Du langage écrit et de ses travers

Alors ouais, la lonesome camionneuse est prof dans le civil, et elle est un peu obsédée par les fautes d’orthographe et/ou de grammaire, mais aussi par les néologismes à la con, les mésusages et autres modes onomastiques de merde qui l’énervent au plus haut point. Bon OK, c’est une control freak du langage écrit. Mais attention, ne croyez pas qu’elle en soit fasciste du verbe pour autant, la correction de trop, toujours trop nombreuses copies d’étudiants l’a vaccinée contre ce travers (un nazi de la correction verbale y succomberait en effet instantanément) – surnagent dans ces immortels ouvrages plus de fautes en tout genre que de poux sur le caillou d’un cro-magnon. Cette surexposition aux fautes les plus grossières a rendu la lonesome camionneuse tolérante à l’exercice du style le plus exécrable dans la pratique personnelle des uns et des autres, tant que cela ne touche pas au domaine de l’imprimé. Ouais, ici on est très Troisième République, on respecte le livre et tous ses dérivés.

En vérité, ce qui rend folle la lonesome camionneuse, c’est la rencontre de ce type d’atrocités dans les ouvrages publiés, qu’ils s’agisse de magasines féminins (ouais, ok j’en lis encore plus souvent qu’à mon tour malgré ma détestation officielle) (ne croyez pas un mot de ce blog aussi farfelu que les fringues de Lady Gaga), de discours politiques (FH2012 btw tu m’as un peu endormie samedi, tu es très efficace contre l’insomnie) (mais je ne t’en veux pas, tu es un brave garçon) ou de journaux mainstream genre Le Monde et Libé (et non pas le Figaro, à droite toute certes, mais ils ont une tenue littéraire assez irréprochable – pour ce que j’en lis), voire de leurs atroces dérivés cultureux d’une prétention aussi peine-à-jouir que wannabe dans le coup (genre Next, vous avez déjà lu Next ? M’en suis pas remise ! Vous en parlerai peut-être un jour, mais m’en suis pas remise) (franchement, les wannabe branchés qui se la ramènent sans se rappeler que l’art c’est avant tout du kif m’énervent assez profondément) (je me rends compte avec effroi que cette affirmation est d’une prétention sans nom mais j’m’en fous, le monster truck me protège). Je ne parle pas des livres, car cela risquerait de nous emmener plus loin que les étoiles, entre les trous noirs où meurent les supernovas (oh allez, un peu de lyrisme ça ne fait de mal à personne !)

Bon, de quoi veux-je parler ? D’abord, il y a des confusions phonétiques qui me rendent hystérique, du genre : tache et tâche. Bon sang de bois de bachi-bouzouk de mille sabords (capitaine Haddock, ô ma lumière, toi tu kiffes les mots et c’est ça qui est bon), c’est pas COMPLIQUÉ merde, ça s’entend quand ça se prononce : tache, avec un a court, c’est le truc sale, la souillure, la flétrissure (oui, flétrissure infâme que ces confusions d’accent !) et tâche avec un a long, c’est le travail, tripalium, la torture, le truc le plus relou que l’humanité a inventé durant sa courte existence. Voilà. Revenez pas me faire chier avec ça. C’est quand même fou, pour une fois que ça s’écrit comme ça se prononce ! Vous en foutrai, moi, des réformes de l’orthographe, si les gens ne prononcent pas correctement la langue de Molière et de Rabbi Jacob ! (alors bon, là je veux pas me la péter mais à ce qu’il paraît je prononce cet auguste idiome avec la précision d’un coucou suisse, dixit un pote doctorant en linguistique qui m’a enregistrée pendant 2 heures – je maîtrise à donf la distinction entre ɛ̃ (hein) et œ̃ (un), eh ouais les gens, suite à un dressage de ouf en quittant mon Alsace natale, je suis plus calée qu’une Parisienne de souche) (ce post est bourré de parenthèses d’une prétention hallucinante, mais c’est pas grave je m’aime beaucoup aujourd’hui, on va pas faire semblant d’être modeste non plus).

Autre exemple d’une navrante régularité dans les magazines féminins : laisser « pauser » au lieu de « poser » (la crème de jour / l’après-shampoing / le masque aux algues / l’après-soleil / les huiles essentielles…) (c’est fou le nombre de trucs dont on peut s’enduire quand on est une fille) (triste destin). Pauser, c’est bien simple, ça veut dire « faire une pause en musique », et ça correspond à ça :Et pas à ça (le ridicule ne tue pas) :Que ce soit bien clair, entre vous et moi.

Alors voilà, là déjà vous en avez deux bons exemples qui me font sortir les yeux des orbites, les végétations du nez et les amygdales de la gorge. Voyez comme mon potentiel de rage est facilement excitable. Je suis une vraie cocotte-minute du vocabulaire. C’est tout à fait épuisant, mes chers (prononcé sur un ton de star désabusée).

