Le second marché

C’est pas tout ça les amis, le temps passe, on se fait vieille, les ovaires moisissent, faut se caser nom d’un nain borgne ! Le monde est une jungle à la compétition impitoyable, et trouver un homme, comme le suggère le nom de ce beau site dédié à l’Amour et à la Poésie, « Adopte un mec », s’apparente à un supermarché. CEPENDANT ne croyez pas que ce supermarché des mecs se compose de rayons débordants de multiples produits de marques diverses et variées, où tu peux choisir tranquillement et passer sans coup férir de la conserve de petits pois au poulet de Bresse AOC. D’une part parce que, reconnaissons-le, tu n’es pas de première jeunesse et tu es PEUT-ÊTRE un peu tout petit peu chiante. Légèrement. Bon. C’est une difficulté. L’autre difficulté, c’est que le rayon, de fait, est plutôt constitué de légumes défraîchis et de yaourts périmés. Ce qu’on appelle LE SECOND MARCHÉ. Les mecs sur le retour, quoi. Attention, ne nous y trompons pas, le yaourt périmé peut être tout à fait mangeable, à condition d’y mettre un peu de travail et de bonne volonté (il devrait y avoir une épreuve de Top Chef sur le sujet). Mais enfin, ça ne vient pas tout seul. C’est même parfois BIEN GONFLANT. Car d’une manière ou d’une autre, les gens du second marché ont une perception vaguement tordue de l’amour et du couple (moi-même, il se peut que… bon hein voilà hein, j’ai donné, j’ai perdu, j’ai souffert, j’ai abusé, j’ai déconné, bref).

Toi qui as brûlé ton coeur aux feux de l'amour.

Toi qui as brûlé ton coeur aux feux de l’amour.

Voici quelques types de planches pourries du second marché que je propose à votre analyse (j’aime bien classer, c’est ma nature) :

Le divorcé potentiel qui cherche une jeune. Parfois encore enterré sous les jupes de son ex qu’il trompe souvent depuis des années, il cherche vaguement le petit cul bien ferme qui le fera renoncer au confort de son intérieur bourgeois. Challenge masochiste en vue, car le type ne quittera pas forcément sa femme pour toi, et tu risques de te retrouver longtemps à traîner à ses basques comme une âme en peine. Mais peut-être que ça va marcher et que le gars va se barrer. Tout est dans le peut-être. Laisse-moi te dire que tu risques de t’épuiser en stratégies (« si je lui demande de quitter sa femme ça fait ultimatum donc il risque de se barrer » – eh ouais, raison de plus si vous voulez mon avis – « ok je vais l’attendre jusqu’au mois prochain, non encore six mois, un an, etc. etc. car il me dit qu’il m’aime» – ah le sacrifice de l’amour – « je vais me taper d’autres mecs pour faire passer le temps » – kikoo la dépression) tandis que le gars, tout en protestant qu’il n’aime plus sa femme, lui fait un troisième chiard sans coup férir, ce qui rend la situation encore plus fun vu qu’un divorce potentiel lui coûterait sa voiture et sa Rolex. Mais bon. Saurais-tu lui arracher la victoire et le divorce tant attendu, tu te retrouveras sans doute embringuée dans des histoires de garde d’enfant plus compliquées que la théorie des cordes et plus destructrices psychologiquement que la conquête de l’Himalaya. Tu verras aussi émerger la figure de l’Ex, mère des enfants, qui deviendra ton Ennemie absolue tandis que tu construiras ta vie de belle-mère en filant en douce de la guimauve aux gosses vu que leur mère la leur interdit. Bref, y a du boulot. Et n’oublions pas que vu le contexte de votre mise en couple, le gars peut toujours réitérer après avoir tâté le terrain, et se barrer avec une nouvelle meuf. Plus jeune. Ou, pire, PLUS VIEILLE.

Le séparé perdu. Tout se présente bien dans le tableau, il s’est séparé de la mère de ses enfants depuis plusieurs années, il a l’air tout mignon de chercher l’amour et tout et tout. Il a même l’air de bien t’aimer. Mais bon. Tout à coup le maelström se réveille dans sa tête, et il retourne se cacher dans sa tanière parce qu’il ne « sait pas où il en est ». Aïe. Nœuds au cerveau. Constitués sans doute d’ex, de crise de la quarantaine et de la virilité post-moderne. Mais ne lui jetons pas la pierre ; toute personne qui se fait des nœuds au cerveau (il se peut que je m’en fasse plutôt pas mal) comprendra ce fonctionnement. DAMNED NŒUDS AU CERVEAU.

