Soutenir ou réfléchir

Chers lecteurs, je vous préviens ce post est politique et résolument de gauche. C’est bien sympathique la fessée et la branchitude, mais des fois une petite mise au point est nécessaire (donc, ça va être moyen drôle aussi). Vous pouvez donc passer votre chemin s’il vous chante ce jourd’hui. Mais la Lonesome Emmerdeuse est aussi une citoyenne, et elle va vous expliquer que ça lui ferait bien plaisir si vous vouliez bien en être aussi (et pan).

« (l)es passions arrachèrent les premières voix (…) on ne commençât pas par raisonner mais par sentir …. Toutes les passions rapprochent les hommes que la nécessité de chercher à vivre force à se fuir. Ce n’est ni la faim, ni la soif, mais l’amour, la haine, la pitié, la colère qui leur ont arraché les premières voix. »
JJ Rousseau, Essai sur l’origine des langues.
 
« Ca sent la peur, ça pue la mort / J’aime bien c’t’ambiance pas vous ? ah bon… »
Renaud, Les aventures de Gérard Lambert

Il s’agit donc d’un type, qui a menacé de son arme et tapé un bijoutier âgé pour lui piquer ses bijoux ; et du bijoutier, qui est sorti de sa boutique une arme non autorisée à la main, et lui a tiré dans le dos pendant qu’il s’enfuyait à scooter. Le type est mort. Justice a été faite, légitime défense, disent certains, qui likent une page de « soutien au bijoutier » sur Facebook. Voilà qui est extrêmement dérangeant, et une abdication, à mon sens, de la capacité de réflexion de ces likeurs.

D’abord, parce qu’on ne soutient pas un accusé qu’on ne connaît pas, dans un cas qu’on ne connaît pas, avant que la justice n’ait fait son travail (et que je sache la justice française marche plutôt bien, elle n’est pas un nid de salauds corrompus) (quoique vu le misérable salaire des juges on risque d’y arriver). On soutient ses amis et sa famille, ou un prisonnier politique, ou quelqu’un accusé injustement ; est-ce le cas ? Non, le bijoutier a bien tué le voleur, le procès déterminera s’il y a ou non des circonstances atténuantes.

Ensuite, bien sûr, ce soutien faramineux (quoique peu coûteux, 2 secondes pour cliquer) se réfère à un certain nombre de critiques de notre société : laxisme de la justice, insécurité grandissante, nécessité donc de protéger soi-même son bien, par la violence s’il le faut. Critiques toutes hautement problématiques.

Laxisme ? Quand les prisons françaises sont surpeuplées, et que de nombreux rapports indépendants sur les conditions d’emprisonnement montrent qu’elles sont proches de la torture ? Quel bien cela fait-il aux prisonniers d’en chier leur race, quel bien pour notre société ? On veut enfermer les criminels pour les punir et les oublier, mais quoi, les enfermer toute leur vie pour éviter de relâcher des monstres ? (Avis à la population : regardez la série Oz, je vous souhaite bien du plaisir)

Laxisme ? Quand les banques responsables d’une catastrophe économique d’ampleur mondiale sont refinancées par les Etats et que leurs dirigeants continuent à bâfrer sur leur tas de stock-options et autres produits financiers qui font leur miel de manipulations ne créant aucune richesse ?

Laxisme ? Quand les abus de biens sociaux ne sont presque jamais punis d’emprisonnement, et qu’on me dit que c’est vraiment abusé et que ces salauds de juges sont des gauchistes de les condamner ? Laissez-moi vous rappeler ce qu’est un abus de bien social : il s’agit de voler les biens d’une société (donc des biens collectifs). Moins spectaculaire, certes, qu’un vol de bijoux avec violence. Le col blanc protège mieux que le scooter.

Insécurité grandissante ? Certes, les violences accompagnant les vols sont plutôt en progression (faisons confiance aux statistiques, même si on ne compte que ce qu’on veut compter, et comme on veut le compter). Faire justice soi-même en tirant sur un voleur réduirait donc l’insécurité ? Intéressant, quand on sait que la peine de mort ne dissuade pas les criminels – ah mais oui, peut-être faudrait-il ajouter la torture, et là ça les ferait réfléchir à deux fois.

Alors quoi ? Nous finirons avec chacun sa cave personnelle aménagée pour retenir ceux qui nous ont porté préjudice ? Avec son fusil à pompe pour tirer sur un voleur dans une rue pleine de monde ? Et ça c’est pas violent, peut-être ?

Laissez-moi vous rappeler qu’aux Etats-Unis, où le port d’armes est largement légal, la violence est d’une ampleur sans comparaison avec celle de la société européenne.

Je parle de la violence physique, et non pas de la violence sociale, qui s’exerce aujourd’hui comme jamais peut-être. Bien sûr le voleur doit être puni par la justice, bien sûr c’est sans doute un sale type, bien sûr il est responsable. Mais je crois que oui, les conditions sociales et les inégalités dans lesquelles nous grandissons sont bien plus génératrices de violence que la responsabilité individuelle de chacun ; que oui, il y a dans l’être humain un résidu de mal et de violence qui peut-être ne pourra jamais être éradiqué, mais qu’être né au mauvais endroit au mauvais moment est un terreau puissant d’exacerbation de l’envie, de la haine, de la violence.

Je crois que plutôt que de s’indigner en surface à chaque cas de fait divers sordide, d’en vouloir à chaque victime de notre société inégalitaire, dominatrice, individualiste et normative, nous devons travailler à la changer. Nous avons l’immense chance d’être des citoyens ; à ce titre, nous sommes responsables devant la loi, mais nous pouvons aussi tenter de la changer. Soutenir une page facebook qui défend une position aussi simpliste c’est abdiquer nos droits et nos devoirs de citoyens. Notre devoir de citoyen : lutter contre nos passions et réfléchir à comment nous voulons vivre ensemble.

