De l’horoscope

Officiellement personne n’y croit mais tout le monde le lit (avouez, bande de lâches!). Attends on sait jamais. En plus en général il annonce toujours des trucs bien, suivant comment on les interprète bien sûr : « Bientôt, un grand changement va s’amorcer dans votre vie » ; attends mais trop, c’est parce que je viens d’acheter une nouvelle boule à thé en silicone!

Reconnaissons en toute objectivité que passer des sachets de thé à la boule à thé est une étape révolutionnaire – ou à « couille à thé » selon l’acception que j’affectionne mais « Prenez garde à des prises de position trop tranchées, ouvrez-vous à d’autres possibilités » comme quoi faudrait peut-être que j’arrête de dire couille à thé ou bien que je m’ouvre à la possibilité qu’Emmanuel Macron est un mec de gauche, on ne sait ; ou bien encore peut-être que c’est mal vu de dire que les Inconnus sont de génies ? ou bien même qu’il faudrait se mettre à écouter Finkielkraut ? pourtant j’ai essayé deux minutes l’autre soir et je me suis arrêté à peu près à « Les gens ont peur, ils ne se sentent plus chez eux, les Français ont droit à une continuité historique » – et là je me suis dit que c’est clair que c’est vraiment bien con qu’on n’enseigne plus à nos élèves que nos ancêtres les Gaulois avaient de grosses moustaches blondes parce que c’est quand même vachté intéressant pour leur formation intellectuelle, et que surtout du coup ça voudrait dire que justement nos élèves de ZEP ils devraient comprendre rapido qu’il faut qu’ils dégagent de France parce qu’ils ne sont pas en continuité historique. Remarque y en a un ou deux que ça m’arrangerait bien parce que franchement ils bavardent leur race et ils bossent pas des masses. Merci l’horoscope.

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Par Sempé. C’est ce dessin qui m’a toujours retenue de rendre visite à Monsieur Mamadou, mage extraordinaire à Barbès.

C’est ça qui est beau avec l’horoscope : le champ des possibles. En fait le problème c’est peut-être mes fringues ? Tellement l’horoscope me fait réfléchir à ma life, je me sens tout de suite mieux. Et je cède, je cède, je cède. Putain je suis faible.

Le problème c’est que franchement c’est tentant de lire ces deux saloperies de pages dans le magazine féminin du mois (même si officiellement je n’achète plus de magazines féminins depuis quelques années parce que c’est grave anti-féministe et comme chacun sait je me tiens à mes résolutions MOUAHAHA), on appâte facilement le chaland crédule (moi) par des astuces de bas étage « Vous êtes Lion comme Jennifer Lawrence ». A moi la vie de meuf bonnasse, riche et bien foutue ! Eh ouais, peut-être qu’enfin vont se trouver imprimer ces deux lignes que j’attends depuis des années : Vierge (of course) nées le 15 septembre à 15h46 (quel hasard, c’est moi !): Antonio Banderas / Idris Elba / Joshua Jackson (ça va ouais, j’ai eu 15 ans, j’ai kiffé Dawson, et je t’emmerde) / Justin Bridoux (rayez la mention inutile) va tomber follement amoureux de vous d’ici une heure ou deux.  A moi le conte de fée et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants et des robes de créateur au prix d’une fringue Tati!!! Bon, ça n’est jamais arrivé. Ni la prédiction, ni le fait. Mais ON NE SAIT JAMAIS.

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« Vos semences produiront de très belles récoltes »

Le problème c’est que cette année je l’ai grave dans le baba, vu que pour 2016 on m’annonce tout de go le bonheur en barre « Célibataires (OUAIS CONNARD, ON AVAIT COMPRIS) une rencontre pourrait tout changer et mener à une relation durable », mais EN SEPTEMBRE. Allô. En septembre 2016. Mec, comme si j’avais que ça à foutre d’attendre. Attention bien sûr j’y croit pas un pet, never, bullshit, l’horoscope c’est so 1990, moi je crois dans la science et les pilules du bonheur. MAIS QUAND MÊME. C’est gonflé putain, de me faire attendre jusqu’à septembre. Déjà que mon dernier mec était poisson, et c’était dead d’avance « le temps s’avérera plus impitoyable envers ce couple qu’envers d’autres » normal le poisson c’est glissant de toute façon les signes d’eau mieux vaut ne pas leur faire trop confiance.

Heureusement que je suis au-dessus de ça, sinon on n’est pas rendus.

