Être une meuf ça coûte bonbon

L’autre jour, en réfléchissant profondément sur la nature du genre féminin et ses vicissitudes pleine de perplexité devant le rayon tampons du monoprix (steplaît des nouveaux tampons à 1€ de plus la boîte pour te mettre du parfum là où je pense, c’est technique !) je me suis fait cette réflexion par-devers moi qu’outre quelques menus ennuis dans la life dus à un monde construit pour la domination masculine, ben merde, si t’es une femme faut en plus passer au tiroir caisse. Ce qui est un peu ennuyeux vu que si t’es une femme en général tu gagnes moins bien ta vie. Youpi.

Spend-Money-to-Make-Money

1.    Les dépenses de la nature.

Incompressibles comme on dit. La condition féminine comme on dit. Toi pas pouvoir faire autrement.

Les menstrues, ce sympathique épisode mensuel à cause duquel tu peux pas t’énerver sans qu’on te rétorque « Ben quoi, t’as tes règles ? » (remarquez que je dis on, pas de discrimination, moi j’aime tout le monde et beaucoup les hommes d’ailleurs, même s’ils me le rendent peu) (mais c’est un vaste sujet, qui est que le monde m’en veut et que ma vie est un enfer, nous en parlerons une autre fois si vous voulez bien) (et ne me dites pas que vous vous en foutez, ça me fait mal dans mon petit cœur solitaire). Pour éponger le flux menstruel donc, pas d’autre solution que de faire l’acquisition d’objets plus ou moins parfumés, adaptés aux strings et autres détails fascinants.

Coût financier : en moyenne 4€ le paquet de serviettes/tampons (j’ai fait mon enquête), 1,5 paquets 12 fois par mois ça nous fait… 144€ par an ma p’tite dame, vous payez par carte ?

Coût social : bon pas besoin de faire un dessin, sachant qu’obliger les prisonnières à mariner dans le sang de leurs règles était une technique de torture utilisée sous la dictature de Pinochet (ding ! minute culture glauque).

L’épilation. On a beau être contre l’épilation totale et l’arrachage de ses poils de cul par une esthéticienne qui n’a rien demandé, les normes sociales moyennes exigent quand même un minimum jambes-aisselles-maillot (le forfait qui tue).

Coût financier : dépend de ta résistance à la douleur. Comme je suis maso j’utilise un épilateur électrique, 50€ tous les 2 ans, une paille. Chez l’esthéticienne c’est plus cher mais y a du contact humain, tu peux raconter ta vie avec la chatte à l’air.

Coût social : saisonnier et lié au statut marital. Personne t’emmerde si tu caches tes guibolles over-poilues sous un collant l’hiver (vive la mode des collants opaques). Un avantage indéniable de la vie de célibataire : laisser prospérer la toison sans craindre le regard réprobateur d’un mâle qui te dit qu’il va plutôt partir à la chasse à l’ours.

2.    Les dépenses de la luxure

Dépenses compressibles si 1. tu acceptes d’avoir 12 enfants ou 2. tu arrêtes le sexe. Apparemment c’est à la mode. Bon.  C’est pas mon trip. (Je conseille au Vatican de se mettre sur le coup, les couvents sont bien vides en ce moment).

Pilule et préservatifs. Eh ouais, parce que vous croyez qu’on peut faire confiance au genre masculin pour s’équiper ? Mouahaha. Tiens, j’en ai déjà parlé aussi. Je suis une obsédée, pardon à ma respectable famille sur laquelle je jette l’opprobre. Bref, si tu veux pas te retrouver seule avec un polichinelle dans le tiroir parce qu’on n’est pas dans ces années un peu folles où les papas n’étaient plus à la mode, faut y passer. Et la pilule c’est pas toujours remboursé. Et les préservatifs point du tout. Plaisir.

On peut ranger dans la même catégorie pilule du lendemain et tests de grossesse. M’enfin ça est remboursable si on a un médecin à qui parler de ces trucs (une pensée à ma géniale généraliste féministe et conventionnée).

Coût financier : dépend de la fréquence de vos relations sexuelles et du nombre de partenaires. Autrement dit, t’es une marie-couche-toi-là, tu raques et tu la fermes.

Coût social : le regard réprobateur du pharmacien, toujours un kif. En fait, coût sanitaire surtout. La pilule augmente les risques de cancer, d’embolie pulmonaire et autres sympathiqueries. L’avortement, autre solution, pose diverses difficultés administratives et psychologiques qu’il vaut mieux prévenir.

Instruments divers adjuvants au plaisir féminin solitaire ou pas d’ailleurs. A ce qu’il paraît c’est à la mode depuis l’ouvrage racoleur 50 nuances de gris. Je pense le plus grand mal des modes sexuelles, mais si c’est votre kif, les godes etc. etc. pourront vous en coûter une somme non négligeable. Avantage éventuel : suppléer aux relations sexuelles et donc supprimer la dépense ci-dessus.

