Les jours de lose: la lose caniculaire

J’avais trop une bonne idée de post, de raconter que c’est quoi une vraie Parisienne, avec des trucs de la Tour Eiffel que j’y vais jamais et des talons Louboutin et aussi de comme quoi en fait c’est vraiment des trucs de gros bobos ces histoires de Parisiens, mais n’empêche que ma grand mère elle me comprend plus parce que je parle trop vite et que j’ai pas l’accent alsacien, et puis Melle Bab m’a dit que c’était cliché, et alors j’ai vu que le #RoyalBaby sa mère était né (scandale car c’est MOI la vraie duchesse de Cambridge) (le jour où William découvrira son amour pour moi je vais devenir la Camilla du futur règne et moi aussi je raconterai mes histoires de tampon au téléphone avec mon royal amant) (quoi, vous ne lisez pas Paris Match ?). Du coup je me suis mise à lire des discours de Robespierre et Saint Just et j’ai plus trop grand’ chose à dire.

Mais quelle lose les enfants je vous jure, il fait vraiment trop chaud pour réfléchir, en plus par cette chaleur intense qui fait crever les vieux c’est pas facile de se mettre au taf’ et rien qu’à imaginer la chaleur dans le métro tu fais un malaise vagal. Du coup bim tu fais une petite sieste en te disant qu’après tu vas aller acquérir avec le creux de ton découvert abyssal un petit ventilateur de derrière les fagots mais surprise, comme tu as attendu la fin de l’après-midi pour aller chez castorama parce qu’il faisait trop chaud c’est la rupture de stock sauf le dernier modèle d’exposition de la colonne dyson de refroidissement à 350 boules et non, ça non. Ton banquier va faire une attaque basse et sans fondement sur ta santé mentale. Mieux vaut éviter.

Bébé_congelé

Donc plutôt que de retourner rôtir dans ton charmant studio PLEIN SUD sa mère le soleil mais casse-toi de mon immeuble, retourne faire de l’ombre, quel CON ce Diogène franchement vas-y le mec en plus il habitait en Grèce mais par 45° à l’ombre, mais ALLÔ tu restes pas au soleil, et buvez beaucoup les vieux hein ! attention (mais sinon pas grave, ça règle quelques soucis démographiques quand même) ; donc plutôt que de regagner tes brûlantes pénates tu traînes chez Monop’ où la clim est à fond (ASTUCE : calmée par ton rhume qui traîne depuis 10 jours, tu as pris avec toi un GILET alors qu’il fait 35° à l’ombre, et tu as bien fait car chez Monop’ il fait 18). Après avoir acquis des collants violets à résilles en super soldes donc faut profiter de l’occase après tout on sait jamais, ça reviendra peut-être un jour à la mode (heureusement Melle Bab, contactée par texto, t’a dissuadée d’acheter aussi la bouteille de henné rouge « ocazou » que je voudrais me refaire la toison capillaire). Tu finis au Carrouf’ avec tes légumes à moins de 1€ (tu penses à ton découvert, quand même), mais là ô rage ô désespoir pas de clim donc dans la queue qui est fort longue parce qu’il y a pas de caissières mais franchement sans déconner et en plus elles papotent mais elles ont pas que ça à foutre et en plus y a 15 touristes qui font la queue juste pour une petite bouteille d’eau, mais retournez dans vos pays de sous-développés (t’es un peu énervée). Donc, réduite à ton animalité primale, tu te colles désespérément au rayon surgelé ; si tu pouvais, tu te foutrais à poil dans le frigo mais un dernier reste de culture bourgeoise te retient et puis que dirait ta psy ? Trop fatigant à expliquer. Tu penses aux bébés dans les congélateurs, tu es saisie de compassion pour les mères et leur geste de pure bénévolence pour sauver leur enfant d’un sort si atroce que la touffeur ambiante. Ça va libérer des tueurs en série dans la nature, ça. Tu médites à la possibilité de zigouiller tous les salauds devant toi dans la queue. Faut se calmer. Tu saisis un paquet de purée surgelée pois fèves courgettes (très bonne purée, je vous la conseille) et tu te la plaques sur les seins. Ça va un peu mieux, même si la chaîne du froid a sans doute été interrompue.

Tu rentres, fourbue de ces 30 minutes de marche chargée de purée surgelée, et tu lis ton horoscope. Gémeaux: Amour : porté disparu.

Tu te maudis de lire des journaux satiriques. Tu maudis le Royal Baby, tu cites Saint-Just sur twitter, et tu réfléchis à un écrit philosophico-politique d’importance ; ce qui donne ça. Bref, c’est la lose. Heureusement qu’y avait L’amour est dans le pré (et pas en ville apparemment) (la revanche des campagnes, on l’attendait, elle est arrivée), une émission qui vous donne des ailes et nous rappelle que la terre, elle, ne ment pas (salauds de mecs, saloperie d’horoscope !)

Et là, il est minuit, enfin la température est correcte, et t’écris un petit post tout pourri avant de te traîner jusqu’à ton lit de souffrance où tu cuiras, telle une crevette privée d’oxygène, durant la nuit de pleine lune. Encore une belle journée prolifique.

