de bonnitude dans l’ensemble. La conversation, qui avait commencé sur l’attrait de certains pour les relations sexuelles avec les animaux morts et la légalité éventuelle de tels penchants, se dirige on ne sait trop pourquoi sur les relations entre les deux sexes.

– Mais attends, toi t’es un mec gentil, explique-moi, pourquoi les nanas qui ouvrent leur gueule et réussissent leur vie, elles finissent trop souvent seules?

– Alors là tu vois, je vais t’expliquer une théorie, c’est celle du pêcheur. Donc tu vois le mec c’est un pêcheur. Il aime bien la pêche, mais il veut pas revenir la besace vide. Bon, il est devant son étang de pêche, il repère une anguille. Il a bien envie de l’attraper, parce qu’elle est intéressante et tout, mais elle lui glisse tout le temps entre les doigts. Alors bon, au bout d’un moment il en a marre, et il se rabat sur la truite, elle est juste là tranquille la truite, elle attend bien gentiment qu’on la prenne. Donc il revient quand même la besace pleine.

(Cette théorie a été déposée sous le copyright Jean Robert – ne cherchez pas).

– Ah ouais. Mais c’est un peu simpliste ton truc, parce que c’est juste « suis-moi j’te fuis », et puis la truite c’est quoi, genre le thon de service toujours dispo?

– Ne fais pas entrer le thon dans l’étang, je te parle sans critères physiques. Certaines anguilles sont très moyennes physiquement, mais elles frétillent vachement, donc t’as hyper envie de les attraper. Et puis ce n’est pas une théorie monolithique, on peut être à la fois une anguille et une truite, anguille pour l’un et truite pour l’autre.

– Et puis on peut se truitiser au contact d’un… faut qu’on trouve un concept pour les mecs.

– Alors, le mec gentil là, tout dispo, ce serait un cabillaud. Et l’autre…

– Un PIRANHA!!

– Attends là, t’es un peu dure, un piranha il bouffe les autres poissons quand même…

– Ouais, trop, c’est trop ça, un piranha!! Il saute sur tout ce qui bouge, et il laisse une traînée de cadavres dans son sillage.

– Donc, une anguille peut se truitiser au contact d’un piranha, et inversement.

– Ouais, parce qu’un piranha et une anguille, à mon avis ça peut pas marcher.

– Le mieux c’est le juste milieu: mi-truite mi-anguille, mi-figue mi-raisin, mi-pute mi-soumise. C’est ça qui vous plaît!

– Attends mais tu peux pas dire ça, mais les filles j’y crois pas vous êtes TROP anti-féministes!

– Mais bien sûr, cause toujours que vous n’en voulez pas, n’empêche que Jean-Pierre Léaud, dans La maman et la putain, il se tape les deux!

(NB Jean-Pierre Léaud, dommage que tu sois vieux. Je t’aime quand même.)

– Pas faux.

– Après, t’as aussi les sardines, à l’huile bien serrées dans une boîte de 12. Ça c’est les groupes de meufs en boîte.

– Et puis y a la pieuvre! Trop COLLANTE laisse tomber!

– Et en mec, c’est le poulpe.

– Beurk mais un POULPE vas-y, qui a ENVIE de supporter un poulpe.

– La plupart du temps, les pieuvres finissent avec les poulpes, et ça fait des couples trop relous. Mais y sont contents, y font de mal à personne.

– Y a aussi l’huître, tu vois c’est la petite jeune toute vierge effarouchée, tu regardes elle est toute fermée et tu te dis « mais y a peut-être une perle dedans », alors tu l’ouvres…

– Avec ton gros couteau (OUI j’ai l’esprit mal tourné, et alors?)

– Ouais, c’est ça, avec ton gros couteau, mais elle pourrit assez vite et puis y a pas de perle alors tu la laisses tomber.

– Le truc c’est que moi, je crois que je suis un peu truite, mais mon problème c’est que les seuls qui m’intéressent c’est les piranhas. Les cabillauds ça m’ennuie…mais ça m’ennuie…

– Ben il faut que tu t’intéresses à un jeune cabillaud, qui en a un peu sous le capot, tu pourras un peu le piranhaïser… Mais pas un jeune genre huître, tu vois, un cabillaud un peu évolué quand même.

– Ouais, il faut pas attendre trop longtemps non plus, sinon tu nages tu nages, et puis tout à coup t’es toute seule dans l’étang avec les algues. Faudrait pas que tu deviennes une vieille truite ou une vieille anguille toute seule… une morue, quoi.

– Et pour les mecs c’est la même chose! Ça fait un vieux cabillaud ou un vieux piranha tout seul, un hareng!

– Moi je dis quand même, les piranhas et les anguilles ils ont plus de chance de finir en hareng et en morue, non?

– Purée mais c’est dur comme verdict!

– Attends mais les piranhas ils nous brisent le cœur!

– Et les anguilles pareil, elles nous rejettent dans l’étang.

– Le pire, c’est qu’avec les piranhas on devient des truites, et avec les cabillauds on devient des anguilles. Et personne n’est content.

Je compte récupérer ma télé et m’abonner à Chasse et pêche pour régler ce problème.

De notre nouveau président

Ca y est, on a un tout brand new président, et on est bien contents ! Le ciel est rose, joie, trompettes, Noël dans les chaumières, ça faisait 10 ans que le PS était en embuscade, ça y est il a porté l’estocade.

