Remember 17 octobre 1961

Il y a cinquante ans, à Paris,

Ils étaient des milliers, en habit du dimanche pour demander dans la dignité l’indépendance de leur pays.

La police les a arrêtés, torturés, tués.

D’autres se sont jetés dans la Seine pour y échapper.

Des centaines d’Algériens morts parce qu’ils demandaient juste le droit d’être Algériens.

La ville où l’on rafle, on tue, on torture, la ville où l’on réprime, ne l’oublions pas si nous voulons en faire un lieu où tous peuvent vivre ensemble.

Peuple français, tu as tout vu
Oui, tout vu de tes propres yeux
Tu as vu notre sang couler
Tu as vu ta police
Assommer les manifestants
Et les jeter dans la Seine.
La Seine rougissante
N’a pas cessé les jours suivants
De vomir à la face
Du peuple de la commune
Ces corps martyrisés
Qui rappelaient aux Parisiens
Leurs propres révolutions
Leur propre résistance
Peuple français, tu as tout vu
Oui tout vu de tes propres yeux,
Et maintenant vas-tu parler ?
Et maintenant vas-tu te taire ?

Kateb Yacine, 1961

Fifty yearss ago, in Paris,

There were thousands, in their Sunday best to ask for their country’s independence in dignity.

The police arrested them, tortured them, killed them.

Others flew into the Seine to break away from it.

Hundreds of Algerians, dead because they just asked for the right to be Algerians.

The city where raids are carried out, people are killed, tortured, the city of repression, we should not forget it if we want to make out of it a place where all can live together.

French people, you saw it all
Yes, you saw it with your own eyes
You saw our blood flooding
You saw your police
Knocking out the demonstrators
And throw them into the Seine.
The reddening Seine
The following days, didn’t stop
To vomit at the face
Of the Commune’s people
These tormented bodies
That reminded the Parisians
Of their own revolutions
Of their own resistance
French people, you saw it all
Yes, you saw it with your own eyes
And now, will you speak?
And now, will you keep silent?

 Kateb Yacine, 1961

Tasty encounter: Paris, New York / Rencontre savoureuse: Paris, New York

C’est simple, mais c’est trop bon: un peu de cream cheese (merci Monoprix, ce n’est que du Philadelphia mais ça déchire quand même!) sur une baguette qui sort du four.

Un peu de New York sur un peu de Paris, bon appétit!

It’s so simple, but it’s too good: a little cream cheese (thanks to my Parisian supermarket, it’s only Philadelphia but it still rocks!) on fresh-baked baguette.

A little New York on a little Paris, bon appétit!

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La surface du pain est merveilleuse d’abord à cause de cette impression quasi panoramique qu’elle donne : comme si l’on avait à sa disposition sous la main les Alpes, le Taurus ou la Cordillère des Andes.
Ainsi donc une masse amorphe en train d’éructer fut glissée pour nous dans le four stellaire, où durcissant elle s’est façonnée en vallées, crêtes, ondulations, crevasses… Et tous ces plans dès lors si nettement articulés, ces dalles minces où la lumière avec application couche ses feux, – sans un regard pour la mollesse ignoble sous-jacente.
Ce lâche et froid sous-sol que l’on nomme la mie a son tissu pareil à celui des éponges : feuilles ou fleurs y sont comme des sœurs siamoises soudées par tous les coudes à la fois. Lorsque le pain rassit ces fleurs fanent et se rétrécissent : elles se détachent alors les unes des autres, et la masse en devient friable…
Mais brisons-la : car le pain doit être dans notre bouche moins objet de respect que de consommation.

 Francis Ponge, « Le Pain », Le Parti-pris des choses, Gallimard, 1942.

The crust on a loaf of French bread is a marvel, first off, because of the almost panoramic impression it gives, as although one had the Alps, the Taurus range, or even the Andean Cordillera right in the palm of the hand.
In that light, an amorphous belching mass was slipped into the stellar oven on our behalf, and there while hardening, it molded into valleys, ridges, foothills, rifts…And from then on, all those clearly articulated planes, all the wafer-thin slabs where light takes care to bank its rays – without a thought for the disgraceful mush beneath the surface.
That cold soggy substratum, the doughy innards, consists of a sponge-like tissue; there flowers, leaves are fused together at every bend like Siamese twins. When the bread grows stale, the flowes wither and shrink, they come apart from one another and the whole thing goes to crumbs.
But let’s cut short here. For bread should be mouthed less as an object of respect than of consumption.

Francis Ponge, « Le Pain », Le Parti-pris des choses, Gallimard, 1942. Translated by Lee Fahnestock, The Nature of Things, Red Dust Inc.