Barbarie bus-esque / Bus-esque barbarity

Bus parisien, ton univers impitoyable… Comme l’écrivait le bon Sartre, le bus est le lieu par excellence des individus en série, une « pluralité de solitudes » qui se juxtaposent sans lien les unes avec les autres, voire se carambolent et dégénèrent en conflit violent.

Concrètement : tout le monde veut la meilleure place assise, tout le monde pense la mériter. De mon point de vue (un exemple au hasard…), j’ai clairement droit à la meilleure place dans le bus (fenêtre, plutôt vers l’arrière et pas trop loin de la porte, merci), car 1. j’ai des talons et ça fait mal au dos 2. je porte souvent des trucs lourds dans mon sac 3. j’ai parfois des chutes de tension et je tombe dans les pommes quand j’ai trop chaud et que je suis fatiguée (donc par excellence quand je suis dans un bus). Alors, hein, les femmes enceintes, les vieux, les enfants, vous passez votre tour merci. Et même si j’ai l’air d’une fille jeune et en bonne santé je suis une fragile petite chose qui a BESOIN de son siège plus que tous les autres.

Le pire bien entendu ce sont les vieilles (pardon : « les personnes âgées », soyons politiquement correcte). Elles montent vite au créneau pour les places assises, soit en se plaçant en face de vous l’air épuisé, soit carrément en vous demandant de dégager. J’avoue, c’est moralement mal de ne pas (vouloir) céder sa place à une personne « fragile », mais qui d’entre nous le fait volontiers ? Le bus est barbare car c’est le « chacun pour soi » dans toute sa violence, sans compter qu’en région parisienne il faut y ajouter les interminables embouteillages (le stress monte quand on voit qu’on va avoir 5, 10, 15… minutes de retard, ce qui ajoute à l’énervement ambiant) et en heure de pointe la compression des corps qui rend la lutte pour une place assise encore plus féroce. Et qui ne hait-on pas plus que le malheureux chauffeur quand il freine d’un coup sec et que le bus bondé donne lieu à de violents contacts physiques (marchage sur le pied, coups de cul, ou autre) ?

Bref, tout cela est consternant sur la nature humaine, et je dois avouer que j’ai parfois un peu honte de mon comportement de prédatrice, mais reconnaissons-le, le bus c’est chacun pour soi et Dieu pour tous !

Je citerai donc pour finir les paroles du générique de Dallas qui traduisent bien les relations humaines que tout un chacun expérimente dans le bus (j’aime particulièrement la répétition dans les trois dernières strophes) :

Dallas ton univers impitoyable
Dallas glorifie la loi du plus fort
Dallas et sous ton soleil implacable
Dallas tu ne redoutes que la mort 

Dallas patrie du dollar du pétrole
Dallas tu ne connais pas la pitié
Dallas le revolver est ton idole
Dallas tu te raccroches à ton passé

Dallas malheur à celui qui n’a pas compris
Dallas un jour il y perdra la vie
Dallas ton univers impitoyable
Dallas glorifie la loi du plus fort

Dallas malheur à celui qui n’a pas compris
Dallas un jour il y perdra la vie
Dallas ton univers impitoyable
Dallas glorifie la loi du plus fort

Dallas malheur à celui qui n’a pas compris
Dallas un jour il y perdra la vie
Dallas ton univers impitoyable

Parisian bus, your ruthless universe [1]… As the good Jean-Paul Sartre once wrote, the bus is the archetypal the place of individual in series, a “plurality of solitude” that are juxtaposed without any link to each other, or even collide with each other and degenerate into a violent conflict.

In concrete terms, everyone wants the best seat, everyone thinks he deserves it. From my point of view (a random example…), I’m clearly entitled to the best seat in the bus (window, rather in the back and not to far from the door, thanks) because 1. I’m wearing high-heeled shoes 2. I often carry heavy things in my bag 3. I have low blood pressure and I tend to faint when I’m warm or tired (par excellence when I’m in a bus). So, eh, pregnant women, old people, children, skip your turn, thank you! Even if I look like a young and healthy girl, I am a fragile little thing who NEEDS a seat more than every other person.

Of course, the worst are the old women (sorry: “the elderly women”, let’s be politically correct). They quickly step into the breach, either by placing themselves in front of you, looking exhausted, or by directly asking you to get lost. I must admit it’s morally bad not to (want to) step aside for a “fragile” person, but who, among us, does it gladly? The bus is barbarian because it’s “every man for himself” in its raw violence, quite apart from the fact of never ending traffic jam in the Parisian urban region (stress increases while you realize you’re going to be 5, 10, 15 minutes late, which adds to the prevailing irritation), and of the bodies’ compression during rush hours that makes the struggle for a seat even more ferocious. And whom do you hate more than the poor bus driver when he slams on the brake and when the packed bus provokes violent physical contact (walking over other’s feet, bottom’s kick, or else)?

