De la nullité muséale vaticane

Je commence la rédaction de ce texte dans un putain d’EMBOUTEILLAGE de TOURISTES pour PASSER D’UNE SALLE DE MUSÉE A L’AUTRE. Ma voisine se repasse le film qu’elle a fait avec son iphone dans la chapelle Sixtine (brouhaha, Jugement dernier, brouhaha, création de l’Homme, brouhaha, les Sibylles) pendant que je rédige un post de blog. Foule moutonnesque qui vit dans le virtuel, tu n’as peut-être que ce que tu mérites.

Ouais je sais, vous vous dites « cette connasse de lonesome camionneuse, toujours à se plaindre de tout, et pan comme ça elle s’en va quatre jours à Rome se la couler douce. Que vient-elle nous faire chier avec ses problèmes de riche? » Pas faux. En même temps, miss Lonesome C. n’est pas riche mais elle a plein d’amis qui habitent partout de par le monde, et comme rien ne lui importe plus que de voyager (à part peut-être les fringues et les chaussures) (et les sacs) (et puis une belle manucure de temps à autre) elle squatte régulièrement chez ses amis désespérés qui ont sans doute créé un club anti-squat de la camionneuse mais elle est vraiment plus collante qu’une sangsue la bougresse. Dans ce sain esprit de camaraderie internationale et en perspective de l’année à venir qui sera pour Lonesome L’ANNÉE DE LA RÉDACTION DE LA THÈSE DE LA MORT, elle est partie avec son Elle et ses sandales voir son pote J. à Rome, dans l’esprit des vacances de la dernière chance avant l’Apocalypse. Vous voyez donc que tout cela n’est pas si rose. Enfin.

Mais, me direz-vous tout de go, que va-t-elle faire dans cette galère vaticane? N’est-il pas bien plus pertinent de rester tranquilla à rester déguster une glace à une terrasse? (bien sûr que SI) (mais bon).

Tout cela part d’une connerie. Lonesome se dit: à 30 ans (et des poussières) (tout à fait minuscules les poussières je précise), ça doit être la troisième fois que tu viens à Rome et ta flemme congénitale t’a toujours retenue de faire la queue au Vatican. Là t’es vieille adulte, t’as toujours pas vu les fameuses fresques papales du kif du corps masculin que tu sens que Michel-Ange c’était pas vraiment un hétéro, c’est octobre donc y aura moins de monde (effectivement tu fais pas la queue à l’extérieur) (mais ASTUCE tu te la tapes inside).

Eh ben les enfants, c’est folklo ce truc. Cet endroit est sans ambages l’enfer muséal le plus atroce que Lonesome C. ait jamais eu à affronter, et elle s’en est enfilé des musées (je ne parle évidemment pas de la queue des chiottes qui est déjà mythique à elle seule).

Pas besoin de s’interroger plus avant sur l’inventeur du parcours Ikea. C’est le directeur des musées du Vatican (un homme – forcément un homme, le Vatican ce pays de l’égalité des sexes – que j’aimerais bien avoir devant moi pour lui briser les jambes et lui arracher les ongles un par un, entre autres joyeusetés). Le parcours Ikea, cette invention marketing qui consiste à imposer un itinéraire commun à travers le magasin à travers le magasin à tous les consommateurs pour les inciter à acheter tout ce qu’,ils voient. Tu viens pour une étagère Billy (l’étagère Billy, l’amie des chercheurs) et tu repars avec trois tapis, cinq paniers et deux couvertures en laine polaire dont tu n’as aucun besoin. Moi ça ne me gêne pas, j’aime faire de la déco qui sert à rien. Mais bon, c’est vil. Eh ben au Vatican, c’est le même principe: unitarisme et égalité de façade (tout est bon pour entuber le cochon), chaque visiteur est ramené à son statut de bœuf devant l’Éternel. Faut que tu te tapes tout le parcours, même le musée d’art contemporain tout pourri, faute de quoi tu restes gros Jean comme devant. Comment faire d’un des plus beaux musées du monde une nasse à sardines équipées d’appareils photos.

