Le lAgaj SMS c pa b1

Bon, si vous avez compris ce titre de post c’est sans doute que vous êtes jeune, urbain et cool, et/ou que décidément mon côté zemmourien-ultra-conservateur-vioque-à-la-masse prend le dessus. Oui, le langage sms c’est une belle chierie, et je n’y comprends goutte. Théoriquement, le problème est absolument passionnant : 160 signes maximum dans un texto, 61 millions d’abonnés au téléphone portable dont un grand nombre de djeuns, donc plein de possibilités d’écrire n’importe comment les messages en langage sms ou lAgaj sms ! Ouais, ne me dites pas que vous ne vous êtes jamais retrouvés devant un message incompréhensible sur votre téléphone genre « t tro knon jsui cho pour twa rdv 2m1 pr 1 resoi cokine ? » (1) Ce qui est extrêmement fascinant c’est ce rapport si efficace au langage : c’est vrai après tout, pourquoi se fait-on suer avec ces règles d’orthographe de l’autre côté du temps ? Et pourtant, mon surmoi de bonne élève s’insurge violemment contre cette créativité débridée. Dure réalité à laquelle il faut se confronter : non je ne suis pas une artiste du langage, oim.

Fascinés, les chercheurs en délire soulèvent le lièvre de ce nouveau « langage urbain » (ziva comme je colle à mon thème de blog ! Je ne suis pas convaincue cependant que le sms soit précisément « urbain », si ce n’est à supposer que les moujiks du rural profond ne connaissent pas le téléphone portable et maîtrisent l’orthographe…). Le langage sms, épitomé de la « banlieue » (2)  suscite donc quelques thèses de socio-linguistiques – où on apprend que le langage sms est un « sociolecte écrit qui modifie les caractéristiques orthographiques voire grammaticales d’une langue afin de réduire sa longueur » (source : Wikipédia, eh ouais c’est la loose). Ouaip, encore un sujet de thèse juteux… je cherche toujours le sujet de thèse qui n’existe PAS, ce qui ne m’empêche pas de faire dans mon froc quand les gens me demandent « et tu travailles sur quoi ? », et qu’ils ont l’air complètement paumés quand je tente de leur expliquer ma thèse. Bon faut dire aussi que je raconte mal. A propos de ce moment terrible qui traverse de façon récurrente la vie du thésard, Alain Resnais (quel grand cinéaste ! Allez voir Mon oncle d’Amérique !) nous montre la scène dans toute son horreur (allez-voir ici) mais mais mais je me permets de signaler que les chevaliers-paysans du lac de Paladru c’est pas non plus un truc qui n’intéresse personne hein, c’est quand même un sujet important de la vie des pedzouilles du Moyen-âge. Y a même un musée à leur gloire. D’où une question décisive : qu’auraient pensé les chevaliers-paysans du lac de Paladru du langage sms ? A supposer qu’ils aient su écrire ? Hein ? Allez les gars, appel à témoignage par-delà l’au-delà !

Vous pouvez même faire don de vos sms à la science. Perso ça me touche, donc je lui en ai donné quelques uns, à la science, ceux du brave Scarron, qui écrivait bien à la façon de l’académie française mais ça ne l’empêchait pas d’en sortir des bonnes :

Sergent à verge de Sodome
Exploitant partout le Royaume
Bougre bougrant, bougre bougré
Et bougre au suprême degré
Bougre au poil et bougre à la plume
Bougre en grand et petit volume
Bougre sodomisant l’ Etat
Et bougre du plus haut carat

Et tout ça en seulement 2 sms ! Pas mal le vieux cul-de-jatte ! Tout ça pour dire finalement que je n’ai pas vraiment d’avis sur le langage sms (contrairement à la mèche &  le jean slim) mais que j’ai la berlue devant un texte écrit avec 3 lettres et 6 chiffres… Je reste quand même dubitative face à la traduction (publiée!) du « d’Rnyé jr d’1 kondané » de Victor Hugo en langage sms. Faut pas non plus pousser mémé dans les orties! D’ailleurs le langage texto n’a pas la côte au pays des magazines féminins : comme nous le signale ce site internet de conseils de drague : « rédiger entièrement ses messages au format sms il faut mieux éviter pour plusieurs raisons :
– ce sont surtout les jeunes qui utilisent le langage sms et si vous essayez de séduire une femme un peu plus âgée, vous allez être ridicule
[ouais bon ok je suis vieille, c’est donc bien le fond de l’affaire…snirfl !]
– la plupart du temps, c’est illisible, on ne comprend rien, faut s’y prendre à plusieurs fois
[ah ! intéressant ! mais pour cela j’ai découvert en rédigeant ce post qu’il existe maintenant un certain nombre de dictionnaires de sms en ligne, qui marchent plus ou moins efficacement…]
– cela n’est pas très flatteur pour la fille à qui vous écrivez car elle n’aura pas l’ impression que vous avez pris le temps pour elle de vous appliquer, de réfléchir à un message intelligent et subtile
(sic) [ouais les gars, réfléchissez un peu quand vous nous draguez, allez quoi !Et évitez les « e » en trop, ça nous fera des vacances!]»

Et pour finir un petit guide des expressions sms les plus courantes pour que vous vous sentiez faire partie de la branchitude urbaine, haut les cœurs, amis vieux !

a12c4 = à un de ces quatre
lol = mdr = ptdr = loughing out loud = mort de rire = pété de rire
1posibl = impossible
j’tapLDkej’pe = je t’appelle dès que je peux
tmtc = toi-même tu sais [oui je sais mais QUE veut dire cette expression stupide? Aucune idée, mais les djeuns l’utilisent à donf!)