Le frustré de la life qui cherche une béquille. En couple depuis 15 ans, il se rend compte avec le temps qui passe que sa vie n’est pas si rigolote et qu’il n’est plus amoureux de sa meuf avec qui ses seuls projets sont ses plans de vacance. Mais le bougre est bien tranquille chez lui, dans son bel appart’, et n’aime pas du tout l’idée de se retrouver tout seul devant sa télé le soir venu. C’est là que vous intervenez. Après avoir tâté le terrain, il se rend compte que vous vous intéressez à lui, il commence à se confier à vous et vous fait comprendre que si vous êtes prête à sortir avec lui, banco qu’il quitte sa meuf. SANS TRANSITION. Oké. T’es pas obligée de dire oui. Surtout qu’il y a fort à parier que le gars se complaise dans ses propres problèmes et n’aie pas vraiment de temps à te consacrer, vu que le pauvre est en pleine rupture. Il va falloir que tu t’occupes de lui à plein temps, pas de temps pour tes petits problèmes à la con. Plaisir des débuts de la vie amoureuse. Outre que tu vas passer pour la salope locale. Enfin bon, ça peut pimenter ta vie sociale. Chacun ses goûts.

Le dilettante. Pas de hasard, si le gars est célib’ à 35 ans sans avoir vécu de relation sérieuse, c’est qu’il est plutôt du genre papillonnant. S’il est amoureux de toi, il va te promettre monts et merveilles de la vie de couple (enfants, principalement), sans jamais te donner de signes réels de ces amples développements discursifs ; l’engagement maximal dans son monde réel consistant en une semaine de vacances. Il a beau vouloir changer, il n’y arrive pas, le pauvre bougre, et pour cause, il déjeune recta tous les dimanche midis chez sa mère et pense que le psy c’est pas pour lui. D’ailleurs l’indépendance est une forme de santé mentale (personnellement j’ai tendance à parler d’atomisation de l’individu). Et encore, on décidera au dernier moment. A choisir si deux soirées par semaine te suffisent. N’en attends pas trop. Some men are islands.

Sur ce, vogue la galère. Bon courage. Il en faudra.

Remarquez que j’ai dit le « second » marché ; si je dois un jour passer au troisième, je ne réponds plus de rien.

De la Saint Valant Rien

Bon sang, j’ai fait un jeu de mot. HOURRAAAAAAA! (je suis nulle en jeux de mots)(mais parfois mon génie naturel reprend le dessus). Cela dit, revenons à nos roses, restos et autres diamantaries.

Encore la Saint-Valentin. ALLO. WTF le 14 février revient quand même avec une obstination assez désagréable. C’est pénible de devoir expliquer tous les ans pourquoi c’est une fête ultra moisie. Enfin, « fête », zyva déjà les fêtes de Saints, mais salut l’idolâtrie quoi; le Valentin paraîtrait qu’il aurait séduit une aveugle et lui aurait ensuite rendu la vue: un bon gros pervers qui n’avait aucun respect pour le handicap. Il devait être bien répugnant en plus, pour avoir besoin de pécho une miro. Bravo l’abus de confiance.

Et puis une teuf c’est quand même à la base l’idée de dégager de la poilade. Alors que là, piège, traquenard, souricière, prise aux collets du marketing: il faut fêter ton COUPLE (plus je le répète, plus ce mot me semble un peu hideux: couple couple couple couple couple couple couple) (beurk). Parce que le couple c’est quand même le truc le plus mieux dans la vie d’une femme, et surtout si tu peux te faire offrir une cinquantaine de roses coupées au Kenya par des ouvrières surexploitées (eh ouais des roses en février, tu t’attends à quoi, allo la police des saisons). Tu peux aussi participer généreusement au développement sud-africain avec un petit diamant pas trop voyant non plus ou, plus conventionnel, faire fonctionner l’économie locale des Relais et châteaux ou des restos gastro (vive la France! hachetague stop au French Bashing hachetague On est les meilleurs en résidences de charme). Mais toujours avec BON GOÛT.

