Emmerdons nos voisins d’avion

Parce que t’es une grande fille, que tu prends l’avion toute seule. Ben tiens prends-toi là dans ta face ton indépendance, car voici venu l’ennemi du voyage pour nous les troufions de la classe éco, les prolétaires de l’aéroplane : ton voisin de siège. L’inconfort n’est certes pas spécifique au coucou des airs ; on pourra donc théoriquement arguer que cette classification s’applique tout autant au train. Je rétorquerai que le train permet de regarder par la fenêtre, et qu’on n’y est pas serrés comme des sardines pendant 8 heures. L’avion, ce bagne du voyageur post-moderne. L’enfer c’est les autres RELOUS.

Je suis d’ailleurs en train de réaliser que mon renoncement récent à l’émir du Q., pour des raisons politiques assez ridicules au fond, me condamne sans doute à passer ma vie en classe économique. Un moment de silence. Merci. Oui, parce que non contente de dilapider mon maigre salaire en fringues, les compagnies aériennes me sucent régulièrement le sang. Voyager et s’habiller, les deux mamelles de l’Emmerderesse.

Voici donc quelques types (masculinisés par pure paresse rédactionnelle, mais il est bien entendu que la femelle peut en la circonstance être aussi reloue que le mâle) des voisins d’avions pour qui doit certainement exister un cercle spécifique des Enfers. JE VOUS EMMERDE. TOUS. SANS EXCEPTION.

Dessin de Eric Shansby, The Washington Post

Dessin de Eric Shansby, The Washington Post

Le mec qui prend de la place. Qu’il soit gros (je n’ai rien contre les personnes grosses, au contraire si je n’étais pas pétrifiée de terreur par les impératifs esthétiques de la société de consommation je me laisserais bien glisser dans une douce rondeur) (néanmoins, les sièges de la classe éco, pensés par d’infâmes capitalistes, ne sont PAS adaptés aux personnes charnues), ou qu’il parle fort et raconte bruyamment sa vie sexuelle à sa voisine en suçant du liquide dans une paille avec fureur et tremblements (i.e. c’est une Américaine), ce voisin va te pourrir la vie. Empiéter sur ton espace vital. Qui est déjà réduit à un volume moindre qu’un cercueil standard. Tremble, monde intérieur !

Le mec qui combat pour conquérir son territoire. Ce type, voisin du type précédent en termes d’emmerdements, n’a néanmoins aucune raison de faire chier le monde. Mais pour une raison lambda, il tente de s’approprier le plus d’espace possible. Saloperie d’Hitler en puissance. Blitzkrieg ou guerre de tranchée ? Le choix stratégique est complexe. Enfin, autant dire que l’accoudoir va devenir l’équivalent de l’Alsace-Moselle pendant les 7 prochaines heures. Et tu ne vas penser qu’à ça. Salauds de capitalistes des compagnies aériennes, infoutus de mettre DEUX accoudoirs entre les sièges.

Le mec amical, mais en fait juste relou comme une locomotive en chaleur. « Amical » dans ce cas veut en faire dire « hyper intrusif » (je précise). Soit qu’il n’ait pas de vie, soit qu’il brûle de vous raconter la sienne, ce type est insupportable. Voire même prêt à prendre votre adresse pour vous draguer minablement / squatter gratuitement chez vous quand il reviendra à Paris / vous soûler de nouvelles inutiles sur facebook (rayez la mention inutile). Bien sûr il ne faut SOUS AUCUN PRETEXTE lui donner une information exacte. Autre parade : faire mine de venir d’un pays dont personne ne comprend la langue (au hasard : la Hongrie) (nan mais sans déconner). Cette astuce peut néanmoins se révéler dangereuse si vous comptiez lire la Recherche du temps perdu (mouhaha). Ne vous reste donc plus qu’à mater The Hobbit en version hongroise (MOUAHAHA).

Le dégueu. Laissez-moi vous dire que le jour une bonne madame probablement affiliée à la manif pour tous, chemisier en soie, serre-tête en velours et tout le toutim, sortit de son sac un coupe ongle et commença tranquillement à opérer (OUI elle se coupait les ongles tranquillement DANS L’AVION mes amis), je dus faire un des plus gros efforts de ma vie pour ne pas gerber. On peut ainsi imaginer plusieurs situations agréables : ton voisin se cure le nez et bouffe ses crottes de nez après les avoir contemplées d’un air rêveur (personnellement je ne fais ça qu’en présence de ma famille ou de Dieu), ton voisin fait de l’aérophagie, ton voisin ne connaît pas le déodorant, ton voisin se nettoie les orteils… Je m’arrête là, je commence à avoir une légère nausée.

