Sans alcool la fête est plus folle?

Je suis honnête, je rédige ce post depuis les tréfonds d’une gueule de bois sévère, avec mal aux cheveux carabiné et lunettes noires fumées à l’intérieur avec les rideaux fermés. J’ai des courbatures dans les fesses dont j’ignore l’origine mais ma fidèle amie I. (qui en profite pour me bitcher à mort parce que je ne me souviens pas de tous les événements ayant eu lieu) (cette fille ne mérite aucune pitié) prétend que c’est parce que je me dandinais sur Britney Spears. Mais vraiment n’importe quoi, comme si c’était mon genre de me dandiner sur de la mauvaise pop.

Donc, il y a des moments comme ça où on se dit: mais faut arrêter les enfants, le gros rouge, la vodka et la tequila ça va bien 5 minutes mais on ne construit pas une vie là-dessus. Certes. Quand j’étais jeune, prohibitionniste et jupe sous le genou (Dieu nous garde) j’aurais souscrit à cet abolitionnisme de l’éthanol. Mais je croyais aussi que DSK allait sauver la France. Bon après c’est vrai que l’alcool c’est calorique donc OK faut faire gaffe quand t’es au régime – quoique ma sœur prétend que le mieux c’est de se concentrer sur le bon champ’ car ça ne tache pas et ça coupe la faim (et ma sœur c’est la reine de la mode et du style) (c’est vrai cette fille est ma gourou du bon goût) (je la kiffe assez gravement). Après, lundi soir pour les 30 ans de mon pote adoré J. (qui est de droite mais je l’aime tellement quand même, c’est un homme stylé qui aime les nounours et les gravures de cartes anciennes, c’est vous dire) j’ai vécu une cuite au champagne à la violette et je peux vous dire que c’est assez désagréable. En effet, nonobstant sa nature stylée J. adore la violette sous toutes ses formes et passait sournoisement ajouter un petit coup de crème de violette dans nos coupes dès qu’on regardait ailleurs. J’ai envie de dire que le lendemain matin à 8h30 dans mon train vers Fontainebleau pour une journée pédagogique avec mes collègues de la fac j’étais pas au taquet (remarque c’est pas plus mal, du coup j’ai pas trop ouvert ma gueule pour dire des conneries comme à mon habitude ce qui peut m’arriver très exceptionnellement, mais uniquement quand j’ai mangé des asperges). Du coup tous mes collègues pensent que je suis très sympa et que j’ai une maladie des yeux qui m’oblige à garder mes lunettes de soleil même quand y a pas de soleil. J’ai aussi appris que faire du cours magistral c’est faire le clown. Damned, je me fourvoyais donc en foudroyant de ma chaire le grand capital d’un air sévère. En fait faut juste me mettre un nez rouge et c’est parti mon kiki. Le truc c’est que les clowns me font flipper grave. On n’est pas dans la merde.

Donc, si rien n’est trop prévu le lendemain tout va bien. Et laissez-moi vous dire que BIEN SUR avec alcool la fête est plus folle! Déjà, l’alcool est le prétexte à moults sujets de conversation durant la soirée (et potentiel pas mal pour draguer le barman) (barman, la profession où l’alcool le dispute au stupre). Par exemple : « Ah oui prenez le syrah il est bien, il a une grosse minéralité« , et là ma copine I. (que j’aime car elle porte la chapka comme personne), qui était en mode reine de la drague, s’engage dans une discussion fumeuse sur les « boisés« , « goût de mandarine« , « notes de tanin de l’arrière-boutique de ma grand-tante » et autres vocables distingués qu’utilisent les j’me la pète que j’ai tout compris à l’œnologie. Inutile de dire qu’avec ma copine C. qui maîtrise pas mal le shampoing sec et la descente de binouse on était juste mortes de rire sur la grosse minéralité, qui n’a d’égale que « il a de la cuisse » voire « il est bien charpenté« . De la drague légère comme la chantilly. D’ailleurs les vins minéraux y a que ça à savoir que ça arrache la gueule, mais bon I. se croyait sur l’Olympe de la science vinicole donc on a rien dit et on a bu bien gentiment. Moi j’ai pas de prétention, je sais parfaitement commenter une carte au 1/25000 de la Côte d’Or ou disserter sur les terroirs bordelais mais je me la ramène pas. Modestie is my second name.