L’attitude dominante n’est donc pas celui du respect du visiteur. Aucune différence de tarif, que tu sois étudiant ou chômeur payes que tu payes (remarque ça fait gagner du temps aux caisses, comme ça les gens se retrouvent plus vite coincés dans un escalier quelque part entre les stanze de Raphaël et la Sixtine). De fait, on se demande bien un peu quelles sont les conditions de sécurité dans cet endroit maléfique, la foule s’y presse à un point tel que tu appréhendes que le marbre de Tibère sur ta gauche ne s’effondre sur toi sous la poussée d’un Allemand imprudent. Bref quand t’es légèrement agora- et claustrophobe, c’est l’angoisse (Lonesome a passé la majorité de la visite à craindre de faire un malaise, surtout le moment où l’odeur de sueur de son voisin le plus immédiat a abondamment empli ses narines). Amis du catholicisme bonsoir. La seule concession à la charité chrétienne réside dans la constitution d’un itinéraire pour handicapés post-Lourdes, les fauteuils fendant la foule dans le SENS INVERSE de la visite au plus fort de l’embouteillage. Puissant, le plan de déplacement.

Que de spiritualité dans ce saint lieu, c’est à pleurer. On s’attend à apercevoir une sainte Thérèse en extase à chaque flash d’appareil photo (qui sont plus nombreux que les poils sur mes bras) (j’en ai quelques uns).

On peut dire ce qu’on voudra, Mitterrand a quand même eu le mérite de commander à Pei la splendide pyramide du Louvre (personnellement je trouve que c’est totalement magnifique) qui a, outre son esthétique présence, le grand avantage de DISPERSER la foule de visiteurs entre les différentes ailes du musée. Si t’as envie de voir les arts de l’Islam, t’as pas besoin de te taper les fous furieux qui se bousculent devant la Joconde, c’est quand même moins difficile à imaginer que le fil à couper le beurre.

Bien évidemment, précisons enfin que la muséographie vaticane est plus datée que Joseph de Maistre (ça fait sens d’un certain point de vue, remarquez). Par contre, il y a de main d’œuvre aux endroits stratégiques, comme ces gardiens qui ch-ch-ch-ch-ch-tent dans la chapelle Sixtine pour imposer le silence (avec 59 personnes au m², MAIS BIEN SUR). D’autres vendent au prix fort dans les coins et les couloirs libres moults portraits de Benoît Croix-Vé-Bâton (m’étonne qu’on lui ait pas encore dit qu’il a vraiment une sale gueule, celui-là) (no offence, my catholic friends, but fuck me he’s ugly).

De loin en loin, on entr’aperçoit des jardins magnifiques par les fenêtres, mais c’est pas pour vous les gars. Ces délices de Capoue sont réservés à ces êtres supérieurs que sont les évêques, les bonnes sœurs et les gardes suisses (mouahahahaha) (remarque heureusement qu’ils ont des compensations) (je m’arrête là, c’est tellement facile de bouffer du curé, soyons classe). Quant à vous, bande de ploucs sous-développés du tout-venant, vous allez en chier entre les barrières qui contiennent votre bovine attitude.

Heureusement, à la fin du parcours, on a droit à la pinacothèque qui contient quand même des superbes tableaux de la boulasse de l’histoire de l’art, et presque pas de touristes, éreintés qu’ils sont par leur précédent parcours. Il y a des Caravage de ouf (j’aime pas trop Caravage) (mais bon un type qui passait son temps à boire et baiser ne peut pas être totalement mauvais) (et puis honnêtement, ceux-là sont plutôt pas mal). M’enfin, je ne sais pas si ça suffit à rattraper le coup.

Ah, si j’aurais su…

De l’émir du Q.

Petit cadeau de rentrée : l’émir, un personnage digne d’attention à ajouter sans tarder dans la galaxie de personnages pittoresques et rabelaisiens qui entourent la lonesome camionneuse, guérillera de la jungle urbaine des trentenaires érémitiques mais néanmoins folâtres, et fier double de l’auteur. Qu’il soit donc bien clair (entre vous et moi) que cet émir ne s’ébat que dans les champs piqués de pâquerettes du cerveau de l’auteur de ce texte farfelu (moi, donc) (hu hu hu). Pour garder son identité secrète je me suis contentée de rappeler l’initiale de son beau pays (qu’on n’y voie aucune intention d’y faire un petit allographe de derrière les fagots) (même si avouons-le, la consonance est jolie).