Le flippé de l’avion. Blanc comme un linge, les ongles fermement plantés dans les accoudoirs. Sa peur se communique. Au moindre soubresaut tu sais que cette carcasse aérienne sera ton tombeau. Tu penses à Grey’s anatomy, aux types crashés dans les Andes qui ont fini par bouffer le corps de leurs compagnons. Sinon, amis prévoyants, mieux vaut repérer l’emplacement du sac à vomi.

Le méprisant. Coiffé d’un casque intégral et lisant Fukuyama (ouais y a encore des gens qui lisent Fukuyama) (d’un coup ça te fait du bien tu te mets à le mépriser violemment à ton tour), ce prototype toise de haut tes magazines de mode (il faut bien vivre) (en même temps à la fin j’ai toujours envie de tuer quelqu’un, je me demande donc si je ne devrais pas arrêter de m’infliger ça). Mieux, il fait mine de ne pas te voir ni t’entendre quand tu lui demandes de se lever pour aller pisser. Résultat tu finis par appeler l’hôtesse et t’as l’air bien con.

TU VAS PAYER petit malappris

TU VAS PAYER petit malappris

Les enfants. Surtout sur le siège derrière toi. Surtout les petits malappris qui adorent donner des coups de pied dans le siège devant eux. Surtout leurs connards de parents qui n’en ont rien à branler. Finissons en apothéose : l’envie d’infanticide te tient éveillée durant tout le voyage. Et tu finis par te demander si tu es normale.

Bref, j’attends avec impatience le jour béni où nous pourrons tous voyager cryogénisés dans des capsules. Parce qu’en attendant y a des putain de baffes qui se perdent.

De l’expédition Ikea

D’abord et avant toute chose, vous savez (ou pas mais on s’en fout, c’est moi qui écris c’est vous qui lisez, donc vous saurez) que je ne fais point de pub. Donc là je ne fais pas de pub, je vous livre une expérience. Parce qu’ikéa ça ne s’analyse pas, ça se vit. Surtout quand tu es une droguée fan de déco. C’est bien la déco. C’est bien et c’est beau. Ouéééééé.

illustration de Boulet

illustration de Boulet

Et puis dernièrement, mon égouttoir en bois commençait à donner des signes de faiblesse. Une expédition ikea s’imposait donc d’urgence. L’air de rien, je lançais un appel au secours sur facebook, espérant secrètement attirer l’attention de ma chère pote d’expédition ikea qui comprend mon addiction mon goût pour la consommation suédoise le Beau et QUI A UNE VOITURE (salauds d’ikeistes, à nous foutre les magasins dans des zones industrielles de derrière les fagots), Melle Choupie (parce qu’elle est vraiment trop choupie).

Munie de mon sac bleu en plastoque ignoble, de solides chaussures de marche et de ma liste de trucs indispensables à acheter (« égouttoir »), j’étais donc prête à profiter pleinement de la chose ; pensez donc : un jour de semaine en plein après-midi, un ikea quasi vide se profilait! Joie, joie, pleurs de joie.

Tout ceux qui dénigrent ce palais du mobilier à vil prix, sachez que je vous emmerde : des meubles design et pas cher, que demande le peuple ? Laissez-nous vivre, bande de grincheux. RIEN NE NOUS ARRETE (ils sont forts, les salauds). Oui le capitalisme c’est mal, mais pas le jour où tu vas chez ikea. Bam. Ne me faites pas chier, je vis avec mes contradictions (huhuhu).

Ainsi, en exclusivité, car je marche toujours sur les traces de Bernard de la Villardière, voici le récit d’une expédition ikea typique par une toxicomane (ok j’avoue : I am an addict). Qui sont-ils, quels sont leurs réseaux. Etc. etc.

Illustration de Boulet

Illustration de Boulet

Bref, nous arrivons et nous garons sans encombre au parking rouge, 10-57-B+. Très pratique à côté des ascenseurs. Facile à retenir en plus.

En arrivant, toujours commencer par le café local. Le monsieur du bar était bien sympathique : aaaaah ils traitent bien leurs employés chez ikea (le premier qui fait une remarque se prend un taquet).

