J’emmerde Nouvel An

Ceci est un post écrit sous la pression : oui, à ce qu’il paraît je n’écris plus assez sur le blogue, pour que mes « amis » aient des trucs à lire pendant leur pause clope (voilà comment on traite la littérature, on la case pendant les pauses clopes ! mon coeur saigne, percé de mille blessures) ; et à ce qu’il paraît encore, mon histoire de Nouvel an hipster (ou « BIG LOUSE INTERNATIONALE DU NOUVEL AN ») est assez DRÔLE pour mériter un récit. Drôle ? Drôle ? Je vois bien que je suis un sujet de moquerie, que se gausser de mes mésaventures vous apporte une satisfaction perverse. Mais enfin, je me dois à mon public ; et rien n’arrêtera ce devoir sacré. Telle une Pied Nickelée post-moderne, je m’en vais donc conter les épisodes de mon Nouvel an 2014. Open the doors. Ouais parce que ça se fait de trouver des rimes. A quatorze. Je vous demande un peu. L’art est mort, Rimbaud se retourne dans sa tombe.

Enfin bref.

En prélude, j’emmerde mes dents. Il se trouve qu’ayant quelques ennuis de denture, je dus me rendre fin décembre chez le dentiste. Cela arrive, n’épiloguons pas sur la mort injuste de mes chicots qui pourrissent par combustion instantanée depuis mes 30 ans sous le simple effet de la déchéance de l’âge, vu que je ne bouffe pas de sucre (ou alors quelques tablettes de chocolat vraiment exceptionnellement) et que je me brosse les dents avec la vigueur d’un JCVD armé d’une kalachnikov (paix à son âme) (Kalachnikov). Or donc il arriva qu’en me levant du fauteuil où ce margoulin s’occupe à ses basses œuvres de boucher des familles, je subis un des travers de ma féminine condition: je m’évanouis. Oui je suis comme ça moi, comme les meufs en corset, j’ai des vapeurs. L’ennui évidemment c’est que si on tombait élégamment avec un soupir dans une bergère Louis XV dans un grand froissement de jupes tout irait bien, mais l’Emmerdeuse n’a point cette chance : elle se vautre lourdement, la tête en avant. Donc, je me suis cassé deux dents en sortant de chez le dentiste. Ben voilà. ET CA FAIT MAL NOM D’UN CHIEN. Condamnée à la paille et à l’œil au beurre noir, ma condition physique n’en menait donc pas large.

J’emmerde donc d’abord ma condition humaine, ce corps qui pourrit, moisit et se dérobe et nous soumet à d’abjects événements que nous n’avons point mérités. Or donc que signifie le Nouvel an, lorsque l’on se trouve comme moi dans une carcasse diminuée et pleine de hautes pensées philosophiques ? Si peu.

J’emmerde ainsi le Nouvel an car pourquoi fêter l’année, cette grotesque convention catholico-romaine ? Pour des orgies et des beuveries sans lendemain à l’occasion desquelles nous oublions quelques instants que nous sommes mortels, et que le temps nous attend, muni de sa faux ? Autant faire la chouille à la Toussaint, rejetons ces pompeuses hypocrisies et embrassons notre mort future, l’œil sec et le verre humide.

Doug Savage, www.savagechickens.com

Dessin de Doug Savage, http://www.savagechickens.com

J’emmerde ensuite les conventions sociales : franchement, souhaiter à une bande de branques bourrés que tu ne connais ni d’Eve ni d’Adam une bonne année hypocrite ? Qu’on m’en démontre l’intérêt. J’en ai absolument rien à foutre que ces gens passent une bonne année, surtout si c’est des mecs blindés de thunes qui m’expliquent doctement que « c’est courageux d’assumer que tu es fonctionnaire » et trouvent spirituel de me surnommer Nabilla gauchiste (ouh, une fille à gros seins qui PENSE) (perturbant). Disons qu’à eux je souhaiterais plutôt qu’ils doivent payer la moitié de leur salaire en impôts et qu’on les force à lire Nietzsche dans une pièce capitonnée. Mais bon, après on va encore me traiter de tyran. Ma résolution était donc de passer tranquillou l’étape fatidique pendant un dîner avec des amis. Mais las ! Tous se trouvaient dans la province ou à l’étranger, ces terres mouvantes dont on se demande comment l’être humain peut décemment les fréquenter. Un très cher ami m’a proposé une soirée homo, mais j’ai beau être une fille à pédés je me dis qu’il faut que je mette quand même en condition de travailler mon attractivité hétéro. Surtout qu’avec la paille apparemment je tiens un truc du tonnerre pour pécho : « Mais dis-donc, pourquoi tu bois ton champagne à la paille ? » « Oh ben j’ai mal aux dents et sinon je suis une fille gentille, tu es allé voir l’expo Braque au Grand Palais ? » etc. etc. La drague, ce beau moment d’interaction sociale pure et désintéressée.

Je décidai donc de passer le réveillon seule avec mes copies, ma paille, le rock, du champagne et des sushis (oui, j’aime les sushis et en plus c’est bon pour la santé).  Beau programme. Mais.