3.    Les dépenses de la fanfreluche

Totalement dispensables. Mais risque de réprobation sociale élevé. A tes risques et périls donc.

La lingerie. Femme jusqu’au bout des seins, tu l’as dit mon kiki. Pour peu que tu sois pourvue d’une poitrine généreuse va falloir faire péter le tiroir-caisse pour te payer un soutif qui tienne et ne te donne pas l’air de Tatie Danielle. A l’inverse, tu peux avoir envie de péter la tirelire pour faire la Eva Herzigova en push-up rembourré. Bon, c’est pas indispensable. Quoique. Tatie Danielle.

Coût financier : plus cher qu’un parapluie, moins cher qu’un iphone (encore que)

Coût social : tout dépend de ton bonnet. Franchement, des grosses mamelles qui pendent, ça me motive moyen. Mais tu peux toujours tenter dans les soirées mondaines, j’attends les résultats de l’enquête de pied ferme.

Crédits Birddessines

Crédits Birddessines

Les bas et collants. J’ai déjà causé en long en large et en travers de ces objets dont l’obsolescence programmée nous cause bien des misères, vas-y que tu passes ton temps à te stresser sur des échelles plutôt que de grimper l’échelle sociale (jeu de mots minable je sais, pardon je suis nulle en jeux de mots).

Coût social : saisonnier (voir épilation dont la logique est inverse). En automne-hiver, ne pas porter de jupes t’expose à la catégorisation de « manque de féminité » – car être une femme c’est être en jupe (kikoo les Grecs et les Romains).

Les atours de manière générale. Bon, les hommes aussi s’habillent parfois chic. Ne nous étendons donc point trop, sinon à souligner que la fringue féminine est évidemment souvent moins agréable à porter. Genre les talons de 12. Genre.

Et puis y a aussi les bijoux. Alors bon, les hommes ont les montres. Ouaip. Enfin, diamonds are a girl’s best friend, hein.

Coût financier : de 1€ sur ebay pour un collier fabriqué par des enfants chinois jusqu’à 10 millions d’€.

Coût social : Une femme mal fringuée et mal coiffée est vite assimilée à une souillon (un homme sera plutôt un savant fou). Moi je me fringue à la friperie. Non mais.

Les choses de l’entourloupe esthétique. Maquillage, soins et coiffeur. Yep, c’est du boulot d’avoir une tête un peu disciplinée. Et les coupes de cheveux pour femmes sont en moyenne 1/3 plus chères. Pourquoi ? Parce qu’on a les cheveux plus LONGS, attends, c’est trop plus DIFFICILE à couper.

Coût financier : 50€ par mois en moyenne. J’aurais pu m’acheter l’intégrale de la poésie française depuis mes 20 ans avec ça.

Coût social : apparemment une femme maquillée a l’air plus compétent. NO COMMENT.

I want all the things I wasn't born with

Une seule solution, se trouver un mari riche. L’émir du Q., si tu m’entends, la Lonesome Emmerdeuse est en chasse.

De la cro-magnonne

La cro-magnonne est une des figures imaginaires qui me sont utiles pour comprendre la vie (comme je suis un peu faiblarde niveau théorisation, j’utilise des gens imaginaires pour me figurer les choses de l’intellect). La cro-magnonne est une meuf qui ne se prend pas outre mesure la tête sur ses problèmes de mec, vu qu’elle a une espérance de vie de 35 ans (vous me direz, ça lui laisse quand même bien le temps de prendre son pied), son taf c’est d’aller cueillir des racines et des baies diverses (très sain pour la santé) (elle a pas vraiment de problèmes de poids ou de caries non plus, vu qu’elle ne mange pas de sucre ou de graisse), elle ne se questionne pas vraiment pour savoir si le gris est le nouveau noir, elle se contente d’un os dans le nez. Par contre elle a des copines cool avec qui elle est obligée de s’entendre vu qu’elle passe 4 mois par an avec elles coincée dans une caverne puante (du coup elle se poile à se souffler de la poussière sur ses mains et à dessiner sur le mur vu qu’elle a vraiment rien d’autre à foutre de la journée à part se chercher les poux) (et on verse des kilos d’encre dessus aucazoù ce serait un signifiant vachement puissant de la prise de conscience du sujet) (cela dit c’est bien possible mais j’ai envie de dire les gars, calmez-vous, on ne saura JAMAIS!)