Outre cela, la soirée s’est continuée autour de cocktails bien nommés « en string sur la plage » ou « frisson des îles« , bon mélange de pouffiasse comme on les aime avec plein de sucre en plus des calories de l’alcool. Gros gros kif surtout qu’à ce moment là j’ai lâchement abandonné C. à discuter de pistes de ski et de chamois d’or avec son voisin qui était un peu relou (parfois l’alcool nous amène dans des situations où nous sommes face à des types relous) (mais sachons rester dignes) (C. a maîtrisé en mode reine du bal que je te discute des mérites du télésiège) (bravo, moi je peux pas) pour aller bitcher avec mes potes sur divers aspects de l’existence humaine que seuls les lonesome camionneurs et camionneuses peuvent comprendre. CA c’est le vrai kif d’une soirée alcoolisée. Et puis aussi le karaoké, mais ça nous n’en parlerons pas (certaines choses doivent être tues). Aussi, bonne nouvelle, j’arrive encore à faire l’équilibre sur les mains comme quand j’avais 10 ans et que je faisais de la gym (on découvre des choses sur soi tous les jours).

Vous vous dites: la gueule de bois la rend gentille, elle arrête pas de dégouliner qu’elle aime ses amis. Eh ben ouais, je suis comme ça moi, généreuse dans la douleur. Bref, je crois que ce post est le plus confus que j’ai jamais écrit mais arrivons au point essentiel: l’alcool c’est pas marrant tous les jours mais ça fait quand même raisonnablement du BIEN. Voilà.

Message perso pour finir: les amis cette soirée nous a liés pour la vie, je vous aime (et pas que à cause de l’alcool, HEIN). Papa, Maman, je sais bien que vous devez penser que je suis irrémédiablement perdue, ce qui n’est peut-être pas totalement faux. Mais je mange aussi de la quinoa et des haricots verts, et ça c’est pas mal bon pour la santé, quand même.

Faut-il danser sur Michel Sardou ?

Vraiment ce blog pose les questions de fond de l’existence humaine. Je me sens tellement proche de Pascal ces derniers temps. Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie, quoi.

Danser sur Sardou : grave question qui a tendance à se poser dans les mariages où Les lacs du Connemara finissent assez généralement par faire une apparition remarquée (croyez bien qu’à mon non-mariage il n’y aura que Bella ciao en boucle) (car j’ai BON GOÛT) (ce qui ne veut pas dire que mes amis qui mettent Michel Sardou à leur mariage ont mauvais goût) (en vrai je ne déteste pas cette chanson) (j’ai honte mais je me soigne, enfin j’essaie).

Quel est le vrai problème existentiel posé par le retentissement des premières notes de cornemuse de ce gai refrain populaire ? Gros foutage de gueule évidemment que cette légende du Connemara, ouest mythique de l’Irlande, qui consiste en une lande couverte de gros cailloux et de moutons pouilleux où le revenu moyen de la population au XIXe siècle était bien inférieur à celui du Rwanda, d’où une bonne émigration de masse. Cela dit ça a l’air assez beau si on aime le genre pelé et ultra-catho.

Comme vous en mourez tous d’envie, voici un petit rappel en images et son. Enjoy!

Ouais bon on est tous d’accord, la danse irlandaise c’est un peu ridicule et très bondissant.

Ensuite évidemment, la vraie question de Faut-il danser sur Michel Sardou c’est : femme engagée, toi qui aspire à devenir la Louise Michel de la hype, es-tu prête à bouger ton body sur les vocalises d’un chanteur gravement DE DROITE ?