Ah l’émir du Q., qu’il est beau, qu’il est exceptionnel, qu’il est joli. Car sachez-le, l’émir est l’incarnation de l’homme parfait, celui que la lonesome camionneuse va bien finir par dénicher dans son terrier parce que merde il existe bien quelque part (ha ha ha ha ha, mais bien sûr!) (entre nous, mon problème c’est que les hommes parfaits ne m’intéressent pas vraiment… mais ceci est une névrose que je ne développerai pas ici). Jeune demoiselle recherche un mec mortel, donc.

L’émir a un certain nombre de qualités extérieures non négligeables: d’abord il est très riche. Et ça, on dira ce qu’on voudra mais y a pas à tirer un trait sur des pépettes en quantité industrielles qui te permettront de te construire une tente en or massif remplie d’escarpins Roger Vivier et Louboutin, de vestes Chanel et de sacs Dior. Alors oui, nous nous trouvons ici devant une aporie théorétique de la lonesome camionneuse, qui a des attaches politiques assez serrées sur sa gauche (hasta la victoria, siempre!) mais passe son temps à rêver d’une vie de luxe et de consommation des plus scandaleuse. Bon. Ce problème sera résolu en son temps. De toute façon l’émir a quelques petites modifications de détail à accomplir dans son État pétrolier avant de devenir épousable. On organisera des soviets du baril, et possiblement des soviets du baise-en-ville.

Merci à ma mère pour cette image (elle a tout compris)

Autre avantage appréciable: l’émir suscite la jalousie bien naturelle de la gent masculine. Déjà parce qu’il peut porter une réveil du Tsar de chez Bréguet, et ça c’est de la montre (tous les hommes ont envie d’une belle montre car c’est le seul colifichet qu’il puisse décemment porter sur eux) (bien évidemment l’ultra-snobisme consiste à n’en pas porter) (et c’est bien la position de l’émir) (l’ultra-snobisme est un humanisme, au fond). Et surtout SURTOUT parce qu’il investit son argent dans l’horizon ontologique de la masculinité: le foot. Et je ne veux pas seulement parler du PSG, club qui m’a l’air légèrement sujet à controverse (mais bon, je ne suis pas spécialiste), mais du super club de la mort-qui-tue que y a pas moyen que tu le soutiennes pas parce que je veux dire ils sont de gauche et en plus tu vois ils forment leurs joueurs eux-mêmes et puis quelle science du jeu, je veux parler du BARÇA. Ha ha, ça tire des larmes dans les chaumières! Eh bien ces anarcho-syndicalistes du ballon rond ont cédé au pouvoir de séduction de l’émir (le dollar). C’est dire. Petite remarque de meuf: ce nouveau maillot extérieur vous fait ressembler à des sunset martinis géant, les enfants. Va falloir redresser un peu la stratégie vestimentaire là-dedans!

Physiquement, bien évidemment, l’émir est grand, beau, il sent bon le sable chaud. Comme la lonesome camionneuse, il chevauche son fidèle destrier (plutôt un cheval qu’un dromadaire, quand même, siouplaît) (je prends le scooter, aussi) (pas de Ferrari, c’est trop voyant) (mais je prends les Lamborghini). Il a aussi un léger potentiel de sexitude de soldat du désert, joyeux mélange de l’Omar Sharif de Lawrence d’Arabie (film plus chiant que la pluie, qui n’y tombe d’ailleurs pas souvent, mais que la gent masculine apprécie énormément pour des raisons peu claires), de George Clooney dans Les rois du désert (George for ever), de Kyle MachLachlan dans Dune (ah Dune, ah l’Epice !) et bien évidemment du jeune Brad Pitt de Thelma et Louise (les plus belles fesses masculines de l’histoire du cinéma) (pour le moins). L’âpreté du paysage desséché est l’écrin qui met en valeur ses appas.