In short, all this is very distressing on the human nature, and sometimes I’m ashamed of my predatory behaviour but let’s face it, in the bus it’s every man for himself and God for us all!

To finish, I’ll quote the lyrics of Dallas’ opening credits that translate very well the human relations every one experiments in a bus (I particularly like the repetition of the last three stanze):

Dallas your ruthless universe
Dallas glorifies the survival of the strongest
Dallas and under your implacable sun
Dallas all you fear is death 

Dallas home of dollar and oil
Dallas you feel no mercy
Dallas the revolver is your idol
Dallas you hold on to the past

Dallas woe to the one who didn’t understand
Dallas some day he will lose his life
Dallas your ruthless universe
Dallas glorifies the survival of the strongest

Dallas woe to the one who didn’t understand
Dallas some day he will lose his life
Dallas your ruthless universe
Dallas glorifies the survival of the strongest

Dallas woe to the one who didn’t understand
Dallas some day he will lose his life
Dallas your ruthless universe.

1. This is an allusion to the French opening credits of the TV show Dallas

Queues-leu-leu / On lines

Faire la queue. Un grand moment d’angoisse à Paris quand on est Alsacienne (et qu’on aime l’ordre comme le veut le préjugé) et Parisienne à la fois (et qu’on est fortement travaillée par l’envie de resquiller, comme tout digne Parisien – ou Français au Sud de la Loire). Concrètement, je garde toujours un œil angoissé (et potentiellement indigné) sur les resquilleurs potentiels tout en cherchant moi-même un moyen de dépasser les autres… Et puis on n’ose pas trop faire la remarque aux tricheurs, car la triche étant un sport national on ne peut donc pas reprocher à ses compatriotes de le pratiquer.

Aux Etats-Unis, que c’est reposant de voir l’ordre régner et la foule s’indigner d’un commun accord quand quelqu’un resquille (d’ailleurs personne n’ose dépasser sauf les Français bien sûr!), même si parfois ça manque un peu de spontanéité, de tension, de nerfs (après tout faire la queue c’est un peu chiant, le suspense et la polémique peuvent écourter l’attente…). En tout cas c’est plus pratique pour le matériel : pas besoin de trop investir en piquets et cordons pour discipliner la queue (précisons quand même que ce n’est pas parce qu’on tente de le canaliser que le Parisien se discipline – les tactiques de resquillage sont nombreuses et innovantes).

Pour vous donner une idée, voici une illustration très fortement inspirée par l’excellent blog Paris versus New York (j’espère qu’elle vous plaira !).

Bref, l’Américain reste calme dans la tempête, tandis que le Français récrimine : quand le train vers l’aéroport ne fonctionnait pas et qu’il était clair que beaucoup de passagers allaient rater leur avion, on voit les Américains appeler calmement « je serai en retard, je prendrai le prochain avion, je ne sais pas vraiment quand je rentre » alors que les Français vocifèrent en exigeant le bus de remplacement, et vite fait ! Au final je ne sais pas lequel est le plus efficace mais comme d’habitude, je suis un peu partagée…

Stand in line. A critical moment of anxiety when you’re an Alsacian (and you like order as the prejudice goes and a Parisian in the same time (and you’re terribly racked by the urge to cut in line, like any self-respecting Parisian – or French from the South of the Loire). In concrete terms, I always keep an anxious eye (or even an outraged eye) on the potential line-jumper while looking for a way to gatecrash myself… And you don’t really dare to comment on it to the cheater: given that cheating is a national sport, you can’t reproach a compatriot for practising it.

In the United States, it is so relaxing to see the order prevailing and the crowd getting indignant when someone cuts the line (besides, no one dares to do it but the French!), even if it sometimes lacks of spontaneity, tension, spirit (after all, stand in line is kind of boring, suspense and controversy can cut the wait short…) In any case it’s more practical in terms of equipment: no need to invest in stakes and cordons to discipline the line (let us precise that it’s not because you try to channel them that the Parisian discipline themselves – line-jumping tactics are vast and innovative)

To give you an idea, here is an illustration inspired by the excellent Paris vs New York blog (I hope you’ll like it!)

In short, the American stays calm in the tempest while the French cheats and remonstrates: when the airtrain to the airport wasn’t working and when it was getting clear that a lot of passengers were going to miss their plane, you could see the American calmly calling: “I’ll be late, I’ll take the next plane, I don’t really know when I’ll be home” while the French were vociferating and demanding a replacement bus, quickly! In the end, I don’t know which one is the more efficient but as usual, I am a little mixed…