De la procrastination

Amis lecteurs, j’ai dernièrement un peu bitché sur mes potes les wannabe branchés (vous êtes chiants mais je vous aime) (ne me faites pas de mal, j’ai 3 enfants et je suis unijambiste), il n’est que justice que je me jette quelques bouses à la figure. L’autocongratulation, cette pusillanime faiblesse. Vive l’autocritique, le grand Mao et les procès de Moscou. Or donc, parlons d’un de mes plus terribles défauts, la procrastination.

Procrastination : grave maladie qui consiste à sans cesse remettre au lendemain ce qu’on devrait faire aujourd’hui.  Je dis grave, car je comptais gaiement entamer un gentil post léger sur ce que je prenais pour un charmant petit travers de ma personnalité (en mode : je fais genre je fais mon autocritique, mais en fait je démontre à quel point je suis adorable) (hi hi hi). Sur ce, en enquêtrice acharnée digne lectrice de Simenon, Léo Malet, Walter Mosley, Raymond Chandler, Dennis Lehane, Ed MacBain, Richard Price et moult autres auteurs de romans policiers de la boulasse du côté obscur (je vous les conseille tous et bien d’autres encore, hu hu hu) (retour du rire snob de l’étalage de culture à la marmelade), je me précipite sur wikipédia. Y a pas à chercher loin et la réponse est toujours au rendez-vous (en même temps c’est éthiquement répréhensible mais c’est pas comme si j’avais une éthique de ouf non plus) (oui je suis une raclure de chiottes, et alors ?) (laissez-les vivre !).

Et là, gros choc. La procrastination est apparemment un trouble profond qui fait de moi une malade totalement atteinte. I am en phase terminale.

En effet, « le « retardataire chronique », appelé procrastinateur, n’arrive pas à se « mettre au travail », surtout lorsque cela ne lui procure pas de satisfaction immédiate ». Wikipédia est à fond dans le jugement là, ou je rêve ? Ouais, la lonesome camionneuse veut une satisfaction immédiate, et alors ? C’est juste que je suis une charmante épicurienne en mode Cercle des poètes disparus (ah, le film le plus romantico-ringard de mon adolescence troublée totalement lunettes, serre-tête, bouquins et jupe sous le genou), vous savez, carpe diem ?

Mais non malheureuse, tu te trompes, ce n’est qu’un symptôme du trouble profond qui te ronge. « Être un « retardataire chronique » ne signifie pas ne rien faire. Au contraire, le sujet peut être pris d’une véritable frénésie d’activités (aller faire les courses, entamer un grand ménage de printemps, repeindre les volets, prendre des nouvelles de la grand-mère, faire de la maintenance informatique, etc.), tant que celles-ci ne possèdent aucun rapport avec la tâche problématique » Oui bon d’accord, je me reconnais légèrement dans ces pratiques frénétiques (même si je ne prends pas assez de nouvelles de la grand-mère) (je suis une très mauvaise petite-fille) (ni ne fais le ménage à une fréquence décente si on va par là) (ni ne repeins mes volets, et pour cause, je n’en ai point). Il est vrai que je me livre régulièrement à la fabrication frénétique de gâteaux goûtus, destinés à mes amis qui ne passent jamais me voir (bouh) (en même temps j’avoue, je ne les invite que subliminalement) (comme ça je peux m’enfiler les gâteaux en scred, en marmonnant que je n’ai pas d’amis), au rangement de mes peluches par ordre de taille ou d’âge ou d’espèce animale (le bisounours, à côté du lapin ? la souris et le rat peuvent-t-ils s’entendre, au fond ?), à l’ordonnancement de mes bouquins qui débordent de ma bibliothèque (hu hu hu, oui je lis beaucoup), ou à la danse frénétique sur Shakira (classique, grand classique), voire à la pratique de l’aérobic devant un DVD (coucou les voisins du dessous !). L’ultime frénésie, bien évidemment, c’est ce blog mirifique qui se nourrit de mes petites crises régulières… Oui, pauvre France, je suis bien une procrastinatrice de premier ordre. Mais comment se mettre à sa thèse, quand toutes ces activités sympathiques t’attendent sur le bord de la route ? On n’est pas de bois non plus ! (Papa, Maman, sachez que oui, ça me prend plus de temps que prévu mais JE VAIS LE FAIRE quand même !) (merci à toute ma famille et mes amis de supporter mes plaintes de thésarde à la manque) (une minute de silence pour eux, ils le méritent).