Ce n’est pas pour autant un fruste légionnaire à la cervelle de pinson, mais un homme de culture et de sensibilité (il a lu tout Balzac et adore la poésie) (et c’est peut-être un métrosexuel mais on s’en fout, zut !) D’aucunes de mes copines décrient mon goût pour les métrosexuels, mais bon sang QU’EST-CE QUE CA VOUS FAIT ? Les t-shirts roses et la crème hydratante n’ont jamais fait de mal à personne, que je sache ! (laissez-les vivre) Par contre, bien évidemment JAMAIS de jean slim et de mèche. NON NON NON NON ! (au bûcher)

L’émir a une spiritualité de haute volée, qui en fait l’âme sœur de Théodore Monod,  et en plus s’il pouvait être protestant ça m’arrangerait bien rapport à mes parents (là j’aurais rapporté le gendre idéal, ha ha ha !) (victoire par KO sur mes sœurs) (même si mes beaufs sont plutôt très bien, je le reconnais). Bon, évidemment, en tant qu’émir du Q. il est peu probable que ce fait se vérifie. En même temps, l’islam est-il un problème tant qu’on a les barils ? Lorsque le billet vert paraît, le cercle de famille applaudit à grands cris (je rigole, HEIN).

L’émir est un être d’engagement. Tel un vulgaire conscrit terrorisé par son sergent instructeur, il se fait volontiers chair à canon pour la lonesome camionneuse. Il faut dire que, semblable au serpent à sonnettes face à une souris blanche, celle-ci l’a vite fait hypnotisé et cloué aux joies de la vie à deux. Cet impénitent playboy s’est rangé des voitures dès qu’il a chaviré pour les yeux bleu lagon gros seins de notre héroïne (alors là, parenthèse: j’ai pas dit que l’émir du Q. avait une quelconque vraisemblance psychologique. C’est un PERSONNAGE. Comprenez-moi bien). Et puis il l’emmène en week-end à la Ferté-sous-Jouarre – on dira ce qu’on veut, la Seine-et-Marne c’est toujours mieux que de parler d’un hypothétique week-end à Rome. Parler c’est bien, kiffer c’est mieux (non, je ne parle pas TOUT LE TEMPS, d’abord). Who cares about the ring, if he’s there for you? (FYI en passant quand même : la lonesome camionneuse aime particulièrement les émeraudes et les saphirs. Et évidemment les solitaires.) Bref, l’émir te fait une place dans sa vie.

Par ailleurs, c’est pas parce que l’émir crèche dans le désert qu’il ignore tout de la hype. Sa personne est tout entière dans la branchitude trans-océanique ; le matin à la dernière expo du PS51 (c’est à New York, bande d’ignares !) (ouais, la Ferté-sous-Jouarre ça va 5 minutes…), le soir à un concert ultra-pointu à la Villette (comme j’ignore tout des concerts ultra-pointus je reste prudemment dans le vague). Et on fait le trajet entre les deux dans le Concorde émiral (pour le retour du Concorde ! Vive la technologie française ! Pour un monopole mondial d’Air France !) En outre, comme il est un peu bouseux quand même (enfin, sableux, pour être tout à fait précise), il n’est pas tout le temps dans le jugement face aux performances lamentables de la lonesome camionneuse en matière de hype et admire même son esprit légèrement décalé. Inutile de préciser néanmoins qu’on ne va pas passer notre temps à D. (capitale du Q.), où la main de la hype n’a JAMAIS mis le pied (je suis formelle).

Et puis, cet homme délicieux fait rire la lonesome camionneuse à ventre déboutonné. Elle se bidonne et c’est l’essentiel (et il y a du baril derrière le bidon). Rire, jusqu’à en pleurer. Le reste, après tout, on s’en fout.

Reste à le trouver, cet être rare. C’est simple, comme dit Alphonse Allais : « Pour la chasse aux lions: vous achetez un tamis et vous allez dans le désert. Là, vous passez tout le désert au tamis. Quand le sable est passé, il reste les lions ». Le destin de la lonesome camionneuse et de l’émir du Q. risque donc bien d’être tragique, scénaristiquement parlant, car il se peut bien qu’ils ne se rencontrent jamais.

Ô monde cruel, ton tamis est bien vermoulu.