Bonne nuit les petits.

Du point-virgule ; allegro ma non troppo

En ce jour de solstice d’été, où la clarté est longue mais la grisaille tenace, il n’est point temps de bouder la fête de la musique, car il parait que le snobisme consiste à mépriser cette digne manifestation populaire venue tout droit du cœur de Jack Lang, l’homme à la touffe bien fournie (il s’agit de cheveux, bien entendu). Or de snobisme il ne saurait être question ici: branchée oui, snob non, la Lonesome emmerdeuse promène sur les choses et les êtres son regard blasé mais bienveillant (maternaliste en somme) (braves petits). C’est pourquoi nous nous intéresserons aujourd’hui à un thème populaire et vernaculaire, point snob pour un sou, et qui passionne l’homme de la rue : le point-virgule, donc.

Cet élément de ponctuation, en effet, nous semble assez quintessentiel du monde merveilleux de l’Emmerdeuse, de l’été et de la musique. Outre qu’il orne abondamment de sa fière silhouette les immortels écrits de Balzac et Stendhal, que la Lyre les ait en sa sainte garde, il résume agréablement un certain nombre de positivités de notre existence postmoderne ; car ce n’est pas ici pour faire le vieux birbe, tels ces Académiciens verdâtres qui passent leur temps à pontifier sur le bon usage de la ponctuation, que la Lonesome prend la parole, mais pour célébrer de chantants lendemains aux doigts de rose. Le point-virgule se suffit à lui-même: il est un manifeste à lui tout seul.

point-virgule

Manifestons.

Le point-virgule, trait d’union. Union entre le point et la virgule, le jour et la nuit, l’hiver et l’été, la fin et le début, le stop et l’encore, le passé et le futur, le point-virgule nous dit que tout est peut-être fini, mais qu’il y a un après si nous avons le courage de regarder derrière. Sur le point-virgule, l’œil peut se reposer, la pensée vagabonder avant de plonger dans la suite. Le point de fuite et le point de bascule, le point d’équilibre. Il ne court après rien, il nous laisse courir, ou faire une halte. Entre deux mondes ou entre deux phrases, il faut s’embarquer.

Le point-virgule, fashion. Bien évidemment, le point-virgule nous rappelle l’élégance à la française, ce souffle épique qui nous aime depuis le Moyen-Âge quand Paris devint l’arbitre de la mode et des tailleurs bien coupés. Parce que le point-virgule est une belle silhouette élancée mais sobre où alternent pleins et déliés, tels des drapés flottant au vent. Une vraie silhouette Chanel. Le point-virgule nous rappelle utilement ce principe de chic absolu: ne JAMAIS photocopier le bas et le haut. De la même manière qu’une bouche ET des yeux maquillés comme des monster trucks volés ne s’accordent pas, il est interdit de se composer en double point dans la tenue.

Le point-virgule, respiration. Le silence, le rythme, la tension. Sans eux, pas de musique, pas de texte. Arrêter pour mieux reprendre. Nu descendant l’escalier, Duchamp, 1913.

nu descendant l'escalier

Le point-virgule, hybridation. Tel un symbole du métissage post-moderne et du creuset des nations, le point-virgule est l’union de deux signes contraires: la virgule, qui unit, et le point, qui sépare. Mais, ô surprise, il n’en fonctionne pas moins bien pour autant. Comme dans ce livre d’enfants qui raconte l’amitié de Petit Bleu et Petit Jaune, qui s’aiment tellement fort qu’ils s’embrassent et deviennent Petit Vert (un ouvrage que tous les parents, parrains et marraines devraient enfoncer à coups de pioche dans la tête de leurs marmots) (très beau et Touche pas à mon pote) (je vous raconte pas la suite, c’est poignant) (retiré des bibliothèques municipales par le FN quand même). Bref, le point-virgule affirme qu’un couscous-lardons, c’est possible.

Petit bleu et petit jaune

Le point-virgule, abolition. Oui, le point-virgule est précisément un aboli bibelot d’inanité sonore. Il ne s’entend pas, il ne sert à rien, mais il abolit la distance par l’absence. Bref, le point-virgule est poétique, le point-virgule est esthétique, le point-virgule est kinesthétique, le point-virgule est dynamique. Il faut bien entendu savoir le doser, car s’il n’est point question d’abolir cette abolition, il ne faut bien entendu point en abuser. De la mesure en toute chose, telle est notre devise.

Vous croyez peut-être que l’auteur allait truffer ce post de points-virgules en veux-tu en voilà? Grossière erreur: en rebattant les ponctuations les plus éculées, nous donnons toute sa valeur à la rareté de l’épiphanie point-virgulesque. Une indigestion est si vite arrivée.

Le point-virgule ; l’art difficile de la balance, de l’élégance, de la décence et de la fulgurance. Groupons-nous et demain, le point-virgule sera le genre humain. Sous son drapeau, chantons la beauté du monde.

Le point-virgule, cette boulasse intergalactique.

Merci au Prince de l’Espagnol, qui connaît la valeur d’un point-virgule.