De la natation

Suite aux objurgations insistantes de mon entourage de « bouger mon gros cul tout mou » (objurgations d’assez mauvais goût je vous l’accorde mais passons, j’ai pris l’habitude d’être la victime, le souffre-douleur, que dis-je, le martyr, de ces bien-pensants que ma nature rebelle et libérée dérange), j’ai entrepris depuis l’orée du mois de septembre de me lancer dans une activité sportive comme le recommande d’ailleurs notre bon gouvernement, manger bouger pas fumer et surtout fermer sa gueule. Je l’avoue, je rentre donc dans le rang mais avec dignité car Dieu merci le jogging ne passera pas par moi. J’ai ainsi choisi comme activité sportive (gloub ! pardon, un petit relent de vomi dans la bouche, rien de grave ça va bien finir par passer) la natation. (J’ai pas encore dit que ça durerait toute l’année)

Pourquoi le choix de ce noble art natatoire? me demandez-vous dans un élan d’amour et d’impatience.

Eh bien, l’homme qui m’apprit à nager dans ma prime enfance s’appelait Monsieur Hanus. Forte de cet héritage, je me décide à me réimmerger. Un hommage, en quelque sorte, à ce rapprochement métaphorique entre l’excrément et la piscine, certes superfétatoire pour les esprits chagrins mais réjouissant pour l’humour de caserne (rappelons ici à bon escient la jolie expression « lâcher des noirs dans la piscine« , étonnamment non répertoriée par google).

Ensuite, comme quoi que dès le moment où tu plonges ton corps dans l’eau, déjà bim ! tu perds des calories. C’est magique. Et moi, même si mon corps est en effet saisi d’incompressibles frissons, la magie ça me fait kiffer. La perte de calories aussi, car je suis femme et quand on est femme, etc. etc.

Tellement t'es sexy quand t'es dans l'eau.

Tellement t’es sexy quand t’es dans l’eau.

En plus à la piscine laisse tomber comme tu sors trop propre avec les ongles nettoyés, pratique pour faire une manucure juste en sortant (sans déconner, connaissez-vous activité plus reloue que de s’enlever les saloperies sous les ongles ?). La quantité de chlore mise en contact avec ta peau a beau fait de tuer toute vie bactérienne en activité à la surface de ton corps, même si les microbes semblent ensuite faire assaut sur ton corps dès que tu poses le pied en dehors du bassin. Heureusement Dieu a inventé les claquettes de piscine, et autant en fashion je mets le holà, autant dans l’antre de l’enfer qu’est le bain de pieds il s’agit d’une absolue nécessité vitale.

Bien entendu, quelques problèmes subsistent (on ne va tout de même pas s’imaginer que je vais écrire tout un post sans me plaindre). Les piscines parisiennes sont petites hélas, et d’ailleurs l’Etat se prépare à dépenser des sommes faramineuses pour en aménager quelques unes lors des JO de Paris qu’on va bien finir par choper, sauf que laisse béton tout ça va finir chez les pauvres dans le 9-3, qui bénéficieront ainsi de bassins olympiques mais pas de médecins ni de profs. Pratique !

Ainsi, le bassin moyen, celui de la tâcheronne de la brasse que je suis, compte 25 mètres. Si tu ne veux pas trop faire petite bite, il faut bien tirer tes 1,5 km, ce qui fait SOIXANTE longueurs. Eh ouais. Résultat, tu passes ton temps dans la flotte à compter. Et ça peut être légèrement chiant. Aujourd’hui je tentais de calculer des pourcentages de la vitesse parcourue grâce à des règles de trois pitoyablement réduites en « saloperie, les maths ça sert à rien » quand j’ai perdu le compte. Résultat, pour pas faire ta fiotte (parce que maintenant que je fais du sport je commence à intégrer quelques valeurs de la virilité) tu reprends le comptage le plus bas possible, tu te nages 200 mètres de plus dans ta face et quand tu sors tu t’effondres à moitié sous l’effet du retour à la gravité et de la tremblotance de tes muscles.

Enfin, bien entendu et sans surprise, l’enfer c’est les autres. Bien que ton boulot de sale glandu de fonctionnaire de l’éducation nationale prof qui s’évertue à éclairer les masses te laisse quelques plages de temps libre aux horaires les moins chargés, il y a toujours deux ou trois pékins pour te faire chier grave dans ta ligne d’eau. Les Parisiens étant ce qu’ils sont (contents d’eux et malpolis), la plupart des lents ne laissent pas passer les plus rapides au bout de la ligne, ce qui fait que tu es obligée de négocier des dépassements difficiles, tandis que Papi papillon te dépasse à toute berzingue en te balançant par inadvertance un coup de pied dans l’épaule (je l’appelle Papi papillon parce que c’est vraiment un Papi et qu’il nage sacrément bien le papillon, même si c’est au détriment de ton intégrité physique).

natation_humour

Et puis le mercredi les gosses sont dans la première ligne d’eau, ce qui n’est pas trop gênant dans l’absolu (ils ont peut-être eux aussi la chance de rencontrer un monsieur Hanus), sauf que comme certains parents ont apparemment du mal à couper le cordon, je m’en suis tapée deux cet après-midi qui SUIVAIENT LEURS GOSSES depuis la ligne d’eau voisine. Voilà voilà, mais inutile de préciser qu’il n’y a pas que Papi papillon qui balance des coups de pied.

