Du soleil et du porno

C’est dimanche et il fait l’été au printemps, mais enfin, enfin !!! du soleil. Comme toute bonne Parisienne qui se respecte, dès que le glorieux astre du jour prend son envol derrière ses chevaux ailés, la Lonesome Camionneuse enfile une robe légère et va poser son auguste (mais néanmoins charmant) séant sur le gazon d’un square minuscule et bondé. Armée de fine littérature, une suave musique se déversant de son casque (are you THEEEEEEEEEEERE, Eugene ?) (on retourne d’ailleurs la question à l’émir du Q.), embaumant l’écran total, le chef orné d’un chapeau de paille, des lunettes supersoniques sur le nez (oui, la Lonesome Camionneuse est une vampire) (en même temps c’est pas comme si le soleil ne donnait pas de cancer de la peau, HEIN), qu’il est bon l’après-midi au soleil en abaissant son regard méprisant sur les touristes qui sortent du Sacré-Cœur (bande de chiens, vais vous emmener au Mur des Fédérés moi) et sur la troupes de scouts (mais que font-ils en milieu urbain ?) qui éructent péniblement des chants d’inspiration affreusement catholiques (là, c’est le moment où il faut véritablement s’interroger sur deux concepts géographiques (comme quoi les crayons de couleur servent aussi à quelque chose) : quelle est la pertinence profonde de la densité, doublée d’une démographie galopante ? Autrement dit : comment diantre est-il POSSIBLE de concentrer autant de gamins hurlants dans un parc parisien ? POURQUOI les gens font-ils des enfants ? DE QUEL DROIT les laisse-t-on entrer dans Paris ?) (nan mais ALLÔ quoi : « oh c’est quoi ? » « une fourmi mon chéri, tu sais c’est la nature aussi ») (sale gosse qui ne connaît rien à la vie, vais te montrer ce que c’est qu’une bouse de vache, moi, vais te perdre dans les forêts des Vosges ouais) (petits sagouins mal élevés en plus) (NON LA LONESOME CAMIONNEUSE N’EST PAS UNE BÊTE CURIEUSE ET SES BALLERINES ROSES POUDRE NE SONT PAS DES PROJECTILES).

Hmmmm y a du level sur la pelouse...

Hmmmm y a du level sur la pelouse…

Sur ce.

D’où, chers lecteurs avisés qui avez repéré l’hypallage du titre, surgit donc le porno, dans une ambiance dominicale et bon enfant  (qu’on les passe tous par le fil de l’épée)? D’abord, croyez bien que tous ces chiards aux cordes vocales puissantes ne sont pas sortis de la cuisse de Jupiter. Ensuite, comprenez que la vue de quelques nonnes et moinillons qui se baladent dans le parc de la Turlure (Turlutte pour les intimes) excite les pensées salaces ; car la nonne-pute est non seulement un personnage phare de l’excellente série des Méta-barons (la Lonesome Camionneuse aime bien So foot et les bédés), mais aussi une figure tutélaire du bon vieux porno des familles (ah le bon vieux temps des nonnes et des girls next door à la touffe abondante et accueillante).

Précisons avant toute chose que l’auteur de ces lignes, malgré son patronyme aguicheur et la solitude des longues nuits d’hiver dans la cabine du Monster truck, n’a jamais pu regarder un film porno. Et ce n’est pas faute d’avoir essayé. Trop choquant. Eh bien quoi, il faut croire que le surmoi bourgeois n’est pas un mythe. Ce post sera donc particulièrement mal informé.

Suite à une enquête poussée, quelques faits surnagent néanmoins. D’abord, tous les hommes regardent des pornos (sauf ton père et ton grand-père évidemment). Ce qui n’est pas bien grave, parce qu’apparemment le cerveau fécond de la gente masculine est extrêmement habile à la dissociation, et ce n’est pas parce qu’ils s’excitent en voyant des Asiates ultra-épilées sur un écran que vous n’êtes pas le grand amour de leur vie et une source inépuisable de stimulation sexuelle. Or so they say. Il paraît évident que ce mensonge éhonté maintient la paix des familles, donc let’s pretend, et non pas du tout coucher avec deux filles c’est un fantasme ma chérie, tu comprends bien la différence entre un fantasme et la réalité ? (En plus ils nous prennent pour des connes, mais opinons gentiment, le mâle est après tout génétiquement programmé pour faire mumuse le plus possible et répandre sa virile semence partout alentour : autant que ce soit dans des mouchoirs en papier, ça fait moins de ménage que l’adultère). Offrez-lui plein de pornos lesbiens (enfin, pseudo-lesbiens les mecs, parce que je vous rassure VOUS N’Y ÊTES PAS DU TOUT mouahahaha) et bam bim boum tout le monde est content derrière ses paravents ses écrans ses faux-semblants.

