Les fenêtres – New York, Apollinaire

Du rouge au vert tout le jaune se meurt

Quand chantent les aras dans les forêts natales

Abatis de pihis

Il y a un poème à faire sur l’oiseau qui n’a qu’une aile

Nous l’enverrons en message téléphonique

Traumatisme géant

Il fait couler les yeux

Voilà une jolie jeune fille parmi les jeunes Turinaises

Le pauvre jeune homme se mouchait dans sa cravate blanche

Tu soulèveras le rideau

Et maintenant voilà que s’ouvre la fenêtre

Araignées quand les mains tissaient la lumière

Beauté pâleur insondables violets

Nous tenterons en vain de prendre du repos

On commencera à minuit

Quand on a le temps on a la liberté

Bigorneaux Lottes multiples Soleils et l’Oursin du couchant

Une vieille paire de chaussures jaunes devant la fenêtre

Tours

Les tours ce sont les rues

Puits

Puits ce sont les places

Puits

Arbres creux qui abritent les Câpresses vagabondes

Les Chabins chantent des airs à mourir

Aux Chabines marronnes

Et l’oie oua-oua trompette au nord

Où les chasseurs de ratons

Raclent les pelleteries

Étincelant diamant

Vancouver

Où le train blanc de neige et de feux nocturnes fuit l’hiver

O Paris

Du rouge au vert tout le jaune se meurt

Paris Vancouver Hyères Maintenon New-York et les Antilles

La fenêtre s’ouvre comme une orange

Le beau fruit de la lumière

Guillaume Apollinaire, Les Fenêtres, Calligrammes.

Question de taille / A matter of size

Quelques centimètres de plus à l’ourlet des jupes des filles
Quelques litres de liquide en moins dans la cuvette des toilettes, ou dans les bouteilles de soda
Des litres et des litres de pluie en moins
Quelques mètres de plus aux immeubles
Quelques rayons de soleil et quelques degrés de plus (10 très exactement, mais pourquoi faisait-il si froid à New York ?)
Plus de tennis, moins de basket
Moins de pub à la télé
Du papier toilette bien plus épais
Plus de fermentation dans le fromage, et le beau gosse de la fromagerie rue Lepic
Moins de cupcakes, de cheesecakes, de brownies… mais des croissants, des pains au chocolat, des baguettes
Moins de pourboire aux serveurs
Et beaucoup plus de mouches (mais d’où viennent-elles ?)
De Paris à New York, c’est juste une question de taille !

The girls’ hems’ skirts a few inches longer
A few less pints in the lavatory pan, or in the soda bottles
Gallons and gallons less rain
Buildings a few yards higher
Some more sun, a few more degrees (exactly 50° F, but why was it so cold in New York?)
Less commercials on TV
More tennis, less basketball
Thicker toilet tissue
More fermentation in the cheese, and the cute cheese seller rue Lepic
Less cupcakes, cheesecakes, brownies… but croissants, paints au chocolat, baguettes
Less tips for the waiters
And a lot more flies (but where do they come from?)
From New York to Paris, it’s just a matter of size after all!