Ballade de la fille à vélib’

La fille à vélib’ : la Lonesome Emmerdeuse, entendez une fille légèrement angoissée au volant et qui se croit le centre du monde, monde qui par ailleurs lui en veut trop souvent. Convertie par son amie Melle Babouchka à l’usage du vélib’, elle rentabilise ses 29€ l’année en gainant ses cuisses par un pédalage intense (en tout cas c’est ce qu’elle s’imagine).

Le lieu : les boulevards parisiens de la rive droite, entre la Butte, Barbès et la Gare du Nord.

L’objectif : le cours de yoga, le marché bio, un pot avec les copines, la friperie.

La musique de fond : rap vénère de la côté Est (Wu Tang, représente). En vrai on n’a pas le droit d’écouter de la zique en vélib’ hein, mais c’est pour l’ambiance. Un peu de sens dramatique, merde.

Le temps : venteux, bruineux, pluiseux, froideux. Forcément, dès que tu touches le guidon la pluie se déclenche. Pourquoi ? Parce que le monde t’en veut (suivez, les enfants !)

Ceci pour poser le contexte. Oui c’est boboland les enfants. Mais ça n’en est pas moins un monde IMPITOYABLE. La jungle.

Bretecher Velib

 
Aux autres usagers de la rue parisienne

A toi, chauffeur de bus, bringuebalant ton mastodonte sur la piste que nous partageons contre notre volonté ; toi qui mets toujours ton clignotant au dernier moment pour déboîter vers l’arrêt ; toi qu’on sait jamais s’il faut te dépasser ou pas parce que de toute façon tu vas me refoncer dessus par derrière, tel le tyrannosaure de Jurassic Park.

A toi, le piéton qui prend la piste cyclable pour un trottoir ; à toi l’ado parisienne overlookée qui me fait grave flipper parce que t’es trop jeune pour porter un string  et que j’ai 32 ans MON DIEU, toi qui fais mine de ne pas entendre ma sonnette parce que t’as un gros casque à 200 boules sur le crâne ; à toi la vioque qui se traîne sur sa canne à deux à l’heure, toi qui fais mine de ne pas entendre ma sonnette parce que t’es vieille et sourde (soi-disant) et que t’as envie de faire chier le monde. Mais DRING, à la fin !

A toi, l’automobiliste qui m’ignore, qui m’ouvre la portière dans la gueule, qui me drague avec subtilité « Eh mademoiselle t’as trop un beau cul, tu peux venir pédaler chez moi » ; toi qui as eu ta saloperie de permis dans une pochette surprise (priorité à droite tu connais ?)

A toi, cycliste qui n’as point le sens de l’égalité ; toi le vrai cyclopédiste coiffé d’un casque, vêtu d’un gilet orange, qui me dépasse avec dédain sur ta machine huilée à 15 vitesses (j’espère qu’on va te la piquer vite fait, gniark) (si tu crois que bouger ce machin de 22 kilos c’est facile) (et d’ailleurs je vais plus me bouger pour te laisser la place, va t’amuser sur le tour de France, ICI C’EST PARIS) ; toi le hipster sur ton vélo pliable, avec ton écharpe rayée Paul Smith ta cravate en crochet et ton ipod, qui a toujours le dos droit et qui me ramène à mon être de pauvre meuf crasseuse et suante ; toi la fille en vélib’ toujours mieux sapée / qui transpire pas / qui a pas la face rouge comme le drapeau du Japon / pas en train de vérifier son itinéraire en panique au feu rouge en bataillant pour enlever ses gants parce que sinon t’arrives pas à checker le GPS sur ton iphone.

RebeccaJKaye

A toi, stationné au milieu de la piste cyclable ; toi la Porsche blanche du boulevard Magenta, toi le camion tagué du boulevard Richard Lenoir, toi le break de la rue Houdon. J’irai pisser sur vos tombes et rayer vos carrosseries.

A toi JC Decaux, qui se démerde toujours pour qu’il n’y ait pas un vélo accroché aux stations quand je suis à la bourre et que les stations soient blindées quand je veux juste rentrer et me poser après une journée de taf ; toi qui me gaves de pub moisie. La privatisation c’est trop bien.

A toi le vélib, trop lourd, trop lent, toi que je hais dans les montées et que j’adore dans les descentes jusqu’au moment où je réalise que les freins ne marchent pas ; toi dont la selle me rentre dans le cul, ou se met à tourner sur elle-même au moment où je faisais une petite pointe de vitesse en mode I’m the queen of the road ; à ta sonnette que j’aimerais tant greffer sur mon bras pour en faire une alerte aux cons (la vie sociale serait tellement moins fatigante).

