Du jogging

A vrai dire on pourrait aussi parler de footing. L’un comme l’autre sont d’affreux anglicanismes, il doit y avoir un petit mot de l’Académie française de derrière les fagots pour désigner la chose, sans doute tout simplement « course à pied ». Ah ben non, j’ai vérifié, l’Académie accepte « jogging ». Mais pas « footing ». Faudrait pas pousser les pépés dans les orties.

Enfin. Après cette enquête sherlock-holmesque dans les bas-fonds du dictionnaire, interressons-nous à la chair, aux nerfs, que dis-je, au cœur du problème. Le jogging (ou yogging comme on dit en Alsace) voilà un noble sport et une belle vocation. Ah, les Abebe Bikila et autres héros du marathon, coureurs de fond magnifiques qui ont montré au monde ce que la volonté peut accomplir. Braves héros du monde moderne. Après, ne me demandez pas pourquoi ils se harassent à aller d’un point à un autre sous les hourras de la foule le long d’un parcours pré-déterminé. C’est la beauté du sport. Y en a même qui se font retirer les ongles des orteils pour éviter le frottement dans la chaussure (merci à C., semi-marathonienne de choc, pour l’info). C’est un monde, ça, Madame. Moi je dis quand même, le gars qui a créé l’événement, il avait une vraie motivation pour se crever le cul (aller mourir pour annoncer la victoire aux Athéniens, ô Grecs vous avez le sens du tragique). Ça paraît un peu plus logique, un peu plus signifiant, plus classe quoi. Mais bon. On va encore m’accuser de faire du mauvais esprit.

Le yogging, donc, est une activité qui consiste pour les urbains de tous bords à courir comme des canards éperdus dans des parcs de plus ou moins grande taille, au son de musiques entraînantes dispensées par leurs ipod, ceci dans le simple et unique but de mener une vie saine. Qu’on ne s’y trompe pas. Jamais de la vie le yogging n’a constitué une base véritable pour une vie saine. Ça nique les genoux, le cœur et les chevilles. Eh ouais (bon c’est pas vrai mais je suis dans le négatif par principe, là). D’ailleurs j’aimerais bien qu’on me dise ce que c’est qu’une vie saine quand des gens qui n’ont jamais touché une clope de leur vie se retrouvent avec un sarcome dans le poumon (je suis souvent légèrement énervée par les apôtres d’un hygiénisme plus déprimant que pertinent, à vrai dire) (qu’on laisse ceux qui veulent boire et fumer, et se dézinguer à leur guise, non mais).

Pour dire le vrai, le yogging consiste surtout en une activité permettant de perdre des calories à moindre coût, voire de se faire un petit shoot d’endorphines avant d’aller au taf, voire même (j’avoue) de se la péter que tu fais du yogging. Car tout le monde voudrait être un Dieu du yogging, qui se lève à 5 heures du mat’ pour préparer le semi-marathon, et lance négligemment cette info dans la conversation. Perso ça me fait plutôt un effet douche froide (se lever avant 10 heures, quelle idée !) mais le yogging est vénéré comme le sport urbain par excellence. Donc en soirée, ça peut faire effet. En mode triomphe de la volonté (déjà que j’arrive pas à me faire les ongles, je crois que je ne fais pas partie du même monde).

Donc, ne croyez point que la lonesome camionneuse pratique véritablement le yogging. Elle est au contraire toute de dilettantisme dans son abordage de la question. Disons que le lendemain d’un dîner de crêpes au boudin et aux pommes (sans lésiner sur le beurre et le sucre) (merci mon J., ça m’a fait des souvenirs pour 10 ans), elle se dit qu’il est temps de reprendre sérieusement le yogging (comme si elle l’avait jamais sérieusement entrepris. Mais bon).

Du coup, inutile de dire que le jour où la lonesome camionneuse court une demi-heure, vous allez en entendre parler pendant trois semaines. Eh ouais. Pas question de laisser se disperser la valeur sociale de l’événement, il faut se la péter un max quand on arrive à se bouger le derche.

Telle le chien de Pavlov, la lonesome camionneuse a son itinéraire de yogging tout tracé, qui se finit en apothéose au Parc Monceau, parmi les bourges locaux en train de prendre l’air et les autres bourges (plus jeunes) en train de te dépasser en coup de vent sur la piste. Du coup y a comme qui dirait un challenge de la vêture : vu que tu es de toute façon la plus lente de l’étape locale, faudrait voir à ne pas déparer niveau souquenille. La lonesome camionneuse dispose donc d’un attirail de compétition : baskets de folaïe achetées aux States (ça coûte un peu deux fois moins cher là bas) (eh ouais, elle va à NYC pour faire les soldes, bande de gueux), shorts gris souris (le gris est le nouveau noir en ce moment, je vous rappelle), ipod rose et bandeau à têtes de mort (la lonesome camionneuse a une faiblesse de cœur pour les vanitas) (hu hu hu). En deux mots comme en cent, ça claque.

L’unique et léger problème, c’est que la coloration naturelle de la lonesome camionneuse s’apparente au bout d’une dizaine de minutes à celle de la tomate. Ce qui n’est pas bien grave, du point de vue de sa santé, mais flanque en l’air l’effet général souhaité. Bref, t’as l’air d’une grosse pouffe essoufflée sur le point de passer l’arme à gauche. Que faire ?

Eh bien, tragique réponse pour la dignité camionneusique, rien. Rien de rien. Ignorer les regards ahuris des passants qui te prennent en pitié et continuer dignement le long et solitaire chemin du yogging qui va te faire du bien à l’âme, après, parce que t’auras dépensé plein de calories et que tu vas avoir vaguement du muscle dans les jambes.