Après viennent les modes verbales, mais purée ils vont arrêter de sortir tous les mêmes expressions toutes faites ? Là, tu comprends le sens de l’expression langue de bois. Et c’est pas parce qu’ils ont lu tout Zadig et Voltaire qu’ils sont plus performants. Anglicismes mal digérés (les miens le sont très bien, merci) (mes intestins ne s’en sont pas plaint en tout cas), amour des substantifs (alors que les verbes disent bien ce qu’il y a à dire), italianismes à la con (Monica B., bellissime, mincissime, cultissime et surtout connissime comme le journaliste qui ne sait ni le Français ni l’Italien). Le coup de « être en capacité » est, je crois, celui qui me crispe le plus. Quand je l’entends ou le lis, je deviens instantanément plus raide qu’une bûche de chêne. Mesdames, messieurs, qu’on se le dise, cette atroce expression se résume utilement sous le vocable facilement disponible de « pouvoir » (je peux, tu peux, il peut : beau verbe, quand on y pense). Eh ouais.  « Nous sommes en capacité d’améliorer la compétitivité des entreprises » : NON NON NON NON!! Remballe tes substantifs de merde ! (La compétitivité est un de mes autres chevaux de bataille, mais je ne vais pas les épuiser ils sont trop nombreux et ça m’énerve !!!)

La lonesome camionneuse est une grosse snob et se la pète grave. Elle est plus conservatrice qu’une vieille baderne de l’Académie française. Elle croit qu’elle sait ce que parler veut dire. Merci de la laisser nager toute seule dans son rêve bleu.

Du 14 juillet

C’est la fête nationale où 65 millions de Français et des poussières (si je ne m’abuse) se désespèrent du mauvais temps (y a même un concert de Johnny annulé ! Rendez-vous compte !) (ah, il fait beau dans le Sud ? Mais on vous emmerde profitez-en, les gens du Sud !) qui nous gâche ce beau jour férié samedi de la parade de l’armée qu’elle est pas tankée comme une pétasse, dites donc, parce qu’on a quand même la glorieuse Légion étrangère et ses délinquants en tous genres et en goguette prêts à reconvertir leur talent au service de la grande France et puis ½ porte-avion, eh les gars ! Bon après, la Nation en armes, la défense de l’égalité et de la liberté, tout ça, c’est pas trop l’top faut dire (Afghanistan, gros succès ; Lybie, gros succès) mais on va pas rentrer dans les détails, on va s’engueuler. Cela dit j’ai pas dans l’idée que la fête de la Fédération de 1790 c’était un truc du genre moulin de Valmy ni chasse aux nobles (y avait même LOUIS XVI les gars !) (la prise de la Bastille, pfouh, rien à cirer). Mais bon, j’ai sans doute des problèmes émotionnels beyond pacifism (en plus du pacifisme), comme dirait notre ami Walter Sobchak (si vous n’avez jamais vu The Big Lebowski, les amis, je suis triste, bien triste pour vous) (en même temps quelle chance, vous allez vous taper une bonne tranche de rire !) (regardez plutôt ça que la télé, parce qu’après, tour de France tout l’après-midi ! Mais YOUPI quoi !) Moi j’crois que nos soldats, en plus, ils préfèreraient qu’on arrête de leur demander de tout faire en leur coupant les crédits, parce que bon, à la fac et à l’école on est dans la merde, mais alors eux c’est vraiment la loose financière intergalactique. Donc bon plan, de les faire défiler en uniformes rutilants alors qu’ils n’ont plus de casernes.

C’est la fête nationale, lendemain de bal des pompiers soirée de meufs arrosée parce que le bal des pompiers pas moyen il pleuvait trop, non mais ! Tout cela pour faire le triste constat qu’en 20 années d’existence (on va rester sur 20, une jeune fille ne dit pas son âge, hi hi hi) je n’ai JAMAIS RÉUSSI à assister à UN SEUL bal des pompier. Foin de casernes non plus sur ce front-là. Triste constat. J’ai passé trop de vacances non-nationales au pays où coulent le lait et le miel (j’ai nommé l’Italie) (ce pays me fait plus vibrer qu’un ventilateur en furie) (dont nous n’avons malheureusement pas besoin vu la température sibérienne qui règne à Paris). Je ne suis pas trop une bonne Française, donc. Mais ça ne me turlupine pas des masses non plus, faut dire (j’ai déjà suffisamment de sujets de mauvaise conscience, de ma thèse au catalogue de la Redoute, pour charger la barque encore plus, non mais).

C’est la fête nationale donc et j’ai le cerveau en pelote. Mais comme j’ai des amis géniaux, j’ai un couvre-chef de circonstance pour le garder au chaud, que j’ai agrémenté d’ornements à ma façon. Ok j’avoue, le message de base est peut-être un peu brouillé, mais que diable, le diadème c’est quand même important quand on a la tête comme une citrouille ! Le bonnet phrygien se porte rutilant cette saison, demandez à Jean-Paul Gaultier!

Sur ce, je vais me faire une tisane et comme on chante de l’autre côté des Alpes Avanti o popolo, alla riscossa, Bandiera rossa trionferà (En avant, peuple, à la révolte, le drapeau rouge triomphera). Moi ce sera pas pour aujourd’hui, hein, mais ne vous privez pas pour autant !