La brasse est aussi un sport de combat.

Le joggeur fou / The crazy jogger

Aux Etats-Unis, le «in corpore sano » est plus important que le « mens sana ». Je l’affirme, malgré tous ces cerveaux en ébullition que l’on trouve à Harvard et consorts. Rien que de très sympathique dans la formule latine, mais je me permets de souligner que le tout dans la chose, c’est l’équilibre.

Je m’explique. Personnellement en matière de sport, je suis d’une mollesse qui frise le sybaritisme. Nonchaloir est mon mode de vie et je me consacre principalement aux choses de l’esprit (ce qui inclut bien sûr un visionnage intensif de séries ainsi que la lecture de journaux féminins indispensables à une compréhension globale de la sociologie contemporaine). Dans mon petit milieu parisien et intello, à part quelques sportifs, la plupart de mes amis sont de la même eau, avec une bonne tendance à la flemmingite. De temps en temps je fais une cure de jogging (où je croise des anciens potes de lycée alors que je suis bien rouge et en sueur, youpi !) mais ça ne dure jamais bien longtemps. A New York je suis venue sans basket pour m’en acheter ici parce que c’est moins cher, ben résultat j’ai toujours pas de baskets, ni fait de jogging à Central Park, et puis bon il fait -2° là alors hein bon tant pis !

Et là LA les amis, je ressens l’irrépressible besoin de vous parler du joggeur fou, celui que l’on rencontre au coin de la rue quand il fait -2° justement. Tout commence donc avec la pratique du sport aux Etats-Unis : ici c’est du sérieux. Le sport c’est pas pour les kékés.

Le joggeur fou est donc une figure commune à New York, et je subsume sous ce concept non pas un mais DES types de joggeurs fous. Le JF peut se trouver dans les milliers de salles de sport de New York, ouvertes parfois 24h/24 (on a observé des joggeurs fous sur des tapis de course dès 4 heures du matin), mais le plus souvent autour de Central Park le joggeur fou se promène en toute liberté, suscitant la culpabilité du sybarite (ouais mais il va se niquer les articulations, lui ! pas de regret !) Le joggeur fou vraiment fou pousse alors le vice dans différentes directions : le joggeur fou qui court pieds nus ou avec des chaussures « simili-pieds nus » qui te font ressembler les pieds à des palmes de grenouille, c’est-y pas beau ? (pour retrouver le contact avec la nature sans doute, en plein Manhattan dans un parc créé de toutes pièces) ; le joggeur fou à moitié à poil alors qu’il gèle et que tu te les pèles en anorak ; le joggeur fou qui promène son enfant dans une poussette (le plus courant).

Bref, comme souvent ici ON NE RIGOLE PAS avec le sport. Par exemple, faire du vélo tranquillou est assez rare, en général les gars ont une combi de vinyl ultra moule-bite avec un casque de pro même s’ils vont à 2 à l’heure… Bon allez, bonne résolution pour 2011 : je vais me mettre au yoga !

In the US, « in copore sano » seems more important than the « mens sana ». I declare it, though all these boiling brains in Harvard et alii. The latin sentence is very nice, but I dare to underline that this is all about balance.

Let me explain. Personnally in the matter of sports my softness borders on sybaritism. Indolence is my way of life, and I devote myself to the domain of the mind (this includes, of course, watching many TV shows and reading women’s magazines, all essential to a global understanding of contemporary society). In my little Parisian intellectual milieu, apart from a few sportspeople, most of my friends belong to the same bunch of lazybones. From time to time, I take a jogging course (where I come across old mates from high school when I’m totally red and sweating, yeeha!), but it doesn’t last long. In NY, I came without sneakers in order to buy some because it’s cheaper here, well the result is that I still don’t have sneakers, I never went to jog in Central Park and well now it’s 28° so nevermind!

And here HERE my friends, I feel the urge of speaking about the crazy jogger, the one you meet on the street corner just when it’s 28°. Everything begins with the practice of sports in the US: it’s serious here. Sport is not for show off.

The crazy jogger is thus a pretty common character here in NYC, and I include in this concept not one but SEVERAL types of crazy joggers. The CJ can be found in the thousands of gyms of New York, sometimes open 24/7 (crazy joggers have been seen on treadmills at 4AM), but most likely when you’re around Central Park, the crazy joggers runs free, arousing the culpability of the sybarite (yeah but he’s gonna kill his articulations! No regrets!) The crazy jogger who’s really crazy goes so far as to do different things: run barefoot or with “imitation-barefoot” shoes that make your feet look like frog palms, isn’t that lovely? (surely to find contact with Nature, in the middle of Manhattan, in a park created out of nothing); run half naked when it’s freezing even when you wear an anorak; run with your child in a stroller (the most common CJ).

So, as is often the case you DON’T FOOL AROUND with sport. For example, biking unhurriedly is quite seldom, in general guys wear an ultra skin-tight (or “dick-tight” as we say in French, sorry!) vinyl jumpsuit with a pro helmet, even if they are quite slow… Ok, so, a good resolution for 2011: I will begin yoga!