Du cocufiage à l’ère contemporaine

J’ai la vague impression que mes titres de post basculent lentement vers un Moyen-Âge graveleux, genre les fabliaux de maître Patelin ou, plus classe, le grand Rabelais. Mais excusez-moi, « adultère » c’est un peu sérieux comme affaire, alors que le temps est à la légèreté, c’est le printemps que diable! Donc, dissertons de cocufiage, c’est plus rigolo.Et puis en plus pour une fois c’est un truc juste pour nous les femmes, étant donné que la définition du cocu c’est le mari trompé (dans le genre ridicule et cornu mais assez inoffensif au final). Après comme je ne suis pas sexiste, je suis prête à admettre les mâles à la joyeuse fête du cocufiage.

Avant toute chose, une petite mise au point théorique: le cocufiage c’est mal, bouh, haro sur le baudet (genre) (y a plus de morale). Petit aparté pour mes lecteurs du premier degré de la bloguitude: ne croyez pas tout ce que j’écris (a girl has her sense of irony) (ou du moins je me le figure). Bref, merci de ne pas inférer de ce post que je pratique le cocufiage (a girl has her secrets)(si vous avez tout bien suivi, vous en déduisez le degré d’ironie de la parenthèse précédente)(sinon vous êtes un cas désespéré). Ceci posé, constatons la pente naturelle de notre époque troublée pour le cocufiage, quand l’allongement de la durée de la vie fait du mariage un interminable pensum (l’euthanasie, un vrai sujet de société) et quand la contraception rend le cocufiage plus aisé que l’apprentissage de la guitare.

En effet, le problème historique du cocufiage, c’est que la femme aille voir ailleurs, parce qu’alors qui sait de quelle souche pourrie proviendront les rejetons? Hors de question que les mioches soient ceux du facteur (car le facteur sonne toujours deux fois, voire plus). Ce qui valait quelques bonnes expériences aux reines de France qui devaient accoucher en public, les princes du sang en cercle autour du pieu royal, la tête dans leur vagin. Sympa. Les rois, eux, semaient les bâtards avec l’ardeur guillerette de jeunes chiens fous (Louis XIV a fait plusieurs gosses à la bonne de la Montespan, qu’il tronchait lorsque sa maîtresse le faisait attendre dans l’antichambre). Mais à part ça, les hommes maîtrisent vachement bien leur rapport à la sexualité (LOL) (ça y est je lâche des LOL, je suis une vraie blogueuse).

Aujourd’hui, ces préoccupations d’un autre âge nous font bien rire, on se trompe en toute impunité. Ou presque. Car, soyons bien d’accord, tout ça va bien quand le/la cocu(e) n’est pas au courant. Moi je suis pour la paix des ménages avant tout. La sincérité, c’est bien, mais on en reparle quand on aura bâti un empire dessus. (Et puis si Stendhal n’y trouve rien à redire, moi non plus. Quand Julien Sorel passe, les mariages trépassent.)

D’ailleurs le cocufiage c’est hype, enfin relativement (avec ce genre de truc faut se méfier, y a souvent un retour de bâton à attendre du côté du puritanisme bourgeois). Il y a même un site internet genre meetic pour les fans d’adultère (trompons ensemble et kiffons la vibe), gleeden.com. Le web 2.0. de l’internationale du sexe nous connecte de toutes les manières.

Quoi qu’il en soit, posons ce sain principe de base qu’il est toujours bon de rappeler : tant qu’y a de la gêne, y a pas de plaisir. Pour ne pas se gêner, il convient de rappeler quelques facteurs importants relatifs à l’opération cocufiante.

Le facteur technique: veiller attentivement à ses effets personnels connectés au web interpersonnel 2.0. « Si un jour tu trompes ton mec, change tous tes mots de passe et sur ton répertoire attribue un nom de meuf au gars avec qui tu couches » (ma copine A.). Pas con. Je note (au cazoù).

Le facteur technique 2: avec le web intergénérationnel 2.0., le point Cocu n’est pas le point Godwin. Il existe un site sympathique qui consiste à dénoncer anonymement le cocufiage. Vous couchez avec la meuf de votre meilleur pote? Entrez son mail sur www.revelelescocus.com, et la pénible étape de l’aveu vous sera épargnée! (Non, c’est pas une blague, je vous ai même mis le lien car je suis bien bonne je trouve ces pratiques révoltantes). En France, la tradition de la petite lettre à la Kommandantur ne s’est pas perdue. Quel bel esprit pratique que l’alliance du cocufiage, de la dénonciation, et de l’internet qui unit les peuples!

Le facteur X: « sucer, c’est tromper? » Merci à Thierry Ardisson, qui porte le métier de journaliste au pinacle et pose des questions si pertinentes à nos hommes politiques. Y a pas de mal à « jouer à touche-pipi » (comme dit ma copine K.) (expression que je trouve particulièrement parlante et bien tournée) (oui je suis un parangon de bon goût, je vous l’ai déjà dit). A chacun de définir son facteur X : se faire lécher le nombril, le lobe de l’oreille, etc. etc. (non non n’attendez pas de moi une exhibition littéraire de sexe racoleur) (ce n’est pas mon style) (élégance et vertu avant tout).

Le facteur temporel : coup d’un soir OK, PQR danger (pour ceux qui ne suivent pas, PQR = plan cul régulier, ce n’est pas élégant mais c’est une pénible réalité). Le cocufiage dans la durée peut susciter des sentiments. Et si les sentiments s’en mêlent où allons-nous ? Je veux dire, Jules et Jim est un film merveilleux mais c’est chaud du bonbon pour gérer la situation (oui, le sentiment amoureux se gère dans notre joyeux univers néo-libéral).

Le facteur géographique : privilégier les lieux peu fréquentés par vos connaissances. Cela dit, rien ne vous empêche de croiser votre beau-père qui passait par hasard au fin fond du XVIe arrondissement (la vie est injuste). Vous pouvez toujours tenter de le circonvenir par des moyens malhonnêtes (les valeurs familiales ne sont plus ce qu’elles étaient) (par ailleurs, avec un peu de chance, il sera en pleine opération cocufiante et vous pourrez le faire chanter)(ou alors vous étiez en train de tromper votre mec avec lui)(je ne peux plus rien pour vous).

Mais où va le monde, ma bonne dame ? Ben moi j’en sais rien.

Pauvres gens, dites-moi, qu’est-ce que cocuage ?
Quel tort vous fait-il ? Quel dommage ?
(…)
Quand on l’ignore, ce n’est rien
Quand on le sait, c’est peu de chose.

La Fontaine, La Coupe enchantée.

Sagesse du XVIIe siècle.

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