Donc, la cro-magnonne m’aide à comprendre un peu des trucs de la féminité sur lesquels je me pose occasionnellement des questions parce que n’est-ce pas on ne naît pas femme, on le devient (c’est un peu se la péter que de citer sans cesse tous les grands intellos de la planète, mais cette phrase est assez vraie, quand même. Moi naturellement je pense que je ressemblerais plutôt à une grenouille géante. Heureusement je deviens vaguement femelle avec le temps) (je mets des ROBES). Parce que, les mecs, quand t’es une meuf t’es obligée de répondre à des questions qui n’ont (disons-le) que peu d’intérêt, mais auxquelles il faut quand même répondre parce que (disons-le) on est quand même un peu dominées et on ne sait pas trop sur quel pied danser quand on nous pose ce genre de questions à la con.

J’en veux pour preuve la question fondamentale suivante: « faut-il allaiter son enfant? » Oiseuse préoccupation, apparemment, vu que l’homme a quand même marché sur la lune et que le biberon n’a pas l’air de faire des marmots des monstres difformes. En plus moi qui ne suis pas prête d’avoir un polichinelle dans le tiroir, je ne me sens pas vraiment mobilisée sur ces questions. Néanmoins j’ai découvert que beaucoup de mecs ont un avis sur la question, genre: c’est la nature alors faut faire comme elle dit. Ai-je bien entendu? Tu acceptes qu’on soit payées comme des merdes, qu’il n’y ait aucune femme à Cannes ou à la programmation de l’Odéon, tu penses que le féminisme n’est plus vraiment un problème, et nonobstant tu as une opinion sur ce que je vais faire de mes seins pour nourrir le gamin qui me pourrira ma carrière de plusieurs années juste parce que je le PORTE? Ah ok, en fait t’as juste pas envie de te lever la nuit pour le nourrir (petit pourri).

Et là PAN! Tu chopes la cro-magnonne et tu te dis: cette brave fille aurait-elle refusé de donner le bib’ à son petit cro-magnon en laissant un peu le taf à son chasseur d’aurochs qui passe son temps à roter et péter avec ses potes les chasseurs d’aurochs (mais en fait ils ne ramènent que des étourneaux, donc faut pas pousser la cro-magnonne dans les orties préhistoriques)? Moi je pense que non. Je pense que la cro-magnonne avait un peu envie de kiffer la vibe, et que même la cro-magnonne devait faire baby-sitter son chtiot de temps à autre pour aller mater la lune bleue avec son chasseur d’aurochs (ou alors en scred pour aller boire de la liqueur de mûres fermentée avec ses copines). Bref, arrêtons un peu avec le délire de nature! (Je me permets à ce propos de signaler que même les chimpanzés sont des êtres vaguement culturels) (ouaip j’ai lu Jane Gooddall les gens).

Concentrons-nous un peu sur l’égalité des salaires et des carrières (c’est quand même un VRAI problème, je dirais) (très légèrement), et laissons la nature un peu tranquille dans la jungle au lieu de la détruire tout en nous posant des questions à un demi centime de drachme sur nos mamelles. Que celles qui veulent allaiter, allaitent, mais qu’on ne nous emmerde pas avec ça. La grenouille post-cro-magnonne a parlé. (Ugh!)

Outre cela, la cro-magnonne permet de prendre un peu de la distance sur d’autres questions d’actualité, genre le tweet de Valérie T. qui bitche dans le dos de François H. en soutenant l’adversaire de Ségolène R. La cro-magnonne a déjà un peu du mal à comprendre le concept du tweet (oui, c’est un peu comme si t’envoyait un petit oiseau raconter des trucs dans la forêt en open access). Ensuite, elle se dit que c’est quand même un peu zarbe ces gens qui règlent leurs comptes persos devant qui est intéressé (hélas il y en a). Elle se dit que c’est sympa la démocratie, mais c’est un peu moyen ces ex qui se présentent à la présidentielle, ces filles de qui reprennent des partis, ces ministres qui racontent leur life à qui veut l’entendre. Elle se demande pourquoi parmi 60 millions de personnes on est obligés de prendre des gens qui sont un peu tous pareils et qui font un peu tous la même chose dans la vie, au lieu de choisir des chasseurs de mammouth mais aussi des tresseurs de panier ou des pêcheurs de têtards. Elle pense que ça leur ferait sans doute du bien de passer un hiver à se geler les miches dans la caverne avec des attrapeurs de mouche, qui ont aussi leur utilité. Après moi j’ai pas d’avis, je dis juste que la cro-magnonne trouverait sans doute que tout ça c’est un beau bordel!

Moi sinon ça va plutôt bien, j’ai des superbes pivoines sur ma table basse et ça me réjouit. En plus j’ai même pas eu besoin d’aller les cueillir.

Alors qu’on ne vienne pas me dire que je ne suis qu’une espèce de lonesome camionneuse post-cro-magnonne sardonique.