#EspritSupérieur

Ma journée au ski

Légère hyperbole : j’ai fait du ski pris des brouettes durant une heure bien sonnée puis, face à l’évidente mauvaise volonté des éléments déchaînés (une légère nappe de brouillard), je me suis repliée au refuge d’où je contemple, avec un mépris mêlée d’une envie de meurtre, des hordes de skieurs déchaînés. Ils gravissent certes, les salauds, avec l’aisance du cygne sur l’eau, des pentes enneigées qui sont pour moi plus qu’un Everest, un Annapurna, un K2 (i.e. pas folle la guêpe, il s’agit ici de ski de fond de type « skating », ce qui nous fait une belle jambe et un nombre certain de bleus au cul), mais J’AIMERAIS BIEN VOIR LEUR GUEULE dans le métro parisien à l’heure de pointe. Pas que je m’y sente moi-même ultra à l’aise cela dit. Sa mère la pute. J’en viendrai presque à considérer que le monde m’en veut. Mais Dieu merci ma force d’âme surpasse ces billevesées.

Le ski donc. Je précise bien entendu que j’étais, ce matin encore, pure et vierge de ski. Ajoutons que je conchie le sort, victime d’un destin tragique. Ce soir, je suis souillée à jamais. Cela dit, quand tu arrives sur les pistes : c’est beau. Faut-il pour autant se casser le cul à tenter de rester vaguement debout avec aux pieds deux planches plus glissantes qu’une plaque de verglas moscovite ? JE POSE LA QUESTION. Le moment d’enfiler tes skis et sans transition tu as compris ta douleur. Après avoir péniblement réussi à te dépêtrer des fixations et diverses lanières afférentes au matériel de ski (circa dix minutes), tu constates non seulement que tes compagnons ont pris 200 mètres d’avance (distance que tu mets circa vingt minutes à parcourir), mais aussi que ces putains de planchasses que tu t’es fixé aux pieds sont sacrément instables. Sur la piste les skieurs vont vite. Très vite. Trop vite. À une vitesse trop élevée pour être honnête. Une vitesse morbide en quelque sorte. On parle souvent des morts au volant ou au Bataclan, mais ne peut-on pas imaginer qu’un complot mondial mené par le pape, Michel Platini et Céline Dion vise à nous cacher la vérité sur la mortalité au ski ?

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Théoriquement tu fais comme ça. THEORIQUEMENT.

Ah tiens, un autre débutant passe au loin à l’horizon (une centaine de mètres). On se sent moins seule dans son allure pataude qui rappelle l’humanité à sa condition de canard. Ta vitesse de pointe tourne autour de celle de la tortue anémique, ce qui ne t’empêche pas de te vautrer la gueule comme une merde une dizaine de fois de rang sur ce coccyx dont tu aurais vraiment préféré continuer à ignorer l’existence jusqu’à ta mort paisible DANS UN LIT et merci bien. Tu constates amèrement que l’ample rembourrage de ton cul n’est d’aucune utilité whatsoever, puisque tu chutes en général directement sur l’os ; le monde est bien fait dans sa vile perversité.

Un enfant de quatre ans vient de te dépasser à une vitesse supersonique ; le sentiment profond de ta nullité consubstantielle te pousse à balbutier « pardon, pardon » à chaque fois (toutes les 3 secondes) qu’un skieur te dépasse, excuse que le skieur gêné ignore d’un silence méprisant.

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Gross malheur, ce jour de souffrance pour ton cul et ton ego est en outre celui qu’une bande d’enculés a choisi pour organiser une course de gamins sur la piste verte. Imaginez les conséquences. D’une part, impossible de skier sur la piste verte – enfin skier, je me comprends, disons plutôt ahaner en faisant de faibles tentatives de translation dans l’espace. De plus, une bande de mômes que tu materais sévère en leur foutant recta une interro surprise se paie le luxe de te ramener à ton statut social de Parisienne au gros cul mou en filant comme des flèches sur la piste que tu es censée traverser. Autour, les parents et entraîneurs te hurlent dessus d’un air indigné « Vite ! Ne gênez pas le passage ! », ce qui a évidemment pour effet de précipiter ta chute et te force à ramper telle une limace handicapée vers le bord de la piste afin de laisser le champ libre à des chiards du tiers de ton âge.

HUMILIACIÓN.

Au bout de 500 mètres, le refuge : dernier endroit civilisé où l’on vend du vin chaud et de la tarte aux myrtilles devant un feu ronflant, et où l’être humain de bon goût peut méditer sur la grandeur des résistants du maquis du Vercors. On peut même regarder les enfants filer au loin en s’imaginant que c’est hyper facile, en fait. Heureusement que j’ai pris les mémoires de Zlatan pour passer le temps. Et sinon ce soir je rentre à pied jusqu’au parking. Merci bisous lol.

Et la bonne année.