In memoriam Troy Davis

Le ciel est, par-dessus le toit,
                Si bleu, si calme !
Un arbre, par-dessus le toit,
                Berce sa palme.
Verlaine, Sagesse, 1881.

 Le ciel par-dessus le toit en hommage à Troy Davis, qui a été exécuté aujourd’hui en Géorgie. Pas si calme.

Selon toute probabilité, le seul tort de Troy Davis fut d’être « le noir qui passait par là », une réaction sociétale tellement répugnante que je ne m’étalerai pas dessus. Et le fédéralisme c’est bien joli, mais en matière de vie et de mort des citoyens il me semble qu’une République devrait être une et que la grâce présidentielle devrait s’appliquer dans tous les Etats de la bannière étoilée.

Mais le fédéralisme est un des principes de l’Etat américain. Soit.

Et la liberté, si chère au peuple américain ? La peine de mort à l’épreuve de la liberté… La liberté, c’est un pari. La liberté, c’est un risque. Rester au coin du feu dans ses pantoufles en enfermant l’autre au moindre soupçon, c’est nier la liberté. Si nous croyons à l’égalité, à la liberté des citoyens, comment pouvons-nous priver un égal de ce bien si précieux, choisir ce qu’on veut faire de sa vie, choisir de changer de vie ?

La liberté est un risque, elle se mérite. On se demande parfois où elle est passée. Luttons pour elle et pour tous les condamnés à mort.

The sky above the roof,
            So blue, so calm!
A tree, above the roof,
            Waves its crown.
Verlaine, Sagesse, 1881. Translation Richard Stokes

 The sky above the roof as a tribute to Troy Davis, who was executed today in Georgia. Not so calm.

In all likelihood, Troy Davis’ only mistake was to be “the black passing by”, a societal reaction so loathsome I won’t expand on the subject. Federalism is a fine thing, but in the matter of life and death of its citizens, it seems to me that a Republic should be one, and that presidential pardon should apply in every state of the Stars and Stripes.

But federalism is one of the principles of the United States. So be it.

What about Freedom, so dear to the American people? Death penalty, proof against freedom… Freedom is a gamble. Freedom is a risk. Staying at the chimney corner in your slippers while locking others with suspicion, is denying freedom. If we believe that citizens are equals and free, how can deprive an equal of this so precious possession, to choose what one will do with his life, to choose to change your life?

Freedom is a risk, it has to be earned. One sometimes wonders where it’s gone. Let’s fight for it, and for every condemned person.

Tasty encounter: Paris, New York / Rencontre savoureuse: Paris, New York

C’est simple, mais c’est trop bon: un peu de cream cheese (merci Monoprix, ce n’est que du Philadelphia mais ça déchire quand même!) sur une baguette qui sort du four.

Un peu de New York sur un peu de Paris, bon appétit!

It’s so simple, but it’s too good: a little cream cheese (thanks to my Parisian supermarket, it’s only Philadelphia but it still rocks!) on fresh-baked baguette.

A little New York on a little Paris, bon appétit!

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La surface du pain est merveilleuse d’abord à cause de cette impression quasi panoramique qu’elle donne : comme si l’on avait à sa disposition sous la main les Alpes, le Taurus ou la Cordillère des Andes.
Ainsi donc une masse amorphe en train d’éructer fut glissée pour nous dans le four stellaire, où durcissant elle s’est façonnée en vallées, crêtes, ondulations, crevasses… Et tous ces plans dès lors si nettement articulés, ces dalles minces où la lumière avec application couche ses feux, – sans un regard pour la mollesse ignoble sous-jacente.
Ce lâche et froid sous-sol que l’on nomme la mie a son tissu pareil à celui des éponges : feuilles ou fleurs y sont comme des sœurs siamoises soudées par tous les coudes à la fois. Lorsque le pain rassit ces fleurs fanent et se rétrécissent : elles se détachent alors les unes des autres, et la masse en devient friable…
Mais brisons-la : car le pain doit être dans notre bouche moins objet de respect que de consommation.

 Francis Ponge, « Le Pain », Le Parti-pris des choses, Gallimard, 1942.

The crust on a loaf of French bread is a marvel, first off, because of the almost panoramic impression it gives, as although one had the Alps, the Taurus range, or even the Andean Cordillera right in the palm of the hand.
In that light, an amorphous belching mass was slipped into the stellar oven on our behalf, and there while hardening, it molded into valleys, ridges, foothills, rifts…And from then on, all those clearly articulated planes, all the wafer-thin slabs where light takes care to bank its rays – without a thought for the disgraceful mush beneath the surface.
That cold soggy substratum, the doughy innards, consists of a sponge-like tissue; there flowers, leaves are fused together at every bend like Siamese twins. When the bread grows stale, the flowes wither and shrink, they come apart from one another and the whole thing goes to crumbs.
But let’s cut short here. For bread should be mouthed less as an object of respect than of consumption.

Francis Ponge, « Le Pain », Le Parti-pris des choses, Gallimard, 1942. Translated by Lee Fahnestock, The Nature of Things, Red Dust Inc.