Printemps à Montmartre / Spring in Montmartre

Des fleurs et du linge à la fenêtre

Les fleurs du square

Tulipes, hauts et bas

Ohé ! ohé ! saison fleurie,
Comme y doit fair’ neuf en forêt !
V’là l’ mois d’ beauté, ohé Marie !
V’là l’ temps d’aimer, à c’ qu’y paraît !

Amour ! Lilas ! Cresson d’ fontaine,
Les palpitants guinch’nt en pantins,
Et d’ Montmertre à l’av’nue du Maine
Ça trouillott’, du côté d’ Pantin !

V’là les poèt’s qui pinc’nt leur lyre
(Malgré qu’y n’aient rien dans l’ fusil),
V’là les Parigots en délire
Pass’ qu’y pouss’ trois branch’s de persil !

L’est fini l’ temps des z’engelures,
Des taup’s a sort’nt avec des p’lures
Dans de l’arc en ciel agencées
De tous les tons, de tous les styles ;

Du bleu, du ros’, tout’s les couleurs ;
Et ça fait croir’ qu’a sont des fleurs
Dont la coroll’ s’rait renversée
Et ballad’rait su’ ses pistils.

Jehan Rictus, Les soliloques du pauvre, Le printemps.

Les fenêtres d’en face / Windows across the street

Back home. It’s winter. Nights are still long, sometimes lonely. Then you look out the window, you see the windows and their lights across the streets. Somehow they remind you that you’re part of the city: all these lives you don’t know but that leave traces, and from the other side of the street you’re a part of this. You may even meet the eyes of your neighbour, maybe looking for the same kind of comfort – strange and awkward encounters.

« Celui qui regarde du dehors à travers une fenêtre ouverte, ne voit jamais autant de choses que celui qui regarde une fenêtre fermée. Il n’est pas d’objet plus profond, plus mystérieux, plus fécond, plus ténébreux, plus éblouissant qu’une fenêtre éclairée d’une chandelle. Ce qu’on peut voir au soleil est toujours moins intéressant que ce qui se passe derrière une vitre. Dans ce trou noir ou lumineux vit la vie, rêve la vie, souffre la vie. »

Qui mieux que Baudelaire… ? (Les fenêtres, Le spleen de Paris)