Ensuite, tous les adolescents n’ont pas passé des soirées entre potes avec trois paquets de mouchoirs devant Canal le samedi soir. Pas tous, mais un certain nombre (voire un nombre certain). Laissons-leur néanmoins le bénéfice du doute s’ils nient, ils ont leur dignité, eux aussi. Ils ont été des caniches, certes, mais n’est-ce pas le propre de l’humaine condition ?

pornposter

Enfin, maintenant, avec youporn, ça y est, c’est même branché de mater du porno. Et gratos. Hélas, malgré l’appétence de la Lonesome Camionneuse pour les bonnes affaires, rien n’y fait. Même les aimables mails de ses amis inquiets de son conservatisme forcené l’informant de l’existence de la poutre de Bamako n’y ont rien fait. Et pour tout dire, ça va, ça ne la dérange pas trop. Mais par contre, ça explique qu’elle n’ait aucune opinion sur un sujet hautement débattu, celui du porno pour les femmes. Rien. Pas le début d’un avis. Ce qui est assez rare pour être noté. Par contre les mémoires de Tera Patrick sont une lecture intéressante (voilà du temps bien employé lorsque la LC traînait ses bottes de motarde à New York) et font réfléchir à la réussite à la force du poignet : encore une illusion néo-libérale, celle qui fait croire que non, tout le monde ne réussira pas, mais que n’importe qui peut réussir.

Un coup de poutre jamais n’abolira le hasard.

(C’est fou comme Mallarmé est utile pour finir en queue de poisson) (une queue non plus, d’ailleurs, jamais…) (oui bon, stop).

Du vernis à ongles

Chose promise, chose due : parlons de vernis à ongle, entre deux matchs PSG-Barça, qui sont quand même les événements les plus réconfortants de ces temps troublés.

Rien ne va plus. Les hommes politiques sont corrompus et mentent avec aplomb (ah bon ? c’est nouveau ça !), le printemps n’arrive pas, l’OM a battu Bordeaux, y aura pas Koh-Lanta à la télé et la frange est à la mode. Heureusement, on peut se repaître de Ryan Gosling, Bradley Cooper, Channing Tatum et Jude Law dans les salles obscures (la Lonesome Camionneuse aime bien ces films où t’en as pour ton argent) – ainsi que des beaux gosses de Game of Thrones (merci au passage à Melle Babouchka qui est un être de lumière bien qu’elle supporte le Barça, et qui hormis la Russie a dévoilé à LC les secrets du streaming, ça fait 3 jours qu’elle ne décolle pas de l’écran) (mais le streaming c’est mal, ça enrichit les mafias qui font du trafic d’organes) (rien à foutre car selon un sondage à la pointe de la métaphysique, la Lonesome Camionneuse serait une Lannister) (ce qui explique beaucoup de choses).

Tyrion Lannister

Mais hauts les cœurs! rassurons-nous, selon les magazines féminins toute cette morosité n’est que vue de l’esprit : car, pour être une femme épanouie, rappelons-le, il faut un beau sac à main, des chaussures, un appart’ et un mec. Penser, mais pensez-vous ! Inutile, à tous point de vue.

Et pour être heureuse, mes pauvres filles, c’est pas compliqué : il faut prendre des « bonnes résolutions », sinon tu finis « célibataire au bord de la crise de nerf » (eh ouais). Pour devenir femme, il faut 1. se maquer (comme les sardines au fond de leur boîte, on se tient bien rangés cachés dans un bel uniforme blanc) et 2. enfanter (la MÈRE, cet archétype de la féminité). Quand on t’appelle pour te dire que « bien sûr je n’ai pas précisé sur l’invitation, mais je te compte deux personnes », tu te sens GÊNÉE de répondre « non non, moi toute seule ».  Eh ben merde. Les sardines sont partout, même chez les gays. Y a plus de saisons.