Etre une femme à l’épreuve du pavé, c’est pas tous les jours facile.

De la politesse

Il va sans dire que nous allons défendre ici avec virulence l’usage de la politesse pour un monde plus juste et plus beau, où il y aura des géraniums aux fenêtres, des pinsons gazouillant dans les fontaines et où les vestes Chanel pousseront sur les arbres (comme les champignons, il y aura des  coins à veste Chanel qui se transmettront de génération en génération) (VOILA une bonne motivation pour la randonnée) (la randonnée, quelle drôle d’idée).

Quelle ringardise que ce sujet de billet, me direz-vous chers lecteurs, ce blog se mémérise à vitesse grand V, la lonesome camionneuse commence à se prendre pour la nouvelle Nadine de Rothschild (mais en mieux, parce que l’émir du Q., censément, bat à plate couture le baron banquier vu que le baril reste une valeur sûre). Il est vrai.

Imposture également, objecterez-vous, fidèles épigones, quand on considère le langage de charretier employé à profusion dans ce blog. Il est vrai également.

Néanmoins, vous permettrez ponctuellement à la lonesome camionneuse de déverser sa bile sur « le monde ne va plus ma bonne dame, y a plus de saisons, leur faudrait une bonne guerre, quand même dans les années 50 on avait de vraies valeurs, l’homme au bureau et la femme aux fourneaux ». Comme le chante une autre rousse (Cindy Lauper pour ne pas la nommer), stone, the world is stone. Oui, un monde sans politesse est un désert de pierre.

La lonesome camionneuse n’aime pas beaucoup faire preuve de fascisme dans sa vie de tous les jours, mais FRANCHEMENT quand on déroge aux règles de la plus élémentaire politesse, son sang ne fait qu’un tour (voyez plutôt ses exploits berlinois). Déformation bourgeoise ? Je ne crois pas non. Est-ce bourgeois de demander au gros con qui vient de t’écraser les arpions dans le métro de s’excuser ? Qu’est-ce que 2 secondes de ta vie et 3 gouttes de salive, ô voisin temporaire de l’urbanité collectivement mobile ? Tu auras fait plaisir à peu de frais à la Nadine qui sommeille en chacun de nous (une bergère picarde élevée à la force du poignet) (cette blague n’est pas très élégante, mais néanmoins pertinente), et surtout tu limites les risques de réveiller LA BÊTE. Elle avait la tête d’un lion, la queue d’un dragon, et le milieu de son corps était d’une chèvre sauvage ; elle exhalait avec violence des flammes dévorantes. Ouaip. (Iliade, représente) LA BÊTE est une des incarnations de la lonesome camionneuse qui sort rarement de son antre, mais quand la grossièreté passe, elle n’est jamais bien loin.

Être poli, n’est-ce pas reconnaître l’humanité de l’autre ? (hu hu hu)

D’abord, la politesse c’est un truc de la ville, pas comme ces rustaud de paysans. Signe de raffinement et de civilisation donc. Parisiens, cessez de faire les malotrus, on dirait une troupe de sous-cro-magnons poilus du Larzac (je n’ai rien contre le Larzac, c’est en quelque sorte un mot générique pour désigner le rural) (ce truc vert où la vie ne vaut pas d’être vécue) (nan mais je rigole, HEIN) (j’adooooooore la campagne). Logique, quand on est 12 millions de gusses à se bousculer dans un espace restreint, même le plus fruste des termites finirait par payer son tribut à la civilité.

Ensuite, ça fait un bon bout de temps qu’on a jeté les obsolètes notions d’honneur et de fidélité aux oubliettes, faisons au moins un peu genre que nous n’avons pas oublié les valeurs de la chevalerie, Athos et sa grandeur meurtrière (le coup de la peine de mort pour l’adultère est un peu raide je l’avoue) (mais Athos a tellement la grande classe) (en plus il est beau). Oui la lonesome c. est plus tordue qu’un vieux chêne, elle préfère Tartuffe à Alceste et elle vous dit merde, c’est toujours tellement plus agréable de se faire enculer entuber avec le sourire (grossièreté, quand tu nous tiens…) Mon p’tit Tartuffe, viens me roucouler de melliflues obséquiosités, berce-moi d’illusions sur la gentillesse du genre humain, tant qu’un peu de politesse subsistera dans ce monde de brutes je croirai encore au règne futur des Bisounours.

S’il vous plaît, merci, bonjour, au revoir, RÉPONDRE aux sms, coups de fils et emails (vous voulez être connectés, tirez-en les conséquences bande de CHIENS du Kamchatka) (bon d’accord l’absence de réponse turlupine particulièrement la névrose de l’abandon de la lonesome c., mais attention souvenez-vous, LA BÊTE n’est pas loin). Ça coûte rien ma bonne dame, et ça change tout. Tout ça pour dire que pas de ça avec la lonesome camionneuse, ou vous risquez de vous retrouver fichés dans son tableau croisé dynamique excel des impolitesses croisées au cours de ses pérégrinations, qui risque bien de devenir un jour son tableau de chasse. LA BÊTE se réveillera un jour définitivement, et Massacre à la tronçonneuse ressemblera à Winnie l’ourson à côté de ce qui vous attend. Tremblez, malappris, l’ire de la lonesome c. est plus meurtrière qu’un tsunami !! Quand lama fâché, lui toujours faire ainsi.

En attendant, je ne me prononce pas sur la recette miracle de Nadine pour garder un homme : toujours assortir son déshabillé à sa descente de lit.

Je vais réfléchir à ce problème.