Villes révolution

Situation et émotion oblige, je veux écrire un hommage aux peuples du monde arabe qui reprennent possession de leurs villes, qui seront sans doute bientôt à Tripoli. Les villes sont des catalyseurs de changement, elles effraient souvent le pouvoir (les Versaillais contre Paris); les villes concentrent les inégalités et le sentiment d’injustice qui en découle… Des villes arabes en pleine explosion urbaine: Le Caire, 11 millions d’habitants (2,5 en 1947), Alger, 4 à 6 millions d’habitants, Marrakech 3 millions d’habitants…

La foule qui campe sur la place Tahrir nous rappelle que les villes doivent être des espaces pour tous.

Reuters/Suhaib Salem

« On vivait en public ; on mangeait sur des tables dressées devant les portes ; les femmes assises sur les perrons des églises faisaient de la charpie en chantant la Marseillaise ; le parc Monceaux et le Luxembourg étaient des champs de manoeuvre ; il y avait dans tous les carrefours des armureries en plein travail, on fabriquait des fusils sous les yeux des passants qui battaient des mains ; on n’entendait que ce mot dans toutes les bouches : Patience. Nous sommes en révolution. On souriait héroïquement. On allait au spectacle comme à Athènes pendant la guerre du Péloponnèse ; on voyait affichés au coin des rues : Le Siège de Thionville. – La Mère de famille sauvée des flammes. – Le Club des Sans-soucis. – L’Aînée des papesses Jeanne. – Les Philosophes soldats. – L’Art d’aimer au village. – Les Allemands étaient aux portes ; le bruit courait que le roi de Prusse avait fait retenir des loges à l’Opéra. Tout était effrayant et personne n’était effrayé. (…) Personne ne semblait avoir le temps. Tout le monde se hâtait. Pas un chapeau qui n’eût une cocarde. Les femmes disaient : Nous sommes jolies sous le bonnet rouge. Paris semblait plein d’un déménagement. Les marchands de bric-à-brac étaient encombrés de couronnes, de mitres, de sceptres en bois doré et de fleurs de lys, défroques des maisons royales. C’était la démolition de la monarchie qui passait.« 

Victor Hugo, Quatre-vingt-treize, 1874.

Hommage au Caire, à Alger, Tanger, Tunis, Constantine, Bizerte, Marrakech, Sfax, Benghazi, Tobrouk, Tripoli, Aden, Sanaa, Bahreïn et aux autres villes en lutte et en éveil. Aux villes libres, aux villes libérées, aux villes par tous, aux villes pour tous!

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