En attendant, que faire ? Assortir ton vernis à ongles à ton rouge à lèvres. Et c’est pour ça que le vernis à ongles est si important : le vernis à ongles montre que tu prends soin de toi, que tu es une femme de pouvoir et d’esthétique (mouahahaha), que tu irradies la confiance en toi telle un mandarin du XVIIème siècle – les mecs qui se laissaient pousser les ongles pour montrer qu’ils n’en branlaient pas une.

Dès lors, les dilemmes ongulaires s’installent :

1. Manucure hors de prix (t’es pauvre, t’as pas réussi, t’as pas d’argent à dépenser pour ta manucure hebdomadaire) (mais où sont tes comptes en Suisse ?) ou pose maison ? Voire réquisition de tes amies pour une pose autour de la lecture de l’horoscope (solution la plus agréable à tous points de vue, mais qui heurte vaguement quelques un de tes principes féministes et politiques qui voudraient que toute soirée entre amis soit mixtes et dédiée à des discussions sur l’avenir de l’humanité) (mouahahaha) (rassurez-vous, cette minute de mea culpa était toute rhétorique, jamais la Lonesome Camionneuse ne recule devant une soirée copines-vernis à ongles-horoscope). Parce que je peux vous dire que c’est plutôt coton de s’étaler du vernis de couleur sur une surface aussi petite que tes ongles, surtout quand tu dois le faire de la main gauche sur la main droite (ou de la droite sur la gauche pour les gauchères, vous saisissez le concept) (ambidextres, voici le moment de votre victoire). Inutile de dire que tu vas passer un bon moment armée d’un coton tige imbibé de dissolvant pour corriger toutes les taches qui ont inélégamment débordé lors de la pose (la Lonesome Camionneuse est maladroite, c’est là son moindre défaut).

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2. Combien de couches de vernis ? La tradition est de cinq : une de base, trois de couleurs, une de top. AHA, chers hommes, là vous commencez à flipper ! Croyez-vous que la féminité soit chose évidente ? La carotte géologique du vernis à ongles c’est pas de la petite bière (et je ne vous parle même pas d’épilation). Sachant qu’il faut attendre 20 minutes entre chaque couche pour être sûre que la chose tienne, il faut avoir au moins Top Chef, Harry Potter ou Shoah devant toi pour procéder à l’opération (selon ton humeur). Et comme dans cet intervalle de 5 x 20 minutes tu ne peux rien toucher, le dilemme suivant est bien évidemment d’ordre physiologique… mais je n’en dirai pas plus. Chers hommes (merci à vous de daigner me lire) (le dialogue inter-genres est en marche), je vous épargne enfin la question de l’huile pour cuticule, des bâtonnets de buis, du vernis gel et de la french manucure. Sachez nonobstant que l’opération est plutôt technique, et qu’il est donc de bon ton de féliciter la fille manucurée comme un bon toutou, comme quand elle fait un bon petit plat, ou le ménage.

3. Quelle couleur, le vernis ? Assorti au rouge à lèvre, je veux bien, mais assorti, ça n’est pas non plus si simple : monochromie, bichromie, opposition frontale, complémentarité ? Plutôt Kandinski, Malevitch, Vermeer ? Un jaune très Simon Vouet ? Dans l’éventualité d’un Grand Match du PSG à venir, une alternance rouge/bleu foncé est ultimement pertinente (mais attention ! faire mine de rien, n’oubliez pas : un supporter de foot n’est pas une FEMME, c’est un supporter avant tout) (si vous choisissez l’option ongles peints, va falloir lâcher une bonne bordée d’enculés ou de ses variantes durant le match) (mais attention : grossière mais jamais vulgaire).

Un choix de vernis à ongles jamais n’abolira le hasard.

Forte de cette conviction, la Lonesome Camionneuse a décidé de se ronger les ongles jusqu’à nouvel ordre : acte politique et philosophique s’il en est. Le suspense du match retour face au Barça est trop intense de toute façon.