Et ne me dites pas, bande de petits canaillous, que vous n’êtes pas trop heureux de ma tendance naturelle à vous conter des âneries. Je sais bien que ça vous remonte le moral de savoir que quelque part la kéké en chef, autoproclamée lonesome camionneuse et reine de la hype, est plus imparfaite que Quasimodo et plus en retard que le Lapin blanc. La jalousie humaine est bien naturelle, mais voyez-vous, non je ne suis point parfaite. Hélas, hélas, sortez les hautbois et tout le tremblement. Chante, Muse, la procrastination de la lonesome camionneuse, fille du monster truck ; cette procrastination qui causa tant de maux à sa thèse, qui précipita dans les enfers les âmes généreuses d’une foule de héros et livra leurs corps à la proie des chiens et des vautours. (C’est l’Iliade, les gens. Respect éternel).

Non je n’exagère pas : poussée aux tréfonds, la procrastination vient s’installer dans les choses de la vie, et là ça commence à devenir bien piégeux. Quelques exemples malheureusement procrastinés : envoyer une lettre d’amour à Jean-Luc Mélenchon ; me mettre au jogging ; faire une psychanalyse avec Carl Jung (i.e. Michael Fassbender dans A dangerous method, oh oui !) ; prendre rendez-vous chez l’esthéticienne ; aller chez le coiffeur ; lire Kant. Eh ben, j’ai jamais pu. Résultat : t’es célib’, molle de la fesse, folle, poilue, le cheveu plus hirsute que la cro-magnonne et tu comprends rien à la métaphysique. Eh ouais. C’est la grosse loose internationale. Et quand ils se furent rencontrés, les piques et les forces des guerriers aux cuirasses d’airain se mêlèrent confusément, et les boucliers bombés se heurtèrent, et il s’éleva un bruit immense. On entendait les cris de joie et les lamentations de ceux qui tuaient ou mouraient, et la terre ruisselait de sang ; et tant qu’Éôs brilla et que le jour sacré monta, les traits frappèrent les hommes, et les hommes tombaient.

Nous voilà bien. Procrastination, regarde la lonesome camionneuse tomber.

Du langage écrit et de ses travers

Alors ouais, la lonesome camionneuse est prof dans le civil, et elle est un peu obsédée par les fautes d’orthographe et/ou de grammaire, mais aussi par les néologismes à la con, les mésusages et autres modes onomastiques de merde qui l’énervent au plus haut point. Bon OK, c’est une control freak du langage écrit. Mais attention, ne croyez pas qu’elle en soit fasciste du verbe pour autant, la correction de trop, toujours trop nombreuses copies d’étudiants l’a vaccinée contre ce travers (un nazi de la correction verbale y succomberait en effet instantanément) – surnagent dans ces immortels ouvrages plus de fautes en tout genre que de poux sur le caillou d’un cro-magnon. Cette surexposition aux fautes les plus grossières a rendu la lonesome camionneuse tolérante à l’exercice du style le plus exécrable dans la pratique personnelle des uns et des autres, tant que cela ne touche pas au domaine de l’imprimé. Ouais, ici on est très Troisième République, on respecte le livre et tous ses dérivés.

En vérité, ce qui rend folle la lonesome camionneuse, c’est la rencontre de ce type d’atrocités dans les ouvrages publiés, qu’ils s’agisse de magasines féminins (ouais, ok j’en lis encore plus souvent qu’à mon tour malgré ma détestation officielle) (ne croyez pas un mot de ce blog aussi farfelu que les fringues de Lady Gaga), de discours politiques (FH2012 btw tu m’as un peu endormie samedi, tu es très efficace contre l’insomnie) (mais je ne t’en veux pas, tu es un brave garçon) ou de journaux mainstream genre Le Monde et Libé (et non pas le Figaro, à droite toute certes, mais ils ont une tenue littéraire assez irréprochable – pour ce que j’en lis), voire de leurs atroces dérivés cultureux d’une prétention aussi peine-à-jouir que wannabe dans le coup (genre Next, vous avez déjà lu Next ? M’en suis pas remise ! Vous en parlerai peut-être un jour, mais m’en suis pas remise) (franchement, les wannabe branchés qui se la ramènent sans se rappeler que l’art c’est avant tout du kif m’énervent assez profondément) (je me rends compte avec effroi que cette affirmation est d’une prétention sans nom mais j’m’en fous, le monster truck me protège). Je ne parle pas des livres, car cela risquerait de nous emmener plus loin que les étoiles, entre les trous noirs où meurent les supernovas (oh allez, un peu de lyrisme ça ne fait de mal à personne !)