Oui, nous vivons dans une société moisie où les partis politiques au pouvoir ont baissé les bras. Oui, c’est du boulot, c’est chiant, c’est fatigant, mais nous devons essayer de réfléchir à la société que nous voulons vraiment, et nous battre pour cela ; c’est cela la politique. Pour vivre ensemble, il faut bosser (et croyez moi, je suis une grosse moule, ça me fatigue grave aussi).

Liberté, égalité, fraternité. Moi ça me plaît bien, pas vous ?

Qui aime bien châtie bien

En contemplant ce bienheureux proverbe, je n’ai pu m’empêcher de m’en saisir comme un mendiant affamé se jette sur une miche de pain, ou la vérole sur le bas-clergé, c’est au choix. Pourquoi ? La Lonesome Emmerdeuse aurait-elle des tendances sadomasochistes, demanderont les petits curieux mal intentionnés? Cela ne vous regarde pas, ô voyeurs, et la fessée restera saucissonnée dans le placard aux balais, l’antre d’où elle ne devrait jamais sortir, telle la sorcière, sorcière, prends garde à ton derrière (vous ne comprenez rien ? c’est normal, j’ai comme qui dirait l’esprit d’escalier) (il s’agit d’un ravissant conte de la rue Mouffetard, et comme je le dis souvent allez vous renseigner sur les Internets, c’est fait pour ça, bon sang de bonsoir). Et c’est pas parce que je suis fan de la grandiose série Spartacus qui malgré son absence totale de scénario envoie de la testostérone, du sang et de la sueur qu’on pourra en conclure quoi que ce soit.

Non, si je me suis ruée sur cet adage formulé par le grand Horace, Qui bene amat, bene castigat (j’ai des Lettres), c’est parce qu’enfin j’ai une tribune sans aucune contestation (j’ignorerai les commentaires) (autant que vous les sachiez) (oui, je suis en plein ego-trip de Maîtresse Domina, mais là non plus n’en concluez rien de mal tourné, privilège de l’écrivain) (NDLR : en français dans le texte).

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Oui, car sur le grave sujet du châtiment enfantin, et plus particulièrement de la fessée, dès qu’il y a débat, c’est la merde. La torgnole clive de manière inattendue: pensez mariage gay, corrida, avortement, immigration, islam et tout le toutim qui fout la merde à un dîner (Surtout! n’en parlons pas… ils en ont parlé) (l’affaire Dreyfus les enfants, l’Affaire!) ( <3 avec les doigts à Scheurer-Kestner) (j’ai des Lettres). Eh bien moi, pardon, j’en suis tombée sur le cul (ok ça fait un peu mal mais c’est supportable). Sujet potentiellement explosif donc, alors que pardonnez-moi mais faut pas pousser mémé dans les orties, si ça arrive de foutre deux baffes sur les fesses de tes gosses quand ils ont trouvé tes sex toys et les ont mis au four pour voir si ça fondait (réponse : oui, et comment ont-ils fait pour trouver ton tiroir secret les petits sagouins ? comment ça c’est papa qui leur a dit ? oooooooooooh ça va se payer ça !!), je dis, c’est pas bien grave quand même. La Lonesome Emmerdeuse a parlé.

Attention, je ne parle pas des Malheurs de Sophie et autres tortures issues de l’imagination sadique de la comtesse de Ségur née Rostopchine de mes couilles deux, ni même de gifles. Juste bon, quand même, faudrait voir à les calmer un peu les mômes, AUCTORITAS bordel, saperlipopette à la fin. Laissez-moi vous dire que lorsque je séjournais à New York (huhuhu) au pays des enfants-rois, le nombre des mouflets mal élevés a haussé à proportion mon appétence pour le châtiment, et que je tiens pour miracle du ciel que cette bande de lapins de garenne hurlants se transforme à l’âge adulte en des êtres (à peu près) civilisés (même s’ils racontent leurs histoires de cul très fort dans les transports en commun, mais ça se pardonne) (ça n’est pas mon cas, notez bien).

Quant à interdire la fessée, laissez-moi m’esclaffer bruyamment dans mon coin et vous conter l’histoire du petit Adolf H., dont la mère était une personne adorable et très aimante qui ne lui a jamais mis de pain dans la gueule, mais qui n’en a pas moins souffert quelques problèmes d’équilibre mental par la suite (1000 pages les enfants, que je me suis tapées sur l’Adolf, de l’illustre historien Ian Kershaw) (<3 avec les doigts, mon cher Ian) (j’ai des Lettres et du Foot) (et tout ce que j’ai retenu, c’est ça et que peut-être il n’avait qu’un testicule) (maybe j’ai l’esprit mal tourné, mais ça fait bien en société, ça brise la glace).

Bref, à peine le citoyen responsable (moi) émet-il ces quelques phrases de l’ordre du bon sens que s’élève dans l’auditoire un cri d’orfraie : « Bourreau d’enfants ! » Eh bien je m’insurge contre cette injuste vision : moi, moi qui ne ferais pas de mal à une mouche, moi, un bourreau d’enfants ? Mon cœur se fend à cette idée, moi qui suis la première à dénoncer mes voisins quand ils tapent leur angelot trop fort (au-dessus de 65 décibels c’est NON) (laissez les honnêtes gens dormir) ou quand ils prénomment leur fille Jézabel (QUI est le bourreau d’enfants, hein, qui, QUI ?)

Et non j’ai pas d’enfants, mais Lonesome Emmerdeuse emmerde, car tel est son destin : qui emmerde bien châtie bien.