Considérations inactuelles sur les lunettes

Parfois il faut se rendre à l’évidence : je bigle. Vous me direz que je dois bien m’en rendre compte quand j’enlève mes lentilles tous les soirs : certes, j’ai bien conscience que voir net dans un espace compris entre 5 et 15 centimètres seulement de mon nez n’est pas des plus pratiques. Néanmoins, on oublie facilement ce disgracieux instrument de souffrance esthétique, étant donné qu’il séjourne sur notre nez, et reconnaissons qu’il est peu de moments dans la journée où l’on a pleinement conscience de son nez.

On me rétorquera que les lunettes donnent l’air intelligent. Je répondrai d’abord que merci les persécutions dans la cour de récré parce que t’as l’air d’une polarde (je n’ai subi absolument aucune persécution dans la cour de récréation mais j’aime à me construire une image de martyre, sinon les gens seraient vraiment trop jaloux). Je rétorquerai ensuite qu’ « avoir l’air » on s’en bat bien la race, et que personnellement je me flatte de l’être sans lunettes tout autant qu’avec, d’autant plus que quand tu es fortement myope l’effet loupe créé par les verres réduit tes yeux à la taille de deux têtes d’épingles, ce qui n’est pas évident pour pécho – tout le monde sait que les hommes regardent essentiellement les femmes dans les yeux, que j’ai fort jolis d’ailleurs (et c’est pas pour me vanter).

l-20130929175147

Chien à lunettes qu’il me semblait pertinent de poster ici.

Comme me l’a dit samedi dernier dans un bar un homme fort éméché: « toi avec les culs de bouteille que tu te paies tu dois pas voir grand chose » – ce qui confirme mon intuition que pour les soirées drague il vaut mieux éviter d’arborer ces disgracieux appendices et se rabattre sur les lentilles. Ça tombe bien, c’était pas une soirée drague, mais ce brave garçon s’est senti obligé de me tenir au courant que j’avais aucune chance de scorer ce soir-là, c’est vraiment sympa de sa part d’autant que je ne le connaissais ni d’Adam ni d’Ève.

Il est vrai que les lunettes, aussi hideux que soit en général cet accessoire (car ne nous voilons pas la face : les lunettes c’est laid), peuvent permettre de mettre le monde à part, dans une brume cotonneuse, ce qui peut être pratique en certaines occasions. Au hasard (vraiment tout à fait, j’ai tiré au sort), prenons l’exemple des relations sexuelles. Enlever ses lunettes d’un geste gracieux et pudique permet de laisser penser à la personne interagissante que vous voulez vous montrer sous votre meilleur jour, que vous la laissez un tant soit peu entrer dans votre intimité, enfin bref tout un tas de trucs super vulnérables, alors que quoi de plus pratique en réalité quand, pour une raison x ou y (trop bourrée, amoureuse d’un autre, besoin de récapituler intérieurement tes courses de la semaine) tu éprouves le besoin de ne voir l’autre que dans un flou bienfaisant ? À nous les myopes les séances de baise avec Michael Fassbender, Joshua Jackson, Patrick Swayze (oui je suis vintage) voire Vin Diesel (chacun ses préférences, je ne juge pas) ! Pratique quand tu as envie d’échapper à Marine Le Pen ou à Manu Macron sur ton écran télé (le problème c’est quand ils crient).

L’effeuillage de lunettes : la solution la plus simple pour se voiler la face. Merci, sort apparemment cruel, de m’avoir doté de la vue d’une taupe anémique. Bon, je me suis pris un lampadaire dans la figure quelque fois, mais ce n’est finalement qu’un léger inconvénient pour s’éviter de mater la laideur du monde.

alorsquoidefun-fr-regime-robert-avant-apres-deux-semaines-perdu-lunettes

Relooking de l’extrême

Sur ce je viens de réaliser que ceci est le troisième post que je rédige sur la question de la myopie et des lunettes, et que je suis donc d’une prévisibilité et d’une absence d’originalité qui frisent la pulsion suicidaire bloguesque, puisque je sais bien, chers lecteurs, que vous venez chercher ici du frisson et de l’aventure et non pas d’inépuisables arguties sur mes binocles. C’est pas non plus comme si elle se bousculait au portillon, l’aventure ! Tout cela s’explique hélas facilement par la générosité de notre belle sécurité sociale, qui me rembourse royalement 2 euros par verre tous les deux ans, ce qui me pousse à la consommation frénétique de montures de lunettes et, suite à ma frustration (car c’est fort laid, une paire de lunettes), à rentrer chez moi et rédiger fébrilement un brame de frustration face à mon handicap.

Donc voilà, aujourd’hui je suis allée acheter des lunettes. Circulez y a rien à voir.