Bon, de quoi veux-je parler ? D’abord, il y a des confusions phonétiques qui me rendent hystérique, du genre : tache et tâche. Bon sang de bois de bachi-bouzouk de mille sabords (capitaine Haddock, ô ma lumière, toi tu kiffes les mots et c’est ça qui est bon), c’est pas COMPLIQUÉ merde, ça s’entend quand ça se prononce : tache, avec un a court, c’est le truc sale, la souillure, la flétrissure (oui, flétrissure infâme que ces confusions d’accent !) et tâche avec un a long, c’est le travail, tripalium, la torture, le truc le plus relou que l’humanité a inventé durant sa courte existence. Voilà. Revenez pas me faire chier avec ça. C’est quand même fou, pour une fois que ça s’écrit comme ça se prononce ! Vous en foutrai, moi, des réformes de l’orthographe, si les gens ne prononcent pas correctement la langue de Molière et de Rabbi Jacob ! (alors bon, là je veux pas me la péter mais à ce qu’il paraît je prononce cet auguste idiome avec la précision d’un coucou suisse, dixit un pote doctorant en linguistique qui m’a enregistrée pendant 2 heures – je maîtrise à donf la distinction entre ɛ̃ (hein) et œ̃ (un), eh ouais les gens, suite à un dressage de ouf en quittant mon Alsace natale, je suis plus calée qu’une Parisienne de souche) (ce post est bourré de parenthèses d’une prétention hallucinante, mais c’est pas grave je m’aime beaucoup aujourd’hui, on va pas faire semblant d’être modeste non plus).

Autre exemple d’une navrante régularité dans les magazines féminins : laisser « pauser » au lieu de « poser » (la crème de jour / l’après-shampoing / le masque aux algues / l’après-soleil / les huiles essentielles…) (c’est fou le nombre de trucs dont on peut s’enduire quand on est une fille) (triste destin). Pauser, c’est bien simple, ça veut dire « faire une pause en musique », et ça correspond à ça :Et pas à ça (le ridicule ne tue pas) :Que ce soit bien clair, entre vous et moi.

Alors voilà, là déjà vous en avez deux bons exemples qui me font sortir les yeux des orbites, les végétations du nez et les amygdales de la gorge. Voyez comme mon potentiel de rage est facilement excitable. Je suis une vraie cocotte-minute du vocabulaire. C’est tout à fait épuisant, mes chers (prononcé sur un ton de star désabusée).

Après viennent les modes verbales, mais purée ils vont arrêter de sortir tous les mêmes expressions toutes faites ? Là, tu comprends le sens de l’expression langue de bois. Et c’est pas parce qu’ils ont lu tout Zadig et Voltaire qu’ils sont plus performants. Anglicismes mal digérés (les miens le sont très bien, merci) (mes intestins ne s’en sont pas plaint en tout cas), amour des substantifs (alors que les verbes disent bien ce qu’il y a à dire), italianismes à la con (Monica B., bellissime, mincissime, cultissime et surtout connissime comme le journaliste qui ne sait ni le Français ni l’Italien). Le coup de « être en capacité » est, je crois, celui qui me crispe le plus. Quand je l’entends ou le lis, je deviens instantanément plus raide qu’une bûche de chêne. Mesdames, messieurs, qu’on se le dise, cette atroce expression se résume utilement sous le vocable facilement disponible de « pouvoir » (je peux, tu peux, il peut : beau verbe, quand on y pense). Eh ouais.  « Nous sommes en capacité d’améliorer la compétitivité des entreprises » : NON NON NON NON!! Remballe tes substantifs de merde ! (La compétitivité est un de mes autres chevaux de bataille, mais je ne vais pas les épuiser ils sont trop nombreux et ça m’énerve !!!)

La lonesome camionneuse est une grosse snob et se la pète grave. Elle est plus conservatrice qu’une vieille baderne de l’Académie française. Elle croit qu’elle sait ce que parler veut dire. Merci de la laisser nager toute seule dans son rêve bleu.