Comme dirait Marc Lévy, « C’est peut-être cela le vélib, une solitude éternelle. »

Crédits photos: Agrippine, Claire Brétécher  
Tour de Paris, Rebecca J Kaye pour Artcrank

Qui aime bien châtie bien

En contemplant ce bienheureux proverbe, je n’ai pu m’empêcher de m’en saisir comme un mendiant affamé se jette sur une miche de pain, ou la vérole sur le bas-clergé, c’est au choix. Pourquoi ? La Lonesome Emmerdeuse aurait-elle des tendances sadomasochistes, demanderont les petits curieux mal intentionnés? Cela ne vous regarde pas, ô voyeurs, et la fessée restera saucissonnée dans le placard aux balais, l’antre d’où elle ne devrait jamais sortir, telle la sorcière, sorcière, prends garde à ton derrière (vous ne comprenez rien ? c’est normal, j’ai comme qui dirait l’esprit d’escalier) (il s’agit d’un ravissant conte de la rue Mouffetard, et comme je le dis souvent allez vous renseigner sur les Internets, c’est fait pour ça, bon sang de bonsoir). Et c’est pas parce que je suis fan de la grandiose série Spartacus qui malgré son absence totale de scénario envoie de la testostérone, du sang et de la sueur qu’on pourra en conclure quoi que ce soit.

Non, si je me suis ruée sur cet adage formulé par le grand Horace, Qui bene amat, bene castigat (j’ai des Lettres), c’est parce qu’enfin j’ai une tribune sans aucune contestation (j’ignorerai les commentaires) (autant que vous les sachiez) (oui, je suis en plein ego-trip de Maîtresse Domina, mais là non plus n’en concluez rien de mal tourné, privilège de l’écrivain) (NDLR : en français dans le texte).

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Oui, car sur le grave sujet du châtiment enfantin, et plus particulièrement de la fessée, dès qu’il y a débat, c’est la merde. La torgnole clive de manière inattendue: pensez mariage gay, corrida, avortement, immigration, islam et tout le toutim qui fout la merde à un dîner (Surtout! n’en parlons pas… ils en ont parlé) (l’affaire Dreyfus les enfants, l’Affaire!) ( <3 avec les doigts à Scheurer-Kestner) (j’ai des Lettres). Eh bien moi, pardon, j’en suis tombée sur le cul (ok ça fait un peu mal mais c’est supportable). Sujet potentiellement explosif donc, alors que pardonnez-moi mais faut pas pousser mémé dans les orties, si ça arrive de foutre deux baffes sur les fesses de tes gosses quand ils ont trouvé tes sex toys et les ont mis au four pour voir si ça fondait (réponse : oui, et comment ont-ils fait pour trouver ton tiroir secret les petits sagouins ? comment ça c’est papa qui leur a dit ? oooooooooooh ça va se payer ça !!), je dis, c’est pas bien grave quand même. La Lonesome Emmerdeuse a parlé.

Attention, je ne parle pas des Malheurs de Sophie et autres tortures issues de l’imagination sadique de la comtesse de Ségur née Rostopchine de mes couilles deux, ni même de gifles. Juste bon, quand même, faudrait voir à les calmer un peu les mômes, AUCTORITAS bordel, saperlipopette à la fin. Laissez-moi vous dire que lorsque je séjournais à New York (huhuhu) au pays des enfants-rois, le nombre des mouflets mal élevés a haussé à proportion mon appétence pour le châtiment, et que je tiens pour miracle du ciel que cette bande de lapins de garenne hurlants se transforme à l’âge adulte en des êtres (à peu près) civilisés (même s’ils racontent leurs histoires de cul très fort dans les transports en commun, mais ça se pardonne) (ça n’est pas mon cas, notez bien).

Quant à interdire la fessée, laissez-moi m’esclaffer bruyamment dans mon coin et vous conter l’histoire du petit Adolf H., dont la mère était une personne adorable et très aimante qui ne lui a jamais mis de pain dans la gueule, mais qui n’en a pas moins souffert quelques problèmes d’équilibre mental par la suite (1000 pages les enfants, que je me suis tapées sur l’Adolf, de l’illustre historien Ian Kershaw) (<3 avec les doigts, mon cher Ian) (j’ai des Lettres et du Foot) (et tout ce que j’ai retenu, c’est ça et que peut-être il n’avait qu’un testicule) (maybe j’ai l’esprit mal tourné, mais ça fait bien en société, ça brise la glace).

Bref, à peine le citoyen responsable (moi) émet-il ces quelques phrases de l’ordre du bon sens que s’élève dans l’auditoire un cri d’orfraie : « Bourreau d’enfants ! » Eh bien je m’insurge contre cette injuste vision : moi, moi qui ne ferais pas de mal à une mouche, moi, un bourreau d’enfants ? Mon cœur se fend à cette idée, moi qui suis la première à dénoncer mes voisins quand ils tapent leur angelot trop fort (au-dessus de 65 décibels c’est NON) (laissez les honnêtes gens dormir) ou quand ils prénomment leur fille Jézabel (QUI est le bourreau d’enfants, hein, qui, QUI ?)

Et non j’ai pas d’enfants, mais Lonesome Emmerdeuse emmerde, car tel est son destin : qui emmerde bien châtie bien.