Du chewing-gum

Alors que Donald s’apprête à faire sauter la planète grâce aux rayons maléfiques émis par son toupet, ce blogue s’attaque à un sujet d’importance face au risque de la menace fasciste : le chewing-gum. Vous vous en doutez, l’entière rédaction (et nous sommes nombreux) de cet immortel lieu de décryptage heideggerien de notre temps s’oppose avec virulence à l’objet chewing-gum (« fuck dat » nous confie notre rédacteur adjoint entre deux coups de pieds énervés à la photocopieuse qui s’est encore bourré la gueule de papier dans des endroits où la main de l’homme n’a jamais mis le pied) (ce blog est heideggerien, parfaitement : c’est pas parce qu’on n’a pas lu Heidegger qu’on peut pas se la péter, comme le fait Dalida dans l’im-mense / -monde (porosité du langage que ne dénierait pas Wittgenstein, qui aurait sans doute apprécié particulièrement Paroles Paroles) biopic qui vient de lui être dédié sur les écrans).

Le chewing-gum, objet de perversion à l’image de nos sociétés ramollies : en effet, la gomme qu’on mâche, bien qu’elle puisse se targuer de quelques ancêtres autochtones et exotiques tout autant qu’indigènes, comme le bétel ou la feuille de coca, n’opère pas vraiment d’effet apaisant grâce aux vertus hallucinogènes d’une bienfaisante plante. Non, le chewing-gum est une infâme tablette inventée par un Américain (tout cela sans aucun préjugé anti-atlantiste), totalement artificielle, qui ne sert à rien sauf à accentuer sa ressemblance avec un ruminant : en effet, le ruminant, animal qui rumine donc, possède deux estomacs entre lesquels il fait passer la nourriture en la régurgitant dans sa propre bouche et en la remâchant l’air placide, en regardant passer les trains de la même manière qu’il regarderait passer des bébés morts ou des culs de girafe. (Ça veut dire que le ruminant se chie dans la bouche et mâche sa chiasse, donc). C’est dire si ça donne l’air fin. Et les bulles, on peut en parler des bulles ? Et fous-y toi sur la gueule de la gomme dégueulasse et collante (je ne parle même pas des veuch). On repassera pour le sexy.

giphy

L’air fin de la jeunesse contemporaine.

Outre cette gueule de bovin ahuri, quels sont les bienfaits du chewing-gum ? Il paraît que ça muscle les mâchoires. Utile si vous comptez tailler des pipes au kilomètre, sans doute, mais à part ça, sauf à vouloir accentuer votre ressemblance avec Schwarzenegger et sa belle mâchoire carrée, on me pardonnera de me trouver perplexe.

Par contre, le chewing-gum, contrairement à ce que l’on pense, ne donne pas bonne haleine. Oui, je sais de quoi je parle, je remédie personnellement à ce problème avec des pastilles de menthe forte après une étude de marché comparative dont la comparaison fut sans appel : bonbon suisse « aux plantes des alpages » et chewing-gum à la menthe n’ont comme conséquence qu’un désagréable effet sur le transit, qui consiste à augmenter substantiellement les ballonnements de l’estomac. A propos de ruminants, on rappellera utilement ici que le méthane produit par les pets d’une vache en un an correspond à l’émission d’un trajet en voiture de 400 kilomètres. Ne nous voilons pas la face, mâcher sans cesse du chewing-gum va finir par vous faire produire le méthane d’un Paris-Brest en moins de deux, ce qui n’est pas exactement le moyen de faire des ravages dans la gent masculine ni même, si vous avez des objectifs plus modestes, d’avoir une vie sociale florissante. Vous risquez vite, comme le dit mon auguste père de refouler du goulot.

ne-jamais-avaler-son-chewing-gum

Elle est facile mais elle me fait toujours rigoler. De rien.

Quel besoin, mon Dieu, que celui qui vous pousse à mâcher sans trêve ? De mâcher on tombe sans coup férir dans mordre, donc nous revenons à votre objectif de vous muscler les mâchoires qui ne peut avoir pour seul but que de sucer des bites au kilomètre pomper le dard à tous les habitants de France et de Navarre : inutile de préciser qu’une mâchoire musclée vous sera peu utile si vous adoptez ce regrettable réflexe de mordre dans le chouingomme (je me suis également retenue de souligner l’ignoble sonorité de cet aboli bibelot d’inanité couinant – comme, hélas, de trop nombreux mots de malheureuse origine anglo-saxonne qui viennent souiller la belle langue de Molière, Racine et Maître Gims – le monde va mal mes amis, le monde va bien mal).

Je peux comprendre l’envie, le besoin malsain, l’avidité enfin, du fumeur ou de l’alcoolique, cette tentation de biberonner, de téter, de brouter, de boire enfin. On est là dans un inconscient névrotique finalement assez simple, si ce n’est sain : faire le bébé, traire la substantifique moelle d’une maternité regrettée. Moi-même j’ai une coupable appétence la paille : ainsi, je bois un café à la paille tous les matins, ce qui a pour avantage de maintenir à un rythme de croisière mon transit intestinal (en effet, la machine à café du boulot produit un laxatif de fort bonne qualité). Je reconnais que je suis une droguée qui enrichit Sodexho dans un coupable aveuglement.

Mais du moins, j’aspire. Mastiquer, JAMAIS.