D’habitude on bouffe des boulettes (aaaaaaah LES BOULETTES IKEA) mais la dernière fois Mademoiselle Choupie a connu quelques désordres intestinaux y afférents (le cheval n’est pas toujours très digeste mais passons). Donc on s’est contentées d’un rouleau à la cannelle.

Ne JAMAIS aborder une expédition ikea l’estomac vide. Surtout quand il y a une collection capsule à édition limitée dans la place (je n’ai pas encore exploré ce concept marketing ridicule mais ultra efficace de la collection capsule, mais je compte y venir bientôt, avec l’aide du plus grand reporter de la planète, Bernard de la Villardière) (Bernard je t’aime comme tu marches vers la caméra, épouse-moi !).

Nous commençons donc notre tour par la fâââmeuse collection, dénommée Bråkig. Ouais, le génie de ces meubles avec des petits noms suédois ridicules. Tous les intellos connaissent Billy, la bibliothèque des vainqueurs, et ont hésité avec Expedit, entre bouleau, hêtre et chêne. Je peux vous dire d’ailleurs qu’à part la taille des lits on se sent peu dépaysé dans le monde entier, quand je suis allée meubler mon appart’ new yorkais j’étais jouasse de pouvoir racheter la même couette. Je me sentais moins seule dans la grande ville dangereuse de pouvoir caresser une table Lack de la main.

Donc Bråkig, magnifique collection d’inspiration fifties. Ils sont forts les salauds. Bien que j’eusse décidé de ne pas dépasser les 50 € d’achats, je balançai une lampe rose so cute et un coussin adorable dans mon panier tandis que Melle Choupie notait frénétiquement sur la petite feuille les références des tabourets et des tables basses. Détail important : LE CRAYON A PAPIER gratuit, et le mètre en papier so fun. Je dois en avoir une quinzaine chez moi. Parce que c’est gratuit. Ils sont forts les salauds.

Ensuite, premier dilemme : tracer directement vers le sous-sol en empruntant les raccourcis, vu qu’on était censées savoir ce qu’on voulait, ou tourner paresseusement dans les allées pour admirer les cuisines et les canapés ? Je vous laisse imaginer. Bon, on a juste noté 2-3 références en se disant qu’il faudrait que Melle Choupie revienne avec son mec. J’ai envie de dire : on a grave géré.

Illustration de Boulet

Illustration de Boulet

Parvenues au rez-de-chaussée, nous voici enfin dans l’antre du monstre, tel Jonas dans le bide de la baleine : tous ces petits objets magnifiques qui servent à rien et coûtent 2€99 mais sont trop mignons/indispensables en fait/bien pensés/juste kiffants. Voici alors la stratégie à adopter : poster le caddie au coin du rayon, et SURTOUT ne pas se décider seule. Un peu de contrôle les amis.

Les bougies qui sentent bon ! Allez, j’en prends deux, sinon je vais encore en payer une à 15€ qui pue (non, ça pour le coup c’est vrai, les bougies ikea ne sentent pas mauvais et ne coûtent pas cher).

Les serviettes en papier !!! Melle Choupie me bondit dessus en criant : « ET EN PLUS ELLES S’APPELLENT FANTASTISK ! » Ils sont forts les salauds.

Au rayon literie, où nous nous apprêtions à faire une razzia de Bråkig, forcément pour aller avec le coussin/les tabourets, STUPEUR, SCANDALE !! Les housses de couette n’existent que pour une personne. J’appelle ça de la discrimination anti-dormir-ensemble-après-le-sexe. Après avoir menacé de saisir la HALDE et poussé de grands cris d’orfraie appelant les couettes absentes, il fallut nous rendre à l’évidence : pas de couette Bråkig pour deux. Douleur. De dépit je me précipitai sur une parure de lit de style russe tout à fait charmante. Faut ce qu’il faut.

Personnellement je m’en suis sortie avec un égouttoir (quand même), une nouvelle parure de lit, une lampe rose, un tupperware, un fouet (de cuisine, petits mal pensants), un saladier, deux bougies, 5 boîtes à archives et un panier à linge qui sert à rien vu que j’en ai déjà un. J’AI GERE, les enfants. Que dalle, quoi. Une petite centaine d’euros et roulez jeunesse.

Conclusion : va falloir y retourner, et vite.

Toutes les illustrations sont issues d’une planche du blog de Boulet (le plus GRAND DESSINATEUR DE BEDE DE TOUS LES TEMPS), « Pornographie mobilière » que vous pourrez allez lire ici. Merci un milliard de fois à lui de m’avoir autorisé à les utiliser, <3 comme disent les jeunes.