C’est pas trop la peine d’épiloguer sur la question : un pote de Sarko qui fait une chanson qui s’appelle Je suis pour (la peine de mort) puis aggrave ensuite son cas en expliquant qu’il n’est pas pour la peine de mort SAUF si un pédophile butait son gosse n’est (à mon humble avis) pas spécialement le chantre d’une justice équilibrée (tout est dans le sauf si : je suis pour la sécurité sociale / les allocations sociales / le SMIC sauf si les gens en abusent) (ouais ils bâfrent honteusement avec leurs 400€ de RSA par mois) (salauds d’assistés). PS petit bisou à mes amis de droite, mais qu’ils pensent sérieusement à une rééducation, non mais sans blague ! (attention les gars, on a le couteau entre les dents)

Au demeurant, d’aucuns qui me connaissent savent que je suis une émérite chauffeuse de piste, une danseuse plus agile que Kiki de Montparnasse (je saute comme un cabri, le bras levé, en faisant diverses grimaces) (on ne RIGOLE PAS) (remarquez que ma technique est bien adaptée à la danse irlandaise). Je ne recule devant rien, ni Nuit de folie (et tu chantes chantes chantes, ce refrain qui te plaît, et tu tapes tapes tapes c’est ta façon d’aimer) (gros kif) ni même Danse des canards (soyons fous, soyons beaufs).  Et vous n’êtes pas sans ignorer que je suis également fan de Jean-Luc M. (dai, dai, dai à Hénin-Beaumont !!)

Or Michel Sardou pose là un dilemme bien clair : se laisser prendre au rythme entraînant des binious et de « Terre brûlée au vent, des landes de pierre, autour des lacs c’est pour les vivants un peu d’enfer le Connemara » (oui, en passant je me suis rendu compte que je connais les paroles par cœur OMG), ou retourner s’assoir à table d’un air dédaigneux pour marquer son positionnement politique? Personnellement en général j’adopte une lâche attitude d’entre-deux : je fais bien comprendre aux gens qui m’entourent par une moue dégoûtée que je désapprouve totalement, puis je me lance hardiment dans la danse une série de bonds désordonnés.

Mais il faut aussi compter avec la pression sociale, grande prêtresse de la lâcheté humaine (dont je suis hélas remplie), qui nous pousse hors de nos retranchements et nous oblige à adopter une attitude résolue dans un sens ou dans l’autre.

Premier cas de figure : mariage très très chic de diplomates internationaux à Bruxelles (oui, je suis parfois invitée à des mariages chics)(c’est parce qu’ils ne me connaissent pas), où le DJ balance : « Et spécialement pour les deux Français qui sont là (i.e. dont moi)… MICHEL SARDOU !!!! » Bien bien bien… Il va falloir y aller franco. Laissez-moi vous dire qu’on est courageusement montés au front et qu’on a cabriolé avec grande conviction. French touch oblige (bien dommage que Sardou représente la chanson française).

Second cas de figure : mariage d’amis en Alsace, après avoir chanté « Bretzel power » en cœur (grande chanson des Hopla Guy’s, groupe mythique quoique hélas haut-rhinois). La mariée, grande fan des daubes années 80 (elle n’est pas seule, merci B. pour cette playlist j’ai bien kiffé), est toute heureuse de danser sur  l’air de biniou du Sardou. Je m’apprête sagement à adopter mon attitude de compromis mou du genou habituelle, quand j’entends mon voisin, un garçon très classe et très de gauche, pousser un Ourgh de dégoût et courir s’assoir en me disant « ah non Michel Sardou je peux pas ». Attitude intransigeante et engagée qui devrait être la mienne, donc, si j’avais un tant soit peu de cohérence politique. Ce qui n’est pas vraiment le cas (vous aurez remarqué). De plus, cet homme est un parangon de bon goût musical car laissez-moi vous dire que c’est un joueur de oud de premier ordre (le oud c’est du luth arabe bande d’ignorants) (vous inquiétez pas moi non plus je savais pas). Piteusement j’ai regagné ma place en commentant avec morgue le mauvais goût des potes qui continuaient à bondir de concert sur la piste. Oud 1 – cornemuse 0. Mais je suis quand même allée danser sur Johnny.

J’ai des convictions, mais faut pas pousser mémé dans les orties.