En cette période de victoire de la gauche, de déferlement de moujiks le couteau entre les dents et d’optimisme (la crise va s’arrêter, les électeurs du FN comprendre que les étrangers sont en fait des bisounours , le peuple aura son dû, le soleil brillera toujours), une question se pose néanmoins. Question fondamentale, bien sûr, comme toutes celles que débusque ce blog : que savons-nous vraiment de François Hollande ? Ben moi, pas grand chose, car je passe mon temps à me cultiver sur des trucs inutiles genre l’histoire de la betterave et la sexualité des paramécies, et puis y a Balzac à relire. En outre je n’ai plus la télé sinon j’y passerai H24 à regarder Koh Lanta et autres conneries car je suis un pur esprit éloigné de ce média racoleur. Quelques éléments fondamentaux se détachent néanmoins.

D’abord, François Hollande a un nom de pays (enfin, de région techniquement parlant. Mais on s’en fout de la géographie, en fait). Et ça sonne moins franchouillard que De Gaulle. Espérons qu’il ne va pas sortir de Élysée en costume orange, sabots et patins à glace, une grosse brique de gouda sous le bras, en débitant des borborygmes incompréhensibles (oui j’ai beaucoup de préjugés sur nos amis hollandais, notamment au sujet de leur langue qui est vraiment un idiome peu élégant – qu’on me cite un grand écrivain hollandais, et je capitule). Donc François, ne deviens pas comme Dave s’il te plaît. Déjà que tu ne sais pas trop prononcer « ipad« , alors que ce mot est un peu fondamental vu qu’il va falloir nationaliser Apple vite fait pour enfin pouvoir jouir de nos gadgets branchés en toute bonne conscience.

Ensuite, François Hollande est de tendance monogame longue durée mais sans engagement contractuel, ça c’est bien. Surtout qu’en même temps ses meufs sont plutôt des grosses bonnasses des femmes au physique agréable. Et c’est pas des potiches. Là il met un gros pain dans la gueule de De Gaulle, qui avouons-le n’avait pas pour épouse la reine du tout-Paris. En plus sa première dame a eu le bon goût de garder le nom de son second mari, qui est Alsacien. Là je dis, bingo ! (L’Alsace est une région qui dépote, quoi qu’on en dise. C’est pas parce qu’on est plus bleu horizon que les Vosges qu’on n’a pas le droit de vivre!)

François Hollande est fort, très fort, sur le plan du régime, car non seulement il s’est délesté d’une vingtaine de kilos, mais en plus il a réussi à ne pas reprendre de poids, et ça c’est la classe. Toute personne s’étant affamée comme une misérable pour perdre à peine 500 grammes en 3 mois saluera à juste titre ce triomphe de la volonté.

Vestimentairement rien à signaler (c’est pas pour dire mais les mecs ont la partie facile avec le costard-cravate), seulement François Hollande ne met pas souvent de cravates rouges. Il met même souvent des cravates bleues. Pas fondamental, me direz-vous. Mais moi, je suis un taureau (bon ok, une vache) dans l’arène voyez-vous, il me faut un excitant, le bleu je trouve ça un peu genreux. (Oui, je kiffe Jean-Luc Mélenchon à cause de ses cravates rouges, oui je suis une fille superficielle qui assortit son rouge à lèvre à son vernis à ongles, et alors?)

Littérairement, hélas, y a un blème. Son œuvre préférée, aïe, tous aux abris, sortez les sels, asseyez-vous sur un canapé bien moelleux pour accuser le choc… c’est Germinal de Zola. Oulà. Oulàlà. Bon, c’est de gauche, ça parle de la difficulté du travail à la mine, Zola était un grand mec, on a tous lu les Rougon-Macquart quand on avait 18 ans (ah? vous non? que voulez-vous que je vous dise, hu hu hu – petit rire faussement modeste), mais après on s’est rendu compte que le style quand même c’était un peu important, et que Zola, comment dire…c’est légèrement lourd. Surtout qu’en face Nicolas Sarkozy avait dégainé le Voyage au bout de la nuit. Dur (mais ça ne veut pas dire que NS est un vrai fin littéraire, plutôt que sa future ex-femme lui fait de bonnes fiches). Le Voyage est une des œuvres les plus magnifiques du XXe. Enfin c’est mon avis, et d’ailleurs je m’en fous un peu que vous ne soyez pas d’accord, parce que faut pas pousser mémé dans les orties, le Voyage c’est de la boulasse interplanétaire. Bon, ça n’a pas empêché Sarko de se prendre une bonne raclée, mais enfin si le public avait compris la littérature ça se saurait (d’un ton supérieur).

François je n’ai qu’un conseil à te donner : pendant tout le temps libre que tu auras à Élysée, ouvre Le Rouge et le Noir (qui est une autre boulasse interplanétaire). Ta vie va changer. Et tu te mettras aux cravates rouges (qui sont du dernier chic).

Bref, un ou deux changements cosmétiques ne seraient pas inutiles. Mais tout ça n’est pas bien grave, accroche-toi à la barre et tiens le cap, que l’esprit des bisounours soit avec toi pour les 5 ans à venir !

Je précise pour les mauvais esprits éventuels (car il y en a) que la référence aux bisounours venant de ma personne n’est point du tout ironique. Je vis moi-même dans le monde des bisounours, et j’ai un ami bisounours en peluche pour me tenir compagnie les soirs de pleine lune (eh ouais) (m’en fous je vous emmerde).

TOUS EN ROSE!!

(à la hollandaise, hein, avec les tulipes!)