@+ les keums !

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  1. « T’es trop canon je suis chaud pour toi, rendez-vous demain pour une soirée coquine ? » Ah non, ça ne vous est jamais arrivé de recevoir ce genre de texto? Oui, bon après, chacun son physique…
  2. Moi qui thèse sur la banlieue je ne sais toujours pas ce que c’est « la banlieue » (ptdr quand j’en entends parler, franchement ! ouaich que Levallois-Perret paradis des caméras de sécurité à tous les coins de rue pour les vioques en stress de la life c’est aussi la banlieue !)

My male anti-fashion statement

Ouais, comme dans les magazines féminins je fais un outing hyper affirmatif sur ma vision fashionistique du monde masculin. Pour moi ça se résume en une anti-affirmation (et non une négation, ouh c’est subtil), c’est-à-dire, disons-le tout net, un refus violent, qui pourrait même se traduire en manifestations déchaînées (avec mégaphone et brûlage de soutif sur le trajet Bastille – Nation) si je trouve des co-manifestants (j’ai le sens du ridicule même s’il est peu développé), tellement je suis contre !

Contre quoi ? Ben contre les deux trucs les plus ignobles que la mode masculine a imaginés au cours des siècles : non, pas la braguette en métal (ça n’existe pas, enfin !) ; pas la chemise ouverte sur le torse plus ou moins poilu (on ne saurait trop dire lequel est préférable…) avec le plastron de grosses chaînes dorées ; même pas la jupe pour homme (alleluiah, sauf pour quelques altersexués qui se comptent sur les doigts d’une main, ça n’a pas pris) ; ni la moustache (et pourtant la moustache comme fashion statement national c’est dur à supporter pour des yeux sensibles. Par exemple pendant mon voyage en Inde je suis revenue choquée visuellement par l’agression de ces moustaches fournies, généralisée chez les mâles du sous-continent) ; pas le béret (vous vous souvenez dans les années 90, le vieux béret Kangol porté à l’envers ? Trop la classe du charentaises-béret-baguette revisité) ; ni même, tant qu’on est dans les années 90, le jean remonté jusqu’au poitrail avec le t-shirt rentré dedans, ni l’extension de ce look où tu rajoutes une veste en jean pour avoir le total-look jean (Papa, j’ose enfin te le dire : le total-look jean est out depuis une dizaine d’années maintenant) ; ni le Polnareff-way-of-dressing-pattes-d’eph-et-chevelure-en-boulette-de-frisottis (ça finit en paternités douteuses) ; ni les baggy jeans (et pourtant ça me donne toujours l’impression soit que le mec a la maladie des testicules géants soit qu’il s’est allégé d’un lourd fardeau de bronze dans son fute).

Toutes ces modes masculines sont répugnantes à divers degrés, mais pas autant que… (roulements de tambour) : le look ignoble du petit maigre jeune bourgeois (potentiellement parisien) qui consiste à allier deux vilenies capillaire et vestimentaire, la MECHE et le JEAN SLIM.

Ah ! Image atroce ! Je reviens à l’instant des toilettes où je suis allée vomir un bon coup à la vision de cette tenue.

Je m’explique : la mèche est cet accessoire Justin-Bieberien (jeune chanteur prépubère qui suscite l’enthousiasme de jeunes filles tout aussi prépubères en chantant des antiennes dont la ringardise égale celle de C. Jérôme et se limite à quelques paroles simples comme « baby », « never » ou « love ») qui consiste à porter les cheveux mi-longs dans un désordre savamment travaillé en laissant pendre sur le front une MECHE fixée avec de la laque. Peur de la calvitie à venir ? Tendance féminisante ? Symbole de virilité (rappelons-nous Samson) ? Quoi qu’il en soit, j’abhorre la mèche.

Quant au jean slim, c’est bien simple sur un homme ça pique les yeux, tout simplement. Le comble étant le jean slim porté bas sur les hanches, sans doute un rappel subtil du baggy, le jean trop large porté sur les hanches par les membres des gangs pour rappeler la prison où les lacets et les ceintures sont confisqués (la mode peut donc naître dans les prisons, ça laisse rêveur sur la société actuelle…). Or (tenez-vous bien), les kékés qui portent le jean slim en laissant élégamment voir leur calebutte mettent en général… une ceinture pour compléter la tenue ! Donc non seulement le jean slim c’est moche sur un homme, mais en plus ceux qui en portent sont cons. Belle leçon de mode ! En outre le jean slim ne fait effet que sur les grands maigrichons, merci la vie où est passée la puissance brute et virile ?

Là, une part d’introspection semble nécessaire : Pourquoi ce rejet ? serait-ce mon âge canonique ? serais-je de ce fait bloquée aux années 90 de ma jeunesse et refuserais-je de vieillir ? serait-ce mon intolérance sociale aux petits péteux du 5ème ou du 16ème arrondissement qui croient avoir tout compris à la vie après avoir écouté Justin Bieber (on me permettra de faire remarquer que Nirvana ça avait quand même une autre gueule) ? serait-ce enfin mon conservatisme indécrottable, qui me fait préférer un homme bien masculin à une p’tite fiotte et son style d’une banalité à pleurer ? serais-je un Zemmour en jupons (exemple intéressant car Zemmour, vu son physique, pourrait avantageusement porter des jeans slims mais, vu sa calvitie, plus difficilement se permettre la mèche) ? ou juste une grognasse intolérante qui n’a rien compris à la mode (j’avoue ne pas être la Kate Moss du style) ?

C’est sans doute un peu de tout ça, mais pour finir vous me permettrez de confronter deux images du chic masculin, et que le meilleur gagne !