J’emmerde les commerçants, ces fainéants du gland qui ferment à 17h le 31 décembre. Oui, quand je sortis chercher mes sushis je trouvai porte close. LOUSE MAGISTRALE. Heureusement qu’il y a Picard. Une caille farcie au foie gras surgelée plus tard, je m’introduisis subrepticement dans la boutique de cupcakes en vue de m’en descendre un ou deux pour le dessert (une faiblesse que j’ai ramenée de New York) (huhuhu). Las, la pression sociale prit le dessus et je me retrouvai avec une bonne douzaine de cupcakes hors de prix pour donner l’impression que je n’allais pas passer le réveillon seule comme une merde. Bon. Ca me permit de m’alléger la conscience en les donnant aux clochards de la rue Lepic. Oui, ça on peut dire que je les ai bien aidés. Bref.

Robert Weber, The New Yorker

Dessin de Robert Weber, The New Yorker

J’emmerde enfin le champagne. Pour une fois que j’avais pris une bonne petite bouteille de champ’ rosé que j’allais pouvoir m’enfiler en toute impunité sans me taper les « le rosé c’est pas du vrai champagne », « c’est limite écoeurant » et autres snoberies des amateurs de vin… La caille au foie gras exsudait tranquillement sa graisse dans la sauce aux morilles ; j’avais fini mon tas de copies de la journée ; David Bowie me réjouissait les oreilles ; bref, le réveillon battait son plein. J’ouvre donc le frigo et tire sur le bouchon. Qui résiste. Je tire. Il résiste. JE TIRE. Il résiste. JE TIIIIIIIIIIIRE. Rien. Sans alcool la fête est plus folle. Qu’ils disaient.

Je me demande toujours si c’était plus la louse de s’acheter une bouteille de champagne à boire seule, ou de ne jamais réussir à l’ouvrir.

Vous me permettrez donc, chers lecteurs, de vous emmerder bien cordialement pour ce Nouvel an. Bisous.

Des

Dessin de Voutch

Jouez hautbois résonnez musettes

Pour ma petite sœur

Noël, fête capitaliste moisie où tu dépenses quelques centaines d’euros pour une console de jeu pour ton gamin alors que dehors des SDF crèvent en silence. Ah oui, et aussi, mon billet de train a coûté le prix de mes cadeaux à ma famille, merci la SNCF (sinon moi j’achète que des livres, une console de jeux, pensez-vous !) (huhuhu).

Noël, qui précède la fin de l’année, l’heure du bilan de 2013 : thèse pas finie, mecs bordel à queue confinant au désert de Gobi, histoire d’amour intense avec mon découvert autorisé, santé chancelante et dents brisées pour un bel œil au beurre noir au pied du sapin (ne m’écoutez pas ça va hein, juste j’aime me plaindre) (hmmmmmm oh oui).

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Noël, solstice d’hiver où t’as envie de te tirer une balle tellement il fait jour 3 heures et t’as pas le temps de voir la lumière du jour vu que tu te lèves à midi, verteckel (je m’explique, cf. ci-dessous).

Noël, fête de famille où tu retournes à ton berceau ancestral alsacien, Strasbourg, et où tu retrouves pour quelques jours un accent et des jurons de bon aloi (cf. ci-dessus).

Noël, capitale Strasbourg sa mère la pute de marché de Noël kiss my ass que tu peux pas faire trois pas dans le centre ville que tu es entouré de hordes de touristes avides. Note aux services de police : mon père est parti ce matin « faire des achats de Noël », plus aucune nouvelle depuis.

Noël en Alsace, qui quoi qu’on en dise est inimitable et indépassable :

Noël, se foutre la race niveau bouffe et boisson, et attention C’EST DE LA BONNE. Nous sommes les inventeurs du foie gras, les descendeurs de riesling, les bouffeurs de bredele (petits gâteaux de Noël exquis dont les recettes ne se transmettent que sous le sceau du secret de génération en génération), les spécialistes du chapon, les amoureux du vacherin, les dégusteurs de gewürtz, les fanas du vin chaud, les tarés du chapon farci, les obsédés du schnaps. Et on remet ça, le 24, le 25 eeeeeeeet le 26 (férié en Alsace, y a pas de raison). T’as pris 10 kilos en 3 jours mais tu sens dans tes intestins couler la chaleur de tes racines.

Le Petit Nicolas Noël

Noël, la déco nono c’est pas pour les kékés. Ici la décoration c’est du sérieux. Le sapin, monté le 24 décembre PAS AVANT c’est la tradition (au son de CD de Bach au glockenspiel, mais où mon père les a-t-il dégottés), se doit d’être a/ un nordmann bien fourni à 50€ le centimètre (deux sapins chez nous, la maison est grande et mon père adooooore les sapins) (en outre ça permet de créer deux ambiances colorimétriques) b/ avoir une parfaite forme pyramidale et équilibrée et c/ mesurer 50 cm de trop environ pour le plafond, afin de nécessiter une complexe opération de sciage et de montage de la bête. Quelques kilos de bougies et de kilomètres de guirlandes plus tard, nous avons un truc acceptable. Et va falloir carillonner du cantique là-dessus ! Enfin, on fera mieux l’an prochain.

Et puis quand même Noël c’est Jésus Christ qui naît pour tous les hommes. Vous savez, le type qui a dit « Ce que vous avez fait au plus petit d’entre mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » Entre autres. Je dis ça je dis rien. (Et pas de cassage de couilles sur la laïcité je vous prie: Noël c’est pas laïque) (d’abord).

Mais comme je suis une bonne âme, je vous souhaite, chers petits, malgré toutes mes emmerdouses, un très joyeux Noël.

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(sur ce je vais faire un peu de yoga pour m’assouplir l’estomac, va falloir être solide pour tenir le level familial ce soir)