Dilemmes parisiens #1 – Lieux

T’es plutôt rive droite ou rive gauche?

Dilemme fondamental car à la fois géographique et hype (mes deux passions). J’avoue : durant mes 10 premières années à Paris j’étais indécrottablement rive gauche, pour des raisons purement à la con. Assez fondamentalement je crois que c’était par pur snobisme de ne pas céder aux sirènes de la coolitude, qui se situe tellement indubitablement rive droite que c’est même pas la peine d’en discuter. Je veux dire, qui peut me citer des endroits hype dans le 5ème ou le 15ème, hein ???? L’armée des bobos des Abbesses, du Canal Saint-Martin, du Marais, de Ménilmontant, d’Oberkampf et j’en passe balaie tout sur son passage de la hypitude aigue.

Droite power ! Comme quoi tout arrive.

T’es plutôt Paris ou banlieue?

Ha ha ha ha ha ha HA HA HA HA. Je veux dire non mais franchement, quand tu passes le périph’ c’est un peu comme si tu étais mort (paix à ton âme). On veut nous en faire accroire avec ces conneries de Grand Paris mais nous ne sommes pas dupes: hors du périph’ point de salut. A Paris les théâtres, les cinémas, la hype, les loyers prohibitifs, les mojitos à 15€ et les animations super fun de notre bon maire (Paris plage!! Youhou, can’t wait!). A Paris Haussmann a tout cassé (dehors les pauvres!), donc y a plein de ces beaux immeubles au gaz à tous les 6 étages tout beiges et bien alignés, foin de grands ensembles et de pavillonnaire, joie de la proximité avec tes voisins. DE LA BALLE.

T’es plutôt métro ou taxi?

Ou bien si t’habites en lointaine banlieue, ça devient même RER ou voiture? D’où grosse loose à prévoir, car ce dilemme devient: rentrer tôt ou ne pas boire. Ouh ça craint. Je vous l’avais bien dit. Enfin.

Métro ou taxi, c’est exactement proportionnel à ton compte en banque, ou à l’extrême à tes opinions politiques profondes. En tant que fille de gauche vachement versée en recherche des choses de l’urbanisme, je trouve que les transports en commun c’est fondamental. Mais en même temps j’ai pas les moyens de me payer le taxi, donc vu mon manque de constance politique il est fort probable que dans ma retraite dorée (on y croit) de rombière sarkozyste (le fils) je passerai mon temps dans les taxis parisiens, dont le racisme n’a d’égal que l’amabilité. A ce propos je ne peux que vous conseiller de revoir (si vous ne l’avez pas vu, bande d’ignares, courez !) cette magnifique scène du film 2 days in Paris, qui me fait hurler de rire : « C’est quoi ces histoires de camps là, c’est encore des inventions pour nous piquer notre fric ? ». Ah que voilà des bons Français. Je LIKE !

T’es plutôt bois de Boulogne ou bois de Vincennes ?

Aucune idée, je ne vais jamais au parc. La chlorophylle n’atteint jamais mes poumons sauf lors de mes séjours dans les Vosges (où je m’expose donc courageusement à l’overdose). Évidemment, Vincennes c’est plus populaire. Après au bois de Boulogne y a des putes, donc ça me plaît bien ; en outre quand j’étais toute pitite ma mère m’emmenait au Parc de Bagatelle et au travers des brumes de l’enfance je crois que je kiffais bien toutes ces roses (ah, les roses !) (girls will be girls).

Va pour la Bagatelle !

Les jours de loose – La loose du métro

Tu sais que tu es dans un jour de loose du métro quand :

– le métro est bondé à tel point que tu ne peux bouger. La sueur commence à te couler dans le dos. C’est ce moment que ton voisin choisit pour te palper méthodiquement le postérieur. Combien de stations déjà ? 13 ? Ah ouais, ça porte chance.

– le métro est à l’arrêt. Tu te jettes dans l’escalier pour l’attraper, la sonnette retentit, un dernier effort, tu lances ton bras en avant pour te donner une posture aérodynamique… la porte se referme entre la poignée de ton sac et ta main. Le métro part avec ton sac dedans. Tu ENTENDS distinctement le ricanement diabolique du chauffeur qui s’éloigne dans le tunnel.

– tu sors bêtement un objet à valeur sentimentale de ton sac en attendant le métro (tout ce que vous voulez mais pas un iphone, cette perspective est par trop atroce) et là, tout à fait subitement et par sa propre volonté maligne, l’objet t’échappe des mains et tombe sur la voie. Tu penses à descendre le récupérer entre deux trains, et puis en fait non tu tiens à la vie.

– un clochard entre en titubant dans ta rame, et vient s’assoir juste à côté de toi. L’odeur est à la limite du supportable, ah non, pas supportable en fait. Un peu par politesse, un peu par conviction politique, beaucoup par lâcheté (on ne sait jamais, l’alcool rend violent, et puis les pauvres c’est dangereux tout le monde le sait, mon Dieu il est peut-être psychotique, il a peut-être un couteau dans sa besace) tu restes assise à la même place pendant 5 stations avant de te rendre compte qu’en fait il suffit de se lever tranquillement et de migrer dans la rame suivante.  Mais c’est pas vrai, qu’on me donne un cerveau !

– c’est bon tu as LARGE le temps avant le dernier métro, tu reprends un verre, puis deux puis… et merde !

– tu es seule dans la rame arrière du dernier métro avec un type à l’air louche. Tu te dis de ne pas paniquer parce que tous les types ont l’air louche quand ils sont seuls avec toi dans le dernier métro. Tu repenses aux légendes urbaines de cette femme qui s’est fait violer dans le RER devant une dizaine de passagers qui n’ont rien fait. Tu sues abondamment en ayant l’air de rien.

Mesdames messieurs en raison d’un incident voyageur le trafic est interrompu sur la ligne 12, je vous prie de bien vouloir patienter. MAIS C’EST PAS VRAI ces transports en commun, toujours en retard, toujours des problèmes !! Bullshit RATP, ces fonctionnaires vraiment quels chiens galeux ! (La loose du métro fait assez rapidement ressortir ton atavisme de droite le plus profond. Comme quoi, il existe chez tous les êtres humains. Gasp.)

– tu te rends compte qu’en fait tu es en train de t’énerver parce que tu auras 15 minutes de retard à ton rendez-vous, alors qu’incident voyageur c’est le code pour suicide. Quelqu’un vient de s’ôter la vie en se jetant sous une rame et tu n’en as rien à cirer. Life really sucks.

– il fait très très chaud, le métro est bondé et tu n’as pas beaucoup mangé aujourd’hui, oulà, ça sent le malaise vagal (vous savez ce truc ridicule dont souffrait Sarko pendant son jogging ? Ben moi ça m’arrive de temps à autre et ce n’est pas drôle – fondamentalement, ça consiste à tomber dans les pommes). Temps de sortir prendre l’air, allez on y va… Raté, tu te réveilles par terre (i.e. tu t’es évanouie). Les autres passagers s’en foutent comme de l’an 40. Tu sors comme tu peux. Seule consolation, la concentration humaine locale t’a empêché de te cogner la tête par terre.

Le métro, cette ode à la solidarité du genre humain.