HACHETAGUE BON GOÛT.

Alors attention, bien entendu c’est monsieur qui paie. A la lumière des néons roses (attention, des néons roses virtuels parce que les néons roses sont hachetague so cheap, so mauvais goût) (Rue déserte dernière cigarette plus rien ne bouge. Juste un bar éclaire le trottoir d’un néon rouge. J’ai besoin de trouver quelqu’un j’veux pas dormir. Je cherche un peu de chaleur à mettre dans mon coeœur) (laissez-moi vous dire que mon interprétation de la danse des cheveux sur cet air est un sommet de l’art chorégraphique, même si c’est pas trop là-dessus que je pécho, de manière générale) (je suis une artiste incomprise). Quand je pense que Jean-Luc Lahaye a été arrêté. Peut-être avait-il un fâcheux penchant pour les jeunes poulettes, mais je suis sûre qu’il n’hésitait pas à faire flamber la CB pour elles. Une Gold, de préférence.

Bref, la Saint Valentin c’est en fait la fête du BON PARTI.

Je ne sais pas si vous avez remarqué toutes les allitérations qui émaillent subtilement ce texte, on dirait du Bobby Lapointe. Je suis tellement en forme, je m’impressionne moi-même. De rien.

Yang Liu Design/Taschen

L’homme idéal vs la femme idéale.  Yang Liu Design/Taschen.

Le bon parti, il s’occupe de toi quand il faut. Enfin, surtout, il te sort. Dans les bons endroits. Pas au bar PMU de Mittelbergheim-le-Bas. Précisons, soit dit en passant, que les bars PMU des Vosges sont pourtant tout à fait folkloriques. Bon après, le Silencio, ça passe mieux au plan social. Les Vosges on les aime mieux en place. Salauds de Parisiens.

Le bon parti, il t’organise des surprises mais pas trop originales non plus; la Saint Valentin c’est bien suffisant, attends, et puis 50 roses c’est parfait, non mais tu te rends compte il m’a emmenée boire une bière dans un bar PMU des Vosges où il y avait un concert de fanfare. Le bon parti te fait des surprises comme il faut. Un petit truc pour ton anniv’ serait bien vu aussi – merci de ne pas oublier la flash mob surprise ni le gâteau géant mais sans calories, merci bien.

Le bon partiil te comprend sans que t’aies besoin de parler. Parce que c’est bien connu, le langage c’est pour les nuls. D’ailleurs les chimpanzés se comprennent très bien entre eux. Même, le bon parti il comprend quand tu dis un truc et que tu penses le contraire, genre « Je m’en fous de la Saint Valentin », qui veut dire en vrai « Je veux trois diamants et un dîner chez Cyril Lignac, ainsi qu’une demande en mariage à genoux à la lumière de la lune« . Ce serait quand même con de dire ce qu’on pense.

Le bon parti, il gagne plus que toi. Faut bien ce qu’il faut. C’est un mec, quoi. Et se faire inviter au resto, quand même, c’est pas interdit. T’es féministe mais tu trouves qu’il ne faut tomber dans un extrémisme extrême. Et puis c’est le Trianon Palace, quand même.

Le bon parti, on s’en fout un peu qu’il soit goleri ou qu’il ait une passion dans la vie (sauf si c’est le tuning, c’est pas trop bon goût le tuning, ça on dit non). C’est un plus. Mais bon, faut être réaliste, on ne peut pas tout avoir. Il est blond, il sait porter la cravate, il a des parents respectables. Que demande le peuple?

Le bon parti, surtout, toutes les meufs veulent le même. Quelle satisfaction que d’exciter la jalousie de ses semblables, de susciter les regards entendus lorsque tu balances négligemment l’ampleur de son salaire ou son invitation à Venise en avion privé.

Le bon parti te rend intéressante, le bon parti te met en valeur.

Sinon, la Saint Valentin, j’aimerais qu’on arrête de m’en rebattre les roubignolles. Parce que le mec juste comme il faut, il comprend que « Je m’en branle de la Saint Valentin » ça veut juste dire « Je m’en branle de la Saint Valentin ».

Merci, bisous, lol.

Sempé et son interprétation du bar PMU des Vosges.

Sempé et son interprétation du bar PMU des Vosges. Hachetague parfait.